Où étaient les missiles S-300 russes face à l’attaque israélienne sur la Syrie, hier ?


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Mécontentements russes «sans précédent» face aux raids israéliens sur la Syrie

2 juillet 2019 – OSDH

Face aux frappes israélien sur des sites syriens hier, Moscou s’est exprimé avec un accent de mécontentement face à l’évolution de la situation, invitant à ne pas les lier à sa participation aux réunions russo-américaines qui ont eu lieux dernièrement. Le ministère des Affaires étrangères a enfin souligné la nécessité de « respecter le droit international », en critique directe des frappes israéliennes.

La réponse russe à la nouvelle attaque israélienne, contrairement au silence habituel dans des positions similaires, Moscou semblait être « géné », selon un expert russe à qui Asharq Al-Awsat s’est entretenu.

Quelques jours seulement après la réunion des présidents des conseils de sécurité russes, américains et israéliens à Jérusalem-Ouest, l’attaque pourrait être interprétée que Moscou aurait donné une couverture à Israël pour continuer ses frappes en Syrie, alors que le dossier de la présence iranienne en Syrie constituait un point de discorde, sur lequel Moscou espérait poursuivre le dialogue, plutôt que d’agir avec un nouvel acte provocateur ».

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a commenté l’évolution de la situation, contrairement aux positions précédentes sur les frappes israéliennes, et a déclaré que son pays « est en train d’étudier la situation, quant au rapport d’information sur l’attaque aérienne israélienne à Damas ». Le ministre russe des Affaires étrangères a souligné l’importance de respecter et de mettre en œuvre les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, notant que Moscou considère qu’il est un point de départ pour évaluer les actions de toutes les parties de la région.

« Il n’y a pas de lien entre les pourparlers entre le président Vladimir Poutine et Donald Trump (en marge du sommet d’Osaka) et les raids sur la banlieue de Damas », a déclaré le porte-parole de la présidence russe, Dmitry Peskov. Cette phrase reflétait également le désir de la Russie de souligner le mécontentement de Moscou face au développement et ne donnait pas le feu vert aux Israéliens pour mener à bien l’attaque.

(…)

استياء روسي «غير مسبوق» من الغارات الإسرائيلية على سوريا

2 juillet 2019

برزت، أمس، لهجة استياء غير مسبوقة من جانب موسكو حيال الضربات الإسرائيلية على مواقع في سوريا، وتعمد الكرملين إرسال إشارات بعدم ارتياحه للتطور، ودعا إلى عدم ربطه باللقاءات الروسية – الأميركية، أخيراً، في حين شددت وزارة الخارجية على ضرورة «احترام القانون الدولي»، في انتقاد مباشر للضربات الإسرائيلية.

وبدا من توالي ردود الفعل الروسية على الهجوم الإسرائيلي الجديد، في مقابل تعمد موسكو في مواقف مماثلة سابقاً التزام الصمت، أن الجانب الروسي يشعر بـ«حرج»، وفقاً لتعليق خبير روسي تحدثت إليه «الشرق الأوسط»، وأوضح أن قيام إسرائيل بشن ضربات قوية وواسعة بعد مرور أيام فقط على اجتماع رؤساء مجالس الأمن القومي الروسي والأميركي والإسرائيلي في القدس الغربية «يمكن أن يفسر بأن موسكو منحت غطاءً لمواصلة إسرائيل توجيه ضرباتها في سوريا، في حين أن ملف الوجود الإيراني في سوريا شكّل نقطة خلافية كانت موسكو تأمل في مواصلة الحوار بشأنها، بدلاً من القيام بعمل استفزازي جديد».

وكان وزير الخارجية الروسي، سيرغي لافروف سارع أمس خلافاً لمواقف سابقة حيال ضربات إسرائيلية، إلى التعليق على التطور، وقال إن بلاده «تدرس الضربة الإسرائيلية، التي استهدفت مواقع في سوريا، وتدعو إلى احترام القوانين الدولية». وأوضح لافروف، أن الجانب الروسي «بصدد دراسة الحقائق فيما يتعلق بالتقارير عن غارة جوية إسرائيلية على دمشق». وأكد وزير الخارجية الروسي على أهمية احترام وتنفيذ قرارات مجلس الأمن التابع للأمم المتحدة، مشيراً إلى أن موسكو تعتبرها منطلقاً لتقييم أي أفعال تقوم بها أي جهة في المنطقة.

وفي وقت لاحق علق الكرملين على الحدث، وقال الناطق باسم الرئاسة الروسية، دميتري بيسكوف، إنه «لا وجود لأي صلة بين محادثات الرئيسين فلاديمير بوتين ودونالد ترمب (على هامش قمة أوساكا) وموضوع الغارات التي استهدفت ضواحي دمشق». وعكست هذه العبارة أيضاً حرصاً روسياً على إبراز عدم رضا موسكو عن التطور، وأنها لم تمنح الإسرائيليين ضوءاً أخضر لتنفيذ الهجوم.

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Hôpitaux bombardés en Syrie l’ONU réclame des comptes à Moscou


La Ghouta - 34

Le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a indiqué mardi avoir demandé à la Russie des explications sur ce qu’il est advenu des localisations de centres médicaux en Syrie données pour éviter des attaques et qui ont été bombardés.

« Je ne suis pas sûr » que donner leur localisation a protégé ces hôpitaux, a-t-il dit devant le Conseil de sécurité lors d’une réunion sur la Syrie au cours de laquelle des mots acerbes ont été échangés entre Paris et Londres d’un côté et Moscou de l’autre. 

Depuis l’intensification en avril des bombardements de l’armée syrienne soutenue par l’armée russe dans la région d’Idleb (nord-ouest), plus d’une vingtaine de centres médicaux ont été attaqués. 

La Russie et la Syrie ont démenti viser des installations civiles, assurant ne vouloir s’en prendre qu’à des groupes « terroristes ». 

« J’ai écrit à la Russie pour savoir comment sont utilisées les informations transmises » a précisé Mark Lowcock, citant un mécanisme créé pour éviter des incidents aériens en Syrie entre Washington et Moscou. Il avait été fortement conseillé aux ONG apportant une aide médicale de transmettre leur localisation pour contribuer à leur protection. 

« Nous savons qui a la maîtrise du ciel dans le nord-ouest », a souligné l’ambassadeur des États-Unis Jonathan Cohen en réclamant à la Russie de « faire davantage » pour la protection des civils.    

« Nous réfutons toutes les accusations de frappes aveugles à Idleb », a affirmé de son côté lors d’une liaison vidéo depuis Damas le général russe Alexey Bakin, chef du Centre russe pour la réconciliation des belligérants. Il a déploré que la communauté internationale ne condamne pas plus les groupes « terroristes ». 

Son intervention avait été précédée d’une mise en garde de la France. « Le Centre russe pour la réconciliation n’est ni un acteur humanitaire ni une agence onusienne, c’est une émanation du ministère de la Défense russe qui est une partie active au conflit », a noté l’ambassadeur François Delattre, en alertant sur l’objectivité des propos émis par son chef. 

L’Allemagne et le Royaume-Uni, qui a parlé de « conflit d’intérêts », ont aussi émis des critiques.  

« Notre délégation n’a jamais remis en question les intervenants proposés » par les autres, a rétorqué l’ambassadeur russe à l’ONU, Vassily Nebenzia. « Si les délégations souhaitent se lancer dans ce jeu, nous sommes prêts à y jouer à l’avenir », a-t-il ajouté. 

Devant le Conseil de sécurité, David Lillie, directeur de l’ONG Syrian American Medical Society, a réclamé des enquêtes sur les bombardements d’hôpitaux et relevé que la Russie avait « la capacité » de les mener. « 1200 travailleurs humanitaires ont péri en Syrie depuis le début du conflit » en 2011, a-t-il précisé.

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A medical facility in Kafranbel was among those destroyed in reported air strikes

Ambulance bombardée par les forces du régime et par l’occupation Russe

 

https://www.lorientlejour.com/article/1176383/hopitaux-bombardes-en-syrie-lonu-reclame-des-comptes-a-moscou.html

Une réponse ferme d’Ankara et des mobilisations militaires immenses autour d’Idleb


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Bombardement d’un point d’observation turc en Syrie … Une réponse ferme d’Ankara et des mobilisations militaires immenses autour d’Idleb

16 juin 2019

Damas – Al-Qods Al-Arabi: Sans prêter attention aux avertissements précédents de la Turquie et dans ce qui semble être une tentative russe d’entraîner Ankara dans une confrontation avec le régime syrien, les forces d’Assad ont bombardé le point de contrôle turc à Chir Maghar, au nord-ouest de Hama. La Turquie a répondu de manière décisive par l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères, tandis que le ministère de la Défense a déclaré que les forces du régime avaient ciblé le neuvième point d’observation turc situé dans la zone de « réduction de l’escalade » dans la province d’Idleb, au nord-ouest de la Syrie.
« Le harcèlement de nos soldats par le régime ne peut être toléré, nous allons le mettre à ses limites » , a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Mouloud Zhaoshoglu, à propos du ciblage du poste d’observation turc. « Tout le monde devrait connaître ses limites ». Le ministère a indiqué dans un communiqué que les forces du système, stationnées dans la région de Tal Bazan, avaient ciblé le point d’observation avec de l’artillerie et du mortier, sans faire de victimes, mais que la défense turque avait exprimé sa certitude dans le caractère délibéré du ciblage.
Les forces turques stationnées dans la région ont réagi directement au bombardement au moyen d’armes lourdes, selon le ministère de la Défense qui a confirmé que les dirigeants « suivaient de près les développements dans la région et menaient les initiatives nécessaires par l’intermédiaire de la Russie ».

    Un responsable de l’opposition: fournir à l’armée « libre » des armes anti-aériennes est « une question de temps »

Il semblerait que le ciblage des points d’observation turcs soit devenu normal dans un précédent qui n’existait pas, ce qui indique la connaissance de Moscou de ces attaques ou tout au moins parrainées, alors que les observateurs estiment que le régime et derrière lui l’Iran exploitent l’état d’anxiété et de confusion turco-russe.

