L’alliance surprise entre Assad et les kurdes…


C'est-l'époque-de-la-guerre

Le 16 octobre 2019 à 14h45

Sauver la population. Les Forces démocratiques syriennes – le nom officiel des forces armées kurdes – se sont résolues à signer un accord historique avec l’armée syrienne de Bachar al-Assad dans un seul et unique but : empêcher que les populations kurdes ne pâtissent de l’offensive turque à l’est du pays, dans les territoires jusqu’ici détenus par les FDS.

Le contenu de l’accord entre la SAA, l’armée arabe syrienne, et les FDS a fuité ce mardi soir. Il trace les lignes d’un choix plus que symbolique du mouvement kurde, qui donne accès aux troupes loyalistes syriennes à un territoire chèrement conquis, au prix de nombreuses pertes en vies humaines lors des combats contre Daech.

« Les FDS ont accepté l’entrée de l’armée arabe syrienne et son contrôle s’étendra à toute la région, depuis Ayn Diwar à l’Est, jusqu’à Jarablus à l’Ouest », précise l’accord entre les deux ex-belligérants. En clair, les Kurdes ont ouvert les portes d’accès à tout leur territoire à leurs anciens ennemis. Un séisme politique – mais aussi militaire – pour les Turcs. Le cadre de ce futur déploiement tactique a été fixé très précisément par les deux nouveaux alliés de circonstance.

L’armée syrienne va donc se déplacer dans le territoire kurde via trois axes. Un premier axe « depuis Tabqa en direction du Nord vers Ayn Issa et sa campagne ». Également en direction du Nord vers la frontière syro-turque à Tell Abyad et vers l’Ouest.

Le contenu de l’accord fait que l’armée du régime de Bachar al-Assad étendra sa souveraineté dans toute la région à l’est et au nord de 
l’Euphrate mais, détail d’importance, « en coordination avec les conseils militaires locaux ». La zone située entre Ras al Ayn et Tell Abyad est définie comme la zone de combat principale « en attendant sa libération », précisent encore les deux parties.

Retour de la souveraineté de Bachar al-Assad

Les mots les plus importants de ce texte, finalement assez court, sont ceux qui ont trait à la souveraineté sur le territoire. Ceux qui ont dû coûter le plus cher aux responsables kurdes. « Les FDS confirment qu’elles sont prêtes à préserver l’unité territoriale de la République arabe syrienne et qu’elles le font sous le drapeau de la République arabe syrienne », définit ainsi l’accord. « Les FDS se tiendront aux côtés de la SAA pour faire face aux menaces turques contre la terre syrienne sous la direction du président Bachar al-Assad », conclut le texte. Des mots qui redonnent au raïs syrien la souveraineté sur un territoire qui échappait à son contrôle depuis 2011.

Il y a deux manières d’analyser cette décision. C’est, pour certains, la fin du rêve d’un « Kurdistan syrien ». Pour d’autres, les victoires militaires kurdes du passé leur garantiront peut-être un avenir sous la souveraineté de Bachar al-Assad.

« Tout s’est écroulé comme un château de cartes pour les Kurdes »

« Avec le retrait américain, tout s’est écroulé comme un château de cartes pour les Kurdes. En réalité, les populations arabes sont majoritaires dans cette région, et les Kurdes n’en avaient qu’un contrôle militaire », explique Fabrice Balanche, maître de conférences à l’université Lyon-2, contacté par Le Parisien. Le géographe, spécialiste de la région, revient tout juste de la zone.

« Les Kurdes n’ont plus le choix que d’être loyaux car, sans l’intervention syrienne, un million de Kurdes auraient été déplacés par les Turcs, sans l’ombre d’un doute. Les populations ont très peur des supplétifs arabes d’Erdogan, car ils égorgent, ils pillent, ils violent, ce sont pour certains des anciens de Daech ou d’Al-Qaida. Le but avant tout c’était d’éviter un massacre », analyse encore le chercheur associé au Washington Institute.

« Les YPG (les unités de protection du peuple kurde) ont été largement surestimées par certains médias. La réalité est tout autre. Les forces kurdes se sont écroulées en quelques jours, sans le soutien des Etats-Unis », constate encore le spécialiste de la région. « Les FDS ont été surestimées car on oublie que les Arabes qui les constituent largement se battaient parce que des salaires étaient versés. Il fallait nourrir les familles. La principale motivation était là. Elle n’était pas idéologique », décrypte encore Fabrice Balanche.

