«Aucun pays arabe n’est aujourd’hui à l’abri d’une contestation»


 

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«Aucun pays arabe n’est aujourd’hui à l’abri d’une contestation»

INTERVIEW avec l’écrivain et philosophe palestinien Azmi Bishara
Par Hala Kodmani — 7 janvier 2020 à 19:36

Palestinien d’Israël, l’analyste politique Azmi Bishara voit les fronts de révolte en Irak, au Liban ou en Algérie comme des répliques du printemps arabe de 2011. Il est persuadé qu’il y en aura d’autres, jusqu’à la démocratisation complète de la région.

«Aucun pays arabe n’est aujourd’hui à l’abri d’une contestation»
Ecrivain et philosophe palestinien, Azmi Bishara, 63 ans, est une figure de la pensée politique arabe actuelle. Directeur du Centre arabe de recherche à Doha, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles, notamment sur les aspirations démocratiques depuis le printemps arabe. Palestinien d’Israël, il a été député à la Knesset de 1996 à 2007, avant d’être exilé par les autorités israéliennes.

Quel effet peut avoir l’escalade entre les Etats-Unis et l’Iran sur les révoltes en Irak ?

Avant même l’assassinat de Soleimani [puissant général iranien chargé des opérations extérieures au sein des Gardiens de la révolution tué vendredi, ndlr], l’Iran avait lancé la confrontation par procuration avec les Etats-Unis en Irak, à travers les milices du Hachd, dans le cadre de sa stratégie pour briser le blocus qui l’empêche d’exporter son pétrole. Mais dans son escalade lancée en Irak, l’Iran cherchait également à faire dévier la protestation contre son influence sur place vers un conflit contre la présence américaine. Le mouvement de révolte irakien accusait les milices pro-iraniennes, ainsi que les services de sécurité du gouvernement, d’être responsables de la mort de centaines de manifestants. Il est clair que l’assassinat relègue la révolte au second plan. La demande de retrait des forces américaines d’Irak s’est faite sous pression de Téhéran. Mais la réaction encourageante du mouvement de protestation a été le rejet des tutelles américaine et iranienne.

La vague protestataire dans plusieurs pays arabes en 2019 est-elle compromise ?

L’événement fondamental dans le monde arabe s’est produit en 2011. Les graines de la liberté ont alors été semées et le mur de la peur est tombé. Malgré les crimes commis contre les civils et tandis que les régimes ont cru s’imposer, la contagion contestataire a repris chez les peuples. Cette seconde vague est porteuse d’espoir pour nous, démocrates arabes, parce qu’il s’agit d’une réaction plus rapide que prévu à la défaite en Syrie. On pensait que celle-ci avait entraîné un traumatisme au Moyen-Orient et une peur de toute nouvelle révolte qui mènerait à une guerre communautaire. A l’inverse de ce qu’avaient prévu les pessimistes, c’est justement dans les pays qui ont un régime communautaire que la révolution a éclaté. Ce qui s’est produit ces dernières semaines en Irak, au Liban et peu avant au Soudan et en Algérie n’est que la suite du printemps arabe de 2011. Je prévois d’ailleurs d’autres vagues à venir, semblables à ce qui s’est produit en Europe entre 1789 et 1848 et qui a conduit à asseoir la démocratie à la fin du XIXe siècle. Nous sommes au début d’un processus de transition qui va probablement s’étaler sur cinquante ans.

Le rejet du communautarisme est donc un moteur de la mobilisation en Irak et au Liban…

L’accumulation de la corruption, de la répression et de la tyrannie de la part des régimes a conduit au déclenchement de la révolte. Les révolutions ont éclaté et c’est une source d’optimisme, même si cela ne va vraisemblablement pas aboutir à un changement de régime rapide, notamment au Liban et en Irak. Car dans ces deux pays, il n’y a pas de pouvoir central fort avec un président qu’on peut renverser, mais aussi parce qu’ils sont dotés d’une certaine pluralité politique et d’un régime parlementaire. Il ne s’agit pas de dictatures mais de régimes, certes corrompus et conservateurs, mais avec une démocratie communautaire, fondée sur la répartition des pouvoirs. Le problème, c’est que l’Etat est défaillant : les politiques sont occupés à se partager les postes et les richesses plutôt qu’à assurer les services à la population. On remarque au Liban et en Irak que la revendication première est : «on veut un Etat», une identité nationale et non communautaire.

Ces révoltes sont-elles débarrassées de l’influence religieuse ?

Le point très important tant pour l’Irak, le Soudan, l’Algérie ou le Liban, c’est l’absence du courant islamiste dans les mouvements actuels. Celui-ci traverse une crise profonde après ses tentatives de récupérer et d’étouffer les révolutions de 2011. Ainsi l’expérience des Frères musulmans en Egypte a été avortée par le coup d’Etat militaire avant que leur échec ne soit patent et qu’ils ne soient sanctionnés dans les urnes. En Irak, où la colère gronde, ce sont des partis islamistes qui gouvernent. L’islamisme n’est pas réservé aux sunnites, ce sont des formations chiites qui y sont au pouvoir. Il reste que le visage des révolutions actuelles est complètement civil, revendiquant la citoyenneté, des élections, l’anticommunautarisme et la transparence. Clairement un programme démocratique.

Mais pour l’instant, on est dans la pure protestation, on ne voit pas de programme émerger…

Il est difficile d’attendre des révolutions populaires spontanées qu’elles présentent un véritable programme. Cela ne s’est jamais produit. Une révolution spontanée demande une chute d’un régime global. C’est pourquoi on l’appelle soulèvement ou «Hirak» révolutionnaire. Il finira par produire des représentants. La spontanéité est une force face à un régime répressif parce qu’il ne peut viser un groupe en particulier pour le faire taire ou disparaître. Mais au bout d’un ou deux ans, la spontanéité devient une faiblesse et il faudrait non pas un, mais plusieurs courants politiques qui émergent et puissent se présenter à des élections. Pour cela, un changement de la loi électorale, surtout au Liban et en Irak, est nécessaire pour mettre fin au communautarisme.

Et dans le cas de l’Algérie ?

En Algérie, on voit une volonté aussi bien de la part du régime que du peuple de tirer les leçons du passé et d’éviter de retomber dans des années noires. C’est devenu un élément constitutif de l’identité nationale, tout comme la guerre civile a forgé l’identité libanaise. Il en sera de même en Syrie, où ce qui s’est passé depuis 2011 fondera l’identité nationale. Le rejet de la violence par les Algériens est fondamental. Bouteflika, malgré l’usure et le pourrissement de son pouvoir, avait accompli une démarche importante en soumettant l’armée au corps politique et non l’inverse. Alors que ce sont les militaires qui l’ont amené au pouvoir, il a réussi à les marginaliser. Mais dans le même temps, il a lâché la bride aux hommes d’affaires, y compris les plus corrompus. Aujourd’hui, l’armée se retrouve en position de force. Reste à savoir si elle veut céder le pouvoir aux civils ou le garder. A en croire son discours, elle a cherché à combler le vide constitutionnel en organisant des élections parce qu’elle ne veut pas gouverner. Mais on ne peut pas être sûr de sa sincérité. En tout cas, le peuple algérien n’en est pas convaincu. D’autant que l’armée n’a pris aucune initiative pour rassurer la population sur ses intentions ni proposé d’ouvrir le dialogue.

Et le Hirak algérien n’a pas de direction…

Si le Hirak avait une direction ou des représentants, il aurait pu présenter un candidat à l’élection présidentielle, dont le programme aurait été d’organiser la transition. La seule solution est d’évoluer vers une représentation. Je persiste à croire toutefois que l’Algérie a de grandes chances de réussir. D’abord parce qu’il y a consensus sur l’Etat, ensuite parce que c’est un pays riche qui peut supporter une période de transition (contrairement à la Tunisie et l’Egypte), et enfin grâce au niveau d’éducation des Algériens, notamment des diplômés de l’enseignement supérieur. Il est certain que les conditions dans le pays sont réunies et si l’Algérie se met sur les rails de la démocratie, ce serait un encouragement pour l’ensemble du monde arabe.

Les démocraties européennes sont-elles embarrassées face à la contestation des régimes arabes ?

Pour certains pays européens, avec les révolutions, c’est le spectre de l’islamisme qui plane car par le passé les élections libres, à commencer en Algérie en 1990, ont bénéficié aux mouvements islamistes. En Egypte, on ne savait pas ce qu’allait donner le président Morsi, issu des rangs des Frères musulmans. Mais ces derniers n’ont pas joué la violence. Et si des erreurs ont été commises, on savait que l’Egypte n’allait pour autant pas être transformée en émirat islamiste. Mais certains pays occidentaux ont joué un rôle négatif en soutenant le coup de force d’Al-Sissi et en le légitimant. La France en particulier l’a appuyé en pensant pouvoir l’influencer, mais cela n’a pas servi à grand-chose puisque son régime s’est tellement renforcé qu’il a pu envoyer balader Macron qui lui demandait de respecter les droits de l’homme. La leçon, c’est que le soutien donné à un dictateur brutal conduit celui-ci à se rebeller en s’émancipant. Il faut ajouter qu’il y a un problème de crédibilité des Européens lorsqu’ils soutiennent les dictateurs face aux peuples.

Quel aboutissement prochain aux révoltes arabes ?

Des révoltes contre la tyrannie éclatent et d’autres vont encore surgir. Je crois qu’aucun pays arabe n’est aujourd’hui à l’abri d’une contestation. Les régimes actuels sont constitués comme des sultanats, avec un président autour duquel gravite une cour ou un clan soudé. La démocratie n’est pas un système politique idéal en soi, mais elle est l’alternative à la tyrannie. Le problème, c’est que les oppositions n’ont pas réussi à construire les bases de cette démocratie ni à s’unir, notamment en Egypte, dans un front commun entre islamistes et laïcs face à la dictature. On a même vu des laïcs préférer la dictature militaire aux islamistes.
Il faudrait que ces derniers renoncent à imposer aux gens leur façon de s’habiller, de manger ou de se comporter. Le respect des libertés individuelles doit figurer en haut des programmes de gouvernement islamistes. Ils peuvent recommander ce qu’ils veulent mais pas imposer leurs lois à la tête de l’Etat. Il est temps que cette question soit réglée. Certains courants islamistes ont d’ailleurs commencé à revoir leur attitude sur ces sujets. En somme, il faut s’entendre d’abord sur la nécessité de la démocratie, puis se différencier et voir qui en prend la tête. Autrement dit, décidons comment gouverner avant de savoir qui doit gouverner.
Hala Kodmani

En mémoire des dizaines de milliers de victimes mortes au nom de la liberté au Moyen-Orient : en Iraq, en Syrie, en Palestine,…


via En mémoire des dizaines de milliers de victimes mortes dans les prisons du régime syrien

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Noms des victimes pour la liberté en Iraq ) 2019

Une première victoire pour le peuple Irakien…


 

 

Irak: le Premier ministre annonce qu’il va démissionner

AFP – 29 nov 2019

AFP / AHMAD AL-RUBAYE Un chauffeur de tuk tuk derrière son parebrise détruit par les violences à Bagdad le 29 novembre 2019

Le Premier ministre irakien a annoncé vendredi qu’il allait démissionner comme l’a réclamé le grand ayatollah Ali Sistani, figure tutélaire de la politique dans le pays, sans pour autant faire cesser les violences qui ont de nouveau fait 21 morts en une journée.

Adel Abdel Mahdi, un indépendant sans base partisane ni populaire de 77 ans, a cédé vendredi, après deux mois de contestation contre le pouvoir et son parrain iranien et plus de 420 morts à Bagdad et dans le Sud chiite.

Peu avant, le plus haut dignitaire chiite du pays avait appelé le Parlement à retirer sa confiance au gouvernement pour éviter le “chaos” et plus de morts, rejoignant les manifestants qui réclament depuis le 1er octobre “la chute du régime”.

L’agitation politique qu’il a aussitôt suscité n’a toutefois pas pu arrêter la spirale des violences qui se poursuit dans le Sud, où le chaos menace depuis que des combattants tribaux se sont montrés armés pour protéger les manifestants à Nassiriya et alors que des hommes en civil ont ouvert le feu sur la foule à Najaf.

Vendredi, la police a encore tué 15 manifestants à Nassiriya, à feu et à sang depuis jeudi, un à Bagdad et cinq autres sont morts à Najaf où des hommes en civil ont tiré sur les manifestants devant le siège d’un parti, ont rapporté témoins et médecins.

– “Intolérable” –

AFP / Les manifestations anti-gouvernementales dans le sud de l’Irak

Le sud de l’Irak s’était embrasé jeudi avec une répression menée par des commandants militaires dépêchés par Bagdad peu après l’incendie au cri de “Iran dehors” du consulat iranien dans la ville sainte chiite de Najaf. Le haut-gradé envoyé à Nassiriya a toutefois été limogé jeudi après la mort de 28 manifestants en quelques heures sous les tirs nourris des forces de l’ordre.

Au total jeudi, 46 manifestants ont été tués et près d’un millier blessés, selon les médecins. Un chiffre “intolérable”, selon l’ONU.

Ce déchaînement de violence a transformé les défilés du Sud, longtemps festifs, en processions funéraires vendredi et même, fait inédit, poussé la province sunnite de Salaheddine à déclarer trois jours de deuil.

Les provinces sunnites, reprises aux jihadistes il y a deux ans, ne manifestent pas. Si leurs habitants se plaignent des mêmes maux que dans le Sud, ils redoutent d’être taxés de nostalgiques de Saddam Hussein ou de jihadistes, des accusations déjà portées contre les manifestants par leurs détracteurs.

Sur Tahrir, épicentre de la contestation à Bagdad, l’annonce de M. Abdel Mahdi a créé un répit joyeux. Les manifestants ont abandonné les pierres qu’ils jetaient sur les policiers pour danser après l’annonce par M. Abdel Mahdi de son intention de démissionner, a rapporté un photographe de l’AFP.

“Nous ne quitterons pas Tahrir tant que tous les corrompus ne seront pas partis”, a lancé l’un d’eux à l’AFP.

“C’est une étape majeure, même si elle a tardé et que nous avons vécu des journées très sanglantes”, renchérit Ali Hussein, étudiant de 20 ans qui manifeste à Nassiriya, alors que près de 420 Irakiens sont morts depuis le 1er octobre et des milliers d’autres blessés, dont beaucoup resteront handicapés, selon un bilan compilé par l’AFP de sources médicales et policières.

– “Que tous les partis dégagent” –

AFP / AHMAD AL-RUBAYE Un blessé lors d’une manifestation à Bagdad le 29 novembre 2019

“Notre problème, ce n’est pas le Premier ministre, on veut que tous les partis dégagent!”, tempère un autre protestataire à Diwaniya, dénonçant les services publics déliquescents, la corruption et le chômage entre autres maux.

