La résignation a des limites – للتنازل حدود


 

للتنازل حدود

يجري حديث متواتر وكثيف، بين أطراف المعارضة السورية، حول إمكانية تخلّي بعضهم عن شرط عدم بقاء رئيس النظام السوري بشار الأسد في السلطة، أثناء المرحلة الانتقالية، وربما بعدها! ويبرز تيار متشدد لا يقبل بهذه الفكرة بالمطلق، وتيارٌ رَخو هلامي لا يراها فكرةً نكرة ودونيّة٠

لا شك أن الاعتدال، وتحمّل المسؤولية، والنظر إلى الأمور بموضوعية ومنطقية، أمورٌ مطلوبة من جميع السوريين، خاصة في ظروف ذوبان الدولة وحاضرها، ومواجهة مستقبل قاتم، في ظل “احتلالات”، واقتسامات، وانقسامات، في بلدٍ بات مُدمّرًا على أكثر من صعيد، فضلًا عن ملايين النازحين واللاجئين الذين يحتاجون إلى مَن يأخذ بأيديهم وينقذهم من بؤسهم وشقائهم، وملايين آخرين من اللاجئين في أصقاع الأرض، ممن توشك سورية أن تخسرهم نهائيًا٠

لكن الاعتدال والمسؤولية والمنطق لا تعني التنازل عن الحق، ولا تعني أن يقول السوريون “عفا الله عما مضى”، وبالطبع لا تعني أن تنتهي الأمور بـ “تبويس الشوارب”، والعودة إلى القبول بحكم شمولي تمييزي أمني، ويخطئ كثيرًا مَن يعتقد أن عليه قبول الفُتات، تفاديًا لانهيار البلد، أو قبول استمرار النظام، تفاديًا لحروبٍ أطول وأعرض.

لا يعني الاعتدال والمنطق القبولَ ببقاء من أمَر بقتل مئات ألوف البشر، ولا ببقاء من استخدم كل الأسلحة الشريرة العمياء ضد مَن طالب يومًا بحقوقه، ولا تعني القبول ببقاء حذاء رجل الأمن فوق رقاب العباد، ولا بقاء عصاه مُسلّطة على رؤوسهم، ولا بقاء فوّهة مسدّسه موجّهة نحو أفواههم، ولا تعني أبدًا أن يبقى المجرم طليقًا، يهدد ويتوعد بالمزيد٠

لا يعني الاعتدال والمنطق -في أي حال من الأحوال- القبولَ بأن تستمر عملية نهب الثروات بيد جماعة صغيرة، وأن يستمر التمييز الطائفي، وأن يبقى في الحكم مَن أثار كلّ النعرات الدينية والقومية والعشائرية، وأيقظ نوائر الطائفية بأقبح وأفظع أشكالها٠

لا يعني الاعتدال والمنطق القبولَ ببقاء مَن غيّر ديموغرافية المدن السورية وشوّه وجهها، ومَن أباح البلدَ لإيران وروسيا، ولصغارهما من “حزب الله” والإنغوشيين والمرتزقة العراقيين، ووطّنهم، وأجلسهم في صدر الدار، وأخذ يمنح الامتيازات ليجلب مناصرة مجرمي الأرض٠

كما لا يعني الاعتدال والمنطق القبولَ باستمرار من ارتكب المجازر، بالعشرات، ولا التخلي عن العدالة الانتقالية لمحاسبة كلّ مجرم حرب، وكل سفّاح قتل طفلًا سوريًا بريئًا٠

تغيير النظام هو الحد الأدنى الممكن قبوله، وعدم القبول بأي دور لكل منظومة الحكم في سورية هو الحد الأدنى أيضًا، ومحاكمة مجرمي الحرب من كل الأطراف، وعدم إشراكهم بالتخطيط لمستقبل سورية هي الجزء المُكمّل للحد الأدنى، ولا علاقة للاعتدال والتشدد بهذه المطالب، ومن يتنازل عن أيّ منها؛ فقد تنازل عن كل شيء، وساهم بدوره في ترسيخ الإجرام والطائفية والتمييز، وشارك في هدر الكرامة وإهانة الإنسانية، وساهم في استمرار “المجتمع المُنسجم” الذي وصلت إليه سورية، وصار جزءًا من نظام “البراميل” الذي دمّر حاضر سورية ومستقبلها٠

عمليًا، هناك هوامش واسعة للتفاوض، وهناك هوامش كثيرة للمهادنة والاعتدال والتنازل، وهناك أفق رحب لـ “اللعب” في ميدان السياسة، لكن ليس من بينها التنازلُ عن تغيير النظام الأمني، وبناء نظام جديد، يحترم سورية ويستحق تمثيلها، ويحترم الإنسان ويحميه ويدافع عنه، ويحترم “المجتمع المتنوع”، ويعمل من أجله، ويُمهد الطريق، بترميم ما يمكن ترميمه، لبناء الدولة المحترمة التي يريدها السوريون٠

http://www.geroun.net/archives/92812

La résignation a des limites

26 août 2017 – Bassel Al Oudat

Des discussions fréquentes et intenses se déroulent, entre les parties de l’opposition syrienne, sur la possibilité de renoncer à certains d’entre eux sur la condition du dégagement du président Bachar al-Assad du pouvoir, au cours de la période de transition, et peut-être au-delà! Et met en évidence une tendance radicale n’acceptant absolument pas cette idée, et une troisième tendance molle n’en voyant en cette idée qu’infériorité et négation. 

Il ne fait aucun doute qu’une position modérée assumant la responsabilité et regardant les choses objectivement et logiquement, est indispensable, en particulier lorsque l’état se trouve actuellement en dilution, face à un avenir sombre, sous « occupations » et divisé, un pays dévasté sur plus d’un niveau, outre les millions de personnes déplacées et les réfugiés qui ont besoin de mains tendues afin de les sauver de leur misère, et d’autres millions de réfugiés dans le monde, que la Syrie risque de les perdre à jamais.

Mais être modéré et responsable ne signifie pas « abandonner le droit », ne signifie pas que les Syriens disent : « Dieu pardonne ce qui s’est passé, » et, bien sûr, ne signifie pas que les choses se terminent avec des « embrassades de moustaches », ou accepter le maintien d’une autorité absolue, sécuritaire, discriminatoire. Se trompent ceux qui penseraient qu’il faudrait accepter des miettes, afin d’éviter l’effondrement du pays, ou accepter la continuation du régime, pour éviter des guerres plus longues et plus larges.

Etre modéré et raisonnable ne signifie pas accepter celui qui a ordonné le  massacre de centaines de milliers de personnes, ou la survie de celui qui a utilisé toutes la machine aveugle des armes tueuses, contre ceux qui ont un jour réclamé leurs droits. Ne signifie pas l’acceptation de rester écraser sous l’humiliation de bottes des agents de sécurité, ni de rester sous les menaces des armes répressives. Ne signifie pas, enfin, que le criminel reste libre, menaçant davantage la vie de la population.

Etre modéré et logique ne signifie pas en aucun cas l’acceptation de la poursuite du dépouillement du pays par des groupes sectaires et racistes, ou la continuité d’un gouverneur qui a embrasé les conflits religieux, nationaliste et tribaux dans le pays.

Etre modéré et logique ne signifie pas le maintien au pouvoir de celui qui a défiguré la démographie des villes et villages syriens, ou celui qui a déformé sa représentativité, ou celui qui a permis à l’Iran et à la Russie le pillage des richesses du pays, ou à leurs médiocres milices comme celui de « Hizbollah » et aux mercenaires irakiens, l’attribution de privilèges, afin d’attirer davantage le soutien de combattants criminels.

Cela ne signifie pas l’acceptation de la présence des criminels qui ont effectué des massacres en permanence, ou d’abandonner la justice transitionnelle demandant des comptes à tous les criminels de guerre, et à tous les tueurs qui ont tué des enfants innocents en Syrie.