Le chercheur en politique, Yaman Dabqi, a déclaré que l’incident avait pour but de mener une politique de dérapage afin de parvenir à une confrontation directe. « Les réponses à cette situation ne sont pas une preuve de faiblesse, mais un manque de volonté d’implication supplémentaire, et leur gestion nécessite un sens de responsabilités politiques et non pas des réactions aléatoires ».
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De l’avis de Dessouqi, la Russie exploite de manière répétée dans le ciblage répété des forces du régime sur les points d’observation turcs afin de faire pression sur Ankara pour qu’elle révise ses calculs concernant les batailles dans la campagne du nord de Hama et le dossier de la « Commission constitutionnelle », tout en essayant d’exploiter ces provocations pour ouvrir une porte de communication directe entre les deux parties, sous prétexte de coordonner plus tard pour empêcher la reproduction de ces accidents. La réaction turque signifie le refus d’Ankara de se soumettre aux menaces ou pressions, et à sa volonté de faire face militairement si la situation l’exige, ce qui poussera probablement la Russie à rétablir le conflit entre les parties locales, de peur de tomber dans dans des affrontements plus larges dont les éléments sont les garants.

Attirer la Turquie
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« Nous avons constaté que la réponse turque avait été rapide et énergique en termes de taille, de qualité de l’arme utilisée et d’informations de renseignement selon lesquelles il y avait eu des pertes importantes dans les positions de l’armée ciblée par le régime syrien”, a déclaré. Tékine « le message turc est clair selon lequel Ankara n’abandonnera pas Idleb de manière politique et de soutien et ne retirerait pas ses forces, peu importe les pressions, les circonstances et les provocations. La Turquie est prête à une plus grande réponse militaire s’il y a un nouveau ciblage de l’armée et des postes d’observation turcs à l’avenir. « La réponse turque est un message à tout le monde, que Ankara continuera à soutenir l’opposition syrienne modérée et promet davantage de soutien en quantité et en qualité », a-t-il déclaré.

Protection de l’accord

Après l’annonce de la supposée trêve, qui vise à réorganiser les rangs, des gigantesques mobilisations militaires russes ont été rapportées, notamment à Hmeimim et à Tartous, que les experts ont qualifiées de plus importantes depuis l’invasion du 26 avril. Parallèlement, des mobilisations turques ont également été repérées et a atteint les zones de contact des pays de l’opposition, dont l’objectif, selon le chercheur politique Yaman Dabeq, est de fixer les point du progrès sur les axes avancées à l’est et à l’ouest de la campagne de Hama, et Lattaquié, et d’améliorer les fronts de défenses, soulignant que ces mobilisations laisse présager une étape violente dans la région des zones de « Désescalade ».
Un responsable de l’opposition syrienne a déclaré dimanche que l’armée syrienne pourrait être armée d’armes anti-aériennes dans un proche avenir.
« Si la Russie continue d’utiliser ses avions de combat pour bombarder des civils à Idleb et les campagnes de Hama et d’Alep, fournir à l’Armée Syrienne Libre des armes anti-aériennes est une question de temps », a déclaré Ahmad Ramadan, membre du bureau politique et directeur du département de presse de la Coalition nationale, Ahmed Ramadan. Une source militaire bien informée a déclaré à al-Quds al-Arabi qu’il y avait eu des appels au sein du Conseil de sécurité nationale turc pour armer l’opposition syrienne modérée fidèle à la Turquie de systèmes de défense aérienne, alors qu’aucune déclaration officielle n’a été faite par le gouvernement turc.
Il y a quelques jours, un avion de combat russe Sukhoi, a été le cible d’une attaque lors d’un raid dans la région dans le nord du pays. Moscou a reconnu l’incident, alors que ses agences de presse ont accusé la Turquie d’être derrière l’opération en fournissant à l’opposition syrienne des missiles anti-aériens.
Cependant, le chef de l’opposition syrienne, le colonel Fatih Hassoun, avait auparavant nié lors d’un entretien exclusif avec Al-Qods Al-Arabi: « Nous n’avons pas été fournis avec ces types de missiles, ce que nous en possédons a été obtenus d’une manière autonome, lors des batailles contre le régime syrien, et que ces armes n’ont pas fait grande différence à cause d’un défaut de certaines d’entre elles, dues au non-respect des conditions de transport et de stockage des missiles qui sont d’une grande sensibilité car elles sont équipées de gyroscopes thermiques ou à laser ».

قصف نقطة تركية مجدداً في سوريا… رد حازم من أنقرة وحشود ضخمة حول إدلب

16 – يونيو – 2019

Le Soudan et l’Algérie reprennent-ils le flambeau du « printemps arabe » ?


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Le Soudan et l’Algérie reprennent-ils le flambeau du « printemps arabe » ?

Les mouvements populaires qui s’opposent aux régimes algérien et soudanais tranchent avec la régression contre-révolutionnaire que connaît le monde arabe depuis 2011-2012. Dans les deux cas, des pouvoirs bâtis autour d’une charpente militaire ne peuvent prétendre mener eux-mêmes une transition destinée à éliminer leur emprise sur l’État et ses ressources.

par Gilbert Achcar

 

Le Soudan et l’Algérie reprennent-ils le flambeau du « printemps arabe » ?

Ces derniers mois, les nouvelles en provenance de l’espace arabophone ont été à nouveau dominées par des images de mobilisations populaires rappelant l’onde de choc révolutionnaire qui avait secoué la région en 2011. Des soulèvements se sont enclenchés au Soudan, le 19 décembre 2018, et en Algérie, avec les grandes marches du vendredi 22 février 2019. En une illustration frappante de la théorie des dominos, ils ont ranimé le souvenir de la première phase, massive et pacifique, des bouleversements que connurent, il y a huit ans, six autres pays de la région : la Tunisie, l’Égypte, Bahreïn, le Yémen, la Libye et la Syrie.

Cette fois, cependant, les commentateurs ont manifesté davantage de circonspection, formulant pour la plupart leurs jugements sur un mode interrogatif, à l’instar du titre du présent article. La raison en est l’amère désillusion qui avait suivi l’euphorie du « printemps arabe » de 2011. La répression du soulèvement bahreïni, quelques semaines après son déclenchement, avec la participation des autres monarchies pétrolières du Conseil de coopération du Golfe (CCG), aurait pu faire figure d’exception, compte tenu de la nature très particulière de ce club étatique. Mais, deux ans plus tard, la région dans son ensemble basculait dans une phase de reflux contre-révolutionnaire, avec une nouvelle réaction en chaîne… en sens inverse.

À l’offensive lancée au printemps 2013 en Syrie par M. Bachar Al-Assad avec l’aide de l’Iran et de ses auxiliaires régionaux ont succédé l’instauration d’un ordre musclé sous l’égide des militaires en Égypte, puis le retour d’une partie des hommes de l’ancien pouvoir en Tunisie. Entre-temps, dans ces deux pays, l’élan révolutionnaire initial avait été confisqué par des forces appartenant à la mouvance des Frères musulmans. Enhardis, les reliquats de l’ancien régime en Libye et au Yémen ont noué des alliances opportunistes avec des groupes qui avaient pris le train de la révolution en marche et qui, comme eux, étaient hostiles aux Frères musulmans, afin de tenter de s’emparer du pouvoir par la force, plongeant ainsi ces pays dans la guerre civile. L’enthousiasme a alors cédé la place à la mélancolie de ce qui n’a pas manqué d’être qualifié d’« hiver arabe », sur fond de percée régionale de l’entreprise terroriste totalitaire dite « État islamique ».

Or, si ce dernier avatar d’Al-Qaïda a fini par être écrasé en Irak et en Syrie, tandis que des groupes agissant sous la même franchise continuent à sévir en Libye et dans le Sinaï égyptien, ainsi qu’au-delà de l’espace arabophone, d’autres acteurs de la contre-révolution sont toujours à l’offensive.

Le clan Al-Assad poursuit sa reprise en main de la majeure partie du territoire syrien avec le concours de la Russie et de l’Iran. En Égypte, sans s’inquiéter de l’impact potentiel des rébellions au Soudan voisin et en Algérie, le régime de plus en plus despotique du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi s’est offert un changement constitutionnel destiné à permettre à son président de rester au pouvoir jusqu’en 2030 (1). L’émule libyen de celui-ci, le maréchal Khalifa Haftar — encouragé par Le Caire, Abou Dhabi, Riyad, Moscou et Paris, auxquels M. Donald Trump a fini par se rallier —, est engagé depuis mi-avril dans une offensive militaire dans l’ouest du pays pour compléter sa conquête du territoire. Cette action prend pour cible le gouvernement libyen de compromis reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU) ainsi que par les Frères musulmans, le Qatar et la Turquie, et saborde la médiation onusienne pour une nouvelle solution consensuelle. Au Yémen, enfin, la guerre civile fait rage, avec des conséquences lourdement aggravées par l’intervention criminelle de la coalition menée par le royaume saoudien. Rien ne permet d’espérer une paix durable ni la réunification de ce pays dans un avenir proche.

Une contestation condamnée à se perpétuer

Tandis que cette dégénérescence contre-révolutionnaire se poursuit, les éruptions soudanaise et algérienne, au lieu de représenter un nouveau « printemps arabe », demeurent pour le moment isolées dans un contexte mouvant et contradictoire. Elles pourraient tout aussi bien s’amplifier et faire tache d’huile qu’être brutalement interrompues. Le sort de la région dépend beaucoup, aujourd’hui, de ce qu’il va advenir des mouvements populaires dans ces deux pays.

Ce qui se trouve pleinement confirmé, en revanche, c’est le fait que l’explosion de 2011 n’était que la première phase d’un processus révolutionnaire de longue durée. Dans cette optique, l’appellation « printemps arabe » pouvait être retenue à condition de l’entendre non comme une phase de transition démocratique de courte durée et relativement paisible, comme beaucoup l’espéraient en 2011, mais comme le premier moment d’un enchaînement de « saisons » destiné à durer plusieurs années, voire plusieurs décennies.