« Ils devraient obtenir beaucoup plus que leur sort dans le passé »

« Les Kurdes ont préféré faire des concessions au régime syrien plutôt qu’aux Turcs », confirme Karim Pakzad, chercheur à l’IRIS (l’Institut de relations internationales et stratégiques). « Les Kurdes n’arrivaient plus à faire face aux forces d’Erdogan. Ils ont donc logiquement perdu leur souveraineté gagnée sur le terrain », constate-t-il.

« C’est faux de dire que les Kurdes dans leur ensemble sont des indépendantistes. La plupart étaient réalistes, car ils savaient que c’était impossible d’avoir trois Etats indépendants kurdes en Turquie, en Syrie et Irak », précise celui qui enseigne à l’université de Kaboul. « Mais je ne pense pas que les Kurdes ont tout perdu. Les Kurdes ont réagi dans l’urgence, pour se sauver du massacre », enchaîne l’enseignant.

« Après-demain, à mon avis, dans le cadre du processus d’Astana (NDLR, un ensemble de rencontres multipartites entre différents acteurs de la guerre civile en Syrie), les Kurdes obtiendront des concessions pour gérer de manière plus ou moins autonome une partie de la région. C’est aussi l’intérêt des Russes, le nouvel acteur fort de la région. À cause de la guerre en Syrie, les Kurdes sont tout de même apparus comme une force importante. Ils devraient obtenir beaucoup plus que leur sort dans le passé », tempère l’enseignant-chercheur.

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Washington arrache une trêve à Erdogan, retrait prévu des forces kurdes


AFP-17 octobre 2019

AFP / Delil SOULEIMAN Une famille kurde fuit Ras al-Ain à la frontière avec la Turquie, le 16 octobre 2019

La Turquie a accepté jeudi de suspendre son offensive dans le nord-est de la Syrie et d’y mettre fin définitivement si les forces kurdes s’en retirent sous cinq jours, aux termes d’un accord arraché à Ankara par le vice-président américain Mike Pence.

Pour permettre un retrait des forces kurdes “sous 120 heures, toutes les opérations militaires dans le cadre de l’opération (turque) +Source de Paix+ vont être suspendues et l’opération sera complètement arrêtée une fois ce retrait achevé”, a déclaré M. Pence à la presse à l’issue de plus de quatre heures d’entretiens avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Les forces kurdes se sont déclarées prêtes, par la voix d’un de leurs commandants, à respecter “le cessez-le-feu” avec la Turquie.

Selon l’accord annoncé par M. Pence, ces forces devront se retirer d’un secteur d’une profondeur de 32 km censé se transformer à terme en “zone de sécurité”, en faveur de laquelle la Turquie milite depuis des mois.

– “Source de paix” –

Baptisée “Source de Paix”, l’offensive turque contre les forces kurdes des YPG dans le nord-ouest de la Syrie, lancée le 9 octobre, a suscité un tollé international en raison du rôle de premier plan joué par les Kurdes dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

AFP / Combats dans le nord-est de la Syrie

Mais Ankara les qualifie de “terroristes” en raison de leurs liens avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla sanglante en Turquie depuis 1984.

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a confirmé cet accord, qui a fait l’objet d’une “déclaration turco-américaine conjointe sur le nord-est de la Syrie” et qui a été rendue publique dans la soirée.

“Nous suspendons l’opération, nous ne l’arrêtons pas”, a déclaré M. Cavusoglu à la presse. “Nous pourrons arrêter l’opération seulement lorsque (les forces kurdes) se seront retirées complètement de la région”, a-t-il ajouté, refusant toutefois de parler d’un cessez-le-feu.

Le président américain Donald Trump avait paru donner son feu vert à l’offensive turque avant, face au tollé dans les pays occidentaux et au sein de son camp, d’exhorter Ankara à y mettre fin et d’autoriser des sanctions contre la Turquie.

– “Un grand jour” –

TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / – Le vice-président américain Mike Pence avec le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara le jeudi 17 octobre 2019

M. Pence a annoncé que ces sanctions seraient levées dès que la Turquie aura mis fin à son offensive.

M. Trump a évoqué un “grand jour” pour la Turquie et pour les Kurdes. “Nous avons un cessez-le-feu de cinq jours”, a-t-il déclaré au Texas. “Les Kurdes sont incroyablement heureux de cette solution”, a-t-il ajouté, se disant particulièrement satisfait que les négociations aient abouti “aussi vite”.

M. Pence, qui a pour sa part parlé à plusieurs reprises d’un “cessez-le-feu”, a affirmé que Washington avait d’ores et déjà commencé à “faciliter le retrait (des forces kurdes) de cette zone de près 20 miles (32 km) en Syrie au sud de la frontière turque”.