Car dans le pays, l’un des plus riches en pétrole du monde, un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté et les infrastructures sont délabrées alors qu’en 16 ans, l’équivalent de deux fois le PIB s’est évaporé dans les poches de politiciens et d’entrepreneurs véreux.

Déjà, les députés d’opposition, de l’ex-Premier ministre Haider al-Abadi et du turbulent Moqtada Sadr –le premier bloc au Parlement– se sont dit prêts à retirer leur confiance au cabinet.

Quant aux paramilitaires pro-Iran du Hachd al-Chaabi, 2e bloc au Parlement qui jusqu’ici soutenait fortement le gouvernement, ils semblaient se plier aux directives du grand ayatollah et appelaient aux “changements nécessaires dans l’intérêt de l’Irak”.

Le Parlement doit se réunir dimanche alors que, jamais, depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, un Premier ministre n’a quitté son poste avant la fin de son mandat.

Il faudra ensuite “mettre en place les réformes exigées par le peuple”, a prévenu vendredi Washington.

Car dans la rue, les manifestants veulent plus: la fin du système politique post-Saddam Hussein conçu par les Américains et désormais sous la mainmise de l’Iran, qui a pris l’avantage face aux Etats-Unis.

La désobéissance civile continue de bloquer écoles et administrations alors que les manifestations n’ont pas jusqu’ici touché le talon d’Achille du pouvoir, le pétrole, unique ressource en devises du pays qui représente 90% des recettes d’un gouvernement surendetté.

العراق.. سقوط 21 قتيلاً وزهاء 400 مصاب في تظاهرات اليوم -Le sud de l’Irak à feu et à sang, 31 manifestants tués


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Le sud de l’Irak à feu et à sang, 31 manifestants tués

AFP – 28 nov 2019

AFP / Haidar HAMDANI Des Irakiens portent le cercueil d’une personne tuée dans des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, à Najaf (sud) le 28 novembre 2019

L’Irak a vécu jeudi l’une de ses journées les plus sanglantes en deux mois de contestation contre le pouvoir avec la mort de 31 manifestants dans la répression principalement dans le Sud, où des bâtiments officiels dont le consulat d’Iran ont été attaqués.

Depuis le début du mouvement de contestation qui réclame le renouvellement du système et de la classe dirigeante jugée corrompue, plus de 380 personnes en grande majorité des manifestants ont été tuées et quelque 15.000 blessées selon un bilan de sources médicales et policières compilé par l’AFP.

Dès les premières heures de jeudi, la violence s’est déchaînée à Nassiriya où officiellement 25 manifestants ont été tués en quelques heures sous les tirs nourris des forces de l’ordre dirigées par un commandant militaire dépêché par Bagdad avant d’être rappelé dans le chaos.

Auparavant, tard mercredi soir, le mouvement qui conspue le pouvoir et son parrain iranien a franchi un nouveau palier avec l’incendie du consulat iranien dans la ville sainte chiite de Najaf, au sud de Bagdad.

AFP / AHMAD AL-RUBAYE Des manifestants irakiens s’opposent aux forces de sécurité dans la rue Rachid, au centre de la capitale Bagdad, le 28 novembre 2019

A Nassiriya, dont est originaire le Premier ministre Adel Abdel Mahdi, les médecins disent être débordés par l’arrivée de plus de 250 blessés, quasiment tous touchés par balles dans la ville, où des renforts de la police étaient arrivés.

Ils affirment avoir mené plus 80 opérations, dans des hôpitaux bondés, où les blessés doivent attendre pour être pris en charge.

Mais malgré “l’usage excessif de la force” dénoncé par la Commission gouvernementale irakienne des droits humains, les manifestants à Nassiriya ne se replient pas.

Ils ont incendié un QG de la police et encerclé le commandement militaire de la province où se trouvent les ruines de la ville antique d’Ur. Ils ont aussi formé par milliers un cortège funéraire aux “martyrs” dans le centre-ville, faisant voler en éclats le couvre-feu que les autorités voulaient imposer.

– “Scènes de guerre” –

“Nous resterons jusqu’à la chute du régime”, ont-ils crié, alors que des dizaines de combattants tribaux en armes se sont déployés sur l’autoroute venant de Bagdad, déterminés ont-ils dit, à empêcher l’arrivée de plus de renforts.

Evoquant des “scènes de guerre” à Nassiriya, Amnesty International a appelé la communauté internationale à intervenir car “le bain de sang doit cesser”.

AFP / Haidar HAMDANI Des manifestants brûlent le consulat iranien à Najaf, au sud de Bagdad, le 27 novembre 2019

Plus au nord, à Najaf, des affrontements ont opposé en soirée des manifestants et des hommes armés habillés en civil qui tiraient sur eux, selon un correspondant de l’AFP sur place.

Dans cette même ville, des centaines de protestataires ont brûlé puis investi le consulat iranien aux cris de “Iran dehors!” et “victoire à l’Irak!”.

Bagdad a dénoncé des personnes “étrangères aux manifestations” d’avoir incendié le consulat. Téhéran a réclamé “une action décisive”.

Quatre manifestants ont été tués à Najaf, selon la commission gouvernementale des droits humains, qui a fait état de deux manifestants morts dans des affrontements avec les forces de l’ordre à Bagdad.

A Kerbala, l’autre ville sainte chiite au sud de la capitale irakienne, des affrontements ont opposé manifestants aux forces de l’ordre dont 19 membres ont été blessés en soirée par un tir de grenade, selon une source de sécurité.

AFP / Irak : manifestations anti-gouvvernement

Pour les manifestants, le système politique conçu par les Américains qui ont renversé Saddam Hussein en 2003 est à bout de souffle dans un des pays les plus riches en pétrole du monde mais aussi l’un des plus corrompus.

Et surtout, le pouvoir est sous la mainmise de l’Iran, qui a pris l’avantage face aux Etats-Unis, et de son puissant émissaire, le général Qassem Soleimani. Ce dernier est parvenu à réunir les partis irakiens pour resserrer les rangs autour de M. Abdel Mahdi, un temps sur la sellette.

– L’or noir –

AFP / Haidar HAMDANI Le consulat iranien en cendres dans la ville irakienne Najaf (sud), le 28 novembre 2019

Le mouvement de contestation est inédit depuis des décennies en Irak, pays où aujourd’hui un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté et où, officiellement, 410 milliards d’euros ont été détournés ces 16 dernières années, soit deux fois le PIB.

Revenant à la charge, le turbulent leader chiite irakien Moqtada Sadr a prévenu que si le gouvernement ne démissionnait pas, “ce serait le début de la fin de l’Irak”.

Ailleurs dans le Sud, comme depuis des semaines maintenant, les écoles sont fermées, de même que de nombreuses administrations.

Et les routes sont coupées par des manifestants qui tentent de toucher le gouvernement à son talon d’Achille, l’or noir.

Jusqu’ici toutefois, ils n’ont atteint ni la production ni la distribution de pétrole, unique ressource en devise du pays et qui représente 90% des recettes d’un gouvernement surendetté.

 

Consulat iranien incendié en Irak: l’Iran réclame des mesures à Bagdad

AFP- 28 nov 2019

AFP / Haidar HAMDANI Le consulat iranien incendié, le 28 novembre 2019 à Najaf, en Irak

L’Iran a demandé jeudi à l’Irak de prendre des mesures “décisives” contre les “agresseurs” à l’origine d’un incendie la veille de son consulat dans la ville sainte chiite de Najaf, dans le sud de l’Irak.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Abbas Moussavi, cité par l’agence de presse officielle Irna, a condamné l’attaque et “a exigé une action décisive, efficace et responsable contre les agents destructeurs et les agresseurs”.