L’impératif dans le monde arabe, en effet, n’est pas l’adaptation du système politique à une société et à une économie parvenues à maturité dans leur développement, à l’instar de ce qu’ont pu connaître les pays d’Amérique latine ou d’Asie orientale, dont la modernisation politique est venue parachever la modernisation socio-économique. Ici, il s’agit plutôt d’éliminer un système politique qui bloque le développement économique et social depuis les années 1980. Le symptôme le plus saillant en est le chômage des jeunes, dont la région détient depuis longtemps le record parmi les grands ensembles géopolitiques de la planète (2).

Dans cette optique, le point d’ébullition atteint en 2011 ne pouvait mener à une nouvelle période de stabilité durable que par un changement radical des orientations économiques. Mais cette rupture était, et demeure, inconcevable sans un changement sociopolitique mettant fin aux systèmes étatiques responsables du blocage. À défaut, la contestation, au lieu de se résorber, était condamnée à se perpétuer, voire à s’intensifier, dans la mesure où la déstabilisation créée par le « printemps arabe » ne pouvait qu’aggraver l’asthénie économique générale. Les faits l’ont confirmé : en dépit de l’offensive contre-révolutionnaire, plusieurs pays de l’espace arabophone ont connu de nouvelles et fortes poussées de fièvre sociale depuis 2011.

C’est le cas de la Tunisie, souvent présentée comme la grande réussite du « printemps arabe » parce qu’elle a su en préserver les acquis démocratiques. Or, même si on l’ignore généralement au profit de considérations extasiées sur une prétendue différence culturelle — due notamment à la persistance d’un État tunisien au cours des trois derniers siècles —, l’« exception tunisienne » est principalement liée au rôle joué par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), seul mouvement ouvrier organisé à la fois autonome et puissant dans le monde arabe (3). Le pays n’a pas cessé, toutefois, d’être secoué par des éruptions sociales, locales ou nationales, dont celle de Kasserine, ville du centre, en janvier 2016, et les importantes manifestations de janvier 2018. Parmi les autres pays de la région où ont surgi des mouvements sociaux de grande ampleur depuis 2011 figurent le Maroc, notamment dans la région du Rif depuis octobre 2016 ; la Jordanie, en particulier au printemps 2018 ; et l’Irak, de façon intermittente depuis 2015. Quant au Soudan, il a connu plusieurs vagues de protestation sociale depuis 2011, dont celle de 2013, durement réprimée.

Partout, les questions de l’emploi ou du coût de la vie ont été au centre des revendications. Ces problèmes étaient souvent exacerbés par la main trop visible du Fonds monétaire international (FMI), lequel s’est montré d’une fidélité inébranlable au credo néolibéral qui l’anime. Il fait preuve d’un dogmatisme totalement contraire aux leçons de l’expérience, corroborant l’accusation qui lui est faite de relever bien plus de la représentation des intérêts du grand capital que d’une rationalité pragmatique fourvoyée. Il a ainsi conclu que l’implosion du monde arabe était due à une application insuffisante de ses prescriptions, alors que, de toute évidence, elle résulte directement de ces mêmes prescriptions, complètement inadaptées au contexte régional.

Prônant le désengagement de l’État et postulant un rôle moteur du secteur privé dans le développement qui n’a jamais été attesté, le FMI a grandement contribué à produire le blocage économique régional. Depuis 2011, il a augmenté sa pression sur les gouvernements afin qu’ils observent à la lettre ses plans d’austérité. Le résultat ne s’est pas fait attendre : aux cas cités plus haut s’est même ajoutée une éruption sociale en Iran, où des causes identiques ont plus d’une fois donné des résultats similaires depuis décembre 2017, en dépit de la spécificité du système politique iranien par rapport à ses voisins arabes. En janvier 2018, des protestations provoquées par les diktats du Fonds secouaient donc simultanément trois pays de la région : Iran, Soudan et Tunisie.

Il n’est pas fortuit, par ailleurs, que le seul gouvernement qui ait pu imposer en bloc les mesures d’austérité requises par le FMI ait été le régime autoritaire du maréchal Al-Sissi. De cette « thérapie de choc » inaugurée en novembre 2016 la population égyptienne n’a connu jusqu’ici que le choc. Contrairement aux autres peuples de la région, elle ne s’est pourtant pas soulevée. Sa léthargie est due à la fois au climat répressif entretenu par le pouvoir et à la résignation suscitée par le constat que trois années de bouleversements, entre 2011 et 2013, n’ont servi qu’à instaurer un régime qui fait regretter celui de M. Hosni Moubarak (4). Une résignation qu’aggrave encore l’absence de toute solution de rechange crédible.

Néanmoins, l’expérience égyptienne n’a pas été vaine. Les peuples des pays voisins en ont retenu la leçon : ils sont maintenant prémunis contre les illusions du type de celles que s’étaient faites les Égyptiens lorsque leurs forces armées ont poussé à la démission M. Moubarak, le 11 février 2011, puis lorsqu’elles ont renversé son successeur élu et membre des Frères musulmans, M. Mohamed Morsi, en juillet 2013. Il est devenu clair pour tous que, lorsque les militaires forment l’ossature même du pouvoir politique, le président et son entourage immédiat ne représentent que le sommet de l’iceberg. La masse immergée est essentiellement constituée par le complexe militaro-sécuritaire — qu’il est maintenant convenu d’appeler « État profond », ce qui va bien avec la métaphore de l’iceberg.

Les systèmes politiques de l’espace arabophone sont tous dominés par des castes qui mettent en coupe réglée les États et leurs ressources. Ces systèmes relèvent de deux catégories : des familles régnantes dans un cadre monarchique ou prétendument républicain d’appropriation privée de l’État, et des castes militaro-sécuritaires et bureaucratiques dont les membres profitent d’un usufruit de l’État dans un cadre néopatrimonial. C’est cette différence entre les deux catégories qui a déterminé le sort contrasté des insurrections de 2011.

Des présidents sacrifiés par l’armée

En 2011, dans les États néopatrimoniaux que sont la Tunisie et l’Égypte, l’appareil étatique n’a pas tardé à se débarrasser du groupe dirigeant, devenu trop encombrant. Dans les États patrimoniaux, en revanche, les familles régnantes n’ont pas hésité à recourir à leurs gardes prétoriennes afin d’écraser les soulèvements dans le sang, précipitant ainsi leurs pays dans la guerre civile, comme en Libye et en Syrie, tandis qu’à Bahreïn l’intervention des monarchies du CCG dissuadait le mouvement populaire de prendre les armes. Le Yémen se situait dans une catégorie intermédiaire : la révolte de 2011 s’est conclue par un partage bancal du pouvoir qui devait fatalement aboutir à un conflit armé.

Le Soudan et l’Algérie appartiennent, eux, comme l’Égypte, à la catégorie des régimes à charpente militaro-sécuritaire. Et, comme en Égypte, les militaires ont fini par tenter d’apaiser la population révoltée en sacrifiant le président. M. Abdelaziz Bouteflika a été poussé à la démission par le commandement militaire algérien le 2 avril 2019, et M. Omar Al-Bachir a été destitué par la junte militaire soudanaise et mis aux arrêts le 11 avril.

Ce sont là deux coups d’État conservateurs, semblables à celui qu’avaient orchestré les militaires en Égypte en février 2011, lorsqu’ils avaient annoncé la « démission » de M. Moubarak : des putschs par lesquels l’armée se débarrasse du sommet de l’iceberg afin d’en préserver la masse immergée. Là encore, les militaires algériens et soudanais ont livré en pâture aux manifestants les proches du président déchu et les personnages et institutions les plus directement compromis dans les exactions et les malversations du régime honni. Mais, tant en Algérie qu’au Soudan, le mouvement populaire, instruit par l’expérience égyptienne (ainsi que par des expériences locales antérieures pour les anciennes générations soudanaises), n’est pas tombé dans le panneau. Il persiste à exiger, avec une remarquable ténacité, la fin du contrôle du pouvoir politique par les militaires et l’avènement d’un gouvernement véritablement civil et démocratique.

Ces nouveaux soulèvements ont en commun l’amplitude extraordinaire de la mobilisation et ses modalités exaltantes, dans la tradition de liesse des grandes révoltes émancipatrices qui mettent « l’imagination au pouvoir (5)  ». Ils ont également en commun la conscience très claire d’être en butte à un régime dont les militaires forment la charpente et dont leur haut commandement ne saurait par conséquent se faire le fossoyeur. Tant en Algérie qu’au Soudan, la plus haute instance militaire prétend devenir le fer de lance du changement révolutionnaire auquel aspire la population, à la manière des officiers libres dirigés par Gamal Abdel Nasser en 1952 en Égypte ou du Mouvement des forces armées du Portugal de 1974 — deux cas de rébellion de jeunes officiers contre leur hiérarchie ; mais bien peu en sont dupes.

Une différence majeure sépare cependant les deux révoltes de 2019, qui tient à la présence ou à l’absence de direction. C’est là un point crucial : l’échec patent de la plupart des soulèvements de 2011 ou le succès partiel du seul d’entre eux dont les conquêtes démocratiques ont pu être préservées étaient dus à cette question. Le « printemps arabe » a été qualifié de « postmoderne » en raison de l’illusion d’optique qui l’a fait prendre pour un mouvement sans direction. Or aucun mouvement populaire ne peut s’installer dans la durée dans ces conditions : même ceux dont la genèse est spontanée doivent se doter d’une direction s’ils veulent persévérer.

