La France dans le piège russe en Syrie


Opération humanitaire conjointe entre Moscou et Paris pour la Syrie juillet 2018                          ©AFP

La France dans le piège russe en Syrie

C’est aux autorités russes que la France confie désormais l’acheminement de son aide humanitaire en Syrie.

Poutine sur la base de Hmeimim en décembre 2017

Emmanuel Macron n’a apparemment pas eu un simple entretien de courtoisie avec Vladimir Poutine, le 15 juillet au Kremlin, quelques heures avant la victoire française à la coupe du monde de football. Les deux présidents se sont en effet accordés sur la première mise en oeuvre d’un plan d’action commune en Syrie, envisagé dès leur sommet du 24 mai dernier à Saint-Pétersbourg. Un communiqué franco-russe, diffusé par l’Elysée le 20 juillet, a officialisé ce tournant majeur de la politique française en Syrie, maladroitement justifié par des considérations « humanitaires ».

UNE CAUTION DE L’ELYSEE AUX BOMBARDEMENTS RUSSES

Le communiqué du 20 juillet précise que « la France et la Russie mettront en oeuvre dans les prochains jours un projet humanitaire conjoint pour répondre aux besoins des populations civiles qui demeurent très importants dans la Ghouta orientale ». Dès le 21 juillet, c’est cette fois le ministère russe de la Défense qui confirme qu’un de ses gros porteurs a acheminé 44 tonnes d’aide française depuis l’aéroport de Châteauroux jusqu’à la base russe de Hmeimim, dans le nord-ouest de la Syrie. Rappelons que Hmeimim est, depuis le début de l’intervention directe de la Russie en Syrie, en septembre 2015, la base de départ des raids systématiquement menés contre les infrastructures civiles des zones insurgées, écoles, hôpitaux et voies de communications. Ces bombardements avaient jusqu’alors été condamnés catégoriquement par la France pour leur violation flagrante du droit international.

La France, en accordant ainsi un crédit « humanitaire » à la base de Hmeimim, ne fait pas que blanchir le corps expéditionnaire russe des crimes de guerre perpétrés en Syrie. Elle se met aussi dans la main de ce même corps expéditionnaire pour distribuer, au nom des deux présidents Poutine et Macron, une aide pourtant exclusivement française à l’attention des populations civiles. Les autorités russes précisent en effet que les « médicaments, tentes, vêtements, équipement médical et produits de première nécessité » acheminés depuis Châteauroux, via Hmeimim, arriveront dans les hôpitaux syriens sous la responsabilité du « Centre russe pour la réconciliation des parties au conflit ». La « réconciliation » est l’équivalent dans le lexique du Kremlin de la « pacification » chère autrefois aux armées coloniales, mais le résultat n’en est pas moins ravageur.

UN RENONCEMENT D’AUTANT PLUS SCANDALEUX QU’IL EST INUTILE

La Ghouta orientale, bastion révolutionnaire dans la banlieue de Damas, n’a été reconquise en avril 2018 par le régime Assad, avec le soutien déterminant de l’armée russe, qu’après un siège effroyable où au moins 1600 civils ont trouvé la mort. Des violences aussi systématiques, facilitées par le blocage de Moscou au Conseil de sécurité de l’ONU, avaient suscité, le 8 avril, cette déclaration d’une virulence exceptionnelle de Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères: « je condamne avec la plus grande fermeté la poursuite par le régime syrien du siège de la ville de Douma en Ghouta orientale, et les bombardements qui ont fait un grand nombre de victimes parmi les civils au cours des dernières 24h, en violation flagrante du droit international humanitaire ». L’utilisation d’armes chimiques par le régime Assad dans la même Ghouta orientale avait d’ailleurs entraîné, le 14 avril, un raid de représailles coordonné entre la France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Trois mois plus tard, la France choisit néanmoins d’abdiquer son autonomie d’action en Syrie au profit de cette Russie qui a contribué de manière implacable au siège de la Ghouta orientale et a récusé toutes les accusation d’emploi d’arme chimique par le régime Assad. On chercherait en vain la cohérence d’une politique qui poursuit parallèlement son engagement dans le nord-est du pays au sein de la coalition anti-Daech, dont les deux piliers sont le contrôle de la chaîne de commandement par les Etats-Unis et le déni de souveraineté du régime Assad sur cette partie du territoire syrien. Ce n’est pas en s’en remettant à Moscou ici, après s’en être remis là à Washington, que Paris retrouvera une certaine visibilité en Syrie, et encore moins la capacité de peser sur le règlement d’un conflit appelé à se prolonger encore longtemps.