Il n’a pas précisé la longueur prévue de cette zone, qui selon la “déclaration turco-américaine conjointe” sera mise en oeuvre principalement par l’armée turque. M. Erdogan avait déclaré le 13 octobre que cette zone devrait s’étirer, à terme, du fleuve Euphrate à la frontière irakienne, soit une longueur de 480 km.

Selon M. Pence, Ankara s’est aussi engagé à ne pas mener d’opération militaire dans la ville de Kobane, d’où les YPG avaient délogé l’EI en 2015 à l’issue d’une bataille hautement symbolique.

– Inflexibilité –

L’offensive turque a fait près de 500 morts, dont une centaine de civils, et provoqué le déplacement de 300.000 personnes depuis son lancement le 9 octobre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

La mission de M. Pence, accompagné du secrétaire d’Etat Mike Pompeo, s’annonçait pourtant difficile vu l’inflexibilité qu’avait affichés M. Erdogan, dont l’exigence de voir les forces kurdes se retirer de la zone frontalière semble en passe d’être satisfaite.

AFP / Ozan KOSE Fumée s’échappant de la ville syrienne de Ras al-Ain le jeudi 17 octobre 2019

L’accord turco-américain survient alors que les combats avaient fait rage dans la journée, en particulier à Ras al-Aïn, ville frontalière dont l’armée turque et ses supplétifs syriens contrôlent désormais près de la moitié, selon l’OSDH .

Une correspondante de l’AFP côté turc du front de Ras al-Aïn a entendu sans discontinuer des frappes aériennes, des tirs d’artillerie et des tirs d’armes automatiques. Les autorités kurdes ont réclamé un “couloir humanitaire” pour évacuer civils et blessés.

Les forces pro-Ankara avaient pris aux miliciens kurdes le 13 octobre une autre ville frontalière, Tal Abyad.

L’opération turque a aussi rebattu les cartes dans le nord de la Syrie, nouvel épicentre du conflit qui déchire ce pays depuis 2011. A la faveur d’un accord avec les forces kurdes, le régime de Damas est en effet revenu dans des régions qui lui échappaient depuis des années et Moscou a commencé à remplir le vide laissé par le retrait des forces américaines.

L’offensive turque inquiète tout particulièrement les Européens, qui craignent l’évasion des jihadistes étrangers jusque-là retenus par les forces kurdes.

Selon la déclaration conjointe, la Turque et les Etats-Unis se sont enragés “à poursuivre les efforts visant à éliminer l’EI dans le nord-est de la Syrie” et à se coordonner au sujet “de centres de détention” de jihadistes.

Profitant du retrait des Américains, et afin d’éviter un affrontement d’envergure entre les forces de Damas et les militaires turcs, la police militaire russe mène des patrouilles dans le secteur de Minbej, selon Moscou. Le président turc doit rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine le 22 octobre.

Trump: FDS peut libérer des prisonniers de l’Etat islamique pour nous forcer à revenir


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Trump: FDS peut libérer des prisonniers de l’Etat islamique pour nous forcer à revenir

14.10.2019

Le président des États-Unis, Donald Trump, a déclaré lundi que les Forces démocratiques syriennes (FDS) pourraient libérer des prisonniers de l’Etat islamique pour ramener des troupes américaines dans la région, ajoutant qu’il serait très facile pour eux d’être de nouveau capturés.

“Les Kurdes peuvent en libérer certains pour nous faire intervenir. C’est très facile pour la Turquie ou les pays européens dont beaucoup sont originaires, mais ils devraient agir rapidement”, a déclaré Trump sur Twitter.

“J’ai commis une erreur dans tout. Nous ne menons pas une autre guerre entre des personnes qui se combattent depuis 200 ans. L’Europe a eu l’occasion d’obtenir des prisonniers de l’Etat islamique, mais ils ne voulaient pas payer le coût. Ils ont dit laissons  les États-Unis payer.”

Dans un précédent tweet, Trump a appelé lundi les pays européens à récupérer leurs ressortissants affiliés à l’Etat islamique, qui ont été arrêtés et détenus dans les prisons des Forces démocratiques syriennes (FDS).

785 personnes de familles des combattants de Daech, de différentes nationalités étrangères, s’échappent du camp…


عبد القادر موحد الرئيس المشترك لمكتب الشؤون الإنسانية وشؤون المنظمات في الإدارة الذاتية لشمال وشرق سوريا أكد ان مخيم عين عيسى لللاجئين بات بلا حراسة وبلا إدارة وتم انسحاب الحامية التابعة لقوى الأمن الداخلي منه بعد أعمال الشغب التي قام بها عوائل مقاتلين تنظيم داعش داخل المخيم إثر القصف التركي في على أطراف المخيم، مم أدى إلى هروب أكثر من 750 شخص من عوائل تنظيم داعش من داخل المخيم.