Compromission de l’opposition

Dans l’expérience tunisienne, les syndicalistes de l’UGTT ont joué un rôle-clé dans l’extension du soulèvement sur le plan national et dans le renversement de la dictature en janvier 2011. En Égypte, un conglomérat d’organisations politiques de l’opposition est à l’origine de la révolte et en a pris la tête jusqu’au départ de M. Moubarak. À Bahreïn, des membres de l’opposition politique et des syndicalistes sont montés en première ligne. Au Yémen, une partie des forces du régime s’est alliée à des forces d’opposition pour tirer profit du mouvement, au détriment des jeunes révolutionnaires qui avaient joué un rôle majeur dans son déclenchement. En Libye, l’évolution rapide vers un conflit armé a donné naissance à une direction où se mêlaient opposants anciens et nouveaux, dont des dissidents du régime. La Syrie a connu la plus longue expérience de direction horizontale — ce qui n’est pas la même chose, bien sûr, que l’absence de direction —, avec la constitution de comités de coordination fonctionnant grâce aux réseaux sociaux, jusqu’à ce que le Conseil national syrien, créé à Istanbul sous la double égide de la Turquie et du Qatar, s’octroie le rôle de leader.

Le tandem turco-qatari a réussi à placer sous sa tutelle tous les soulèvements de 2011, à l’exception du cas particulier de Bahreïn. Il y est parvenu grâce à son parrainage de la confrérie des Frères musulmans, qui, bien que n’ayant été nulle part à l’origine de la révolte, n’a pas tardé à s’y joindre et à prendre le dessus. Les Frères musulmans et assimilés disposaient déjà d’importantes organisations ayant pignon sur rue en Égypte et au Yémen. Bien que réduits à la clandestinité en Libye, en Tunisie et en Syrie, ils bénéficiaient dans ces trois pays d’un important réseau qui recevait, de même que les branches légales ou semi-légales de la confrérie dans les autres pays, le soutien matériel et télévisuel (à travers la chaîne Al-Jazira) de l’émirat du Qatar.

Sur fond de faiblesse générale des organisations de l’opposition libérale (au sens politique du terme) et de gauche dans l’espace arabophone, dépourvues de soutien étatique extérieur et éreintées par la répression, le réseau des Frères musulmans et assimilés a atteint l’apogée de son influence régionale en 2011-2012. Il a tiré pleinement avantage de l’organisation d’élections à brève échéance en Tunisie et en Égypte, s’emparant du pouvoir dans ces deux pays. La monarchie marocaine, elle, prenait les devants et cherchait à prévenir l’amplification de la contestation populaire enclenchée le 20 février 2011 en cooptant au gouvernement la branche locale de la confrérie.

Seule surprise : l’échec des Frères musulmans aux élections parlementaires de juillet 2012 en Libye, où ils furent largement devancés par l’Alliance des forces nationales, coalition de groupes politiques et d’organisations non gouvernementales d’orientation libérale qui remporta près de la moitié des suffrages (avec un taux de participation de 61,6 %) et près de cinq fois plus de voix que les Frères musulmans. Ce résultat arrivait après l’élection présidentielle en Égypte, en mai-juin 2012, où, au premier tour, le total des voix dispersées des candidats des partis libéraux et de gauche avait dépassé le résultat combiné des deux candidats de tête (celui des Frères musulmans et celui de l’ancien régime) et correspondait à plus du double du score de M. Morsi. Il apportait ainsi une démonstration supplémentaire du fait que, contrairement à une idée reçue d’inspiration orientaliste — au sens d’Edward Saïd (6) —, les populations de la région ne sont pas culturellement acquises à ce que d’aucuns appellent l’« islam politique ».

Plutôt que d’ordre culturel, le problème est classiquement d’ordre politico- organisationnel. Sont en cause, d’une part, l’incapacité des forces démocratiques — des libéraux (laïques et musulmans) à la gauche radicale —, qui ont partout traduit les aspirations majoritaires des mouvements populaires, à s’organiser en coalition ; et, d’autre part, leur incapacité à apparaître ensemble comme une solution de rechange aux deux pôles réactionnaires que forment les anciens régimes et leurs rivaux intégristes musulmans. Malheureusement, dans tous les pays qui ont été au premier plan du « printemps arabe » de 2011, les groupes de l’opposition libérale et de gauche ont commis l’erreur de se compromettre avec l’un des deux pôles réactionnaires pour lutter contre l’autre, passant même parfois de l’un à l’autre, selon l’identification par chacun du danger principal du moment. Il en a résulté la marginalisation de ces groupes sur la scène politique.

Dans une large mesure, les soulèvements en cours au Soudan et en Algérie sont tous deux immunisés contre une mainmise des intégristes musulmans. Cela renforce en retour leur opposition aux manigances des militaires : en effet, les Frères musulmans avaient représenté de précieux alliés de ces derniers en Égypte durant les premiers mois de 2011. En Algérie, l’épreuve de la « décennie noire » — l’affrontement sanglant entre le complexe militaro-sécuritaire et les intégristes du Front islamique du salut (FIS) et ses dérivés à la suite du coup d’État de janvier 1992 — a suscité une forte défiance envers ces deux acteurs. Quant à la branche algérienne des Frères musulmans, elle a collaboré avec les militaires et a longtemps soutenu M. Bouteflika, en participant notamment aux gouvernements formés sous son égide. Dans leur grande majorité, ceux qui mènent la mobilisation dans les rues algériennes depuis février dernier s’opposeraient à toute prétention des forces intégristes à diriger le mouvement avec autant, sinon plus, d’énergie qu’ils en mettent à rejeter la prétention du haut commandement militaire à porter leurs aspirations.

Au Soudan, la double opposition populaire aux deux pôles réactionnaires est d’autant plus radicale qu’ils ont gouverné en commun depuis le coup d’État perpétré en 1989 par M. Al-Bachir. Chef d’une dictature militaire alliée aux Frères musulmans (certes avec des hauts et des bas), ce dernier était en quelque sorte une combinaison de M. Morsi et de M. Al-Sissi (7). Un des aspects forts du soulèvement soudanais — d’une radicalité politique supérieure à celle de tous les soulèvements qu’a connus l’espace arabophone depuis 2011 — est son opposition déclarée à la fois au pouvoir des militaires et à celui de leurs compères islamistes, et la proclamation sans ambages de son aspiration à un gouvernement civil et laïque, démocratique et même féministe.

Cette radicalité est étroitement liée à un autre avantage qui contribue à la supériorité du mouvement soudanais : sa direction politique exceptionnelle. La mobilisation algérienne est limitée par la pluralité et l’horizontalité mêmes de ses instances organisatrices, où coopèrent, grâce aux réseaux sociaux, étudiants organisés sur leurs lieux d’études, groupes de l’opposition politique libérale et de gauche, collectifs de travailleurs et de membres des professions libérales, sans qu’aucune instance soit en mesure d’en revendiquer la direction. En revanche, personne ne conteste le rôle de premier plan que jouent au Soudan les Forces de la Déclaration de la liberté et du changement (FDLC).

Dans cette coalition constituée autour de la déclaration dont elle porte le nom, adoptée le 1er janvier 2019, l’Association des professionnels soudanais occupe une place centrale. Elle a été créée en octobre 2016 dans la clandestinité par des médecins, des journalistes et des avocats auxquels se sont joints d’autres collectifs : enseignants, ingénieurs, pharmaciens, artistes et, plus récemment, ouvriers, cheminots, etc. Les FDLC comprennent aussi un large éventail de forces politiques d’opposition, allant du parti Oumma — dirigé par M. Sadek Al-Mahdi, deux fois premier ministre dans les années 1960 et 1980, libéral et chef d’un ordre religieux musulman soufi — au Parti communiste soudanais, le plus important des partis communistes encore actifs dans le monde arabe (même s’il s’est considérablement affaibli depuis les années 1960), en passant par des mouvements régionaux de lutte armée contre le régime de M. Al-Bachir. Y participent également deux groupes féministes, l’initiative Non à l’oppression des femmes et les Groupes féministes civils et politiques, dont l’influence est bien visible dans le programme de la coalition. Elle se traduit par exemple par la revendication d’un quota de 40 % réservé aux femmes dans l’assemblée législative que la coalition exige de mettre sur pied (l’Association des femmes démocrates a également joué un rôle notable dans la contestation et dans le processus constituant en Tunisie, mais la revendication féministe y apparaissait moins centrale).

Sur le Soudan, David Pilling, journaliste au Financial Times, a eu ce commentaire qui n’aurait pas déparé dans une gazette d’extrême gauche : « Bien que le soulèvement doive beaucoup à la technologie du XXIe siècle, avec la force organisatrice des smartphones et des mots-clics, un mouvement qui présente des aspects à la fois laïques et syndicaux a comme un air rétrorévolutionnaire. On ne peut savoir avec certitude à quoi ressemblaient la Russie en 1917, lorsque le tsar fut renversé, ou la France durant les journées exaltantes et idéalistes de l’éphémère Commune de Paris, en 1871. Mais on y a probablement respiré quelque chose de semblable à l’air de Khartoum en avril 2019  (8).  »

Les FDLC sont engagées dans un bras de fer avec le haut commandement militaire autour de deux questions essentielles : qui doit exercer le pouvoir durant la période de transition, et combien de temps celle-ci doit-elle durer ? La coalition exige la formation d’un conseil de souveraineté dans lequel elle prédominerait, avec une participation militaire minoritaire, tandis que les forces armées insistent pour garder le contrôle du pouvoir souverain. Il peut sembler paradoxal que la coalition exige en outre une période transitoire de trois ans au moins avant l’organisation d’élections, tandis que les militaires veulent la limiter autant que possible. Mais les FDLC ont tiré la leçon des élections constitutionnelles, législatives et présidentielles organisées à brève échéance en Tunisie et en Égypte, qui ont favorisé la polarisation réactionnaire au détriment des progressistes. Elles veulent se donner le temps de construire de nouvelles institutions pour un pouvoir civil, démocratique et laïque, progressiste sur le plan socio-économique comme sur celui de la condition féminine — autant de dimensions que traduit leur projet de Constitution transitoire. Elles veulent aussi se donner le temps de construire une force politique progressiste capable de consolider son leadership dans un cadre partidaire, aujourd’hui inadéquat.

On comprend dès lors pourquoi le soulèvement soudanais suscite au sein des forces réactionnaires de la région une inquiétude bien plus grande que son équivalent algérien. Les frères ennemis du CCG — Saoudiens et Émiratis comme Qataris — ont tous offert leur aide à M. Al-Bachir avant sa chute. L’axe Abou Dhabi – Riyad a redoublé d’efforts dans le soutien aux militaires, maintenant dirigés par des officiers ayant combattu à ses côtés au Yémen. Il cherche à faire éclater la coalition progressiste en retournant sa fraction « modérée », notamment Oumma, tandis que l’armée est encouragée à recourir à la démagogie religieuse — elle accuse les FDLC de vouloir expurger la législation soudanaise de la charia —, avec le soutien des salafistes, clients des Saoudiens, et des Frères musulmans, clients du Qatar, qui contestent le leadership populaire des FDLC.

La situation débouchera-t-elle sur une radicalisation révolutionnaire, comme dans la Russie de 1917, ou sur une « semaine sanglante », comme celle qui mit fin à la Commune de Paris, pour reprendre les comparaisons faites par le journaliste du Financial Times ? Le principal atout des révolutionnaires soudanais est leur grande influence sur les soldats et les officiers subalternes, dont certains ont utilisé leurs armes pour défendre les protestataires. C’est ce qui a poussé le haut commandement à refuser de faire donner la troupe contre le mouvement lorsque M. Al-Bachir l’y a incité. Ce facteur déterminera le sort de la révolution soudanaise comme il a déterminé le sort contrasté de ses précédents russe et parisien.

Gilbert Achcar

Professeur à l’École des études orientales et africaines (SOAS) de l’université de Londres, auteur notamment de Symptômes morbides. La rechute du soulèvement arabe, Sindbad, Paris, 2017.

(1Cf. Bahey Eldin Hassan, «Égypte. Le coup d’État permanent», Orient XXI, 15 avril 2019.

(2On trouvera analyses et données chiffrées de ce blocage dans Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, Sindbad, Paris, 2013.

(3À propos de l’UGTT, colauréate du prix Nobel de la paix en 2015, lire Hèla Yousfi, «Un syndicat face à Ennahda», dans «Le défi tunisien», Manière de voir, n° 160, août-septembre 2018.

(4Lire Pierre Daum, «Place Tahrir, sept ans après la “révolution”», Le Monde diplomatique, mars 2018.

(5«“L’imagination au pouvoir”, une interview de Daniel Cohn-Bendit par Jean-Paul Sartre», Le Nouvel Observateur, Paris, 20 mai 1968.

(6Edward W. Saïd, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Seuil, Paris, 1980.

(7Cf. «The fall of Sudan’s “Morsisi”», Jacobin, 12 mai 2019.

(8David Pilling, «Sudan’s protests feel like a trip back to revolutionary Russia», Financial Times, Londres, 24 avril 2019.

 

L'intégrisme-l'ogre-de-l'impérialisme

L’intégrisme-l’ogre-de-l’impérialisme

La Russie est « fâchée » par l’arrivée prochaine de l’Iran dans les eaux de la Méditerranée – روسيا «غاضبة» من وصول إيران إلى جوارها في مياه المتوسط


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La Russie est « fâchée » par l’arrivée prochaine de l’Iran dans les eaux de la Méditerranée

3 avril 2019 – Al-Charq Al-Awsat

Moscou a exprimé sa colère face à Damas, qui a donné à la partie iranienne le droit d’exploiter le port de Lattaquié, dans l’ouest de la Syrie, donnant, ainsi, pour la première fois à Téhéran un « pied » sur la Méditerranée près des bases russes de Tartous et Lattaquié.

Le 25 février, le ministre syrien des Transports, Ali Hammoud, a demandé au directeur général du port de Lattaquié de « former une équipe juridique et financière pour discuter avec la partie iranienne de la préparation d’un projet de contrat pour gérer la station à la partie iranienne », en réponse à « la demande de la partie iranienne le droit de diriger le terminal de conteneurs du port de Lattaquié, afin de régler les dettes contractées par la partie syrienne », en raison du soutien financier et militaire fourni par Téhéran à Damas au cours des huit dernières années. Le port de Lattaquié fonctionne depuis des années dans le cadre d’un contrat entre le gouvernement syrien et « Syria Holding Corporation », qui comprend des hommes d’affaires syriens, et ont signé un partenariat avec une société française pour la gestion de port, car des appareils énormes de déchargement des importations de navires vers le port, avant le transfert de marchandises et de produits pétroliers vers la Syrie et les pays voisins. Selon des informations, le gouvernement a écrit à « Syria Holding Corporation » pour l’engagement de l’accord entre Damas et Téhéran d’octroyer à ce dernier le droit d’exploiter le port à compter de l’automne prochain.

Ce nouvel accord soulève deux problèmes: le premier, la possibilité que la société française aille devant les tribunaux pour intenter une action contre le gouvernement syrien et demander réparation pour la dissolution du contrat entre les parties. Le seconde est politique – stratégique, car la tenu de la partie iranienne la gestion du port « cela irrite Moscou, qui contrôlait les eaux chaudes syriennes de manière solitaire », a déclaré un diplomate occidental.

La décision de Damas d’autoriser l’exploitation du port par Téhéran, dévoile une orientation politique de Damas, qui consiste dans son choix de « jouer entre les deux parties russe et iranienne » et de privilégier Téhéran et de lui accorder des avantages spéciaux pour contribuer à la reconstruction de la Syrie.
(…)

روسيا «غاضبة» من وصول إيران إلى جوارها في مياه المتوسط

أعربت موسكو عن غضبها من إعطاء دمشق الجانب الإيراني حق تشغيل ميناء اللاذقية غرب سوريا، ما أعطى طهران لأول مرة «موطئ قدم» على البحر المتوسط قرب القاعدتين الروسيتين في طرطوس واللاذقية.

وكان وزير النقل السوري علي حمود طلب في 25 فبراير (شباط) الماضي من المدير العام لمرفأ اللاذقية العمل على «تشكيل فريق عمل يضم قانونيين وماليين للتباحث مع الجانب الإيراني في إعداد مسودة عقد لإدارة المحطة من الجانب الإيراني»، تلبية لـ«طلب الجانب الإيراني حق إدارة محطة الحاويات لمرفأ اللاذقية لتسوية الديون المترتبة على الجانب السوري»، بسبب الدعم المالي والعسكري الذي قدمته طهران لدمشق في السنوات الثماني الماضية. ويشغل مرفأ اللاذقية منذ سنوات بموجب عقد بين الحكومة السورية من جهة، و«مؤسسة سوريا القابضة» التي تضم كبار رجال الأعمال السوريين، ووقّعت شراكة مع شركة فرنسية لإدارة المرفأ، إذ إن آليات ضخمة تفرغ الواردات من السفن إلى المرفأ، قبل نقل البضائع ومشتقات النفط إلى سوريا ودول مجاورة. لكن الحكومة، بحسب معلومات، وجّهت كتباً خطية إلى «سوريا القابضة» لالتزام الاتفاق بين دمشق وطهران لمنح الأخيرة حق تشغيل المرفأ اعتباراً من الخريف المقبل.

وطرح هذا الاتفاق الجديد إشكاليتين؛ الأولى إمكانية ذهاب الشركة الفرنسية إلى القضاء لرفع قضية ضد الحكومة السورية وطلب تعويضات على فسخ العقد المبرم بين الطرفين. الثانية سياسية – استراتيجية، ذلك أن تسلم الجانب الإيراني إدارة مرفأ اللاذقية «يثير غضب موسكو التي كانت استفردت بالسيطرة على المياه الدافئة السورية»، بحسب دبلوماسي غربي.

وجاء قرار دمشق إعطاء تشغيل المرفأ إلى طهران، بموجب اتجاه سياسي في دمشق، تمثل في «اللعب بين الجانبين الروسي والإيراني» والانحياز إلى طهران وإعطائها امتيازات خاصة للمساهمة في إعمار سوريا.

وجرى في نهاية يناير (كانون الثاني) خلال اجتماع اللجنة المشتركة، برئاسة رئيس الوزراء السوري عماد خميس، ونائب الرئيس الإيراني إسحاق جهانغيري، توقيع 9 مذكرات تفاهم «في مجالات عدة، بينها سكك الحديد وبناء المنازل والاستثمار ومكافحة تمويل الإرهاب وغسل الأموال بالإضافة إلى التعليم والثقافة»، بحسب وكالة الأنباء السورية الرسمية (سانا). وقال خميس إن الاتفاقات «دلالة على جدية دمشق بشكل كبير في تقديم التسهيلات للشركات الإيرانية العامة والخاصة للاستثمار وإعادة الإعمار»، واعتبرها «استكمالاً للاتفاقيات الموقعة سابقاً، لكن اتفاقية التعاون الاقتصادي طويل الأمد هي أهم اتفاقية»، معتبراً أن التوقيع على وثائق اليوم هي «لحظة تاريخية» في العلاقات بين البلدين.

وبعد أقل من شهر من توقيع هذا الاتفاق، التقى الرئيس السوري بشار الأسد في طهران المرشد الإيراني علي خامنئي، في أول زيارة من نوعها منذ 8 سنوات.

وكانت طهران عملت في نهاية العام الماضي على ممارسة ضغوط على دمشق بسبب انزعاجها من بطء تنفيذ اتفاقات استراتيجية، بسبب تحفظات داخلية، وأخرى قدّمها الجانب الروسي.

وفي بداية 2017، قام رئيس الوزراء السوري بزيارة طهران ووقّع 5 اتفاقات استراتيجية، هي… الاتفاق الأول، استثمار حقول الفوسفات في منطقة الشرقية، قرب مدينة تدمر التاريخية لـ99 سنة. وتملك سوريا أحد أكبر احتياطي من الفوسفات في العالم بـ1.8 مليار طن، لكن الإنتاج منخفض عن الإمكانية، إذ إنه لم يتجاوز 3.5 مليون طن في 2011، إضافة إلى تصدير 400 ألف طن إلى إيران في 2013.