Les partisans d’une soi-disant « realpolitik » se féliciteront sans doute de la prise en compte par Paris de la nouvelle donne en Syrie, très favorable à Assad du fait du soutien inconditionnel du Kremlin. Les tenants d’un authentique réalisme ne pourront, eux, que regretter que la France dilapide son crédit en Syrie pour y légitimer l’offensive de la Russie, incapable d’y transformer ses avantages militaires en processus de paix. Quant aux quelque 50.000 exilés de la Ghouta orientale, expulsés de leurs foyers par Poutine et Assad, ils n’auront plus que leurs yeux pour pleurer.

 

A man walks with his bicycle at a damaged site in the besieged town of Douma A man walks with his bicycle at a damaged site in the besieged town of Douma, Eastern Ghouta, in Damascus- SyA man walks with his bicycle at a damaged site in the besieged town of Douma A man walks with his bicycle at a damaged site in the besieged town of Douma, Eastern Ghouta, in Damascus- Syria March 30, 2018.

Lors d’un voyage de Poutine à la base militaire russe de Hmeimim en Syrie, un officier russe empêche Bachar al-Assad de se mettre à coté du président Russe…

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Comment le PKK de Cemil Bayik a trahi les Kurdes de Syrie


 

Comment le PKK de Cemil Bayik a trahi les Kurdes de Syrie

Les Kurdes de Syrie sont en train de payer le prix fort d’une nouvelle trahison. Mais c’est bel et bien la guérilla séparatiste du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et son chef Cemil Bayik qui les ont sacrifiés à leurs folles ambitions régionales. Le PKK a d’ailleurs construit historiquement sa présence en Syrie sur un partenariat avec le régime Assad, dont l’idéologie panarabe niait la réalité kurde.

LE PKK ET LE REGIME ASSAD

Le PKK, fondé en 1978 sur une base marxiste-léniniste, lance en 1984 sa guérilla séparatiste en Turquie. Son chef et fondateur, Abdallah Öcalan, objet d’un impressionnant culte de la personnalité jusqu’à ce jour, s’installe alors à Damas, sous la protection des renseignements militaires d’Ali Douba. La dictature Assad, en contrepartie de ce soutien, enrôle le PKK comme force supplétive de quadrillage de la population kurde de Syrie, avec ses propres centres de détention. Ce partenariat se poursuit durant 14 ans, jusqu’à ce qu’un ultimatum d’Ankara à Damas, avec incursion ponctuelle de blindés turcs dans le nord de la Syrie, entraîne l’expulsion d’Öcalan vers Moscou en octobre 1998 (après une cavale complexe de plusieurs mois, le chef du PKK est kidnappé par les services turcs au Kenya en février 1999 ; il appelle peu après ses partisans armés à quitter la Turquie, puis à respecter un cessez-le-feu unilatéral).

Le PKK, qui perd de ce fait ses facilités en Syrie, se retourne contre Hafez al-Assad, auquel succède Bachar en juin 2000. Il participe dès lors, aux côtés des formations kurdes proprement syriennes, au « printemps kurde » durement réprimé de mars 2004. Mais, lors du déclenchement du soulèvement populaire de mars 2011, Bachar al-Assad décide de diviser l’opposition en jouant Kurdes contre Arabes. Le PKK est encouragé à sévir contre les partis kurdes syriens (c’est ainsi que l’opposant Mechaal Tamo est assassiné en octobre 2011). La branche syrienne du PKK, le PYD (Parti de l’Union démocratique), est légalisée par le régime Assad, qui autorise le retour d’exil de son chef, Salih Muslim, et la libération de 600 de ses cadres et militants. Surtout, 3000 combattants du PKK peuvent passer du Nord-Ouest de l’Irak au Nord-Est de la Syrie, échappant ainsi à la pression du Gouvernement régional kurde (GRK) d’Erbil.