785-combattants-de-Daech-ont-pu-fuire-la-prison-de-Ayn-Issa-13-octobre-2019La direction de l’autogestion a annoncé  aujourd’hui que des centaines de membres de familles de l’organisation de l’Etat islamique (Daech) ont réussi à s’échapper du camp de réfugiés d’Ayn Issa dans la campagne de Raqqa.:

Ce matin, dimanche 13 octobre 2019, le camp d’Ayn Issa a été directement pris pour cible par l’agression turque et plus  de 785 personnes, de familles des combattants de Daech, de différentes nationalités étrangères, ont pu s’échapper du camp…

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Syrie: fuite de 800 proches de l’EI en plein assaut turc selon les Kurdes

AFP-A3 octobre 2019

Le désastre kurde en Syrie


Le désastre kurde en Syrie

Le pari occidental sur une milice kurde pour lutter contre Daech en Syrie était voué à l’échec, un échec qui s’avère aujourd’hui désastreux.

Les FDS affichant, en octobre 2017 à Rakka, le portrait géant d’Abdullah Öcalan, le  fondateur et leader du PKK

Les Etats-Unis et la France ont commis une erreur stratégique majeure en s’appuyant exclusivement sur les Forces démocratiques syriennes (FDS) pour lutter contre Daech en Syrie. Les FDS sont en effet dominées par la milice kurde du Parti de l’Union démocratique (PYD), organiquement liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), dont elle est la branche syrienne. Il fallait beaucoup d’aveuglement pour croire qu’une milice étrangère par le recrutement (kurde) et par l’idéologie (gauchiste) à la population (arabe et sunnite) de la vallée de l’Euphrate pourrait y stabiliser la situation, une fois le pseudo-califat de Daech renversé. Le retrait de Syrie annoncé par Trump le mois dernier ne fait qu’accélérer la crise d’une construction que le très lourd tribut payé par les FDS au combat contre Daech ne rend pas moins fragile. A l’heure où l’attention internationale se concentre sur le risque d’une offensive turque contre les FDS, il n’est pas inutile de revenir aux fondamentaux de l’équation kurde en Syrie.

LE REFUS DE COLLABORER AVEC LES REVOLUTIONNAIRES SYRIENS

C’est à Barack Obama que revient la décision, à l’été 2014, de s’appuyer sur les seules FDS en Syrie comme partenaire au sol de l’offensive menée par les Etats-Unis contre Daech. Le président américain a toujours nourri la plus grande méfiance à l’encontre des groupes révolutionnaires, majoritairement arabes et sunnites en Syrie. Il leur reproche tout à la fois leur fragmentation organisationnelle et leur noyautage islamiste. Ce sont pourtant de tels groupes qui, engagés depuis 2011-12 dans une guérilla révolutionnaire contre le régime Assad, ont lancé en janvier 2014 leur « deuxième révolution », cette fois contre Daech, qu’ils sont parvenus à expulser d’Alep et du nord-ouest du pays. La principale vulnérabilité de ces groupes réside dans le fait qu’ils sont obligés de combattre sur deux fronts, contre le régime Assad, d’une part, et contre Daech, d’autre part.

Tel n’est pas le souci du PYD/PKK qui peut d’autant plus facilement se concentrer sur Daech qu’il entretient une collaboration ancienne avec le régime Assad: le chef et fondateur du PKK, Abdullah Öcalan, a résidé à Damas, sous la protection des renseignements syriens, de 1984 à 1998, période durant laquelle le PKK assumait des fonctions supplétives de maintien de l’ordre dans le Nord-est du pays; Bachar al-Assad, afin de diviser l’opposition en 2011, a légalisé le PYD, lui accordant un véritable monopole sur la scène kurde de Syrie, jusqu’alors marquée par le pluralisme partisan et la diversité d’opinions. Des milliers de guérilleros du PKK quittent alors la Turquie vers la Syrie, dans le cadre de négociations menées entre Öcalan, emprisonné depuis 1999, et le gouvernement Erdogan. Ce transfert permet au PYD d’assurer sa domination sur le « Rojava », ainsi que le Nord-Est de la Syrie, majoritairement kurde, est désormais dénommé. Le tout avec l’accord du régime Assad, qui continue d’entretenir une présence discrète dans la zone.

« L’ENNEMI DE LA FRANCE, C’EST DAECH »

Les Etats-Unis avaient en 2007 fait le choix, couronné de succès, de s’appuyer en Irak sur des milices arabes et sunnites, dites du « Réveil » (Sahwa), pour lutter contre la branche locale d’Al-Qaida. