Syrie. «Je veux que le monde entier sache jusqu’où Bachar Al-Assad est allé dans l’horreur»


 

Propos recueillis par
Annick Cojean

Il n’existe pas de terme pour qualifier l’horreur, l’infamie, la monstruosité des crimes du «despote de Damas et tous les salauds à sa solde». La lecture du témoignage de Hasna Al-Hariri est à peine supportable, quasi insoutenable. Pourtant il doit être lu et diffusé. Cela au moment où ladite communauté internationale est en train d’avaliser la permanence au pouvoir du clan Assad, responsable avéré des pires crimes contre l’humanité. L’affirmation d’Hasna Al-Hariri suffit à jetter l’opprobre sur ceux que se font complices, de facto, des turpitudes du pouvoir Assad: «Nos filles entrent en prison, pures comme de l’argent. Elles en ressortent détruites et mortes-vivantes. Mais y a-t-il une seule voix forte, en Occident, qui se soit élevée pour les défendre et exiger leur libération? Citez-m’en une seule. Eh bien non.» (Réd. A l’Encontre)

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C’est après la défection de l’un de mes fils, soldat dans l’armée syrienne, que ma vie a basculé et que toute la famille est officiellement devenue «ennemie du régime». Il avait servi pendant onze ans, mais l’ordre de faire feu sur n’importe quel supposé révolutionnaire, fût-il pacifique, lui a été insupportable, et il a déserté le 20 avril 2011. Trois jours plus tard, notre maison, située dans un village de la région de Deraa, était investie par les militaires, fouillée, pillée, puis perquisitionnée à nouveau tous les deux jours, jusqu’à ce qu’un tir de lance-roquettes, le 10 mai, la détruise presque entièrement.

Le 15 mai, un autre de mes fils, rebelle, qui était soigné dans un hôpital de Deraa, a été assassiné par des soldats du régime qui ont pris d’assaut le bâtiment et ont tué 65 hommes figurant parmi les blessés, cinq d’entre eux, réputés déserteurs, étant enterrés vivants.

J’ai ramené le corps de mon fils au village et me suis employée, dès lors, à chercher nourriture et médicaments pour ma famille, mais aussi pour les rebelles. Oui, bien sûr que je voulais les aider. Ils réclamaient le droit de s’exprimer, mais ne voulaient pas la guerre! Comme j’étais surveillée et suivie, j’ai été arrêtée une première fois le 14 juin 2011, détenue d’abord dans une base des services secrets de Deraa, puis transférée à Damas, au centre 215 de la sécurité militaire. Celui qu’on appelle le «centre de la mort» parce qu’y meurent quotidiennement, sous la torture, un grand nombre de prisonniers.

Ce que j’ai vu alors dans les couloirs du sous-sol, avant même d’entrer dans ma cellule, ressemblait à une vue de l’enfer. Le sol ruisselait de sang, il y avait des cadavres dans les coins, et j’ai assisté à des scènes de torture inconcevables, sous les hurlements, les menaces, les injures: des jeunes hommes nus frappés avec des bâtons ou des câbles tressés leur arrachant la chair, suspendus par les bras à des chaînes accrochées au plafond, crucifiés, coincés dans des pneus, empalés sur des pieux. J’ai vu découper des membres à la tronçonneuse sur des êtres vivants, pour effrayer les autres et les faire avouer des choses qu’ils n’avaient pas faites. Des cris résonnaient dans toute la prison.

Il y avait alors peu de femmes. Dès mon arrivée, et malgré mon âge, j’ai été mise à nu, et j’ai dû subir ainsi, sans vêtements, des jours et des jours d’interrogatoire. J’ai été profondément humiliée. Battue avec toutes sortes d’instruments. Soumise aux chocs d’une matraque électrique qu’on me passait sur tout le corps. Plongée des jours dans un bassin d’eau souillée dans laquelle on m’enfonçait la tête pour me forcer à répondre à leurs questions: «Qui sont les terroristes que tu soutiens? Quel argent reçois-tu d’Israël ? Quels réseaux avec les Qataris et les Saoudiens?» Ces questions étaient tellement absurdes, moi qui ne connaissais que des jeunes gens épris de liberté! Un jeune soldat m’a enfoncé les doigts dans le sexe. J’ai hurlé : «Je pourrais être ta mère! »

Mais le viol était partout. Dans les actes, dans les menaces, dans les discours. C’était le maître mot. Viol. Pour me faire craquer, les gardes me faisaient entrer dans les salles de torture où des hommes nus se faisaient violer et ils me criaient : «Regarde bien ! C’est ce qui arrivera à tes fils et tes filles si tu continues à comploter contre le régime. On vous violera tous!» Ils savent bien que dans nos sociétés, le viol est pire que la mort.