LE TOURNANT DE KOBANE

En juillet 2012, le GRK tente de parrainer un accord entre le PKK/PYD, d’une part, et le Conseil national kurde (CNK), composante de la direction révolutionnaire syrienne (présidée alors par le Kurde Abdelbasset Sayda), d’autre part. Mais, plutôt que cette entente avec l’opposition syrienne, l’aile militaire du PKK, menée par Cemil Bayik depuis le massif de Qandil, dans l’extrême nord irakien, décide de renforcer son alliance avec Assad : une cogestion entre le PKK et la dictature s’instaure dans la Jazira, soit la portion de territoire syrien fichée entre la Turquie et l’Irak, d’une part, et la « Montagne des Kurdes », autour d’Afrin, au nord-ouest d’Alep, d’autre part. Les portraits d’Öcalan remplacent les portraits d’Assad, les différentes polices politiques du régime se font plus discrètes, sans pour autant se retirer, tandis que le PKK traque sans merci tous ses rivaux dans la population kurde.

A l’intérieur même du PKK, les tensions sont réelles entre les inconditionnels d’Öcalan, qui ouvre des pourparlers de paix avec Ankara à l’automne 2012, et les « faucons » regroupés autour de Bayik, convaincus du caractère inéluctable de la reprise des hostilités en Turquie. Bayik est formellement élu à la direction politique du PKK et confie la branche militaire à un de ses proches, originaire de Syrie. Dans un entretien accordé peu après au « Monde » en août 2013, il se fait l’avocat d’un « Etat autonome kurde syrien », prélude à l’établissement d’un Kurdistan indépendant, dont le coeur serait en Turquie. Ce sont les partisans de Bayik (en photo ci-dessous), qui poussent à la proclamation, en novembre 2013, d’un Rojava, ou « Kurdistan occidental », dans les zones syriennes sous contrôle partagé du PKK et du régime Assad.

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La prise de Mossoul par Daech, le bien mal-nommé « Etat islamique », en juin 2014, est suivie d’une campagne d’extermination à l’encontre des Yézidis. Les combattants du PKK en Irak s’illustrent dans une audacieuse opération qui brise le siège jihadiste du dernier refuge des Yézidis, la montagne du Sinjar. Ce coup d’éclat impressionne le Pentagone et la CIA, par ailleurs très déçus par le manque de pugnacité des « peshmergas » du GRK. C’est alors que se noue une collaboration de plus en plus étroite entre les forces spéciales américaines et le PKK, malgré les protestations d’Ankara. Cette collaboration n’est pas sans rappeler le soutien majeur accordé en 1999 par Washington à l’UCK (Armée de libération du Kossovo), elle aussi d’inspiration marxiste-léniniste, aux dépens de l’opposition kossovare modérée, jugée trop peu « efficace ».

Le pari des Etats-Unis sur le PKK devient clair lors de la bataille de Kobané, de septembre 2014 à janvier 2015, avec un soutien aérien sans précédent dispensé aux partisans d’Öcalan, en vue de reprendre à Daech cette ville frontalière de la Turquie. La direction du PKK en Irak joue sur l’émotion immense suscitée par le martyre de Kobané, afin de mobiliser les Kurdes de Turquie contre le gouvernement d’Ankara. Bayik ne cache plus depuis Qandil sa volonté de relancer la lutte armée en Turquie, même s’il doit ménager un « processus de paix » auquel Öcalan accorde toujours sa caution depuis sa prison. Le sort de Kobané est cyniquement instrumentalisé dans ce bras de fer interne au PKK. En revanche, les fidèles du parti s’entendent tous pour imposer leur vision de la « reconstruction » de Kobané à la population revenue dans le champ de ruines qu’est la ville « libérée ».

LE MIRAGE DU ROJAVA

La reprise du conflit entre le PKK et le gouvernement turc, à l’été 2015, s’accompagne d’une extension du « Rojava » le long de la frontière turco-syrienne. Cette progression s’effectue certes aux dépens de Daech, et avec un soutien multiforme des Etats-Unis, mais elle débouche sur une véritable « purification ethnique » à l’encontre des populations non-kurdes. En étendant son emprise territoriale, le PKK dissout en effet la majorité déjà relative des Kurdes dans la population sous son contrôle. Et c’est compter sans les voix dissidentes au sein même des Kurdes de Syrie, étouffées sans ménagement.