Le changement de régime est le minimum possible réclamé. Ne pas accepter le système de gouvernance en Syrie est le minimum aussi, le procès des criminels de guerre de toutes les parties, les empêcher de participer à la planification pour l’avenir de la Syrie fait partie du minimum demandé; être modéré ou rigide n’a rien à avoir avec ces revendications, celui qui renonce sur ces exigences, il renonce à toutes les autres revendications, et à son tour, contribue à la consolidation de la criminalité, le sectarisme, la discrimination et participé à l’humiliation et à la perte de la dignité humaine et devient une partie du système de « barils explosifs » qui ont détruit le présent et l’avenir de la Syrie.

Dans la pratique, il y a de grandes marges pour négocier, il y a beaucoup de marges pour l’apaisement, la modération et le renoncement, et il y a un vaste horizon pour « jouer » dans le domaine de la politique, mais sans renoncer au droit du changement de régime et la construction d’un nouveau système qui respecte la Syrie mérite sa représentation, respecte l’être humain, le protège et le défend, respecte la « diversité sociétale », ouvrant la voie à la restauration de ce qui pourrait encore être restauré pour construire l’Etat respectable que les Syriens veulent.

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Raqqa, un Labyrinthe mortel – المدنيون في الرقة محاصرون من جميع الجهات


Raqqa-Aout-2017

A Raqqa, dans le nord de la Syrie, des milliers de civils se retrouvent au cœur des combats alors que la bataille pour reprendre le contrôle de la ville entre dans sa phase finale. Notre rapport relate que des centaines de civils ont été tués ou blessés depuis que l’offensive a été lancée en juin pour reprendre la « capitale », principal bastion du groupe armé État islamique (EI).

PRIS AU PIÈGE DES COMBATS

Le 6 juin, les Forces démocratiques syriennes (FDS) et les forces de la coalition ont lancé la phase finale de l’opération visant à reprendre le contrôle de Raqqa, aux mains de l’EI. Mi-juillet, les forces syriennes épaulées par la Russie ont lancé des frappes aériennes contre des villages et des camps pour personnes déplacées, au sud de la ville. Des centaines de civils ont été tués ou blessés dans des attaques menées par toutes les forces en présence depuis le début de ces nouvelles offensives.

Des victimes et des témoins ont raconté à nos chercheurs qu’ils se retrouvent confrontés aux engins piégés et aux snipers de l’EI, qui cible quiconque tente de fuir, et au barrage incessant des tirs d’artillerie et des frappes aériennes des forces de la coalition que dirigent les États-Unis, combattant aux côtés des forces des FDS. Les forces gouvernementales syriennes appuyées par la Russie bombardent également les civils dans les villages et les camps situés au sud du fleuve, y compris en utilisant des bombes à sous-munitions interdites par le droit international.

On ignore combien de civils sont encore pris au piège dans la ville de Raqqa. L’ONU estime qu’ils sont entre 10 000 et 50 000. Beaucoup, sans doute la plupart, seraient retenus comme boucliers humains dans la vieille ville et d’autres quartiers contrôlés par l’EI.

L’ENFER DES FRAPPES INCESSANTES DE LA COALITION

Les civils encore assiégés à Raqqa sont très exposés aux intenses tirs d’artillerie et aux frappes aériennes plus limitées que mènent les forces de la coalition en se basant sur les coordonnées fournies par les FDS combattant sur le terrain.

Parmi les civils qui ont pu quitter la ville, beaucoup ont déclaré que ces attaques incessantes et souvent imprécises se traduisent par une forte hausse du nombre de victimes civiles ces dernières semaines et ces derniers mois.

Daraiya, à l’ouest du centre de la ville de Raqqa, est l’un des quartiers qui a été lourdement bombardé par les forces de la coalition, notamment du 8 au 10 juin.

C’était l’enfer, de nombreux obus ont frappé le quartier. Les habitants ne savaient pas quoi faire pour survivre. Certains couraient d’un endroit à un autre… et ont fini par se faire bombarder. Les FDS et la coalition ne savaient-ils pas que l’endroit était plein de civils ? Nous étions coincés là… parce que Daesh [EI] ne nous laissait pas partir.
Un habitant de Daraiya

Un autre habitant a raconté qu’une dizaine d’obus ont frappé un quartier de maisons à un seul niveau à Daraiya le 10 juin, tuant au moins 12 personnes dans plusieurs habitations, dont un homme de 75 ans et un bébé de 18 mois.

Familles cherchant refuge dans des bâtiments détruits par les combats à proximité de Raqqa
Familles cherchant refuge dans des bâtiments détruits par les combats à proximité de Raqqa © AI
Par ailleurs, des victimes ont déclaré que les forces de la coalition prennent pour cibles les bateaux qui traversent l’Euphrate, l’une des seules voies sûres pour les civils qui tentent de fuir la ville.

Le 2 juillet, le commandant de la coalition, le lieutenant-général américain Stephen J. Townsend, a déclaré au New York Times : « Nous abattons tous les bateaux que nous repérons. » Les forces de la coalition ont largué des tracts en mars 2017, avertissant : « Daesh utilise des bateaux et des ferries pour transporter des armes et des combattants – n’utilisez ni bateaux ni ferries, les frappes aériennes vont commencer. »

La traversée du fleuve est l’une des principales voies d’évacuation pour les civils qui fuient le conflit à Raqqa. Frapper ” chaque bateau ” – en se fondant sur l’hypothèse erronée qu’il transporte des combattants de l’EI ou des armes – est un acte mené sans discrimination et interdit par les lois de la guerre.

L’EI EMPÊCHE LES CIVILS DE FUIR

L’EI met en œuvre diverses stratégies pour empêcher les civils de fuir Raqqa, notamment en les utilisant comme boucliers humains. Les combattants de l’EI posent des mines terrestres et des engins piégés le long des itinéraires permettant de sortir de la ville, installent des postes de contrôle autour de la ville pour limiter les déplacements et tirent sur ceux qui tentent de s’enfuir.

La ligne de front étant très mouvante, les civils sont particulièrement exposés.

Mahmouda, une habitante qui a fui le quartier de Daraiya, a déclaré : « La situation était terrible… L’EI ne nous laissait pas partir. Nous n’avions ni nourriture, ni électricité. Les espions au service de la police religieuse étaient nombreux. Ils nous assiégeaient avec des snipers. Si vous êtes touché par un sniper, vous mourez chez vous. Il n’y a aucun médecin. »

Alors que la bataille entre dans sa phase finale, la situation pour les civils s’aggrave.

Reem, une autre habitante de Daraiya, a expliqué que les combattants de l’EI ont commencé à obliger les gens à s’installer dans l’enceinte de la vieille ville, où ils sont censés se retrancher : « Ils [l’EI] sont revenus frapper à notre porte et nous ont dit que nous avions une demi-heure pour nous rendre dans la vieille ville. Si vous refusez, ils vous accusent d’être un agent du PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan] et menacent de vous conduire en prison. »

DES BOMBES À SOUS-MUNITIONS INTERDITES

Tandis que les civils à Raqqa paient le prix fort des combats, les villageois dans les zones contrôlées par l’EI au sud de l’Euphrate subissent l’offensive des forces gouvernementales syriennes appuyées par la Russie, qui ont lancé des frappes aériennes aveugles à partir de mi-juillet, tuant au moins 18 civils et en blessant bien davantage.

D’après la description détaillée faite par des victimes, les forces gouvernementales syriennes ont largué des bombes à sous-munitions prohibées par le droit international, ainsi que des bombes non guidées sur des zones où les civils déplacés par le conflit s’étaient réfugiés dans des campements de fortune, le long des canaux d’irrigation, près de l’Euphrate.

https://www.amnesty.fr/conflits-armes-et-populations/actualites/syrie-les-civils-qui-tentent-de-fuir-loffensive-contre-letat-islamique-a-raqqa-sont-pris-au-piege-dun–labyrinthe-mortel-
https://amnestyfr.cdn.prismic.io/amnestyfr%2Fb0fcda01-77d7-467d-8e82-cc683c186981_final+-+raqqa.pdf

العفو الدولية: المدنيون في الرقة محاصرون تحت القصف من جميع الجهات

أكدت منظمة العفو الدولية (أمنستي)، أن عمليات التحالف الدولي الذي تقوده الولايات المتحدة ضد تنظيم “الدولة”، أسفرت عن مقتل مئات المدنيين في مدينة الرقة السورية، محذرة من أن آلاف المدنيين يواجهون خطراً أكبر مع اشتداد القتال القصف من جميع الجهات.

وطالبت كبيرة المستشارين لمواجهة الأزمات في منظمة (أمنستي) “دوناتيلا روفيرا” اليوم الخميس، ما تسمى “قوات سوريا الديمقراطية” (قسد) وقوات التحالف الدولي، مضاعفة جهودها لحماية المدنيين، حيث يستخدمهم تنظيم “الدولة” كدروع بشرية.

وأشارت “روفيرا” إلى ضرورة تجنب الهجمات غير المناسبة والقصف العشوائي، إضافة لفتح طرق آمنة للمدنيين، للابتعاد عن نيران القصف.

كما اتهمت المنظمة، قوات الأسد بشن هجمات دون تمييز على المدنيين، وباستخدام قنابل عنقودية وبراميل متفجرة في حملة منفصلة ضد متشددي تنظيم “الدولة” جنوبي مدينة الرقة.

وقالت منظمة العفو الدولية في تقرير: “المدنيون..محاصرون في المدينة تحت النيران من كافة الجوانب”.

وأضاف التقرير: “من الضروري أن تتخذ أطراف الصراع كافة الإجراءات الاحترازية الفعالة للحد من إلحاق الأذى بالمدنيين بما في ذلك الكف عن استخدام الأسلحة المتفجرة التي تترك أثراً كبيراً في المناطق المأهولة بالسكان إلى جانب وقف الهجمات غير المتناسبة ودون تمييز”.

Syrie : “La violence est dans les gènes de la famille Assad depuis 1970”


 

Syrie : “La violence est dans les gènes de la famille Assad depuis 1970”

Pour le politologue libanais Ziad Majed, le revirement de Macron sur Assad est immoral et dangereux, car la dictature alimente le terrorisme.

PAR LOUIS CHAHUNEAU

Modifié le 12/07/2017 à 11:09 – Publié le 11/07/2017

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À Alep le 24 juillet 2016, dans la zone rebelle. 200 000 civils ont été assiégés et bombardés pendant des mois par le régime d’Assad avec le soutien russe. © AFP/ AMEER ALHALBI

Le 21 juin,

dans une interview accordée à huit journaux européens, Emmanuel Macron déclarait que la destitution de Bachar el-Assad en Syrie n’était plus la priorité de la France, faute de « successeur légitime », suscitant l’inquiétude de l’opposition syrienne. Le président de la République ajoutait : « Bachar, ce n’est pas notre ennemi, c’est l’ennemi du peuple syrien. » La semaine suivante, il accueillait à l’Élysée Riad Hijab, le coordinateur du Haut Comité de l’opposition en vue des négociations, et réaffirmait son soutien « au peuple syrien », brouillant la diplomatie française au Proche-Orient.

Le politologue libanais Ziad Majed, spécialiste de la Syrie et enseignant à l’American University of Paris, a cosigné une tribune dans le quotidien Libération du 3 juillet pour dénoncer « ce revirement diplomatique majeur ». Pour Le Point.fr, il explique pourquoi ces propos sont ambigus et placent la France « dans la position d’un État complice ».

Le Point.fr : La politique française envers la Syrie a-t-elle vraiment changé entre François Hollande et Emmanuel Macron ?

Ziad Majed : Oui, en tout cas au niveau du discours. La vision de Macron, défendue par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, consiste à s’allier avec la Russie dans une lutte plus virulente contre le terrorisme en Syrie. Cela rompt avec la politique de Hollande qui considérait que la lutte contre le terrorisme devait aller de pair avec une solution politique en Syrie, qui destituerait Assad. Macron n’y est pas opposé, mais explique que ce n’est pas la priorité et qu’Assad n’est pas l’ennemi de la France.

Emmanuel Macron a-t-il raison de dire qu’« Assad n’est pas l’ennemi de la France », mais « du peuple syrien » ?

Cette formule est dangereuse parce qu’elle exclut le peuple syrien de la communauté internationale. Un dictateur pourrait donc tuer, massacrer ? Cela alimente le terrorisme et la vengeance. Allez dire aux habitants là-bas que c’est de la « realpolitik ». Ça ne marche pas. Admettre que Bachar el-Assad est l’ennemi de son peuple, c’est reconnaître qu’il est criminel. Donc, il ne peut pas être légitime. L’argument ne tient ni au niveau pragmatique, ni au niveau éthique, ni même au niveau du droit international. Je comprendrais une coopération avec les Russes, mais avec des objectifs clairs et négociés à l’avance.

Entre 2005 et 2007, la plupart des djihadistes qui partaient combattre les Américains en Irak étaient manipulés par le renseignement syrien.

La France n’a-t-elle pas intérêt à ce qu’Assad reste au pouvoir, notamment pour reprendre la coopération entre les services syriens et ainsi améliorer son renseignement antiterroriste ?

Non, c’est un mythe, une illusion. Il y a eu quelques moments de coopération entre les services secrets français et syriens, mais cela a toujours fonctionné de manière très politique. Le régime syrien, quand il souhaite normaliser avec un État, lui fournit des listes, des noms, pour lui montrer qu’il est indispensable dans la lutte antiterroriste. Mais cela indique en réalité qu’il est impliqué dans les réseaux de terrorisme. D’ailleurs, ce n’est pas un secret qu’entre 2005 et 2007 la plupart des djihadistes qui partaient combattre les Américains en Irak passaient par Damas et étaient manipulés par le renseignement syrien, et en particulier par le beau-frère de Bachar el-Assad, Assef Chawkat, qui est mort en 2012 dans une explosion mystérieuse. Hafez el-Assad est également soupçonné d’avoir commandité l’attentat rue des Rosiers en 1982, ainsi que l’assassinat de l’ambassadeur français au Liban Louis Delamare à Beyrouth en 1981 (sa mort n’a jamais été élucidée, NDLR). Et le régime n’a plus les mêmes capacités au niveau du renseignement qu’il y a dix ans. Il est extrêmement épuisé. Les trois quarts du pays échappent à son contrôle. Il n’a pas de réseau dans la zone que contrôle Daech. Enfin, le terrorisme qui frappe la France a surtout été l’œuvre de citoyens français.

Le bombardement d’une base aérienne du régime par l’armée américaine s’inscrit-il dans une stratégie de long terme ?

C’était un acte isolé. Donald Trump a voulu marquer sa différence avec Obama : montrer que l’usage des armes chimiques entraînera une riposte immédiate des États-Unis. Mais la priorité des Américains en Syrie reste de détruire Daech en soutenant les Kurdes du côté de Raqqa.

Selon les renseignements américains, le régime serait sur le point de mener de nouvelles attaques chimiques. Quel serait l’intérêt pour Assad ?

Je ne pense pas qu’il y aura un énorme scandale si le régime réutilise le gaz sarin. Il l’a utilisé hier, et aujourd’hui, c’est le chlore. Il y a eu une telle banalisation de la mort en Syrie que plus rien ne surprend. Et s’il y a bien un domaine que maîtrise parfaitement le régime, c’est le dosage de la violence. En 2011, le régime ne s’attaquait pas aux manifestations dans les quartiers bourgeois où les gens s’habillent comme en Occident. En revanche, la mort s’est abattue dans les zones rurales, pauvres, sunnites, où les femmes sont voilées et les hommes barbus. Leur mort ne suscite pas la même réaction chez les Occidentaux. De plus, il y a un excès de violence incroyable dans les prisons de l’État. Ces histoires sont tellement inhumaines que beaucoup n’y croient même plus. La violence est dans les gènes de la famille Assad depuis 1970. Le régime pense qu’il survivra en humiliant sa population. Tous ceux qui veulent marcher la tête haute doivent être frappés jusqu’à la soumission. En arabe, on dit : « La mort ou la soumission. »

Penser que seul un dictateur est en mesure de tenir ce pays est totalement faux. On est en train de répéter les mêmes erreurs chaque décennie.

Dans quel état se trouve l’opposition syrienne ?

Après août 2013, et la volte-face d’Obama, l’opposition s’est sentie démunie et trahie, de sorte que beaucoup ont abandonné la lutte. Ce n’est pas une coïncidence si Daech est devenu puissant à partir de ce moment-là. Les forces islamistes de l’opposition se sont aussi renforcées, et les pays du Golfe leur ont rapidement apporté leur soutien. Au niveau international, l’opposition est représentée dans le Haut Comité en vue des négociations. Mais sur le terrain, il y a une fragmentation des forces : l’Armée syrienne libre, les forces islamistes et Fatah al-Cham. Ce dernier groupe n’est pas représenté dans la délégation au Haut Comité puisqu’il est considéré comme un mouvement terroriste.

Le problème, c’est que tous ces groupes très différents n’ont pas le même objectif politique. En Europe, on veut que l’opposition soit représentée par un seul homme, mais on oublie qu’elle est constituée d’acteurs de gauche, de droite, de libéraux, de communistes, d’islamistes, de tribaux, de féodaux… Ce morcellement est le fruit de 47 ans de dictature. La Syrie vit sous l’état d’urgence depuis 1963, et la prise du pouvoir par le parti Baas. Celui-ci a dissous les partis politiques, interdit les associations, la vie publique, monopolisé les médias. Et l’opposition politique, qui a depuis vécu en prison ou en exil, n’a jamais eu les ingrédients pour reconstruire un modèle politique.

L’opposition possède-t-elle encore la capacité nécessaire pour renverser Assad ?

Depuis l’intervention des Russes en septembre 2015, la chute du régime est devenue militairement impossible. Les Russes ont mené des dizaines de milliers de raids aériens. Certes, le régime ne contrôle que 24 % du territoire syrien, mais 65 % de la population vit dans ces zones qui concentrent les grandes villes comme Damas, Alep, Homs et Hama. Beaucoup de civils se sont réfugiés dans ces territoires, sous le contrôle du régime, pour éviter les bombardements. Bachar el-Assad a tout fait pour pourrir la vie des gens qui vivent dans les autres régions : les hôpitaux sont bombardés, et il n’y a pas d’eau ni d’électricité. Avant 2013, les gens documentaient les massacres pour témoigner au monde entier leur quotidien. Mais, depuis, ils le font pour leur mémoire parce qu’ils ont senti que tout le monde les avait abandonnés. Les islamistes avaient prédit cela. La relation quotidienne avec la mort a fait monter le poids de l’islam dans la société.

Les négociations de paix reprennent à Genève le 10 juillet. Peuvent-elles encore aboutir ?

Non. Les négociations ont commencé en juin 2012 avec l’idée d’une transition politique en Syrie. Puis, les Russes ont commencé à utiliser des termes comme « coalition » avec Assad, alors que les négociations visaient à mettre de côté le régime. Et les Nations unies ont ajouté une autre clause : « la lutte contre le terrorisme ». Or, les Russes considèrent toute l’opposition comme terroriste. Depuis, tout est bloqué. Les discussions à Astana, qui visaient à convenir de cessez-le-feu, ont abouti à la création de cinq zones de « désescalade » (celui de la ville de Deraa n’est pas respecté, NDLR). La moitié des groupes d’oppositions boycottent aujourd’hui les négociations, car les cessez-le-feu ne sont pas tous respectés.

Quelle solution préconisez-vous pour la paix ?

Ce ne sont plus les Syriens qui décident. La Russie et l’Iran gèrent leur diplomatie et veulent qu’Assad reste au pouvoir moyennant quelques réformes. Les Iraniens veulent garder le contrôle de Damas pour rester en contact avec le Hezbollah au Liban, la mer Méditerranée et la frontière israélienne. Les Russes veulent se poser comme les protecteurs du régime syrien tout en conservant leurs bases militaires à Tartous et Hmeimim. Mais penser que seul un dictateur est en mesure de tenir ce pays est totalement faux. On est en train de répéter les mêmes erreurs chaque décennie, sans apprendre des leçons du passé ni trouver les solutions. Ce n’est pas une coïncidence si Daech est apparu en Irak, en Syrie et en Libye. Il s’agit des régimes les plus atroces de la région. Saddam Hussein et Hafez el-Assad possèdent tous deux la même mentalité : des guerres, tout le temps, avec un écrasement des voix de l’intérieur. Et lorsqu’un État n’arrive plus à tout contrôler, la situation explose et, en l’absence de vie politique, ceux qui sont le plus structurés pour prendre la relève demeurent les djihadistes. L’intervention militaire en Libye (2011) n’est pas la première cause du chaos actuel, c’est surtout le non-accompagnement de la transition politique qui a mené à l’échec. L’Irak aussi a souffert d’une gestion défaillante après Saddam Hussein. En Syrie, il faut dès maintenant travailler à une transition politique.

http://www.lepoint.fr/monde/syrie-la-violence-est-dans-les-genes-de-la-famille-assad-depuis-1970–11-07-2017-2142309_24.php

معارك البادية… سباق السيطرة على الحدود السورية الأردنية العراقية


ريان محمد
19 مايو 2017

دخلت معركة الحدود العراقية ــ السورية ــ الأردنية المشتركة، فعلياً، مرحلة الجد، مع محاولات أطراف عديدة السيطرة على ما هو أهم في هذه الجبهة، أي طريق دمشق ــ بغداد، أو ما يحلو لكثيرين تسميتها طريق دمشق ـ بغداد ـ طهران، لأنها تتيح ربط الأراضي الإيرانية بالعراقية والسورية فعلياً، في حال تمكن معسكر النظام السوري والمليشيات العراقية السيطرة عليها من جهتي الأراضي العراقية والسورية. ويتسابق كل من النظام السوري والمعارضة المسلحة وقوات التحالف الدولي ومليشيات الحشد الشعبي على الوصول إلى النقاط المركزية في هذا الطريق، خصوصاً لجهة معبر التنف الحدودي. وقد سجلت، يوم أمس، أولى غارات التحالف الدولي ضد موقع للنظام السوري بالقرب من جبال المنقورة على طريق دمشق ــ بغداد في ريف حمص الشرقي المتاخم لمنطقة القلمون في ريف دمشق الشمالي الشرقي، ما يؤشر إلى أن المعركة الفعلية انطلقت رسمياً، وتشمل مناطق واسعة في البادية السورية الصحراوية لنواحي أرياف حمص ودير الزور والبوكمال من الجهة السورية، والمناطق العراقية الحدودية جنوبي سنجار، والنقطة الأردنية التي يلتقي عندها المثلث الحدودي٠
وكثر الحديث، أخيراً، عن معركة البادية السورية، التي يتوضح يوماً بعد آخر أنها ستمثل صراعاً دولياً وإقليمياً لرسم مناطق نفوذ جديدة، ذات أبعاد جيوعسكرية واقتصادية، على حساب تنظيم “الدولة الإسلامية” (داعش)، الذي كان يسيطر على مساحات واسعة منها. ولم تدرج البادية السورية ضمن “مناطق تخفيف التصعيد”، التي ضمنتها روسيا وإيران وتركيا، الأمر الذي يجعل المنطقة مفتوحة على العديد من السيناريوهات٠
ولا تخفي الأطراف المشاركة في الصراع اهتمامها الكبير بمعركة البادية، وعلى مختلف المستويات. وقال وزير خارجية النظام السوري، وليد المعلم، في مؤتمر صحافي في دمشق قبل أيام، إن “للبادية أولوية في معارك الميدان”، وإن الهدف الأساسي الآن هو “التوجه للوصول إلى دير الزور”، في حين لا تكف وسائل الإعلام والمحللون، التابعون للنظام وحلفائه، عن الحديث عن معركة البادية وأهميتها، عبر الوصول إلى الحدود العراقية السورية لتأمين طريق بري يصل إيران بلبنان مروراً بالعراق وسورية، بالإضافة للتوجه إلى دير الزور، في حين أعلنت الفصائل المتواجدة في البادية، والمدعومة من أميركا، وعلى رأسها “جيش مغاوير الثورة”، استعدادها للتوجه إلى البوكمال، التي طالما حاولت السيطرة عليها، لما لذلك من أهمية في قطع إمدادات التنظيم من العراق٠
وأفاد مصدر مطلع، طلب عدم الكشف عن هويته، في حديث مع “العربي الجديد”، أن “المشهد اليوم معقد جداً، ورغم وجود مناطق نفوذ في سورية، إلا أنها غير واضحة الحدود، والإيرانيون والروس يحاولون تحويلها إلى أوراق تفاوضية مع أميركا، عبر خلق وجود ما لهم ضمن مناطق الأخيرة. إذ تفيد المعلومات المتقاطعة أن منطقة النفوذ الأميركية تمتد من مدينة البوكمال، في ريف دير الزور على الحدود السورية العراقية، مروراً بأبو الشامات بمحاذاة تدمر، إلى ريف دمشق إلى درعا والقنيطرة، في حين تمتد منطقة النفوذ الروسي، بغض النظر عن التواجد الإيراني والنظام، من تدمر في ريف حمص الشرقي إلى مدينة السخنة شرقاً ومن ثم دير الزور. إلا أن ما يجري حالياً، خصوصاً عقب طرح مناطق تخفيف التصعيد التي لم تلق التجاوب الأميركي الذي كانت تأمل الروس به، والحديث عن توسيعها لتشمل كل البلاد، يظهر وجود مناكفات على الأرض”٠

وأضاف المصدر المطلع “تصاعد الحديث، من قبل النظام وحلفائه، أخيراً عن الوصول إلى الحدود العراقية السورية، واعتبرها أولوية، إذ تقدمت قوات النظام عشرات الكيلومترات على طريق دمشق بغداد، متمركزة عند منطقة السبع بيار (التي تبعد 120 كيلومتراً شرق دمشق ونحو 70 كيلومتراً عن الحدود الأردنية)، ومنطقة ظاظا، إضافة إلى عدة كتل مطلة على مطار السين” شمال شرق ريف دمشق. وبين أن “السيطرة على أوتوستراد دمشق بغداد، تقتضي السيطرة على معبر التنف الحدودي، الذي يمثل اليوم قاعدة عسكرية لفصائل مسلحة، أبرزها جيش مغاوير الثورة، المدعوم أميركياً وبريطانياً، وقد تقدمت هذه الفصائل باتجاه منطقة حميمة، التي تبعد 40 كيلومتراً شرق تدمر، إضافة إلى القيام بإنزالات جوية في مدينة البوكمال التابعة لمحافظة دير الزور والواقعة على الحدود مع العراق، التي يعلنون صراحة أنها هدفهم المقبل. في هذا الوقت، تقوم قوات النظام والطيران الروسي بمهاجمة الفصائل المسلحة المعارضة في ريف السويداء الشرقي المتصل بالبادية، ما أوقف عملياتها ضد داعش، وبالتالي سيتسبب هذا الأمر بقطع الطريق أمام الأميركيين إلى دير الزور والسيطرة على الحدود العراقية السورية، الأمر الذي قد يتسبب في صدام عسكري وتوتر في العلاقات الروسية الأميركية”٠

من جانبها، ذكرت صحيفة “الغارديان” البريطانية أن “الإيرانيين حولوا الطريق البري بين عاصمتهم ودمشق، ومنها نحو بيروت ومياه البحر المتوسط، من البادية السورية، لتمر عبر تدمر السخنة دير الزور الميادين”. وقال الناشط الإعلامي، وسام الدمشقي، لـ”العربي الجديد”، إن “النظام ما زال يستقدم تعزيزات عسكرية إلى المناطق التي سيطر عليها في البادية الشامية، ومحيط مطار السين”، معرباً عن اعتقاده أن “أهداف هذه التعزيزات كثيرة، منها تأمين مطار السين، وتأمين أوتوستراد دمشق بغداد، والسيطرة على معبر التنف الحدودي، وتأمين دخول المليشيا الشيعية من العراق إلى سورية، بالإضافة إلى الضغط على القلمون الشرقي”٠
من جانبه، قال عضو “تنسيقية تدمر”، خالد الحمصي، لـ”العربي الجديد”، إن “أمام النظام الكثير قبل الوصول إلى السخنة من جهة تدمر، مثل مناطق أرك والمحطة الثالثة وحقل الهيل”، لافتاً إلى أن “النظام يريد مهاجمة الثوار في عمق البادية، والسيطرة على المناطق التي حرروها من داعش أخيراً”. وبين الحمصي أن “البادية هي الطريق الأسهل باتجاه ريف دير الزور الشرقي، لكن طالما هناك جنود أميركيون مع الثوار، أظن أن النظام سيتابع طريقه باتجاه السخنة”. وأعرب عن اعتقاده أن “النظام يعمل للفصل بين الثوار وداعش، لكي يكون له الفرصة الأكبر للسيطرة على مناطق التنظيم فور انسحابه تحت الضربات القوية التي يتلقاها”٠

من جهته، قال قائد “أسود الشرقية”، أبو فيصل طلاس، في حديث مع “العربي الجديد”، إن “النظام وحزب الله والإيرانيين يجلبون، بشكل يومي، تعزيزات إلى المنطقة، خصوصاً بعد اتفاق أستانة، ويقصف الطيران بشكل يومي مواقع جيش أسود الشرقية بأكثر من 25 غارة”. وذكر أن “ما تم الاتفاق عليه بين روسيا من جهة وإيران والنظام من جهة أخرى، يتضمن مساندة الروس لإيران والنظام للسيطرة على أوتوستراد دمشق بغداد لتأمين خط بيروت دمشق بغداد طهران، وفي المقابل تقدم روسي من تدمر إلى السخنة والوصول إلى دير الزور، ووصاية روسية على دير الزور مقابل النفط والغاز، وقطع الطريق على الأميركيين بين الرقة والموصل”. وقال طلاس إن “الروس جادون بالعمل على الأرض، والنظام تقدم على الأوتوستراد، وتقدم في ريف السويداء، ويجلب يومياً مئات المقاتلين والمعدات إلى المنطقة، في حين تفكر أميركا بنقل التنف إلى الرطبة، وفصائل المعارضة نائمة”. واعتبر أن “مناطق تخفيف التوتر أثرت عليهم بشكل كبير، إذ استطاع النظام نقل تعزيزات إلى البادية”. وتساءل عن “غياب البادية عن أستانة وجنيف، وكأن البادية ودير الزور غير سوريتين، كما لا يبدو أنهم مهتمون بفتح طريق بري سيفتح شرياناً لربط المليشيات ببعضها بعضاً من إيران والعراق وسورية إلى لبنان”٠

وقال قائد “أسود الشرقية” إن “مناطقه في البادية خالية تماماً من داعش وجبهة النصرة وأي فصيل متطرف، حتى أن النظام قطع علينا الطريق لقتال التنظيم، وأمن لهم الحماية، بالإضافة إلى خوفه من أن يفك الحصار عن الغوطة”، لافتًا إلى أنهم “غير ممثلين في أستانة أو جنيف”. واستبعد أن يكون هناك طريق إيراني عبر دير الزور الميادين، معتبراً أن “هناك صعوبات كبيرة، جغرافية وبشرية، في حين أن الطريق الدولي دمشق بغداد، مناسب أكثر من حيث المسافة والمحيط السكاني”. وربط كثر بين معركة الحدود الثلاثية، من جهة، والمناورات العسكرية متعددة الأطراف التي استضافها الأردن منذ أيام، من جهة ثانية، على قاعدة أنها تزامنت مع بدء معركة البادية، وجرت في منطقة قريبة من الحدود الأردنية العراقية السورية. وشارك في المناورات، التي انتهت أمس الخميس، نحو 7200 جندي من أكثر من 20 دولة، بينها الولايات المتحدة وحلفاء عرب. وأجمعت وسائل إعلام موالية للنظام السوري على اعتبار المناورات جزءاً من المخطط الأميركي البريطاني الأردني للتدخل في الجنوب السوري٠

https://www.alaraby.co.uk/politics/2017/5/18/معارك-البادية-سباق-السيطرة-على-الحدود-السورية-الأردنية-العراقية

Les Etats-Unis ont bombardé des forces prorégime en Syrie

Le convoi du régime ciblé par l’attaque se dirigeait vers une base où Américains et Britanniques forment et encadrent des rebelles.

Le Monde.fr avec AFP |  18.05.2017

Pour la troisième fois depuis le début de la guerre civile syrienne, l’armée américaine a procédé jeudi 18 mai à des frappes contre des forces favorables au régime de Bachar Al-Assad près d’Al-Tanaf, non loin de la frontière jordanienne. La première intervention contre des troupes régulières, en septembre 2016, avait été placée sur le compte d’une erreur de cible. La deuxième visant une base aérienne, le 6 avril, avait constitué une réponse à un bombardement chimique imputé au régime de Bachar Al-Assad.

Selon la coalition mise sur pied pour lutter contre l’organisation Etat islamique (EI), les frappes ont visé cette fois-ci des forces pro­régime, peut-être des milices ­chiites, qui se dirigeaient vers une ancienne base militaire où des forces spéciales américaines et britanniques forment et encadrent des rebelles syriens.

Ces forces rebelles, auparavant basées et entraînées en Jordanie, mènent ces dernières semaines une offensive contre l’EI dans l’est de la Syrie en direction de la frontière irakienne. Washington, qui s’appuie sur ces combattants syriens, souhaite en effet prendre en étau l’EI en l’attaquant sur ses arrières, alors qu’au nord-est du pays une coalition arabo-kurde également soutenue par les Occidentaux s’apprête à lancer un assaut contre la ville de Rakka, la « capitale » des djihadistes dans le pays.

« Mesures agressives »

Le convoi ciblé, formé par des miliciens chiites irakiens qui se battent aux côtés des forces gouvernementales syriennes, était entré dans une zone faisant l’objet d’un accord de « déconfliction » entre l’armée russe et l’armée américaine. Le communiqué précise que les frappes sont intervenues après que la Russie a tenté en vain de stopper l’avance du convoi. Vendredi, Moscou a condamné le bombardement, le qualifiant d’« inacceptable ».

Le secrétaire à la défense, James Mattis, a assuré jeudi que cette intervention ne témoigne pas d’une volonté d’escalade. « Nous n’accroissons pas notre rôle dans la guerre civile syrienne, mais nous défendrons nos troupes si des gens prennent des mesures agressives contre nous », a-t-il affirmé au cours d’une conférence de presse organisée au Pentagone à l’occasion de la visite de son homologue suédois Peter Hultqvist.

Les trois interventions contre des forces syriennes sont de rares exceptions à la règle observée jusqu’à présent en Syrie par l’armée américaine, où elle se concentre depuis l’automne 2014 contre les troupes de l’EI. Jeudi, la coalition au sein de laquelle les Etats-Unis assurent l’essentiel des missions a ainsi annoncé avoir conduit 22 frappes concentrées pour l’essentiel dans le sud-est de la Syrie.

 Lire aussi :   En Syrie, course-poursuite dans l’Est contre l’EI

Ces frappes, et celle contre les forces prorégime, témoignent de l’importance de l’enjeu que représente cette partie désertique de la Syrie contiguë à la Jordanie et surtout à l’Irak, notamment avec le point de passage d’Abou Kamal. Washington ne cache pas sa volonté de voir cette zone rattachée à celle contrôlée par la rébellion, dans le nord-est du pays, une fois que le verrou de Rakka, visé par une offensive, sera tombé.

Lire aussi :   Washington affirme que la Syrie a conservé des armes chimiques

Mais les projets américains se télescopent avec les ambitions du régime de Bachar Al-Assad, et de son allié iranien. Damas, qui s’inquiète en effet de son influence future dans cette région, n’entend pas laisser des rebelles soutenus par des Occidentaux s’y installer durablement une fois l’organisation djihadiste expulsée ou défaite. Et le régime souhaite désormais étendre son influence au-delà de la « Syrie utile » sur laquelle il a consolidé son contrôle ces derniers mois avec l’aide de l’armée russe et de combattants dépêchés par la République islamique d’Iran.

http://www.lemonde.fr/international/article/2017/05/18/les-etats-unis-ont-bombarde-des-forces-proregime-en-syrie_5130114_3210.html#T7MccSuhiqR3hPmE.99

Syrie: “Le régime veut changer l’équilibre démographique du pays”


Syrie: “Le régime veut changer l’équilibre démographique du pays”

 Propos recueillis par Catherine Gouëset, le 12/05/2017

La guerre se poursuit en Syrie, malgré des négociations en cours à Astana sous l’égide du Kremlin. Témoignage de Brita Hagi Hassan, l’ancien “maire d’Alep-Est”.

“Le martyre des Syriens continue pendant que le monde regarde ailleurs”. C’est le cri lancé par Brita Hagi Hassan. Il a dirigé entre 2015 et 2016 le Conseil local d’Alep-Est, formé après que la rébellion en a chassé les forces du régime, en 2013. Cet ingénieur de 40 ans, natif de la capitale économique de la Syrie, a assisté au siège et aux innombrables bombardements imposés aux quartiers les plus peuplés d’Alep par le régime de Bachar el-Assad avant que ces quartiers soient vidés de leur population. 

Parti de la ville en juillet 2016 pour aller demander de l’aide aux pays européens, il n’a pas pu y retourner, en raison du siège imposé par l’armée du régime. Il vit désormais dans l’arrière-pays d’Alep. Contacté par L’Express, il témoigne des difficultés de millions de Syriens vivant dans les zones tenues par les rebelles, en particulier dans les gouvernorats d’Alep et d’Idleb dans le nord du pays, soumises depuis des mois à des frappes aériennes. 

Quelle est la situation dans les régions d’Idleb et d’Alep, tenues par les rebelles, où a trouvé refuge la population évacuée d’Alep-Est?

Le déplacement de populations ne s’est pas limité à la ville d’Alep. Il touche aussi les habitants de nombreuses régions de Syrie. Les conditions de vie des civils, installés dans des camps, pour la plupart, sont extrêmement difficiles. Les besoins vitaux les plus élémentaires ne sont pas assurés: beaucoup n’ont accès qu’à une eau insalubre. Et l’afflux de déplacés, en provenance des zones assiégées du reste de la Syrie se poursuit en direction de cette région, surpeuplée par rapport à ses capacités d’accueil.

La situation est aussi très dégradée en raison des bombardements continus depuis des mois. La plupart des hôpitaux et des centres de protection civile ont été détruits. Seuls fonctionnent encore ceux qui se trouvent sur la frontière syro-turque, ce qui est très insuffisant.