وردت موسكو على هذا الاتفاق بالضغط كي تستحوذ على استثمار الفوسفات. الأمر الذي أغضب طهران وقتذاك. وتتردد معلومات عن «شراكة» روسية – إيرانية في استثمار هذا الملف.

ويتعلق الاتفاق الثاني، باستحواذ شركة إيرانية، يدعمها «الحرس الثوري»، على مشغل ثالث للهاتف النقال، إلى جانب «سيرياتل» و«إم تي إن». وكان مقرراً أن تضم الشراكة 40 في المائة لشركة ورجال أعمال من إيران، و40 في المائة لرجال أعمال و«صندوق دعم الشهداء» السوريين، و20 في المائة لـ«المؤسسة العامة للاتصالات الحكومية». وكان مقرراً أن يمثل الجانب الإيراني عبر شركة «إم سي آي» وهي جزء من مؤسسة تحتكر الاتصالات في إيران. وفي 2009 باتت «إم سي آي» مرتبطة بـ«الحرس الثوري الإيراني»، وسعت في 2010 إلى نيل رخصة تشغيل في سوريا، لكن دمشق رفضت ذلك وقتذاك.

وبحسب المعلومات، بعدما تدخلت روسيا لوقف تنفيذ المشروع، عادت الاتصالات في الفترة الأخيرة، بحيث يدخل الجانب الإيراني عبر تجاوز العقوبات الأميركية المفروضة. وكانت «رويترز» نقلت عن كريم سجادبور، الباحث الأول في برنامج الشرق الأوسط في «معهد كارنيغي للسلام» الدولي: «الاتصالات قطاع حساس للغاية. سيسمح لإيران بمراقبة وثيقة للاتصالات السورية».

وكان مقرراً أن تحصل طهران في العقد الثالث على 5 آلاف هكتار من الأراضي للزراعة والاستثمار، وجرى خلاف حول مكان هذه الأراضي بين مناطق تقع بين السيدة زينب وداريا جنوب دمشق أو في دير الزور شمال شرقي البلاد. ولوحظ زيادة الحضور الإيراني في دير الزور قرب حدود العراق في الضفة المقابلة لوجود الأميركيين والتحالف شرق الفرات.

وفي الاتفاق الرابع، الذي أرادت فيه طهران الحصول على ألف هكتار لإنشاء مرافئ للنفط والغاز على المتوسط، جرى البحث عن مناطق في بانياس بين طرطوس واللاذقية، لكن اعتراضاً روسياً على السماح بـإقامة «ميناء نفطي» لإيران صغير، جمد الأمر.

وسعت طهران قبل 2011 إلى تحويل ميناء طرطوس إلى قاعدة عسكرية، لكن موسكو اعترضت، ثم تدخلت عسكرياً نهاية 2015 ونشرت منظومتي صواريخ «إس 400» و«إس 300» في اللاذقية، ثم قررت توسيع ميناء طرطوس، وحصلت من دمشق على عقدين للوجود العسكري، أحدهما «مفتوح الأمد» في اللاذقية، والثاني لنصف قرن في طرطوس.

وبحسب مراقبين، فإن وصول إيران إلى مرفأ اللاذقية يعيد الوجود الإيراني في البحر المتوسط قرب القاعدتين الروسيتين. وفي حال أنجز الاتفاق الخاص بتشغيل مرفأ اللاذقية، فسيكون أول وصول لإيران إلى المياه الدافئة، ويترك طريق «طهران – بغداد – دمشق – المتوسط» مفتوحاً للإمداد العسكري والاقتصادي، خصوصاً وسط أنباء عن سيطرة إيران على قطاع السكك الحديدية في سوريا.

وأبلغ مسؤولون إيرانيون الجانب السوري أن مرفأ اللاذقية سيستعمل لنقل المشتقات النفطية الإيرانية إلى سوريا عبر البحر المتوسط و«حلّ أزمة الغاز والنفط والكهرباء التي تعاني منها مناطق الحكومة في الأشهر الماضية».

وتناول الاتفاق الخامس الذي وقّع بداية 2017 موافقة إيران على خط ائتمان جديد، بقيمة مليار دولار أميركي، علماً بأن إيران قدمت منذ 2013 خطوط ائتمان إلى دمشق بقيمة 6.6 مليار دولار، بينها مليار دولار قبل سنتين، خصص نصفها لتمويل تصدير النفط الخام ومشتقاته. ووفق بيانات وكالة الطاقة الدولية، صدّرت إيران 70 ألف برميل من النفط يومياً إلى سوريا.

وكانت الحكومة فقدت السيطرة على آبار النفط والغاز، وانخفض إنتاجها من 380 ألف برميل يومياً في 2011 إلى نحو 30 ألف برميل في 2015. ويقع معظم النفط والغاز السوريين في مناطق سيطرة «قوات سوريا الديمقراطية» حلفاء واشنطن، شرق الفرات. ويجري حالياً إنتاج حوالى 70 ألف برميل يومياً، يذهب جزء منه إلى مناطق الحكومة بتفاهمات مع «أمراء حرب».

وفرضت واشنطن والاتحاد الأوروبي عقوبات على رجال أعمال ساعدوا في نقل النفط من شرق الفرات إلى غربه.

المصدر: الشرق الأوسط

Rivalité russo-iranienne pour partager la Syrie – تنافس روسي إيراني على اقتسام سورية


La Syrie est devenue une colonie Russe !!!

Deux présidents… un seul gouverneur…

Honte à Assad…

Qu’en pensent les pro-assad ?

Poutine-Assad-Présidents-Syrie

 

تنافس روسي إيراني على اقتسام سورية

عدنان أحمد – 29 مارس 2019

Rivalité russo-iranienne pour partager la Syrie

Adnan Ahmad – 29 mars 2019

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Au cours des dernières semaines, la Russie a annoncé son intention de créer une nouvelle formation appelée le Sixième Corps, similaire au Cinquième Corps, formée d’anciens chefs et d’éléments de factions de réconciliation à Dara, parallèlement au retour d’anciens chefs de factions de Jordanie à la suite de contacts et d’arrangements qui a eu lieu avec des officiers russes, des renseignements du régime syrien et des services de renseignement jordaniens.

Certaines analyses suggèrent que la nouvelle formation militaire sunnite s’inscrive dans le cadre d’un consensus entre « pays du Golf-jordanie-russe » visant à contrer la « marée chiite » dans le sud syrien, face aux milices syriennes partisanes de Téhéran, qui continuent de pénétrer dans la région malgré les promesses antérieures de rester éloigné des frontières 40 kilomètres. Fin février, le chef du régime, a envoyé dans la province le chef de la division du renseignement militaire, le général Muhammad Mehalla, où il a visité plusieurs villes et villages du gouvernorat. Il a rencontré des dirigeants d’anciennes factions de l’opposition afin de collaborer et de former une nouvelle faction militaire, qui devrait être dirigée par Imad Abu Zureik, avec le soutien de la Russie et des pays de la région afin de réduire l’influence de l’Iran dans cette zone. La visite de Mehalla intervient trois mois après une visite similaire dans la région du chef du Service des renseignements aériens, le général Jamil al-Hassan, afin de recruter les habitants de la région pour travailler avec les services de renseignement aériens proches de l’Iran, contrairement à la visite de Mehalla, qui vise à mettre fin à l’influence iranienne dans la région.

La chose la plus vexante pour l’Iran pourrait être comme un semblant feu vert de Moscou à Tel Aviv pour frapper des cibles iraniennes en Syrie. En janvier, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Ryabkov, a critiqué l’hostilité de l’Iran à Israël le même jour où le chef du comité iranien pour la sécurité nationale, Hishmatullah Falahat, avait accusé les forces russes d’avoir perturbé le fonctionnement des S-300 lors des raids israéliens sur la Syrie. Falahat avait déclaré que « Si le système russe S-300 fonctionnait correctement, l’entité sioniste ne pourrait pas facilement lancer des attaques sur la Syrie ». Il pensait qu’il y avait une sorte de coordination entre ces attaques et la défense aérienne russe basée en Syrie.

La concurrence économique


Sur le plan économique, la Russie et l’Iran estiment avoir investi beaucoup d’argent et de ressources en Syrie et qu’ils doivent être indemnisés. Selon les estimations du groupe consultatif britannique AHS Jeans, la Russie a dépensé, depuis son intervention en Syrie fin septembre 2015, environ un milliard de dollars par an en opérations militaires et plus de 200 civils et militaires ont été tués et blessés en Syrie. En parallèle, un accord a été conclu à ce jour pour l’exploration pétrolière et gazière dans les eaux territoriales syriennes et des projets dans les secteurs du gaz, des aliments pour animaux, de l’électricité et du blé, ainsi que des accords concernant des bases militaires russes en Syrie, garantissant sa durée pour les 49 prochaines années.

Cependant, le vice-Premier ministre russe, Dimitri Rogozine, a déclaré fin 2017 de « la nécessité de réfléchir à la manière de gagner de l’argent pour le grand travail accompli par la Russie sur le territoire de la Syrie, car la Russie n’est ni un bon acteur ni un Etat donateur, mais elle récupérera chaque rouble investi dans cette guerre sans tolérance en termes d’intérêts et de profits ». Moscou veut assurer l’accès des entreprises russes au territoire syrien à des fins d’investissement et de reconstruction, où la concurrence avec des entreprises iraniennes et chinoises est également présente, tandis que l’Assemblée du peuple syrien, en date du 27 mars 2018, a octroyé à la société « Stroy Trans Gas » russe le droit d’investir et d’extraire du phosphate dans les mines de Charqiya au sud-oust de Palmyre, dans un secteur aux réserves prouvées de 105 millions de tonnes.