En décembre 2015, dans un nouvel entretien au « Monde », Bayik constate sans déplaisir excessif que « Öcalan est réduit au silence » et affirme que « la guerre civile qui sévit en Turquie va s’aggraver ». A ses yeux, « les évolutions en Turquie, en Irak et en Syrie relèvent d’un même conflit ». Son bras armé en Syrie est constitué par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), doux euphémisme pour une milice dominée par « les structures militaires kurdes syriennes », elles-mêmes « émanations du PKK », selon un tout récent article du correspondant sur place du « Monde ». L’objectif de Bayik est bel et bien de constituer une continuité territoriale à la frontière sud de la Turquie, afin d’intensifier la guérilla en Turquie même, son objectif stratégique.

C’est dans cette perspective qu’il faut lire les développements de ces derniers mois : les FDS, inféodées au PKK, loin de se lancer à l’assaut de Raqqa, la « capitale » de Daech en Syrie, se sont détournées vers Manbij, « libérée » en août 2016 à un coût exorbitant pour la population locale ; plus à l’ouest, les fidèles de Bayik ont contribué au siège par le régime Assad des quartiers révolutionnaires d’Alep, siège brisé par une contre-offensive des insurgés, là aussi en août 2016. J’avais déjà suggéré en mai dernier sur ce blog que le PKK avait épuisé sa capacité de contribuer efficacement à la lutte anti-jihadiste. Ses velléités expansionnistes ont retourné contre lui ses anciens partenaires de Moscou et ses nouveaux alliés de Washington, qui ont donné tous deux leur aval à l’offensive de la Turquie et de ses alliés syriens pour repousser les affidés du PKK à l’est de l’Euphrate.

La carte ci-dessous, élaborée par l’Institute for the Study of War (ISW) de Washington, fait figurer en jaune les positions au 30 août 2016 des SDF/FDS/PKK, en violet celles de la Turquie et de ses alliés, en vert celles des révolutionnaires syriens, en gris celles des jihadistes de Daech/ISIS et en rouge celles du régime Assad.

Military Situation in Northern Syria-30 AUG 2016_2

En conclusion, il est aussi réducteur qu’erroné de considérer « les Kurdes » comme des partisans exclusifs du PKK. En revanche, il est incontestable que les Kurdes de Syrie ont été trahis par Bayik et la direction militaire du PKK qui, depuis leur quartier général irakien, ont subordonné le front de la Syrie, à leurs yeux secondaire, à la priorité absolue accordée à la guerre contre l’Etat turc.

Comment les Etats-Unis viennent de sauver Daech d’une défaite annoncée en Syrie


 

Comment les Etats-Unis viennent de sauver Daech d’une défaite annoncée en Syrie

La réalité dépasse parfois la fiction. En pire: Daech, le bien mal nommé « Etat islamique », était sur le point de perdre son bastion syrien d’Al-Boukamal, verrou stratégique à la frontière de l’Irak (cette ville est parfois orthographiée Albou-Kamal, Abou Kamal ou Bukamal). Mais les Etats-Unis ont suspendu leur soutien aérien à la « Nouvelle Armée syrienne », la milice révolutionnaire qui menait l’assaut, permettant aux commandos jihadistes de réussir leur contre-offensive.

Cet invraisemblable fiasco a été révélé dans une enquête détaillée du Washington Post. Il est d’autant plus troublant que l’aviation américaine a abandonné ses partenaires syriens pour participer à une orgie de bombardements en Irak, lors de la reconquête de Fallouja après deux ans et demi aux mains de contrôle jihadiste. Comme si les Etats-Unis, à la différence de Daech, étaient incapables de se battre à la fois en Syrie et en Irak.

La « Nouvelle armée syrienne »

Cette « Nouvelle armée syrienne » (NAS), malgré son titre ronflant, n’est qu’une composante relativement mineure de l’Armée syrienne libre (ASL). Elle a été établie en novembre 2015 autour de déserteurs des forces d’Assad, qui ont été formés et équipés  en Jordanie par la CIA (dans le cadre d’un programme train and equip richement doté par Washington) . Les services américains, plutôt que de répéter les échecs des infiltrations menées depuis la Turquie, avaient cette fois choisi le front Sud. Le premier succès de la NAS fut la prise à Daech en mars 2016 du poste de Tanaf (parfois orthographié Tanf, al-Tanf, voire Tinf), à la frontière entre la Syrie et l’Irak. Malgré des attentats-suicides et des contre-attaques jihadistes, Tanaf était resté de fait aux mains de la NAS.