Le rapport de force entre groupes djihadistes et forces rebelles affecte-t-il les conditions de vie de la population dans ces régions?

Nous sommes contre Al-Qaïda et contre l’extrémisme. Daech et Al-Qaïda sont des fabrications du régime. C’est lui qui a sorti les djihadistes de ses prisons, lui qui les a laissés entrer en Syrie afin de donner à cette révolution, qui réclamait liberté et dignité, la couleur noire du terrorisme, dont personne ne veut en Syrie. À ce jour, l’armée libre [ASL] est la seule à les avoir combattus. C’est elle qui les a chassés d’Alep et de dizaines de villages et, récemment, de la périphérie de Damas. Elle demeure la seule capable de les chasser de toute la Syrie.

Le régime, lui, surfe sur le confessionnalisme et contribue à alimenter le terrorisme. Au lieu de combattre Daech ou Al-Nosra, il tue les civils, femmes et enfants compris, détruit les infrastructures vitales, à commencer par les centres de santé ou de protection civile.

Pensez-vous que l’accord de “désescalade” conclu à Astana sous l’égide de la Russie puisse offrir une voie de sortie de la guerre?

L’objectif affiché des discussions à Astana est la création de zones prétendument “sûres”. Rien de tel ne s’est produit jusqu’à présent. Bombardements, migrations forcées, sièges de villes et de quartiers entiers, affamés, se poursuivent.

LIRE AUSSI >> Des villes vidées de leur population après des années de siège

Le véritable objectif du régime d’Assad est clair: il s’agit de changer l’équilibre démographique du pays. La poursuite méthodique de déplacements de populations en est la preuve [De larges pans de population issues des villes ou quartiers hostiles au régime -en majorité sunnites, alors que le clan au pouvoir est alaouite, sont forcés de quitter ces zones, afin de permettre au régime de reprendre la main sur la “Syrie utile”]

Les frappes aériennes ont-elles diminué depuis l’annonce d’un accord sur des zones de “désescalade” par la Russie?

La diminution récente des bombardements dans le nord de la Syrie a été de pair avec leur augmentation dans les autres régions, aux alentours de Hama notamment, et la poursuite des déplacements de populations.

L’accord d’Astana, comme les précédents cessez-le-feu, est mort-né. Nous ne croyons pas à sa mise en application alors que nous avons demandé sans relâche un cessez-le-feu et l’arrêt des combats qui détruisent hommes, maisons et même la végétation.

Ces combats ont détruit 70% de la Syrie, coûté la vie à 600 000 Syriens et abouti au déplacement de 12 millions de personnes. Comment attendre la mise en oeuvre d’un cessez-le-feu, quand ceux qui sont désignés comme les garants – l’Iran et la Russie – sont les principaux responsables de ces crimes ?

Depuis qu’ont commencé les négociations à Astana, le feuilleton de la déportation des milliers de Syriens s’est poursuivi: Daraya, près de Damas, lors du sommet Astana 1, Le quartier de Waer à Homspendant Astana 2; Astana 3 pour Madaya et  Zabadani et Astana 4 pour Barzé et Qaboun. Et le feuilleton continue, sous les yeux insensibles du monde entier.

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/syrie-le-regime-veut-changer-l-equilibre-demographique-du-pays_1907561.html#mWO5CdyHIe2kaYgD.01

Statistiques: L’intervention militaire de l’occupation Russe en Syrie


 

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Bombardement chimique en Syrie : les intox à l’épreuve des faits


Syrie, attaque chimique de l’aviation du régime contre la population civile à Khan Cheikhoun 4 avril 2017

Ce que l’on sait de l’attaque de Khan Cheikhoun du 4 avril, au-delà des manipulations diffusées notamment par le gouvernement russe et le régime syrien.

LE MONDE |  12.04.2017

Le 4 avril vers 6 h 30 du matin, quatre explosions secouent la localité de Khan Cheikhoun, située à une cinquantaine de kilomètres d’Idlib et à une vingtaine de kilomètres de la ligne de front du nord d’Hama, qui sépare forces du régime et groupes rebelles dans le nord-ouest de la Syrie. Quatre-vingt-sept personnes perdent la vie et 557 sont blessées après avoir été atteintes par des gaz chimiques, selon la direction de la santé de la province.
Une exposition aux gaz que plus personne ne conteste, pas même le gouvernement syrien. Mais plusieurs autres points font l’objet de controverses, parfois sur la foi d’arguments fallacieux. Explications.
Premières divergences : l’heure du raid aérien syrien

CE QUE DIT LE RÉGIME SYRIEN
Le gouvernement syrien a reconnu, le 6 avril, avoir conduit un raid aérien le 4 avril, mais plusieurs heures après l’horaire rapporté par les témoignages sur place, tout en niant avoir lui-même utilisé des armes chimiques et en mettant en doute le bilan avancé par les services de secours :
« Le premier raid aérien mené par l’armée de l’air a eu lieu à 11 h 30 ce jour-là et il a attaqué et détruit un dépôt d’armes chimiques appartenant au Front Al-Nosra. »

POURQUOI C’EST FAUX
Les premiers témoignages ont rapidement accusé un « Sukhoï 22 » des forces aériennes syriennes d’avoir bombardé la ville vers 6 h 30 heure locale. Une vidéo a notamment été postée deux heures plus tard (elle est datée du 3 avril car la plate-forme YouTube indique l’heure californienne).
L’heure du raid aérien – matinale et inhabituelle dans ce secteur – prend de court les équipes médicales et de la défense civile. Celles-ci s’appuient sur les réseaux d’alerte aérienne des zones rebelles, composés d’observateurs qui scrutent le ciel et les échanges radio et déterminent les caps empruntés par les avions qui décollent des bases aériennes gouvernementales.
Ces derniers repèrent bien, ce matin-là – à 6 h 28 heure locale –, le décollage d’un Sukhoï 22 de l’armée de l’air syrienne de l’aéroport militaire de Chayrat – qui sera bombardé en représailles par les Etats-Unis le 6 avril. Heure d’arrivée estimée sur Khan Cheikhoun (parmi une douzaine de cibles potentielles) : sept minutes plus tard.

A 6 h 28 le 4 avril, le réseau d’alerte aérienne des zones rebelles relève le décollage du Sukhoï 22 à Chayrat et alerte une douzaine de localités se trouvant sur sa trajectoire.
A 6 h 28 le 4 avril, le réseau d’alerte aérienne des zones rebelles relève le décollage du Sukhoï 22 à Chayrat et alerte une douzaine de localités se trouvant sur sa trajectoire.
Selon les coordonnées radar rendues publiques par le Pentagone, l’armée américaine repère, elle, le Sukhoï 22 au-dessus de Khan Cheikhoun entre 6 h 37 et 6 h 46 heure locale. Le réseau d’alerte des zones rebelles avait vu juste. La version officielle syrienne a du plomb dans l’aile.

Le régime syrien n’a pas simplement bombardé « des stocks d’armement » dans lesquels « il y avait du chimique »

CE QUE DIT LA RUMEUR
La chaîne YouTube Eurasie Express a publié, le 7 avril, une interview de Bassam Tahhan, présenté comme « spécialiste du Moyen-Orient et de la Syrie ». Dans cette intervention, relayée également sur le blog Les Crises, qui dénonce régulièrement la supposée « propagande » des médias occidentaux, M. Tahhan se montre pour le moins catégorique :
« Tout ça, c’est une mise en scène pour justifier des représailles qui n’ont pas lieu d’être, parce qu’il n’y a pas eu d’attaque chimique, enfin, je suis catégorique là-dessus. »
Et d’enfoncer le clou, affirmant que le régime syrien a en réalité visé des stocks d’armes chimiques des djihadistes du Front Al-Nosra, qui se fait désormais appeler Front Fatah Al-Cham :
« Tout ce qu’il y a eu, c’est que l’aviation syrienne a bombardé des stocks d’armement, et dans ces armements, il y avait du chimique. »
C’est aussi la version développée par le régime syrien et le porte-parole de la défense russe au lendemain de l’attaque.