AFP / Haidar HAMDANI Le consulat iranien incendié, le 28 novembre 2019 à Najaf, en Irak

“L’Iran a officiellement fait part de son dégoût à l’ambassadeur d’Irak à Téhéran”, selon le porte-parole.

Des manifestants irakiens ont incendié mercredi soir le consulat d’Iran à Najaf, dans la foulée d’un mouvement de contestation rejetant le pouvoir irakien et son parrain Téhéran, et qui a fait au moins 350 morts en deux mois.

Des centaines de jeunes ont crié “Iran dehors” et “victoire à l’Irak” à l’intérieur même du complexe diplomatique, ont rapporté des journalistes de l’AFP.

Le consulat d’Iran dans l’autre ville sainte du pays, Kerbala, avait déjà concentré la colère des manifestants au début du mois, mais là, les forces de sécurité irakiennes avaient répliqué, faisant quatre morts.

العراق: 25 قتيلاً باحتجاجات ذي قار والصدر يطالب عبدالمهدي بالاستقالة

بغداد ـ براء الشمري – 28 نوفمبر 2019

ارتفع عدد ضحايا احتجاجات محافظة ذي قار العراقية، اليوم الخميس، إلى 25 قتيلاً وأكثر من 230 جريحاً، وذلك بحسب مصادر طبية عراقية، أكدت لـ”العربي الجديد”، أن عددا من الجرحى فارق الحياة نتيجة لجروح خطيرة أصيبوا بها في وقت سابق، اليوم.

وبيّنت المصادر ذاتها، أن مستشفيات مدينة الناصرية (مركز محافظة ذي قار) غير قادرة على معالجة الأعداد الكبيرة من الضحايا الأمر الذي يتطلب تدخلاً حكومياً عاجلاً، مرجحة حدوث وفيات جديدة خلال الساعات المقبلة بسبب الإصابات الحرجة لبعض المصابين، نتيجة طلقات نارية في الرأس والصدر.

وقال ناشطون، لـ”العربي الجديد”، إنّ ساحة الحبوبي غصت، مساء الخميس، بآلاف المتظاهرين الغاضبين بسبب المجزرة، التي ارتكبتها قوات الأمن، والتي أطلقت الرصاص الحي على المتظاهرين العزل، مبينين أن انضمام عشائر وذوي القتلى إلى التظاهرات زاد من حدتها.

ويصر المحتجون في ذي قار على إجراء محاكمة فورية للقصاص من قتلة المتظاهرين كشرط لا بد من تطبيقه قبل العودة إلى منازلهم.

وردد المتظاهرون هتافات مناهضة للحكم العسكري، الذي يسير عليه رئيس الوزراء عادل عبد المهدي لقمع التظاهرات، مطالبين المرجعية الدينية في النجف بموقف واضح من قتل المتظاهرين.

في المقابل، قرر رئيس الوزراء سحب يد رئيس خلية الأزمة في ذي قار، الفريق جميل الشمري، بحسب ما نقله التلفزيون الرسمي العراقي.

وكان محافظ ذي قار، عادل الدخيلي، قد هدد، في وقت سابق الخميس، بالتخلي عن منصبه إذا لم يتم إبعاد الشمري عن محافظة ذي قار، كما طالب زعماء قبائل ومحتجون بإبعاده ومحاكمته لتسببه بمجزرة قتل فيها العشرات وجرح المئات خلال احتجاجات الناصرية، اليوم الخميس.

من جهته، نأى قائد شرطة ذي قار، محمد القريشي، بنفسه عن التورط بقتل المتظاهرين متهماً قوة لم يسمها بإطلاق النار على المحتجين.

وقال القريشي، في بيان “ما حدث هو احتكاك بين القوات الأمنية القادمة من خارج المحافظة والمتظاهرين، علماً أننا لم نصدر أية توجيهات بإطلاق النار ولم نأمر بالصدام مع المتظاهرين من أهلنا في ذي قار”.

وعلى خلفية أحداث ذي قار، دعا زعيم “التيار الصدري”، مقتدى الصدر، في بيان، الحكومة، إلى الاستقالة حقناً للدماء، مؤكداً أن “عدم استقالتها يعني بداية النهاية للعراق الذي قد يتحول إلى سورية ثانية”.

وقال الصدر إنه “ينأى بنفسه عن الفتنة العمياء بين الحكومة الفاسدة، ومتظاهرين لم يلتزموا السلمية بعد يأسهم”، موضحاً أن “مهلة العام التي سبق أن منحها لعبد المهدي لم تنفع ولن تنفع”.

وتابع “لن أشاركهم في حكم ولا انتخابات مهما حييت، ولن أركب موجة التظاهرات، لأنني لم أدع إليها ولم أنهَ عنها”، مضيفاً “إنني اليوم قلق مما يصدر من بعض بل من غالبية شيعة الحكم كما يصدر من غيرهم، وإنني هنا أعلن براءتي منهم”.

ودعا المتظاهرون إلى المطالبة باستقالة كتلة “سائرون” التابعة للتيار الصدري من البرلمان إذا كانوا يرونها غير نافعة لهم.

وتوافد الآلاف إلى ساحات التظاهر في محافظة النجف التي شهدت، الخميس، إصابة أكثر من 80 متظاهراً خلال استخدام قوات مكافحة الشغب القوة لتفريق الاحتجاجات، التي تركزت في ساحتي ثورة العشرين والصدرين بالنجف.

وقطع المتظاهرون الطريق الرئيس الرابط بين مدينتي النجف والكوفة، وأحرقوا إطارات السيارات، بالتزامن مع وصول اللواء علي الهاشمي إلى المحافظة لقيادة العمليات العسكرية بأمر من رئيس الوزراء القائد العام للقوات المسلحة عادل عبد المهدي، وهو أمر أثار مخاوف المحتجين الذين يخشون من تكرار مجزرة الناصرية في النجف.

من جهة أخرى، هاجم السفير الإيراني في بغداد، ايرج مسجدي، التظاهرات العراقية، متهماً من وصفهم بـ”المندسين وعملاء الخارج” بإحراق القنصلية الإيرانية في النجف بهدف تخريب أواصر العلاقة بين إيران والعراق.

ونقلت وسائل إعلام إيرانية عن مسجدي قوله “لقد شهدنا مثل هذه الأعمال في إيران حيث أقدم الأشرار والمخربون على أعمال شبيهة بالتي شهدتها مدينة النجف”.

وفي كربلاء لا يزال آلاف المتظاهرين يحتشدون في ساحة التربية بالتزامن مع وصول قوة خاصة من بغداد يقودها ضباط كبار انضمت إلى قوات الشغب وشرطة المدينة في محاولة لإنهاء الاحتجاج باستخدام القوة.

ومع حلول الظلام شهدت مدينة السماوة (مركز محافظة المثنى) حملة شنتها قوات عراقية لتفريق التظاهرات وفض اعتصام السماوة، وقالت مصادر محلية لـ”العربي الجديد”، إن الأمن اعتقل متظاهرين ولاحق آخرين في أحياء السماوة التي تشهد عمليات كر وفر من المتظاهرين وقوات الأمن.

وكما جرت العادة كل أسبوع توافد آلاف العراقيين إلى ساحة التحرير وساحات الخلاني والطيران والوثبة القريبة من أجل قضاء ليلهم في مناطق الاحتجاج بانتظار خطبة المرجع الديني علي السيستاني التي يتوقع المحتجون أنها ستكون حاسمة، كونها تتزامن مع تصعيد غير مسبوق لعمليات القمع الحكومي.

S’attaquer aux racines du jihadisme


La bataille contre le djihadisme reste un combat de longue haleine, autant politique et culturel que militaire.

La mort d’Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l’organisation Etat islamique (EI), tué dimanche 27 octobre dans la région d’Idlib, en Syrie, lors d’un raid des forces spéciales américaines, est, comme celle en 2011 d’Oussama Ben Laden, le dirigeant d’Al-Qaida, à Abbottabad, au Pakistan, un jalon important dans la lutte antidjihadiste. Dans la guerre contre des mouvements entretenant le culte du chef, il ne faut pas sous-estimer l’impact psychologique et organisationnel de cette mort, mais elle ne sera pas suffisante pour venir à bout de l’hydre terroriste.

Au départ, Abou Bakr Al-Baghdadi a embrassé la lutte armée dans une logique de guerre classique, pour résister à l’invasion et à l’occupation de son pays par l’armée américaine et ses alliés. La naissance de l’EI restera le symbole que le monde, et particulièrement le Moyen-Orient, n’a pas fini de payer le prix de la réponse désastreuse apportée par l’administration Bush aux attaques du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis. Au lieu de laisser les services secrets se concentrer sur la lutte clandestine contre Al-Qaida, la militarisation d’une guerre tous azimuts a fortement contribué au développement du mouvement djihadiste.

Al-Baghdadi est devenu le chef d’une organisation qui a basculé dans le terrorisme en deux temps. Premièrement, avec des attaques contre les civils irakiens, pour la plupart musulmans, davantage ciblés que les forces d’occupation. Ce schéma sanglant sera répliqué en Syrie. Le sommet de cette folie meurtrière sera atteint avec la tentative d’extermination génocidaire des yézidis. Deuxièmement, à partir de l’intervention militaire occidentale, en 2014, avec une internationalisation du combat de l’EI, la plus spectaculaire attaque ayant été l’infiltration en Occident du commando qui a frappé Paris en novembre 2015.

Dans l’ivresse de ses victoires et soucieux d’aller plus loin que Ben Laden, Al-Baghdadi s’est autoproclamé « calife Ibrahim ». Même si les théologiens du monde du djihad n’ont jamais vraiment pris au sérieux l’imam de Samarra, la création du « califat » fut une caisse de résonance qui a attiré des dizaines de milliers de jeunes islamistes vers la « guerre sainte ».

La question posée aujourd’hui consiste à savoir si l’élimination d’Al-Baghdadi et de son numéro deux lors du même assaut sonne le glas du mouvement djihadiste. L’EI irako-syrien est certes redevenu une organisation clandestine, à la suite de la perte des territoires du « califat », mais sa capacité de nuisance demeure. Son internationalisation est même en essor, avec l’apparition de nouvelles bases et la perpétration d’attentats partout dans le monde. Pire, les raisons de ses succès initiaux sont toujours là, à commencer, au-delà de politiques étrangères occidentales contestables, par l’existence de régimes sectaires et corrompus dans la région, et d’un régime outrageusement criminel à Damas.

La lutte contre le djihadisme ne se réglera pas par la mort d’un homme. Non seulement Al-Qaida ou l’organisation Etat islamique survivent à la disparition de leur chef, mais le djihadisme continue d’attirer des partisans. Cette guerre est autant politique, culturelle que militaire. S’il est important de remporter une bataille symbolique, il ne faut jamais perdre de vue qu’il s’agit d’un combat de longue haleine, qui sera peut-être l’affaire de plusieurs générations. Or, depuis la déclaration de guerre initiale de Ben Laden, la lutte a davantage tendance à s’intensifier qu’à s’atténuer. S’il est légitime de tuer les guerriers du djihad, il n’est pas interdit, au-delà de la mort d’Al-Baghdadi, de réfléchir au fait qu’il faudra bien un jour établir un plan de bataille contre les racines du djihadisme.

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Visages du terrorisme contre les populations en Syrie

Les troupes américaines poursuivent leur retrait du nord de la Syrie vers l’Irak voisin


 

Retirés de Syrie, des soldats américains ont rejoint une base en Irak

AFP – 21 octobre 2019

AFP / SAFIN HAMED Des véhicules militaires américains arrivent dans la ville de Bardarach, dans la province kurde irakienne de Dohouk, le 21 octobre 2019

Des dizaines de blindés américains avec à leur bord des soldats sont arrivés lundi dans une base américaine du nord-ouest de l’Irak, après être entrés sur le territoire depuis la Syrie, par le Kurdistan irakien, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Les troupes américaines sont d’abord passées sur le pont du poste-frontière de Fichkhabour, aux confins des territoires irakien, syrien et turc avant de traverser la province kurde de Dohouk et de rejoindre une base américaine près de Mossoul (nord-ouest).

Le 13 octobre, les Etats-Unis avaient annoncé le retrait de quelque 1.000 militaires américains déployés dans le nord et l’est de la Syrie en guerre, cinq jours après le début d’une offensive turque dans ce secteur contre une milice kurde, les Unités de protection du peuple (YPG), considérée comme “terroriste” par Ankara.

C’est un premier retrait, le 7 octobre, de soldats américains des abords de la frontière turque dans le nord de la Syrie, après une annonce du président américain Donald Trump en ce sens, qui avait ouvert la voie à l’offensive de la Turquie contre les combattants kurdes.

L’offensive d’Ankara est suspendue depuis jeudi par une trêve négociée par Washington, qui expirera mardi à 19H00 GMT.

Dimanche, plus de 70 véhicules blindés arborant un drapeau américain, transportant du matériel militaire et escortés par des hélicoptères sont passés par la ville syrienne de Tal Tamr (est), a constaté un correspondant de l’AFP.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), ce convoi s’était retiré de la base de Sarrine, près de la ville de Kobané, plus à l’ouest, et se dirigeait vers la province de Hassaké, frontalière du Kurdistan irakien.

Ces derniers jours, les Américains se sont retirés de trois autres bases en Syrie, dont celle de la ville clé de Minbej et d’une autre située aussi près de Kobané, près de la frontière turque.

Les Etats-Unis ont actuellement 5.200 militaires postés en Irak, déployés dans le cadre de la coalition internationale antijihadiste emmenée par Washington. Leur présence sur plusieurs bases dans le pays fait débat en Irak alors que de nombreuses forces politiques et armées chiites pro-Iran réclament régulièrement leur expulsion.

 

Les troupes américaines poursuivent leur retrait du nord de la Syrie vers l’Irak voisin

Au départ de ce convoi des forces américaines, les Kurdes de Syrie ont manifesté leur mécontentement en brandissant des pancartes accusant le président Donald Trump de les avoir trahis.

 

Le Monde avec AFP, AP et Reuters Publié aujourd’hui à 15h31

 

Des véhicules blindés américains arrivent dans la ville de Bardarash, dans le Kurdistan irakien, lundi 21 octobre.
Des véhicules blindés américains arrivent dans la ville de Bardarash, dans le Kurdistan irakien, lundi 21 octobre. SAFIN HAMED / AFP

Un convoi de l’armée américaine d’une centaine de véhicules jusqu’ici stationnés en Syrie a pénétré, lundi 21 octobre, dans le nord de l’Irak par le poste-frontière de Sahela, dans la province de Dohouk, selon des journalistes de l’Agence France-presse sur place. Un responsable des services de sécurité du Kurdistan irakien a confirmé que les troupes américaines étaient arrivées dans le territoire autonome.

Au départ de ce convoi, les Kurdes de Syrie ont manifesté leur mécontentement en brandissant des pancartes remerciant les soldats américains mais accusant le président Donald Trump de les avoir trahis. D’autres ont lancé des projectiles sur les véhicules américains. L’annonce du retrait des troupes américaines du nord de la Syrie a ouvert la voie à une offensive turque dans la région, contre les alliés kurdes de la coalition internationale de lutte contre l’Etat islamique. Les forces kurdes des Unités de protection du peuple sont considérées comme des terroristes par Ankara.

« Des moments déchirants alors que les forces américaines ont ordre de quitter le nord de la Syrie, laissant derrière elles des Kurdes, des Arabes, des syriaques et des yézidis sans défense », commente Mutlu Civiroglu, un expert des affaires kurdes.

« Lorsque les troupes américaines sont arrivées pour la première fois dans le nord de la Syrie, les Kurdes les ont accueillies comme des héros avec des fleurs et des ululations. Aujourd’hui, des Kurdes de Syrie terrifiés lancent des tomates et des pierres sur les forces américaines qui s’en vont », écrit Jenan Moussa, journaliste de la chaîne de télévision Al Aan TV, à Dubaï.

Cessez-le-feu temporaire

Carte de situation de l’offensive turque en Syrie, au mercredi 9 octobre.
Carte de situation de l’offensive turque en Syrie, au mercredi 9 octobre. Infographie Le Monde

Jeudi, un accord de cessez-le-feu temporaire a été annoncé par la Turquie et les Etats-Unis, prévoyant la suspension pour cent vingt heures (jusqu’à mardi 21 heures, heure de Paris) de l’offensive pour permettre un retrait des combattants kurdes de zones frontalières du nord syrien.

Dimanche, plus de 70 véhicules blindés arborant un drapeau américain, transportant du matériel militaire et escortés par des hélicoptères sont passés par la ville syrienne de Tell Tamer, au nord du pays, à près de 200 km à l’ouest de la frontière avec l’Irak. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, le convoi s’était retiré de la base de Sarrine, près de la ville de Kobané, à environ 200 km plus à l’ouest, et se dirigeait vers la province de Hassaké, frontalière du Kurdistan irakien.

Ces derniers jours, les Américains se sont retirés de trois autres bases en Syrie, dont celle de la ville-clé de Manbij et d’une autre située aussi près de Kobané, près de la frontière turque.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Un accord de cessez-le-feu temporaire en trompe-l’œil en Syrie

Poursuite de la lutte contre l’EI depuis l’Irak

Le secrétaire américain à la défense, Mark Esper, affirme discuter d’une option qui consisterait à maintenir une petite force militaire américaine dans le nord-est de la Syrie pour sécuriser les champs de pétrole et poursuivre la lutte contre les militants du groupe Etat islamique. Mais l’essentiel des quelque 1 000 soldats américains déployés dans le nord de la Syrie devrait rejoindre l’ouest de l’Irak au cours des prochaines semaines pour continuer de lutter contre les combattants de l’EI.

Les Etats-Unis ont actuellement 5 200 militaires postés en Irak, déployés dans le cadre de la coalition internationale antidjihadistes emmenée par Washington. Leur présence sur plusieurs bases dans le pays fait débat en Irak alors que de nombreuses forces politiques et armées chiites pro-Iran réclament régulièrement leur expulsion.

Les inexactitudes autour de la “question kurde en Syrie” – مغالطات “القضية الكردية في سورية”٠٠٠


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Les inexactitudes autour de la “question kurde en Syrie”

Mohannad Alkati – 21 octobre 2019

Depuis l’invasion de l’Irak en 2003 notamment, le discours kurde en Syrie s’oriente à traiter de la question de la présence kurde en Syrie et de son avenir en tant que «problème kurde en Syrie». Il s’agit d’une description qui supporte plusieurs erreurs politiques, historiques et géographiques. D’un point de vue politique, l’enjeu est généralement une terre et un peuple, un peuple vivant sur leur terre, qui a été soumis à une certaine circonstance historique, représentée par une invasion ou une occupation qui a entraîné son expulsion et son déplacement, et les nouveaux envahisseurs prennent le contrôle des peuples autochtones privés de leurs droits souverains, réprimer toute tentative militante de gagner leur liberté, en conséquence, le peuple reste en lutte jusqu’à ce que les facteurs externes et d’urgence qui ont contribué à l’émergence de sa cause aient disparu. Cette description s’applique à la cause palestinienne, par exemple, et ne s’applique en aucune manière à la réalité kurde en Syrie, pas en termes d’existence de persécution ethnique contre les Kurdes en Syrie, car tout le peuple syrien était opprimé, ainsi que pour plusieurs raisons et facteurs, cela ne peut pas faire de la situation des Kurdes en Syrie un problème politique distinct de celui du peuple syrien.

En ce qui concerne le facteur historique, la Syrie, avec ses frontières actuelles ou historiques (Bilad al-Sham), ne faisait pas partie des terres traditionnelles des groupes kurdes de l’histoire. Des sources historiques ont unanimement déclaré que les zones historiques kurdes sont situées dans le territoire appelé Baladians médiéval (région montagneuse) et situées dans les montagnes iraniennes dans la zone située entre l’Iran et l’Azerbaïdjan. Mais la nature de la construction de l’État islamique et diverses autres circonstances ont contribué au mouvement des peuples musulmans tout au long de leur vie. La présence kurde en Mésopotamie a commencé depuis la période abbasside, les Kurdes ont également servi dans les divisions des armées islamiques, leur présence au Levant et en Egypte a augmenté pendant les périodes d’Illuminati et d’Ayyubidisme. Ils font désormais partie de la culture des communautés dans lesquelles ils se sont installés et ont complètement perdu leurs caractéristiques nationales: on peut les appeler «Kurdes de l’intérieur» dans la langue du chercheur syrien Jamal Barout et ils diffèrent des «Kurdes des faubourgs» qui se propagent dans le nord de la Syrie, par exemple. Ceux-ci ont commencé leur présence sous forme de tribus nomades depuis le XVIIIe siècle dans ces régions. Ils sont devenus arabisants à la suite de l’influence du milieu arabe dans cette région. La présence kurde dans le nord de la Syrie s’est renforcée au début du XXe siècle dans le contexte des germes du conflit national opposant les Turcs et les Kurdes. cela a contribué à alimenter la région avec des éléments kurdes qui ont contribué à renforcer la conscience nationale kurde parmi les Kurdes syriens. L’activité de l’exil national kurde en Syrie s’est poursuivie depuis l’ère française et a augmenté avec l’émergence du mouvement du mollah Mustafa Barzani en Irak. Elle est devenue le premier mouvement kurde en Syrie en 1957 à développer l’émergence de mouvements kurdes sous la présidence de Hafez al-Assad en Syrie à 12 partis et à ce jour où l’arène kurde en Syrietémoigne la présence de plus de 70 noms de partis et courants divisés en deux blocs principaux: l’un affilié à Massoud Barzani dans le nord de l’Irak (représenté par le Conseil national kurde en Syrie CNKS) et le second appartenant au système du PKK, qui a formé les unités de protection du peuple YPG, son aile militaire en Syrie, ces unités constituaient le principal nerf des Forces démocratiques syriennes (FDS) créées par les États-Unis en octobre 2015 lors de la déclaration de guerre contre l’Etat islamique (Daech) dans la ville de Raqqa.