J’ai été relâchée. Mon fils déserteur a été tué. Comme le mari de ma fille, qui s’était simplement arrêté au bord d’une route pour prêter secours à des blessés qui se vidaient de leur sang. Puis on a retrouvé le corps de mon neveu, lui aussi déserteur, les yeux arrachés. De nouveau, j’ai été arrêtée et placée dans une cellule étroite avec une vingtaine de femmes de tous les âges. On venait les chercher une par une. Elles revenaient déshabillées, tuméfiées, brisées, en pleurs. Au début, elles évoquaient gifles et tabassage, aucune n’osait avouer avoir été violée. Mais l’angoisse de tomber enceinte était si atroce et obsédante que rapidement, on n’a plus parlé que de ça. Les viols. Les viols au quotidien. Les viols par cinq ou dix hommes, qui déchiraient les femmes en criant : «Ton frère ou ton mari s’est révolté contre le régime? Ils veulent la liberté? Eh bien voilà ce qu’on leur répond! Tiens! Tiens! Violée, tu ne vaux plus rien ! Voilà ce que récoltent les salauds!»

Dans ma salle d’interrogatoire, j’ai vu violer une fille de 13 ans sous les yeux de sa mère. Violer des femmes de 18, de 30 ans, de 55 ans. Et j’ai vu mourir devant moi une jeune fille, bras et jambes écartelés, ficelés à des chaises, qu’une dizaine d’hommes ont massacrée. Le plus fou, c’est qu’au-delà de la souffrance physique, ces femmes détruites affrontaient une souffrance morale qui leur paraissait pire, en comprenant que leur futur venait d’être anéanti. Qu’elles ne pourraient plus se présenter devant leurs frères, leurs pères ou leurs maris. Qu’elles étaient souillées, à jamais déshonorées aux yeux de leurs proches.

Et que Bachar, cette ordure, avait réussi ça: disloquer leur famille, comme il disloquait toute la société. C’est ce qu’il a fait de plus atroce dans sa guerre contre nous. Il nous a tiré dessus avec des fusils et des lance-roquettes. Il nous a bombardés avec des tanks et des avions. Il nous a balancé des gaz chimiques. Mais le pire, c’est ce qu’il a fait à nos filles.

«Je serai la première à témoigner»

Ma troisième détention a duré dix-huit mois, au cours desquels mon mari a été assassiné en essayant de me faire libérer moyennant une grosse somme d’argent qu’ils lui ont bien sûr volée. Je suis sortie en janvier 2014, grâce à un échange de prisonniers. Pendant tous ces mois, j’ai été transférée dans plusieurs endroits, dont le centre de renseignement de l’armée de l’air de l’aéroport de Mazzeh et une unité de la sécurité politique de Damas. Mais c’est à la section 215, désormais pleine de femmes issues de toutes les villes – Deraa, Alep, Homs, Idlib, Deir ez-Zor –, que j’ai assisté aux pires atrocités.

J’ai vu des femmes mourir au cours d’un énième viol. J’ai vu des femmes essayer d’avorter et mourir d’hémorragie. J’ai vu une fillette de 13 ans, suspendue par les poignets et la poitrine lacérée. J’ai vu des gardiens entrer dans notre cellule et tordre la bouche des filles en exigeant des fellations. J’ai vu une femme pleine du sang de ses règles à qui, en se moquant, on a jeté des rats qui lui ont bouffé le sexe. Oui, j’ai vu ça. Elle est morte. J’ai voulu la secourir, j’ai hurlé, réclamé une couverture sur son corps. On me l’a refusée: «Ce serait bien trop beau pour elle!»

Les Kurdes, les chrétiennes et les alaouites – car il y en avait – étaient victimes d’un acharnement particulier, traitées de putes et de salopes. Et j’ai vu naître des bébés issus des viols. Qui a jamais parlé de cette infamie? Oui, ce que les femmes redoutaient le plus au monde arrivait inévitablement: elles tombaient enceintes et accouchaient au milieu de nous toutes, dans la crasse, les poux, les infections, à même le sol.

J’ai dû m’improviser sage-femme. Quand on vit dans un village, on sait faire ces choses-là. J’ai fait ce que j’ai pu. Soulagé, assisté, encouragé, rassuré. Accueilli des bébés ensanglantés entre mes mains, sans même savoir où les poser, horrifiée. Nous n’avions ni draps ni couvertures. Et on ne nous laissait même pas opérer près des toilettes, où on aurait disposé d’un peu d’eau. Rien, nous n’avions rien, si ce n’est un bout de tissu donné par une femme qui, solidaire, venait de déchirer son voile, et les ciseaux qu’un gardien nous prêtait pour couper le cordon ombilical et qu’il reprenait aussitôt en repartant avec le bébé hurlant. Le bébé de la honte. Le bébé du malheur. Un petit être vivant qui n’avait pas demandé à venir et dont on ne saurait rien…

Au début, ils nous les arrachaient dès l’accouchement. Puis, curieusement, ils les ont laissés aux mamans près de trois mois, afin qu’elles les nourrissent au sein. Certaines éprouvaient une répulsion immédiate pour l’enfant de l’ennemi. D’ailleurs, qui était le père? Un Syrien? Un Iranien? Un Irakien? Un type du Hezbollah? Il y en avait parmi nos bourreaux. Mais les mères finissaient par s’attacher au bébé. Jusqu’au jour où, sans prévenir, on le leur arrachait. Elles hurlaient de douleur et imploraient la mort.

Certains accouchements étaient tragiques, des bébés sont mort-nés, d’autres se sont éteints quelques jours après leur naissance, faute de soins et de médicaments. Ils étaient aussitôt jetés. Je me souviens d’une très jeune fille qui, après trois jours de travail, ne parvenait pas à évacuer son enfant. Il aurait fallu pratiquer une césarienne. J’ai dû lui déchirer le périnée, la plaie s’est infectée, putréfiée. J’ai supplié qu’on la soulage, un gardien compatissant m’a juste apporté du sel de table…

Lors de mes différents séjours, j’ai croisé dans ce sous-sol sordide des centaines de femmes enceintes. J’ai personnellement aidé à naître cinquante enfants, vu mourir dix bébés, cinq mamans… Des femmes retombaient rapidement enceintes après l’accouchement. Ma cousine de 20 ans a donné ainsi naissance à un garçon. Elle est encore détenue. Cela fait quatre ans et trois mois… Peut-être a-t-elle eu d’autres enfants. Alors, qu’on ne me parle plus de l’ONU ni des droits de l’homme! Ça n’existe pas! Le monde n’a rien fait pour nous. Le monde nous a laissés tomber. Nos filles entrent en prison, pures comme de l’argent. Elles en ressortent détruites et mortes-vivantes. Mais y a-t-il une seule voix forte, en Occident, qui se soit élevée pour les défendre et exiger leur libération? Citez-m’en une seule. Eh bien non.

Personne ne songe aux femmes! Je veux que le monde entier sache jusqu’où Bachar Al-Assad est allé dans l’horreur et comment il a martyrisé son peuple. Un haut gradé de son armée m’a téléphoné, ici, en Jordanie, pour me dire que je serai assassinée si je révélais ce secret. Je m’en fous! Il croyait me faire peur, mais c’est lui qui devrait trembler. Car j’ai tout retenu: les dates, les actes, les gestes, les insultes. Et les noms! Oui, j’ai mémorisé les noms des officiers, des gardiens, des violeurs et de tous nos bourreaux. Je garde des preuves. Je documente. Car je veux pouvoir raconter aux jeunes générations ce qui a été vécu par leurs aînés, pourquoi ils se sont révoltés, pourquoi ils ont dû s’exiler. Et surtout, je veux confondre un jour le despote de Damas et tous les salauds à sa solde. Car ils seront jugés un jour, inch’ Allah! Et je serai la première à témoigner contre eux devant un tribunal international. La première! Inscrivez-moi! C’est ça qui me tient debout. (Témoignage publié dans le quotidien Le Monde daté du 6 décembre 2017)

***

Le Monde avait publié, le 6 mars 2014, une enquête d’Annick Cojean, titrée «Le viol, arme de destruction massive», pour laquelle la journaliste avait collecté et croisé de nombreux témoignages de femmes ayant subi des sévices sexuels dans les geôles syriennes et s’exprimant pour la première fois. Cette fois, c’est un film, Syrie, le cri étouffé, réalisé par Manon Loizeau et coécrit avec Annick Cojean, avec l’aide de Souad Wheidi, qui sera diffusé le jeudi 7 décembre sur France 2 dans le cadre d’une soirée consacrée à la Syrie.

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A l’instigation de l’Iran et avec l’aval de Bachar al-Assad, les chiites se comportent en maîtres à Damas


 

La-veuve-noire

Parmi les multiples phénomènes qui attisent en Syrie le mécontentement de l’ensemble des Damascènes, et de manière particulière celui de la majorité sunnite de la population, il en est deux qui occupent en ces jours une place particulière. Ils sont liés au caractère de plus en plus ostensible et provocateur de la présence chiite dans une ville où, communauté minoritaire avec moins de 1 % de la population, les Syriens chiites ont depuis toujours veillé à ne pas se faire remarquer.

Un chef de milice chiite irakienne inspectant ses troupes à Damas (mai 2014)

Comme leurs concitoyens, les sunnites supportent mal les bombardements qui affectent tour à tour les différents quartiers de la ville, qu’ils soient le fait des forces régulières tenant les sommets du Qassioun ou de l’opposition retranchée dans certaines localités « libérées » de la Ghouta. Comme eux, ils ravalent leur colère face à la perte de temps, aux prélèvements arbitraires et aux humiliations que les soldats, moukhabarat et chabbiha installés à un nombre incalculable de points de contrôle infligent, au gré de leurs humeurs, à ceux qui ne peuvent faire autrement que de se déplacer dans la ville. Comme eux, ils protestent… à voix basse, faute de pouvoir s’exprimer publiquement, contre les coupures d’eau et d’électricité répondant à des critères illisibles, contre l’augmentation constante du prix des produits de première nécessité, contre la complaisance des responsables pour les prévaricateurs en tous genres, contre les enlèvements crapuleux dont se rendent coupables des protégés du pouvoir…

(…)

Tirant parti des difficultés économiques des propriétaires, de la connivence des édiles locaux et de la protection des plus hautes personnalités de l’Etat, ils ont récemment multiplié les acquisitions de biens, concentrant leurs efforts sur les hôtels situés au cœur de la capitale, dans le quadrilatère délimité par le pont Victoria, la gare du Hijaz, la Place Merjeh et la rue al-Bahsa… soit autour du Centre culturel iranien, principal lieu de distribution des publications religieuses et de diffusion de la doctrine chiite. Parmi les établissements dont ils assurent désormais la gestion directement ou indirectement, figurent les hôtels al-Iwan, Kinda, Asia, Damas International, Venezia, Pétra… et le Sémiramis, propriété de la Société du Chemin de Fer du Hijaz, dont le nouvel investisseur est un membre de la famille Nazha qui travaillait jusqu’alors dans le secteur du fret.

Emplacement des hôtels acquis par les Iraniens au centre de Damas

De nombreux témoignages attestent aussi que, depuis la mosquée de Sayyida Roqaya, au nord de la mosquée des Omeyyades, les Iraniens ont encouragé avec la complicité des responsables syriens un programme de récupération de maisons dans la vieille ville de Damas. Il a d’ores et déjà abouti à renforcer et à concentrer la présence des chiites dans la partie orientale de la ville intra muros. Ayant fait la jonction, en direction de Bab Touma, avec leur quartier historique de Joura, ils se sont déployés vers le sud pour rejoindre le quartier al-Amin, et, en suivant la rue Midhat Bacha (rue droite), ils s’approprient désormais l’espace délimité par les porte al-Kisan et al-Charqi. La relation avec l’Iran ayant définitivement supplanté dans les priorités du régime la « protection des chrétiens », ceux-ci n’ont pu s’opposer ni à la « chiisation » de leur centre traditionnel de Bab Touma, ni à l’expulsion sous la contrainte de fidèles de différentes Eglises habitant ou travaillant du mauvais côté de cette nouvelle frontière.

Pour lire l’intégralité de l’article: http://syrie.blog.lemonde.fr/2014/11/10/a-linstigation-de-liran-et-avec-laval-de-bachar-al-assad-les-chiites-se-comportent-en-maitres-a-damas/

Dérive sectaire avec la bénédiction du régime d’Assad


 

 

Voilà le spectacle d’endoctrinement, que le régime du dictateur Bachar Al-Assad permet le déroulement librement dans les rues de Damas, depuis sa demande  aux milices de la République des Mollahs iraniens d’intervenir aux côtés de l’armée gouvernementale en Syrie… Les cercles religieux des intégristes iraniens… 

 

Syrie : “La violence est dans les gènes de la famille Assad depuis 1970”


 

Syrie : “La violence est dans les gènes de la famille Assad depuis 1970”

Pour le politologue libanais Ziad Majed, le revirement de Macron sur Assad est immoral et dangereux, car la dictature alimente le terrorisme.

PAR LOUIS CHAHUNEAU

Modifié le 12/07/2017 à 11:09 – Publié le 11/07/2017

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À Alep le 24 juillet 2016, dans la zone rebelle. 200 000 civils ont été assiégés et bombardés pendant des mois par le régime d’Assad avec le soutien russe. © AFP/ AMEER ALHALBI

Le 21 juin,

dans une interview accordée à huit journaux européens, Emmanuel Macron déclarait que la destitution de Bachar el-Assad en Syrie n’était plus la priorité de la France, faute de « successeur légitime », suscitant l’inquiétude de l’opposition syrienne. Le président de la République ajoutait : « Bachar, ce n’est pas notre ennemi, c’est l’ennemi du peuple syrien. » La semaine suivante, il accueillait à l’Élysée Riad Hijab, le coordinateur du Haut Comité de l’opposition en vue des négociations, et réaffirmait son soutien « au peuple syrien », brouillant la diplomatie française au Proche-Orient.

Le politologue libanais Ziad Majed, spécialiste de la Syrie et enseignant à l’American University of Paris, a cosigné une tribune dans le quotidien Libération du 3 juillet pour dénoncer « ce revirement diplomatique majeur ». Pour Le Point.fr, il explique pourquoi ces propos sont ambigus et placent la France « dans la position d’un État complice ».

Le Point.fr : La politique française envers la Syrie a-t-elle vraiment changé entre François Hollande et Emmanuel Macron ?

Ziad Majed : Oui, en tout cas au niveau du discours. La vision de Macron, défendue par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, consiste à s’allier avec la Russie dans une lutte plus virulente contre le terrorisme en Syrie. Cela rompt avec la politique de Hollande qui considérait que la lutte contre le terrorisme devait aller de pair avec une solution politique en Syrie, qui destituerait Assad. Macron n’y est pas opposé, mais explique que ce n’est pas la priorité et qu’Assad n’est pas l’ennemi de la France.

Emmanuel Macron a-t-il raison de dire qu’« Assad n’est pas l’ennemi de la France », mais « du peuple syrien » ?

Cette formule est dangereuse parce qu’elle exclut le peuple syrien de la communauté internationale. Un dictateur pourrait donc tuer, massacrer ? Cela alimente le terrorisme et la vengeance. Allez dire aux habitants là-bas que c’est de la « realpolitik ». Ça ne marche pas. Admettre que Bachar el-Assad est l’ennemi de son peuple, c’est reconnaître qu’il est criminel. Donc, il ne peut pas être légitime. L’argument ne tient ni au niveau pragmatique, ni au niveau éthique, ni même au niveau du droit international. Je comprendrais une coopération avec les Russes, mais avec des objectifs clairs et négociés à l’avance.

Entre 2005 et 2007, la plupart des djihadistes qui partaient combattre les Américains en Irak étaient manipulés par le renseignement syrien.

La France n’a-t-elle pas intérêt à ce qu’Assad reste au pouvoir, notamment pour reprendre la coopération entre les services syriens et ainsi améliorer son renseignement antiterroriste ?

Non, c’est un mythe, une illusion. Il y a eu quelques moments de coopération entre les services secrets français et syriens, mais cela a toujours fonctionné de manière très politique. Le régime syrien, quand il souhaite normaliser avec un État, lui fournit des listes, des noms, pour lui montrer qu’il est indispensable dans la lutte antiterroriste. Mais cela indique en réalité qu’il est impliqué dans les réseaux de terrorisme. D’ailleurs, ce n’est pas un secret qu’entre 2005 et 2007 la plupart des djihadistes qui partaient combattre les Américains en Irak passaient par Damas et étaient manipulés par le renseignement syrien, et en particulier par le beau-frère de Bachar el-Assad, Assef Chawkat, qui est mort en 2012 dans une explosion mystérieuse. Hafez el-Assad est également soupçonné d’avoir commandité l’attentat rue des Rosiers en 1982, ainsi que l’assassinat de l’ambassadeur français au Liban Louis Delamare à Beyrouth en 1981 (sa mort n’a jamais été élucidée, NDLR). Et le régime n’a plus les mêmes capacités au niveau du renseignement qu’il y a dix ans. Il est extrêmement épuisé. Les trois quarts du pays échappent à son contrôle. Il n’a pas de réseau dans la zone que contrôle Daech. Enfin, le terrorisme qui frappe la France a surtout été l’œuvre de citoyens français.

Le bombardement d’une base aérienne du régime par l’armée américaine s’inscrit-il dans une stratégie de long terme ?

C’était un acte isolé. Donald Trump a voulu marquer sa différence avec Obama : montrer que l’usage des armes chimiques entraînera une riposte immédiate des États-Unis. Mais la priorité des Américains en Syrie reste de détruire Daech en soutenant les Kurdes du côté de Raqqa.

Selon les renseignements américains, le régime serait sur le point de mener de nouvelles attaques chimiques. Quel serait l’intérêt pour Assad ?

Je ne pense pas qu’il y aura un énorme scandale si le régime réutilise le gaz sarin. Il l’a utilisé hier, et aujourd’hui, c’est le chlore. Il y a eu une telle banalisation de la mort en Syrie que plus rien ne surprend. Et s’il y a bien un domaine que maîtrise parfaitement le régime, c’est le dosage de la violence. En 2011, le régime ne s’attaquait pas aux manifestations dans les quartiers bourgeois où les gens s’habillent comme en Occident. En revanche, la mort s’est abattue dans les zones rurales, pauvres, sunnites, où les femmes sont voilées et les hommes barbus. Leur mort ne suscite pas la même réaction chez les Occidentaux. De plus, il y a un excès de violence incroyable dans les prisons de l’État. Ces histoires sont tellement inhumaines que beaucoup n’y croient même plus. La violence est dans les gènes de la famille Assad depuis 1970. Le régime pense qu’il survivra en humiliant sa population. Tous ceux qui veulent marcher la tête haute doivent être frappés jusqu’à la soumission. En arabe, on dit : « La mort ou la soumission. »

Penser que seul un dictateur est en mesure de tenir ce pays est totalement faux. On est en train de répéter les mêmes erreurs chaque décennie.

Dans quel état se trouve l’opposition syrienne ?

Après août 2013, et la volte-face d’Obama, l’opposition s’est sentie démunie et trahie, de sorte que beaucoup ont abandonné la lutte. Ce n’est pas une coïncidence si Daech est devenu puissant à partir de ce moment-là. Les forces islamistes de l’opposition se sont aussi renforcées, et les pays du Golfe leur ont rapidement apporté leur soutien. Au niveau international, l’opposition est représentée dans le Haut Comité en vue des négociations. Mais sur le terrain, il y a une fragmentation des forces : l’Armée syrienne libre, les forces islamistes et Fatah al-Cham. Ce dernier groupe n’est pas représenté dans la délégation au Haut Comité puisqu’il est considéré comme un mouvement terroriste.

Le problème, c’est que tous ces groupes très différents n’ont pas le même objectif politique. En Europe, on veut que l’opposition soit représentée par un seul homme, mais on oublie qu’elle est constituée d’acteurs de gauche, de droite, de libéraux, de communistes, d’islamistes, de tribaux, de féodaux… Ce morcellement est le fruit de 47 ans de dictature. La Syrie vit sous l’état d’urgence depuis 1963, et la prise du pouvoir par le parti Baas. Celui-ci a dissous les partis politiques, interdit les associations, la vie publique, monopolisé les médias. Et l’opposition politique, qui a depuis vécu en prison ou en exil, n’a jamais eu les ingrédients pour reconstruire un modèle politique.

L’opposition possède-t-elle encore la capacité nécessaire pour renverser Assad ?

Depuis l’intervention des Russes en septembre 2015, la chute du régime est devenue militairement impossible. Les Russes ont mené des dizaines de milliers de raids aériens. Certes, le régime ne contrôle que 24 % du territoire syrien, mais 65 % de la population vit dans ces zones qui concentrent les grandes villes comme Damas, Alep, Homs et Hama. Beaucoup de civils se sont réfugiés dans ces territoires, sous le contrôle du régime, pour éviter les bombardements. Bachar el-Assad a tout fait pour pourrir la vie des gens qui vivent dans les autres régions : les hôpitaux sont bombardés, et il n’y a pas d’eau ni d’électricité. Avant 2013, les gens documentaient les massacres pour témoigner au monde entier leur quotidien. Mais, depuis, ils le font pour leur mémoire parce qu’ils ont senti que tout le monde les avait abandonnés. Les islamistes avaient prédit cela. La relation quotidienne avec la mort a fait monter le poids de l’islam dans la société.

Les négociations de paix reprennent à Genève le 10 juillet. Peuvent-elles encore aboutir ?

Non. Les négociations ont commencé en juin 2012 avec l’idée d’une transition politique en Syrie. Puis, les Russes ont commencé à utiliser des termes comme « coalition » avec Assad, alors que les négociations visaient à mettre de côté le régime. Et les Nations unies ont ajouté une autre clause : « la lutte contre le terrorisme ». Or, les Russes considèrent toute l’opposition comme terroriste. Depuis, tout est bloqué. Les discussions à Astana, qui visaient à convenir de cessez-le-feu, ont abouti à la création de cinq zones de « désescalade » (celui de la ville de Deraa n’est pas respecté, NDLR). La moitié des groupes d’oppositions boycottent aujourd’hui les négociations, car les cessez-le-feu ne sont pas tous respectés.

Quelle solution préconisez-vous pour la paix ?

Ce ne sont plus les Syriens qui décident. La Russie et l’Iran gèrent leur diplomatie et veulent qu’Assad reste au pouvoir moyennant quelques réformes. Les Iraniens veulent garder le contrôle de Damas pour rester en contact avec le Hezbollah au Liban, la mer Méditerranée et la frontière israélienne. Les Russes veulent se poser comme les protecteurs du régime syrien tout en conservant leurs bases militaires à Tartous et Hmeimim. Mais penser que seul un dictateur est en mesure de tenir ce pays est totalement faux. On est en train de répéter les mêmes erreurs chaque décennie, sans apprendre des leçons du passé ni trouver les solutions. Ce n’est pas une coïncidence si Daech est apparu en Irak, en Syrie et en Libye. Il s’agit des régimes les plus atroces de la région. Saddam Hussein et Hafez el-Assad possèdent tous deux la même mentalité : des guerres, tout le temps, avec un écrasement des voix de l’intérieur. Et lorsqu’un État n’arrive plus à tout contrôler, la situation explose et, en l’absence de vie politique, ceux qui sont le plus structurés pour prendre la relève demeurent les djihadistes. L’intervention militaire en Libye (2011) n’est pas la première cause du chaos actuel, c’est surtout le non-accompagnement de la transition politique qui a mené à l’échec. L’Irak aussi a souffert d’une gestion défaillante après Saddam Hussein. En Syrie, il faut dès maintenant travailler à une transition politique.

http://www.lepoint.fr/monde/syrie-la-violence-est-dans-les-genes-de-la-famille-assad-depuis-1970–11-07-2017-2142309_24.php

Le régime annonce la mise en liberté de 672 détenus


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Le régime annonce la mise en liberté de 672 détenus

24 juin 2017

Le Ministère de la justice du régime a annoncé samedi la libération de 672 détenu-es originaires de plusieurs régions de la Syrie. 

Le ministre de la justice, M. Al-Chaar, a ajouté que c’est un geste pour « promouvoir la réconciliation nationale ». 

A signaler que 588 détenus étaient emprisonnés dans la prison Centrale de Damas à ’Adra, parmi lesquels 91 femmes.

Le Ministère a déclaré que certains parmi eux seront jugés devant des tribunaux ordinaires (non militaires).

Selon un long rapport publié en 2016 par « l’Observatoire des droits de l’homme », depuis cinq ans, au moins 60 mille prisonniers ont été tués dans les branches de la prison du renseignement de la Force aérienne, dans la prison de la sécurité d’Etat et dans la prison de Sednaya, à cause de la torture physique pratiquée systématiquement contre les détenus et à cause de la privation de nourriture et de médicaments.

Le Réseau syrien des droits de l’homme a documenté avec les noms la présence de 117 mille détenus syriens, mais les estimations indiquent que le nombre dépasse la barrière de 215 mille prisonniers, dont 99% d’entre eux sont en détention dans les prisons du régime syrien.

Washington déploie un système d’artillerie sophistiqué dans le sud syrien


Hypocrite - Russie - ٍRussia - وقف كالديك وقد تدلت الأوسمة على دفتي صدره

Par AFP — 15 juin 2017

La Russie a accusé jeudi Washington d’avoir déployé des missiles pour viser l’armée du régime de Damas à Al-Tanaf, dans le sud de la Syrie, les Etats-Unis confirmant le déploiement de ces batteries mais sans en dévoiler l’objectif.

Dans un communiqué, l’armée russe a assuré que les Etats-Unis avaient acheminé de Jordanie vers la garnison d’Al-Tanaf «deux batteries de lance-roquettes multiples Himars», un système d’artillerie sophistiqué américain.

«L’installation de toutes sortes d’armes étrangères sur le territoire syrien, qui plus est de lance-roquettes multiples, doit faire l’objet d’un accord avec le gouvernement souverain du pays», a ajouté le ministère russe de la Défense.

Un responsable américain de la Défense a plus tard confirmé à l’AFP le déploiement du système Himars près d’Al-Tanaf, où Washington dispose d’une base, sans préciser le nombre des batteries déployées ni leur mission exacte.

Les Etats-Unis s’inquiètent de la présence à quelques dizaines de kilomètres d’Al-Tanaf de forces soutenant le régime et ont déjà annoncé qu’ils renforçaient leurs positions face à la «menace» qu’elles représentent.

Des avions américains ont bombardé à plusieurs reprises des éléments de ces forces, bénéficiant selon Washington de l’appui de l’Iran, qui s’étaient approchés de la base d’Al-Tanaf où les forces américaines entraînent les rebelles syriens à combattre les jihadistes.

Mais, d’après l’armée russe, «le rayon d’action des lance-roquettes multiples Himars ne permet pas de soutenir les unités des +Forces syriennes démocratiques+ sous contrôle des Etats-Unis qui luttent contre les terroristes de l’Etat islamique (EI) à Raqa», ville située bien plus au nord.

La coalition internationale menée par les Etats-Unis «a attaqué à plusieurs reprises les forces syriennes gouvernementales qui luttent contre l’EI près de la frontière avec la Jordanie», accuse encore le ministère russe de la Défense.

«Il n’est donc pas difficile d’imaginer que de telles attaques contre les unités de l’armée syrienne peuvent se poursuivre, mais cette fois avec l’aide des Himars», poursuit l’armée russe, avant de demander : «Quels sont les véritables objectifs des Etats-Unis en Syrie et contre qui comptent se battre les militaires américains ?»

Selon l’armée américaine, le système Himars, monté sur un camion, tire des roquettes guidées par GPS d’une portée de 70 kilomètres. Une autre version de ce système permet de tirer un petit missile lui aussi guidé par GPS, qui a une portée de 300 kilomètres. La version déployée à Al-Tanaf n’est pas connue.

Le système Himars permet notamment de continuer à effectuer des frappes de précision, même lorsque les conditions météorologiques empêchent avions et drones de le faire.

Al-Tanaf est située sur l’axe Damas-Bagdad, à la frontière avec l’Irak et non loin de la frontière jordanienne.

La coalition internationale a établi une zone dite «de désescalade» de 55 kilomètres autour de la base d’Al-Tanaf, décrétant que les forces russes et syriennes n’avaient pas le droit d’y pénétrer.

La région a été le théâtre de plusieurs accrochages ces derniers jours entre les forces du régime et celles soutenues par la coalition internationale. Ces tensions interviennent dans un contexte de rivalités grandissantes pour savoir qui va mener le combat contre l’EI dans l’est de la Syrie.

Le président syrien Bachar al-Assad essaie d’éviter ce ne soient les Etats-Unis.

Fidèle alliée de Bachar al-Assad, la Russie intervient pour sa part militairement en Syrie depuis septembre 2015 et s’est opposée avec fermeté aux toutes premières frappes aériennes américaines ordonnées par Donald Trump début avril contre une base aérienne du régime syrien.

 

http://www.liberation.fr/planete/2017/06/15/washington-deploie-un-systeme-d-artillerie-sophistique-dans-le-sud-syrien_1577204

 

Attaque en Syrie au gaz sarin : le rapport de la France qui accuse Damas


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Les services de renseignement français ont conclu que le gaz toxique utilisé dans l’attaque du 4 avril provenait de stocks cachés de l’armée syrienne.

LE MONDE | 26.04.2017

Les enquêteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) avaient déjà conclu, dans un rapport, à l’emploi « irréfutable » de gaz sarin, ou d’une substance similaire, lors de l’attaque menée le 4 avril par un Soukhoï 22 du régime syrien contre la localité contrôlée par la rébellion de Khan Cheikhoun (Nord-Ouest), qui avait fait 87 morts. De nouveaux éléments recueillis par les services de renseignement français montrent que le gaz neurotoxique utilisé provient bien des stocks du régime de Damas, censés avoir été détruits après l’accord d’octobre 2013 parrainé par Moscou et Washington.
« Le recours au sarin ne fait aucun doute. La responsabilité du régime syrien ne fait pas de doute non plus, compte tenu du procédé de fabrication du sarin utilisé », affirme le ministre des affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault, qui devait présenter ce dossier mercredi 26 avril, lors d’un conseil de défense à l’Elysée. Cinq jours plus tôt, il avait annoncé « avoir des éléments permettant de démontrer que le régime a sciemment utilisé l’arme chimique ».
Les preuves recueillies par les services français complètent celles des Américains et des Britanniques. Elles sont accablantes pour Bachar Al-Assad, même si elles ne démontrent pas un ordre direct du dictateur syrien, seul véritable patron d’un arsenal chimique qui n’a donc pas été totalement détruit malgré ses engagements. En représailles à l’attaque de Khan Cheikhoun, le président américain, Donald Trump, avait ordonné trois jours plus tard la première action militaire occidentale directe contre le régime, en bombardant la base d’Al-Chayrat, d’où étaient partis le ou les avions responsables du massacre.
« La signature du régime »
« Ces frappes du régime syrien s’inscrivent dans un contexte d’emploi continu, depuis 2013, d’armes ou d’agents chimiques en Syrie, notamment lors de frappes aériennes (…). La France a pu confirmer en plusieurs occasions l’emploi de chlore et de sarin », souligne la note fondée sur des éléments déclassifiés du renseignement français. Le document analyse en détail ce qui s’est passé le 4 avril, à la fois à partir de prélèvements effectués sur place et d’examens biomédicaux des victimes effectués dans les hôpitaux. Tout montre qu’il s’agit bien de gaz sarin. Les composants utilisés dans le processus de synthèse du gaz neurotoxique de l’attaque accusent directement le régime de Damas, car ce sont ceux mis au point par ses laboratoires, dont le Centre d’étude et de recherches scientifiques.
Les examens révèlent en effet la présence d’un produit secondaire caractéristique de ce procédé de fabrication : l’hexamine. « Cette méthode porte la signature du régime », assure la note du renseignement, évoquant une totale similitude du produit utilisé le 4 avril avec le contenu d’une grenade chimique – qui n’avait pas explosé – larguée par un hélicoptère lors d’une attaque aérienne, le 29 avril 2013, sur la ville de Saraqeb, dans le nord-ouest du pays. « Tout concorde pour accuser Damas, l’assemblage, le mélange, le vecteur », résume un diplomate français.
Seul le régime, en effet, dispose d’hélicoptères comme ceux qui avaient alors bombardé Saraqeb. Et seul le régime dispose d’avions Soukhoï 22 comme celui qui a effectué les six frappes sur Khan Cheikhoun en partant de la base d’Al-Chayrat. Le veto russe – le huitième sur le dossier syrien – mis à la résolution déposée au Conseil de sécurité de l’ONU par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, pour condamner cette attaque chimique, s’explique aussi par l’exigence faite à Damas de rendre publics les plans de vol et les noms des pilotes partis ce jour-là de cette base.
« Ecarts, incohérences, divergences »
L’attaque sur Khan Cheikhoun a relancé la question du stock des armes chimique syriennes, dont 1 300 tonnes ont été détruites selon l’accord américano-russe de l’automne 2013, après que l’administration Obama avait renoncé à mener des frappes aériennes pour punir le régime d’avoir utilisé l’arme chimique contre sa propre population. Le 21 août 2013, en effet, 1 500 personnes avaient été tuées dans une attaque au sarin dans la Ghouta, en périphérie de Damas, violant ainsi la « ligne rouge » édictée par le président américain.
Une partie des stocks syriens a donc été dissimulée. Les enquêteurs de l’OIAC et son directeur, Ahmet Uzümcü, ont régulièrement dénoncé, ces dernières années, « des écarts, des incohérences et des divergences » entre la déclaration faite par Damas lors de son adhésion à la convention sur l’interdiction des armes chimiques et la réalité de son programme. C’est aussi ce que pointe le renseignement français. « D’importants doutes subsistent sur l’exactitude, l’exhaustivité et la sincérité du démantèlement de l’arsenal chimique syrien », relève la note, affirmant que « la Syrie a maintenu une capacité de production ou de stockage de sarin » et qu’elle n’a « jamais déclaré des munitions tactiques, grenades et roquettes, telles que celles utilisées de façon répétée depuis 2013 ».
Au moins par trois fois ces deux dernières années, comme l’ont souligné les rapports de l’OIAC, le régime a utilisé du chlore, interdit comme arme de guerre mais dont la possession n’est pas illégale, car il est fabriqué à partir de produits en vente libre. L’existence de stocks de gaz sarin, une arme de destruction massive totalement illégale, est d’une tout autre nature. Que Damas ait violé ses engagements sur le chimique devrait théoriquement ouvrir la voie à des sanctions du Conseil de sécurité. Mais Moscou veille à protéger son allié. L’appel du ministre français, en ce vingtième anniversaire de l’OIAC, à « collectivement préserver le régime de non-prolifération chimique », risque de rester vain.

http://www.lemonde.fr/syrie/article/2017/04/26/attaque-chimique-la-france-avance-ses-preuves-contre-damas_5117652_1618247.html
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