POURQUOI CELA NE TIENT PAS
Le régime syrien a-t-il pu seulement bombarder un entrepôt d’armes chimiques ? Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, joint par Le Monde, réfute cette théorie :
« Si un tel stock existait, il serait très improbable qu’il soit sous le contrôle des groupes rebelles. Il s’agit indubitablement d’une attaque perpétrée à l’aide d’une arme chimique et non d’une fuite qui aurait été occasionnée par des dégâts collatéraux. Pour disposer d’une arme chimique, il faut non seulement posséder un agent toxique, mais il faut aussi que ce dernier soit couplé à un dispositif de dissémination spécifique (bombes, roquettes, aérosols). »
Compte tenu du nombre important de victimes recensées, services médicaux, organisations non gouvernementales, tout comme des sources françaises estiment – mais avec grande prudence – qu’il pourrait s’agir d’un neurotoxique organophosphoré de type sarin.
Des silos détruits par une attaque bien antérieure au 4 avril
Confirmant les scènes filmées dans la ville et les premiers constats médicaux dressés par les équipes de secours – blocage de l’appareil respiratoire, sécrétions buccales (bave), convulsions… – l’équipe de Médecins sans frontières dépêchée le 5 avril auprès de l’hôpital de Bab Al-Hawa, dans la province d’Idlib, décrit aussi « des symptômes concordants avec une exposition à un agent neurotoxique de type gaz sarin ». L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a fait savoir le 6 avril qu’une « enquête [était] en cours » sur l’attaque.
Le correspondant du quotidien britannique The Guardian, Kareem Shaheen, s’est rendu dans la ville, la zone où s’est abattu le missile : autour du « petit cratère noirci » où aurait explosé le missile chimique, « il n’y avait rien d’autre qu’un espace délaissé couvert de poussière et des silos à moitié détruits puant la céréale oubliée et le fumier »

Il s’agirait donc de silos à grains, une information corroborée par le journaliste syrien Hadi Abdallah, qui a visité ce même « entrepôt ».

Pourrait-il avoir contenu des stocks chimiques lors de la frappe du 4 avril ? D’une part, le point d’impact du projectile et sa taille expliquent difficilement le niveau de dégâts constaté dans les silos en question. D’autre part, et surtout, ils ont été détruits par un raid aérien antérieur au 4 avril – six mois auparavant, selon les habitants –, comme le signale Christiaan Triebert, membre du collectif d’investigation Bellingcat :

Un autre déroulé des faits ces jours-là, qualifiés d’« enchaînement de crimes qui dépassent l’entendement » par le directeur de la santé de la province d’Idlib lors d’un entretien au Monde, pourrait plaider en faveur de la thèse d’une attaque préméditée contre Khan Cheikhoun le 4 avril : celui des frappes qui ont visé les hôpitaux de la région avant et après l’attaque chimique.
Lundi 3 avril, l’hôpital national de Maarat Al-Nouman, principal établissement de la région et centre de coordination des services d’urgence, est entièrement détruit par une série de frappes. Vers 11 heures le lendemain à Khan Cheikhoun, c’est l’hôpital local qui est attaqué, puis le centre de la défense civile de la même ville.

Enfin la référence aux djihadistes du « Front Al-Nosra » par Bassam Tahhan, n’est pas anodine. Emanation d’Al-Qaida, son successeur, le Front Fatah Al-Cham, et son paravent Tahrir Al-Cham sont en effet actifs dans la région. Un détachement de Jund Al-Aqsa, un groupe djihadiste qui a depuis été expulsé de la zone et qui a rallié les territoires contrôlés par l’organisation Etat islamique, a également opéré dans la région.
De plus, les frappes aériennes se sont intensifiées depuis le lancement, par les rebelles, à la mi-mars, d’une offensive contre Hama, une capitale provinciale située à une trentaine de kilomètres au sud de Khan Cheikhoun. « Le régime veut casser le triangle Idlib-Jisr Al-Choghour-Khan Cheikhoun qui fait peser une menace sur la vallée du Ghab et la zone côtière, deux zones stratégiques. Pour ce faire, il s’efforce de briser la volonté de la population », confiait alors au Monde Samir Al-Taqi, un ancien conseiller du ministère des affaires étrangères syrien.
Assad « n’avait aucun intérêt à faire ces frappes », l’argument qui fait diversion

CE QUE DIT LA RUMEUR
Cet argument a été repris par le site russe Sputniknews, qui cite le politologue iranien Mosib Naimi, selon qui une telle attaque de la part du régime syrien serait « absurde ». Nicolas Dupont-Aignan, candidat de Debout la France ! à la présidentielle, est sur la même ligne : « Quand il s’agit de tomber dans le panneau d’éventuelles manipulations, tout le système est derrière. Assad n’avait aucun intérêt à faire ces frappes chimiques », déclare-t-il dans un entretien au Monde, estimant qu’« on part d’une fausse information, ou d’une information pas vérifiée ».

CELA NE CHANGE RIEN AU FOND
Certes, cette attaque ne semble pas servir les intérêts du régime syrien sur la scène internationale, en témoignent les frappes américaines qui ont suivi. Reste qu’il ne s’agit que d’un élément d’interprétation, pas d’un fait qui remettrait en question l’implication du régime syrien.
Or, ce dernier ne conteste pas être à l’origine du bombardement de Khan Cheikhoun, se contentant d’affirmer avoir bombardé des stocks d’armes chimiques et n’avoir pas lui-même employé d’armes chimiques. Version, on l’a vu, hautement contestable.
Clamer que le crime ne profite pas à Bachar Al-Assad ne change rien à ces faits.
« Les premiers résultats d’enquête de l’ONU » n’incriminent pas les rebelles

CE QUE DIT LA RUMEUR
Un article du site Algérie Network, repris sur plusieurs pages Facebook peu fiables comme Vladimir Poutine Fanclub ou Soutien national en Bleu Marine, affirme que les premiers éléments réunis par les Nations unies indiqueraient que « ce sont les rebelles qui ont utilisé du gaz sarin ».

POURQUOI C’EST FAUX
L’article en question, publié le 7 avril et qui a depuis été partagé plus de 20 000 fois sur Facebook, ne dit pas clairement qu’il traite de l’attaque de Khan Cheikhoun. Et pour cause : il s’agit en réalité d’une reprise d’un article et de vidéos YouTube qui datent de 2013 et n’ont rien à voir avec les faits en question.
Par ailleurs, il ne s’agissait pas d’un rapport des Nations unies, mais d’un rapport de Richard Lloyd, ancien inspecteur de l’ONU, pour le Massachusetts Institute of Technology. Il estimait que l’attaque au gaz sarin de la Ghouta, une banlieue de Damas, le 21 août 2013, ne pouvait être le fait des forces du régime syrien, et l’attribuait donc aux rebelles.
Cette thèse elle-même fait l’objet d’une controverse, puisque la contre-analyse d’Elliot Higgins sur le site d’enquête britannique Bellingcat a, par la suite, mis en doute les conclusions de M. Lloyd. Rien ne permet, selon M. Higgins, d’affirmer que les forces du régime ne pouvaient techniquement pas être responsables de l’attaque.
L’enquête des Nations unies, qui a établi l’usage à grande échelle de gaz sarin, n’a pas désigné de coupable car les inspecteurs n’avaient pas été mandatés pour établir la responsabilité de cet usage.

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/04/12/bombardement-chimique-de-khan-cheikhoun-en-syrie-les-intox-a-l-epreuve-des-faits_5110175_4355770.html
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