Pour sa part, l’Iran soutient le régime syrien matériellement et humainement depuis les premiers mois de l’éclatement de la révolution. Les économistes estiment que l’Iran a dépensé plus de 6 milliards de dollars et des centaines de soldats pendant la guerre en Syrie, ainsi que des prêts de plusieurs millions de dollars. Le conseiller auprès du Mourchid stratégique iranien pour les affaires stratégiques, Rahim Safawi, a appelé à indemniser Téhéran pour « les sacrifices et les coûts qu’elle a offerts pour lutter contre le terrorisme en Syrie, avec la possibilité de signer des traités avec le gouvernement syrien similaires à ceux obtenus par Moscou pour restaurer ce qu’il a donné à la Syrie ».
L’Iran a déjà obtenu des contrats économiques en Syrie dans les domaines de l’agriculture, du pétrole, de l’industrie, de l’élevage et des ports, et ses exportations vers le pays ont augmenté régulièrement, en particulier après l’exonération fiscale en 2012. Téhéran vise également à contrôler le secteur des télécommunications syrienne, qui a été endommagé pendant la guerre mais n’a pas été détruit entièrement. Le secteur des télécommunications revêt une importance particulière pour l’Iran, non seulement à cause des revenus financiers, mais aussi pour mettre également les citoyens sous-écoute.
Téhéran a également signé un accord pour développer des mines de phosphate en Syrie, bien qu’il ne soit pas clair s’il détiendra des droits exclusifs sur ces mines ou s’il les partagera avec Moscou. Cela inclut des contrats entre l’Iran et le régime syrien portant sur quelque 12 000 acres de terres situées dans les provinces de Homs et de Tartous, pouvant servir à la construction de stations de gaz et de pétrole.

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La Russie est confuse avec un allié comme Al-Assad et un partenaire comme l’Iran


Poutine-Guerrier-en-Syrie

Abdel Wahab Badrakhan | Le 13 Mars 2019

Est-ce que la normalisation arabe avec le régime syrien est en déclin à cause du «veto»  Europe-États-Unis seulement ? Est-ce que c’est la difficulté de trouver un «consensus» qui a empêché la restauration de l’adhésion de la Syrie dans la Ligue arabe ? Est-ce le retour Arabe à «la Syrie – Assad», s’il avait eu lieu, aurait pu contribuer à la réduction de l’influence iranienne, comme l’avait tenté de le commercialiser la Russie et certains membres du régime ? est-ce qu’il visait à rendre les Arabes partenaires de la Russie et de l’Iran dans un but de réhabilitation, malgré la clarté des raisons objectives, visant sa réadaptation au niveau international, et par conséquence en interne, est presque impossible ? Plus important encore, est-ce que la normalisation arabe aurait pu favoriser une véritable solution politique à la crise syrienne, comme le prétendait Moscou, malgré qu’il n’a jamais voulu montrer être prêt à pousser le régime à faire des concessions ou même à dépasser les conditions irano-assadiste pour la formation du comité constitutionnel ?

En tout cas, Al-Assad a prouvé par sa visite à Téhéran qu’il n’avait pas de plan et une réelle volonté de sortir du dessous du parapluie iranien, et que, malgré le dévoilement de son régime et la dévastation qui s’est étendue sur tout le territoire, il croyait encore, comme le montre depuis ses entretiens avec le monarque saoudien en 2009, que lui-même (Assad) et l’Iran sont une bonne ligne et que les Arabes n’ont qu’à rejoindre cette ligne comme seule option. En même temps, son voyage secret et sa rencontre avec le guide suprême Ali Khamenei, sont deux indicateurs, le première: la fin de son pari sur un sauvetage arabe à son régime, et le deuxième: l’insatisfaction grimpante de son allié russe, qui lui en voulait, à son tour, pour cette visite non notifiée à l’avance.

En fait, les causes de mécontentements se sont multipliés des deux côtés dans ces derniers mois, dont la prévention Russe du régime et de l’Iran d’exploiter le retrait des États-Unis, au nord-est de la Syrie, l’insistance de la Russie sur une large coordination stratégique avec Israël et la Turquie, l’ambiguïté des buts des russes pour le déploiement de missiles «S-300» et leur placement sous la supervision de militaires de confiance, l’appui des dirigeants de la base militaire de Hmeimim sur des unités subordonnées dans l’armée et leur renforcement avec des armes sophistiquées, tout en marginalisant des unités plus proches de Assad et son frère Maher, et enfin, la publication délibérée des Russes de photographies montrant la réduction du respect des russes envers Assad, y compris une image dans une des salles du Kremlin, Assad est debout seul, tandis le président russe absorbé par une discussion avec ses assistants.

Cependant, les motifs d’insatisfaction de Moscou sont purement russes. Car il a laissé couler beaucoup de temps avant qu’il ne constate que sa volonté de résoudre le conflit militairement et de manière brutale (avec le régime et l’Iran) n’a pas facilité son règlement politiquement de façon aléatoire, comme il le voulait (avec le régime et l’Iran). Mais plus important encore, la Russie a découvert que la nature du régime syrien – en particulier son président – encombre son mouvement au niveau international, que ce soit pour développer un consensus ou pour conclure des accords pour faciliter le retour des déplacées ou pour attirer les Européens à des accords pour la reconstruction. De plus, la situation post-militaire a dévoilé une crise économique-financière menaçant fortement la stabilité des zones sous contrôle du régime, en particulier dans ses zones sectaires, sans que la Russie ou l’Iran ne puissent les traiter, qu’à travers le pompage des aides. ils croyaient, au contraire, qu’ils allaient entamer, en cette période, la récolte des résultats de leurs « investissements » en Syrie, selon les secteurs de revenu et les projets approuvés, en leur faveur, par le régime, leur garantissant la création et le monopole.

Il faut toujours rappeler que la Russie avait fixé un objectif et un pari principaux à travers son intervention, utilisant la Syrie comme carte pour réaliser des gains internationaux, en faisant du chantage aux États-Unis et aux pays européens, mais ce pari est tombé pratiquement à l’eau. Moscou – contrairement à Assad – ne voit pas que les paris sur les arabes sont tombés, même si la normalisation a été retardée, et même s’il a été annulée conformément aux vus des États-Unis et des européennes. Washington s’est embarqué dans un affrontement avec la Russie, l’Iran et la Turquie, et a forgé une solide coopération avec Israël en ce qui concerne la Syrie, il est difficile de dire qu’ils ont des choses à proposer aux Arabes en échange du « veto » sur la normalisation des relations avec Assad ou bien que sa politique est claire pour eux, mais il est plutôt suspect, notamment, son plans au nord-est la Syrie, en raison de la prolifération des analyses et des preuves qu’il recherche la division, en soutenant les Kurdes. Tandis que Moscou peut proposer un accord ou des accords syriens aux Arabes, d’une part, et à Israël d’autre part, comme en témoigne le développement de la coordination approfondie avec ce dernier.

Compte tenu de la réticence de Washington d’entrer en compromis avec elle, il était indispensable pour la Russie d’activer le dialogue avec toute partie pouvant l’approcher des États-Unis ou compenser la perte de coopération avec eux, et c’est ce qu’elle essayé de faire à travers son rapprochement des Arabes ou d’Israël, dans l’espoir d’attirer encore Washington, même après un certain temps. Dans l’avis de nombreux observateurs, Moscou a commencé de parler, de manière indirecte mais aussi directe, de tout ce qu’il considérait précédemment comme étant non-négociable. Il semble essayer de développer un «deal» ou quelque chose comme «package» comprenant le traitement des trois dilemmes qui occupent les Arabes: Assad, l’Iran et la Turquie. Une source fait remarquer que les idées russes reflètent un examen de l’avenir et de son rôle en Syrie, tenant principalement à ses propres intérêts, c’est pourquoi il pense qu’elle ira loin dans ce qu’elle pose comme condition, pour obtenir tout ce qu’elle veut en retour. Une autre source dit que «le prix» élevé demandé par les Russes pour les questions d’Assad et de l’Iran a fait déjouer tout compromis possible, mais maintenant, ils prennent l’initiative pour faire « débloquer le marché » afin de négocier des conditions différentes.

Si ces attentes sont correctes, abandonner Assad n’est plus une option, mais le régime ne sera pas abandonné, les Russes expliquant qu’ils travaillent en profondeur pour corriger le comportement structurel de sécurité-militaire. De plus, les Russes ne souhaitent plus réduire l’influence iranienne, et les conflits s’accentuent entre les deux parties et s’aggravent à travers les assassinats, ou les licenciements, les transferts militaires d’un endroit à l’autre, ou les différends concernant des zones de contrôle et restrictions à l’activité des milices, ou plus important encore, facilités pour des frappes israéliennes sur des sites de collaboration iranien et syrien. En ce qui concerne la Turquie, les Russes affirment qu’ils garantissent les limites de leur rôle en Syrie, mais sont actuellement engagés dans une bataille pour faire face à la fois à des conflits entre leurs intérêts et ceux des États-Unis et de la Russie.

Il est probable que Assad et l’Iran ressentent un changement dans l’ambiance russe, puisqu’ils ne se conforment plus à leurs plans, comme il le faisait depuis trois ans, et avec certaines de leurs pratiques sur le terrain, ils le placent dans le contexte attendu. Cependant, des signes de volonté de Moscou de geler les deux axes d’Astana et Sotchi, et de penser à un retour au processus de résolutions politiques de Genève, ont allumé le feu rouge à Damas et à Téhéran. Par conséquent, amener Assad à consulter Khamenei, n’était qu’une expression des doutes communs envers « l’allié » russe. Certains proches de la tête du régime pensent que les abus des Russes ont atteint un niveau de provocation et des sentiments de vengeance étoffés et l’ont ’exhorté à réagir. Mais Téhéran lui a fait comprendre que sa meilleure réponse serait de renforcer la position de l’Iran en Syrie et de mettre en œuvre les accords qu’il a signés avec ce dernier.

روسيا المربكة بحليف كالأسد وشريك كإيران

عبدالوهاب بدرخان |

هل تراجع التطبيع العربي مع النظام السوري بسبب «الفيتو» الأميركي – الأوروبي فقط؟ هل تعذّر «الإجماع» هو ما حال دون استعادة سورية عضويتها في الجامعة العربية؟ هل كانت العودة العربية الى «سورية – الاسد» لو حصلت، لتساهم في تقليص النفوذ الإيراني، كما حاولت روسيا وبعض أوساط النظام تسويقها؟ أم كان هدفها جعل العرب شركاء لروسيا وايران في تعويم النظام على رغم وضوح الأسباب الموضوعية التي تجعل من إعادة تأهيله دولياً، وبالتالي داخلياً، أشبه بالاستحالة؟ والأهم، هل كان للتطبيع العربي أن يفعّل حلاً سياسياً حقيقياً للأزمة السورية، كما تحاجج موسكو مع أنها لم تبدِ يوماً أي استعداد لدفع النظام الى أي تنازل أو حتى لتجاوز الشروط الاسدية – الإيرانية لتشكيل اللجنة الدستورية؟

في كل الأحوال برهن الأسد بزيارته طهران أنه لم تكن لديه خطة ولا إرادة حقيقية للخروج من تحت المظلة الإيرانية، وأنه على رغم انكشاف نظامه والخراب الذي عمّ سورية لا يزال يعتقد، كما تبيّن منذ محادثاته مع العاهل السعودي عام 2009، أنه وايران يشكّلان الخط السليم وما على العرب سوى الانضمام الى هذا الخط كخيار وحيد أمامهم. في الوقت نفسه كانت رحلته السرّية ولقاؤه مع المرشد علي خامنئي مؤشّرين، أولاً الى نهاية مراهنته على إنقاذ عربي لنظامه، وثانياً الى استياء شديد متصاعد من الحليف الروسي الذي استاء بدوره من تلك الزيارة وعدم إبلاغه بها مسبقاً.

والواقع أن أسباب الاستياء تكاثرت على الجانبين في الأشهر الأخيرة، ومنها: منع روسيا النظام وايران من استغلال الانسحاب الأميركي من شمال شرقي سورية، إصرار روسي على تنسيق استراتيجي واسع مع اسرائيل وتركيا، غموض الأهداف الروسية بالنسبة الى نشر صواريخ «اس 300» ووضعها تحت اشراف عسكريين موثوق بهم، اعتماد قيادة حميميم على وحدات تابعة لها في الجيش وتعزيزها بأسلحة متطورة مع تهميش وحدات أقرب الى الأسد وشقيقه ماهر، وأخيراً وليس آخراً تعمّد الروس إعادة نشر صور تظهر التقليل الروسي من احترام الأسد وبينها صورة في احدى قاعات الكرملين تظهره واقفاً وحده فيما كان الرئيس الروسي منهمكاً بنقاش مع أعوانه.

غير أن لاستياء موسكو أسباباً روسية بحتة، فهي استهلكت وقتاً طويلاً قبل أن تتيقن بأن حسمها الصراع عسكرياً بالطريقة الوحشية التي أرادتها (مع النظام وايران) لم يسهّل حسمه سياسياً بالطريقة العشوائية التي تريدها (مع النظام وايران). لكن الأهم أن روسيا اكتشفت أن طبيعة النظام السوري واحتضانها له – تحديداً لرئيسه – يعوّقان حركتها الدولية سواء لبلورة توافقات تتعلّق بالحل السياسي أو لعقد اتفاقات تيسّر عودة المهجّرين أو لاجتذاب الأوروبيين الى صفقات لإعادة الإعمار. أكثر من ذلك، تكشّف وضع ما بعد الحسم العسكري عن أزمة اقتصادية – مالية حادة باتت تهدّد الاستقرار في مناطق سيطرة النظام، خصوصاً في حاضنته المذهبية المباشرة، من دون أن تستطيع روسيا وايران معالجتها بضخّ مزيد من المساعدات، إذ كانتا على العكس تعتقدان أنهما ستباشران في هذه الفترة جني نتائج «استثمارهما» في سورية، اعتماداً على مداخيل قطاعات ومشاريع أجاز لهما النظام احتكارها وإنشاءها.

لا بدّ من التذكير دائماً بأن روسيا كانت حدّدت لتدخّلها هدفاً ورهاناً رئيسين يتمثّلان باستخدام سورية ورقة لتحقيق مكاسب دولية بابتزاز الولايات المتحدة والدول الأوروبية، لكن هذا الرهان سقط عملياً. إلاّ أن موسكو – على عكس الأسد – لا ترى أن الرهان على الجانب العربي سقط حتى لو كان التطبيع قد أرجئ، بل حتى لو تمّ التراجع عنه تمشياً مع آراء اميركية وأوروبية. فواشنطن تخوض اشتباكاً مع روسيا وايران وتركيا، وتقيم تعاوناً صلباً مع إسرائيل في ما يخصّ سورية، يصعب القول أن لديها ما تعرضه على العرب مقابل «الفيتو» على التطبيع مع الاسد أو أن سياستها واضحة بالنسبة إليهم بل إنها بالأحرى مثيرة للشكوك في ما تخططه لشمال شرقي سورية بسبب تكاثر التحليلات والشواهد عن سعيها الى التقسيم من خلال دعم الأكراد. أما موسكو فيمكنها أن تعرض صفقة أو صفقات سورية على العرب من جهة، وعلى إسرائيل من جهة أخرى بدليل تطوير التنسيق المعمّق معها.

في ظلّ إحجام واشنطن عن دخول أي مساومة معها، كان لا بد أن تنشّط روسيا التحاور مع أي طرف يقرّبها من الولايات المتحدة أو يعوّضها خسارة التعاون مع اميركا، وهذا ما تفعله سواء عبر العرب، أو عبر إسرائيل، آملة في اجتذاب واشنطن ولو بعد حين. وفي تقدير العديد من المراقبين فإن موسكو بدأت تتحدّث حالياً، تلميحاً وتصريحاً، في كل ما اعتبرته سابقاً غير قابل للنقاش. بل يبدو أن تحاول بلورة «صفقة» أو ما يشبه «رزمة» تتضمّن معالجة للمعضلات الثلاث التي تشغل العرب: الأسد وإيران وتركيا. ويلاحظ أحد المصادر أن الأفكار الروسية تعكس مراجعتها لمستقبل دورها في سورية، متمسّكة أولاً وأخيراً بمصالحها، ولذلك فهو يتوقّع أن تمضي بعيداً في ما تطرحه شرط أن تحصل على ما تريده في المقابل. ويقول مصدر آخر أن «الثمن» المرتفع الذي دأب الروس على طلبه لقاء البحث في مسألتَي الاسد وايران أحبط أي مساومة محتملة لكنهم يبادرون الآن الى «تحريك السوق» سعياً الى مساومة بشروط مختلفة.

إذا صحّت هذه التوقّعات فإن التخلّي عن الأسد لم يعد مستبعداً، لكن ليس وارداً التخلي عن النظام، إذ يشرح الروس أنهم يعملون في العمق لتصويب سلوك البنية العسكرية – الأمنية. لم تعد أيضاً مستبعدة الرغبة الروسية في تقليص النفوذ الإيراني، فالتجاذبات بين الطرفين تتزايد سواء بالاغتيالات أو بتسريحات وعمليات نقل للعسكريين من مواقع الى أخرى، أو بخلافات على مناطق سيطرة والتضييق على عمل الميليشيات، أو الأهم بتوفير تسهيلات للضربات الإسرائيلية لمواقع الإيرانيين والسوريين المتعاونين معهم. أما بالنسبة الى تركيا فيقول الروس أنهم من جهتهم يضمنون حدود دورها في سورية لكنها تخوض حالياً معركة تضارب التوفيق بين مصالحها مع الولايات المتحدة وروسيا في آن.

الأرجح أن الاسد وايران يستشعران التغيير في المزاج الروسي، إذ لم يعد متوافقاً مع خططهما كما كان في الأعوام الثلاثة الماضية، ومع ضيقهما من بعض ممارساته الميدانية إلا أنهما يضعانها في سياق المتوقّع. غير أن الإشارات التي أبدتها موسكو باستعدادها لتجميد مسارَي استانا وسوتشي، وللتفكير في العودة الى مسار جنيف للحلّ السياسي، أشعلت الضوء الأحمر في دمشق وطهران. من هنا أن جلب الأسد للتشاور مع خامنئي كان تعبيراً عن توجّس مشترك من «الحليف» الروسي. ويعتبر قريبون من رئيس النظام أن الاساءات الروسية له بلغت حدّاً يستفزّ مشاعره الانتقامية المكتومة ويحضّه على الردّ. لكن طهران أفهمته أن ردّه الأفضل يكون بتعزيز موقع ايران في سورية وتنفيذ الاتفاقات التي وقّعها معها.

نصّت مذكرتان إداريتان على تشكيل هيئتين للتفاوض على اتفاق استغلال إيران ميناء اللاذقية وادارته، واتفاق آخر لاستغلال حقل نفطي. وأبلغ أحد رجال الأعمال السوريين نظراء له في بيروت أن محادثات بلغت مرحلة متقدمة لإصدار ترخيص لجهة إيرانية بتأسيس شركة ثالثة للهواتف النقالة. كانت روسيا عارضت مبدأ وجود إيران في موقع على المتوسط، ومنعت استحواذها على أي حقل نفطي، وعرقلت دخولها مجال الاتصالات. واستناداً الى ما نُقل عن مبعوثين للاسد فإنه ماطل في تنفيذ الاتفاقات مع طهران لأنه أراد «حجز» هذه القطاعات لتسهيل العودة العربية. لكن حقده المتصاعد على الروس دفعه الى تجاوز اعتراضاتهم على هذه المشاريع وتجديد مراهنته على تحالفه مع ايران. أما يأسه من العرب فلم يدفعه فقط الى «حرمانهم» من استثمارات مفترضة بل أوعز الى بعض الدوائر لحصر الاستثمارات العربية الموجودة، التي توقف العمل فيها بسبب الأزمة، وإعداد الملفات والديباجات «القانونية» المناسبة بغية الاستيلاء عليها.

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