Les combattants de la NAS ont pu accéder au soutien américain en s’engageant à lutter exclusivement contre Daech, et non contre le régime Assad (une condition draconienne qui interdit à la plupart des autres groupes révolutionnaires de bénéficier du programme train and equip). Cet engagement exclusif contre Daech n’avait pas empêché l’aviation russe de bombarder le 16 juin les positions de la NAS à Tanaf. Ce pilonnage russe est cohérent avec la volonté constante de Moscou d’éliminer toute troisième voie en Syrie entre le régime Assad et Daech. Le bombardement du 16 juin avait provoqué une vive réaction du Pentagone et les démentis russe d’usage. La NAS avait pu déjà apprécier la fragilité de la protection aérienne des Etats-Unis puisqu’un des pilonnages russes s’était produit alors que les avions américains étaient en train de refaire le plein…

La curée de Fallouja

C’est dès le 26 juin que les autorités irakiennes ont annoncé la « libération » de Fallouja. Mais une importante colonne jihadiste, forte de centaines de véhicules, a tenté de quitter la ville le 28 juin, date où la NAS, à 340 kilomètres plus à l’ouest, lançait son offensive contre Al-Boukamal. Le soutien aérien des Etats-Unis à cet assaut était déterminant pour des unités révolutionnaires très exposées en milieu désertique et très éloignées de leur base arrière de Tanaf. La population d’Al-Boukamal, sans doute prête à se rallier aux assaillants, dont beaucoup ont des attaches locales, restait passive dans l’attente d’une percée révolutionnaire.

Cette percée n’interviendra pas, car l’aviation américaine est détournée le 29 juin sur Fallouja, abandonnant ses alliés syriens à découvert face aux mortiers jihadistes. Les B52 et AC130 vont en effet se joindre à la curée de Fallouja, où les appareils irakiens ont commencé d’éliminer par des frappes systématiques les commandos jihadistes en fuite. Cet acharnement aérien n’est pas sans rappeler « l’autoroute de la mort » où la chasse américaine avait liquidé en février 1991 les colonnes irakiennes qui évacuaient précipitamment le Koweït.

Les Etats-Unis étaient convaincus du succès de leurs partenaires syriens à Al-Boukamal, au point que le très sérieux Institute for the Study of War de Washington annonçait la reconquête de cette ville (entourée donc en rouge) sur sa carte ci-dessous du territoire aux mains de Daech en Syrie et en Irak au 1er juillet. Ce n’était qu’une auto-intoxication, puisque le lâchage américain permettait au même moment à Daech de repousser la NAS vers Tanaf et le désert.

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Avant ce « Ramadan de sang », des commentateurs un brin pressés s’interrogeaient pour savoir non pas si Raqqa allait être « libérée » de Daech, mais qui allait emporter ce trophée, entre le régime Assad, soutenu par la Russie, et les milices kurdes, inféodées au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) turc et appuyées par les Etats-Unis. L’offensive russo-gouvernementale a depuis été mise en déroute et les unités kurdes ont dû se détourner vers l’Ouest et l’objectif supposé plus accessible de Manbij, devant lequel elles continuent de piétiner.

En lâchant à Al-Boukamal la proie syrienne pour l’ombre irakienne, les Etats-Unis ont fait preuve une fois encore d’une grande myopie stratégique. On sait que la chute de Fallouja n’a pas préservé Bagdad du pire attentat depuis le renversement de Saddam Hussein. Et dans la ville de Raqqa où Abou Bakr al-Baghdadi proclama en avril 2013 son « Etat islamique en Irak et au Levant », les responsables jihadistes peuvent continuer de pavoiser. Et de recruter dans le monde entier.

http://filiu.blog.lemonde.fr/2016/07/09/comment-les-etats-unis-viennent-de-sauver-daech-dune-defaite-annoncee-en-syrie/

L’État Islamique peut-il être stoppé ?


 

 

 

 

 

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Jean-Pierre Filiu: “Si on ne fait rien, il y aura des bombardements à l’arme chimique réguliers.”


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http://www.dailymotion.com/video/x13gwai_jean-pierre-filiu-si-on-ne-fait-rien-il-y-aura-des-bombardements-a-l-arme-chimique-reguliers_news#.UhZTp8Z92rY.facebook

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Repression-et-tueries-de l'Emirat d'el Assad

Oppressions-et-tueries- en Syrie…

Syrie : l’extermination chimique que prépare Bachar el-Assad

http://blogs.rue89.com/jean-pierre-filiu/2013/08/25/syrie-lextermination-chimique-que-prepare-bachar-el-assad-230973

Jean-Pierre Filiu
Universitaire
Publié le 25/08/2013 à 11h47

Des cadavres de Syriens victimes des attaques du 21 août, à Damas, le 22 août 2013 (Uncredited/AP/SIPA)

J’ai pu, au fil des années, rencontrer à plusieurs reprises Bachar el-Assad. Avant lui, j’avais eu accès à de nombreuses occasions à son père Hafez el-Assad, qui lui a cédé le pouvoir à sa disparition en 2000, après trente années de pouvoir absolu.

J’en ai acquis la conviction que tout, mais littéralement tout est possible de la part de tels despotes. Car, bien plus conscients que les observateurs extérieurs de la fragilité de leur régime, le recours à la terreur jusqu’aux pires extrémités leur paraît un instrument de politique banalisé, voire normal.

« L’Etat de barbarie », comme le décrivait justement Michel Seurat, repose sur l’exercice de la violence la plus implacable à l’encontre de la population, qui doit n’avoir de choix qu’entre la soumission et la mort.

Mensonge d’Etat

Pour valider cette impitoyable alternative, Assad père et fils savent que deux conditions doivent impérativement être réunies :

  • le territoire syrien doit être interdit à toute catégorie d’information indépendante ;
  • l’opposition intérieure doit être systématiquement assimilée à unemanipulation extérieure, de préférence Mossad et CIA, sinon Irak, Turquie, Arabie ou Qatar, suivant les périodes.

C’est le huis clos de mars 1982 qui permet à Hafez al-Assad d’exterminer une bonne partie de la population de Hama et de détruire le tiers du centre historique de cette ville. C’est ce huis clos que Bachar rétablit en nos temps de « transparence » supposée, par la liquidation des journalistes étrangers ou syriens. Le libre accès de la presse, pourtant spécifié dans les plans de la Ligue arabe en décembre 2011 et de l’ONU en avril 2012, restera toujours lettre morte.

Une fois ce huis clos garanti, la propagande du régime n’a plus qu’à instiller le doute à chaque affirmation de l’opposition, qui ne pourra effectivement être vérifiée de « sources indépendantes », celles-ci étant bannies de Syrie.

Ce cercle vicieux est poussé à l’extrême depuis quelques jours : les inspecteurs de l’ONU se voient interdire à Damas l’accès aux sites des frappes chimiques, pourtant tout proches de leur hôtel. Cela n’empêche pas la télévision gouvernementale d’accuser l’insurrection des crimes perpétrés par sa propre armée, sans même juger utile de mobiliser les fameux inspecteurs de l’ONU pour conforter ce mensonge d’Etat.

Bachar teste la passivité internationale

L’obsession de Bachar el-Assad, héritée de son père, est la survie du régime coûte que coûte. Le peuple syrien disparaît dans la vision surplombante du despote qui, comme tous les dictateurs de l’Histoire, est en partie acquis à sa propre propagande.

L’essentiel n’est donc pas de ménager, au moins relativement, une population tenue pour quantité négligeable, mais de tester la passivité internationale à chaque degré de l’escalade contre cette population, évidemment accusée de n’être qu’un ramassis de « terroristes », de « djihadistes » et d’« agents » du Mossad, de la CIA ou du Golfe.

Dès le début des manifestations pacifiques, en mars 2011, Bachar el-Assad lâche ses snipers pour abattre des opposants désarmés. Un mois plus tard, ce sont les blindés qui font mouvement dans les zones contestataires. Avec l’été, ces mêmes blindés, cette fois équipés de mitrailleuses lourdes, sèment la terreur dans les villes gagnées à l’opposition. Durant l’hiver suivant, l’artillerie commence à pilonner les quartiers rebelles.

A chaque fois, le dictateur teste la nouvelle escalade sur un terrain limité, mesure l’inanité de « condamnations » internationales purement verbales, avant de généraliser la pratique à l’ensemble du territoire syrien.

Cette épouvantable surenchère se poursuit à l’été 2012, avec la banalisation des raids aériens à l’encontre de zones résidentielles.

Aucune réaction crédible n’intervient face à ces crimes de guerre, hormis quelques communiqués indignés et des reportages effarés. Assad peut dès lors passer au bombardement par des missiles balistiques Scud, d’une portée de 300 km. Jamais ce type d’armes stratégiques n’avait été utilisé par un régime à l’encontre de sa propre population. Là encore, la passivité prévaut, encourageant naturellement les bourreaux à récidiver et à systématiser leur nouvelle arme de terreur.

Le recours aux armes chimiques est avéré depuis la veille de Noël 2012, dans un quartier de Homs. Soucieux de ne pas défier directement la « ligne rouge » tracée par l’administration Obama, Assad se contente d’utilisations ponctuelles, mixant gaz incapacitants et explosifs classiques. Le bilan de l’ensemble de ces frappes sur plus de six mois est de l’ordre de 150 tués, ce qui paraît bien faible au vu des 100 000 morts de la tragédie syrienne (ce bilan global est d’ailleurs sans doute sous-évalué).

Menacé au cœur de son périmètre de sécurité

La population des zones « libérées », qui a payé le prix fort pour connaître son tyran, est convaincue qu’Assad, s’il n’est pas arrêté, lancera une frappe massive aux armes chimiques. Les hôpitaux révolutionnaires d’Alep, où je me trouvais en juillet, sont désormais équipés d’installations de fortune pour les premiers soins et la décontamination en cas d’attaque chimique.

Le million d’habitants de cette partie « libérée » d’Alep dispose de seize msaques à gaz et de 10 000 doses d’atropine, le seul antidote à l’exposition au gaz sarin.

Selon l’opposition, la décision d’une campagne chimique contre les quartiers rebelles de Damas a été prise le 8 août. Bachar el-Assad a échappé ce jour-là à un attentat le visant à proximité de la mosquée Anas Bin Malek, où il devait participer aux prières de la fin du ramadan.

Pour avoir habité de longues années à côté de cette mosquée, je peux affirmer qu’il s’agit du cœur du périmètre de sécurité du régime. Ainsi la dictature Assad, qui doit recourir aux supplétifs libanais du Hezbollah pour reprendre pied à Homs et à Qusseir, est désormais menacée dans sa capitale même.

Bachar en toute impunité

Rescapé d’un attentat en juin 1980, Hafez el-Assad avait ordonné en représailles le massacre de centaines de détenus politiques dans la sinistre prison de Palmyre. Le châtiment du tyrannicide, crime absolu dans le système Assad, doit être aussi aveugle que dissuasif.

C’est peut-être à partir de ce moment qu’ont été planifiés les préparatifs d’une frappe majeure aux armes chimiques, visant à punir la population des quartiers rebelles de Damas, puis à l’en expulser, en vue d’y écraser enfin les unités infiltrées depuis de longs mois.

L’impunité de la junte égyptienne n’a pu qu’encourager Assad à passer à l’acte. Après tout, près d’un millier de personnes ont été massacrées en Egypte, du 14 au 16 août, sans réaction internationale autre que verbale. Si un tel carnage peut se dérouler dans un pays pourtant ouvert à la presse étrangère, alors tout semble possible en Syrie.

L’arrivée des inspecteurs de l’ONU de Damas ne peut que favoriser ce plan : leur mandat, âprement négocié par les diplomates loyalistes, ne concerne que trois sites situés hors de Damas et leur interdit de désigner publiquement les responsables. Cette présence structurellement impuissante, loin de réfréner les massacreurs, conforte au contraire leur détermination.

Le 21 août, des dizaines de missiles sont tirés entre 2h30 et 5h30 locales à partir de bases gouvernementales contre la Ghouta, soit la banlieue est et ouest de la capitale. Les hôpitaux de fortune sont vite débordés par l’afflux des victimes. La proportion d’enfantsest effroyable, du fait de leur vulnérabilité à l’exposition aux gaz. Des familles entières sont assassinées dans leur sommeil, car les chaleurs estivales les amenaient à dormir la fenêtre ouverte. Le bilan dépasse largement le millier de morts, parmi lesquels Médecins sans frontière (MSF) relève au moins 355 victimes de neurotoxiques.