Malgré les changements démographiques dans la région nord de la Syrie à l’époque du mandat français, du fait de la politique ethnique menée par la France, le facteur démographique reste le défi le plus important auquel sont confrontés les Kurdes de Syrie dans leurs revendications de nature nationale, car rien n’est appelé en Syrie une zone kurde, Selon la répartition démographique nationale en Syrie, nous montrons ici les différences les plus importantes entre eux et les Kurdes d’Irak, qui constituent une majorité écrasante dans les régions du nord de l’Irak.

Al-Hassakah constitue la plus grande communauté kurde en Syrie. Malgré cela, ils ne constituent la majorité de la population que dans quatre régions frontalières avec la Turquie: Amuda, Darbasiyah, Malikiyah et Jawadiyeh, sur 12 districts de la province, et la proportion de Kurdes dans cette province, entre 26% et 28%, et à l’est d’Euphrates.

Parmi les trois provinces principales (Deir Ez-Zor – Al-Raqqa – Al-Hassakah), les Kurdes représentent environ 12% – 15% de la population totale de l’est de l’Euphrate, ce qui explique pourquoi les Arabes constituent la plus grande partie des éléments du FDS.

Les Kurdes constituent également la majorité de la population dans deux zones de la campagne d’Alep, Efrin et Ain al-Arab.
Un petit nombre de Kurdes se trouvent à Alep, ainsi que dans un quartier de Damas
La population kurde totale en Syrie représente moins de 6% de la population totale (voir: Étude de géographie humaine pour les Kurdes de Syrie, World Institute for Studies, 6 juillet 2016).

(…)

Ainsi, des phrases telles que la question kurde en Syrie sont devenues le peuple kurde qui vit sur son territoire historique, une partie essentielle du discours et de la littérature de tous les partis kurdes, car toute définition différente des Kurdes en tant que “partie du peuple syrien” ne servira pas les revendications de “question kurde en Syrie”. Ils justifient les exigences des Kurdes en matière de respect de la vie privée dans la constitution, ou du “droit à l’autodétermination” indépendamment du peuple syrien.

Le meilleur accord avec la question des Kurdes syriens et toutes les questions spécifiques liées au reste des minorités (religieuses, ethniques ou sectaires) est qu’il s’agit de questions et de problèmes qui doivent être examinés et précisés dans le cadre d’une question syrienne plus vaste et globale, dans le cadre des intérêts de tous les Syriens, et pour préserver leur avenir et leur unité. La Syrie ne fait pas exception parmi les pays dotés de minorités religieuses, sectaires ou linguistiques. Par conséquent, il faudrait remédier à cette réalité en intensifiant les efforts pour promouvoir les possibilités d’intégration sociale de toutes les composantes syriennes. Il ne vise pas à intégrer la fusion ni à abolir par la force les formes de différenciation qui doivent également être établies, et à les respecter dans le cadre des libertés publiques qui doivent être garanties à tous par la Constitution, telles que la liberté de conviction, le droit d’apprendre la langue maternelle et d’autres droits garantissant le sentiment de sécurité, la stabilité et la participation effective de toutes les minorités à la société. La majorité a également une grande responsabilité en donnant aux minorités des points de vue positifs et optimistes, en les rassurant et en les encourageant à mettre en pratique leur culture et à préserver leurs convictions et leur vie privée, exemptes d’application et de pratique réelle sur le terrain.

 

مغالطات “القضية الكردية في سورية”٠٠٠

تتّجه السردية الكردية في سورية، ومنذ غزو العراق سنة 2003 تحديداً، نحو تناول موضوع الوجود الكردي في سورية ومستقبله بوصفه “قضية كرديّة في سورية”، وهذا وصف يحتمل عدة مغالطات سياسية وتاريخية وجغرافية، إذ إن القضيّة، من المنظور السياسي، تكون عادة قضية أرض وشعب، أي شعب يعيش على أرضه، تعرّض لظرف تاريخي معين، تمثل بغزو أو احتلال، أدى إلى تهجيره وتشريده، وبات الغزاة الجدد يفرضون سيطرتهم وسيادتهم على السكان الأصليين الذين يتم حرمانهم من حقوقهم السيادية، ويقمعون أي محاولاتٍ نضاليةٍ لنيل حريتهم، وبالتالي يبقى الشعب في حالة نضال إلى أن تزول عوامل التغيير الخارجية والطارئة التي ساهمت في نشوء قضيته. ينطبق هذا الوصف على القضية الفلسطينية مثلاً، ولا ينطبق، بأي شكل، على الواقع الكردي في سورية، لا من حيث وجود اضطهاد عرقي ضد الأكراد في سورية، إذ إن جميع أبناء الشعب السوري كانوا مضطهدين، وكذلك لعدة أسباب وعوامل لا يمكن أن تجعل من وضع الأكراد في سورية يشكّل قضية سياسية منفصلة عن قضية الشعب السوري٠

بشأن العامل التاريخي، لم تكن سورية بحدودها الحالية، أو التاريخية (بلاد الشام)، تشكّل أي جزء من الأراضي التقليدية للجماعات الكردية في التاريخ، فقد أجمعت المصادر التاريخية على أن مناطق الأكراد التاريخية تقع ضمن الإقليم الذي أطلق عليه البلدانيون في القرون الوسطى (إقليم الجبال)، ويقع في جبال إيران في المنطقة المحصورة بين إيران وأذربيجان، ولكن طبيعة بناء الدولة الإسلامية، وظروفاً أخرى مختلفة، ساهمت في تنقلات الشعوب الإسلامية في كل أرجائها، وقد بدأ الوجود الكردي في منطقة ما بين النهرين منذ العصر العباسي، كما خدم الأكراد ضمن فرق الجيوش الإسلامية، وازداد وجودهم في بلاد الشام ومصر في الحقبتين، النورانية والأيوبيّة. وبات هؤلاء جزءاً من ثقافة المجتمعات التي انتقلوا إليها، وفقدوا خصائصهم القومية بشكل كامل، ويمكن تسميتهم “أكراد الدواخل” بلُغةِ الباحث السوري جمال باروت، وهم يختلفون عن “أكراد الأطراف” الذين ينتشرون في الشمال السوري مثلاً، وهؤلاء بدأ وجودهم على شكل قبائل رحّل منذ القرن الثامن عشر في هذه المناطق، استعربوا نتيجة التأثر بالمحيط العربي هناك. وتعزز الوجود الكردي في شمال سورية، في بدايات القرن العشرين، على خلفية بذور الصراع القومي بين الأتراك والأكراد، ما ساهم في تغذية المنطقة بعناصر كردية ساهمت في تعزيز الوعي القومي الكردي لدى الأكراد السوريين. واستمر نشاط أكراد المنفى القومي في سورية منذ العهد الفرنسي، وازدادت وتيرته مع ظهور حركة الملا مصطفى البرزاني في العراق، وظهرت بوادر أول حركة كردية في سورية سنة 1957، ليتطوّر نشوء الحركات الكردية في حقبة رئاسة حافظ الأسد في سورية إلى 12 حزباً، وصولاً إلى يومنا هذا الذي تشهد فيه الساحة الكردية في سورية ما يزيد عن 70 مسمّى لحزب وتيار، تنقسم بمجموعها إلى كتلتين رئيسيتين : واحدة تتبع مسعود البرزاني في شمال العراق (ممثلة بالمجلس الوطني الكردي في سورية، والثانية تتبع منظومة حزب العمال الكردستاني، والتي شكلت وحدات حماية الشعب الكردية جناحها العسكري في سورية، ومثلت هذه الوحدات العصب الرئيسية لقوات سورية الديمقراطية (قسد) التي أوجدتها الولايات المتحدة الأميركية في أكتوبر/ تشرين الأول 2015، مع إعلان الحرب على تنظيم الدولة الإسلامية (داعش) في مدينة الرقة٠

وبشأن العامل الديموغرافي والجغرافي، كانت الديموغرافيا القومية من أبرز محدّدات التقسيم التي اعتمدتها الدول الكبرى في أثناء تقسيمها الدولة العثمانية. وكانت جميع التقارير العسكرية البريطانية والفرنسية تركز، بشكل رئيسي، على التقسيمات اللغوية والإثنية والطائفية في دراستها المجتمع العثماني، وقد تضمنت اتفاقية سيفر 1920، وفق هذا المنظور، وصفاً للمناطق ذات الغالبية الكردية وفق المواد 62، 63، 64 التي عالجت موضوع كردستان. وبحسب تلك المواد، كانت المناطق ذات الغالبية الكردية المرشحة لتكون منطقة حكم ذاتي للأكراد ضمن نطاق حدود تركيا الحالية، وجزء منها في المناطق الجبلية في العراق شمال الخط الأفقي الذي يمر من العمادية. ولا يقع أي جزء من هذه المناطق في سورية، بل على العكس، كانت الحدود السورية تضم، وفق اتفاقية سيفر نفسها، ماردين وأورفا وعينتاب وكيليكيا والإسكندرونة بوصفها أراضي سورية، وسكانها ناطقين بالعربية، والمناطق الكردية تقع إلى الشمال من هذه المناطق٠

على الرغم من التبدّلات الديموغرافية التي شهدتها منطقة الشمال السوري في الحقبة الفرنسية، نتيجة السياسة الإثنية التي كان الفرنسيون يتبعونها، فإن العامل الديموغرافي لا يزال يشكّل أبرز تحدٍّ يواجه الأكراد السوريين في مطالبهم ذات الطابع القومي، إذ لا يوجد في سورية ما يمكن تسميتها مناطق كردية، وفق التوزع الديموغرافي القومي في سورية، وهنا تبرز تجليات أهم الفروق بينهم وبين أكراد العراق الذين يشكلون أغلبية ساحقة في مناطق الشمال العراقي٠

تشكل محافظة الحسكة أكبر تجمع للأكراد في سورية. وعلى الرغم من ذلك، فإنهم يشكلون أغلبية سكانية في أربع نواحٍ حدودية مع تركيا فقط: عامودا، الدرباسية، المالكية، الجوادية، من أصل 12 ناحية في المحافظة، وتبلغ نسبة الأكراد في هذه المحافظة نحو 26% – 28%، وعلى مستوى منطقة شرق الفرات التي تضم ثلاث محافظات رئيسية (دير الزور – الرقة – الحسكة)، يشكل الأكراد نحو 12% – 15% من مجموع سكان شرق الفرات، وهذا يفسر لماذا يشكّل العرب النسبة الكبرى من عناصر قسد فعلياً٠

كذلك يشكّل الأكراد غالبيةً سكانية في منطقتين تتبعان ريف حلب، هما عفرين وعين العرب، ويتوزع عدد قليل من الأكراد في مدينة حلب، وكذلك في أحد أحياء العاصمة دمشق ويشكل مجموع الأكراد في سورية ما نسبته أقل من 6% من مجموع السكان (يُنظر: دراسة الجغرافية البشرية لأكراد سورية، معهد العالم للدراسات 06 يوليو/ تموز 2016)٠

شكل المؤتمر العاشر للحزب الديمقراطي الكردي في سورية (البارتي)، سنة 2007، نقلة نوعية في الخطاب الكردي، فقد جاء في المادة الخامسة من مقرّرات المؤتمر: “البارتي ينطلق في نضاله من واقع وجود شعب كوردي في سورية يعيش على أرضه التاريخية، وهي بذلك تكون قضية (أرض وشعب)، وأنه يشكل القومية الثانية في البلاد بنسبة 15%”. وطرح حزب الاتحاد الديمقراطي التابع لحزب العمال الكردستاني، كذلك في نظامه الداخلي سنة 2012، ما سماها “القضية الكردية في سورية”، وجاء بحسب نظامه الداخلي: “يعلن الحزب، في نظامه الداخلي، أن قائده وقائد الشعب الكردي هو عبد الله أوجلان (زعيم حزب العمال الكردستاني). ويعلن الحزب أنَّ هدفه هو حل ما سماها (القضية الكردية في غرب كردستان)، وهو يلتزم بهذه التسمية إلى جانب تسمية (روجافا)، للتعبير عن مناطق أو إقليم كردي في سورية”٠

لم يسلم ائتلاف قوى الثورة والمعارضة السورية أيضاً من الوقوع في مطب المصطلحات، إذ نصّ الاتفاق الموقع بينه وبين المجلس الوطني الكردي، من بين شروط لانضمام الأخير لصفوف المعارضة سنة 2013، على بند جاء فيه: “يعمل الائتلاف على إقامة فعاليات وأنشطة تساهم في التعريف بالقضية الكردية في سورية والمعاناة التي مرّ بها المواطنون الكرد على مدى عقود من الحرمان والتهميش!”٠

وبالتالي، باتت عبارات، مثل القضية الكردية في سورية الشعب الكردي الذي يعيش على أرضه التاريخية، جزءاً أساسياً من خطاب جميع الأحزاب الكردية وأدبياتها، إذ إن أي تعريف مغاير للأكراد بوصفهم “جزءاً من الشعب السوري” لن يخدم مزاعم “قضية كردية في سورية”، والتي تبرّر مطالب الأكراد أن تكون لهم خصوصية في الدستور، أو “حق تقرير المصير” بمعزل عن الشعب السوري٠ 

أفضل تعامل مع مسألة أكراد سورية، وكل المواضيع ذات الخصوصية التي تتعلق بباقي الأقليات (دينية أو إثنية أو طائفية)، هو أنها مسائل وإشكالات يجب مناقشتها وبلورتها بوصفها جزءاً من قضيةٍ سورية أعم وأشمل، وذلك ضمن إطار يحقق مصلحة جميع السوريين، والحفاظ على مستقبلهم ووحدتهم، فسورية ليست استثناءً من بين الدول التي تضم أقلياتٍ دينية، طائفية أو لغوية. وبالتالي، ينبغي التعامل مع هذه الحقيقة عبر تكثيف الجهود لتشجيع فرص الاندماج المجتمعي بين كل المكونات السورية. وليس المقصود هنا بالاندماج الصهر، أو الإلغاء القسري لأشكال التمايز التي يجب إقرارها أيضاً، واحترامها في إطار الحريات العامة التي يجب أن يكفلها الدستور للجميع، كحرية الاعتقاد وحق تعلم اللغة الأم وغيرهما من الحقوق التي تضمن لجميع الأقليات الشعور بالأمان والاستقرار والمشاركة الفعلية في المجتمع. كذلك تقع على عاتق الأغلبية مسؤولية كبيرة في تغليب النظرة الإيجابية المتفائلة إزاء الأقليات وطمأنتها وتشجيعها على ممارسة ثقافتها، والحفاظ على معتقداتها وخصوصيتها، أما السلطة فتقع عليها مسؤولية كبيرة في سن كل القوانين وإشاعة كل المفاهيم، لترسيخ مبادئ المواطنة، بدلاً من إشاعة شعاراتٍ عن اللحمة الوطنية، خالية من التطبيق والممارسة الفعلية على أرض الواقع٠

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