Cela fait quatre jours que ce massacre sans précédent en Syrie a été perpétré et, comme Bachar el-Assad le pariait, rien ne vient une fois de plus remettre en cause son impunité. Il aura ainsi, comme à chaque escalade dans l’horreur, su banaliser l’emploi d’une arme nouvelle à l’encontre de sa population.

Trois scénarios possibles

Après la banlieue de Damas, ce sera Homs ou Deir Ezzor. On ne peut dorénavant plus exclure le tir de missiles Scud, équipés de charges chimiques, à l’encontre d’Alep, ne serait-ce que pour éviter que la deuxième ville du pays ne passe sous entier contrôle de la révolution.

Trois grands types de scénario se profilent à un horizon très proche, du moins au plus plausible :

  • L’administration Obama, mesurant enfin l’échec d’une politique qui a renforcé à la fois Bachar al-Assad et les djihadistes, décide avec ses alliés des frappes ponctuelles contre les centres de commandement du régime, avec un accent sur les bases de déclenchement des frappes chimiques. Le déploiement de la marine de guerre en Méditerranée orientale semble plaider en faveur de cette hypothèse.

Mais cette logique de « guerre froide » s’inscrit parfaitement dans le schéma de propagande d’Assad et de son allié Poutine. Et les réticences du président américain à un engagement militaire au Moyen-Orient sont notoires.

Enfin, Israël se satisfait toujours de la neutralisation réciproque des miliciens chiites et des radicaux sunnites. Quant à la Turquie, elle est trop absorbée par la crise du système Erdogan pour être à l’initiative.

  • La résistance syrienne obtient enfin l’armement anti-aérien et antichar qui lui a été promis depuis un an, sans jamais être livré. Cette posture offre l’avantage de conforter la posture nationaliste de la révolution syrienne, tout en lui permettant de neutraliser à terme la surenchère djihadiste.

Il n’est cependant pas certain que cette option, à la faisabilité garantie à l’automne 2012, soit aujourd’hui à la hauteur d’une bataille qui a banalisé l’utilisation tactique des armes chimiques. Enfin, la CIA ne veut soutenir que des supplétifs, comme ceux qu’elle avait appuyés au Kossovo en 1999, et elle refuse de collaborer avec des commandos syriens à la farouche autonomie.

  • Il est donc fort probable qu’il ne se passera rien de notable, hormis une agitation diplomatico-militaire largement déconnectée de l’évolution sur le terrain.

Des « fuites » distillées de manière judicieuse permettront d’accréditer la fable d’une action clandestine des services occidentaux, justifiant ainsi la passivité publique de leurs dirigeants. Et l’interdiction du terrain syrien aux investigations indépendantes fera le lit de toutes les théories de la conspiration. Des Voltaire auto-proclamés se draperont dans leur « liberté de pensée » pour dénier au peuple syrien jusqu’au droit de compter ses propres morts.

Un avant et un après le 21 août 2013

Et le monde continuera de tourner. Du moins le croira-t-il. Car il y aura un avant et un après le 21 août 2013. Bachar el-Assad prépare déjà sa prochaine campagne d’extermination chimique, d’une toute autre ampleur. A bien des égards, il lit en nous comme dans un livre ouvert et il a fort peu de respect pour nos sociétés.

J’ai entendu Hafez el-Assad proclamer que Gorbatchev aurait dû être fusillé comme traître à la patrie soviétique. Bachar et ses complices doivent jubiler face aux contorsions de la « communauté internationale ».

La passivité actuelle vaut donc complicité dans le massacre suivant, qui ne saurait trop tarder. Le maître de Damas sèmera la terreur tant qu’il ne sera pas brisé. Et il a l’embarras du choix pour exporter le chaos dans les pays voisins.

Deux ans après l’holocauste chimique d’Halabja contre les Kurdes irakiens, Saddam Hussein, grisé par son impunité, envahissait en 1990 le Koweït. Gageons que Bachar el-Assad n’attendra pas aussi longtemps pour précipiter toute la région dans l’horreur.

En Syrie, il ne s’agit plus de morale élémentaire, mais de sécurité collective.

Jean Pierre Filiu, spécialiste du Moyen Orient, de retour d’Alep


http://www.rtl.fr/actualites/info/international/article/syrie-des-rebelles-lancent-une-fatwa-contre-les-croissants-7763533179

Jean Pierre Filiu, spécialiste du Moyen Orient, de retour d’Alep

C’est une Révolution POPULAIRE

 

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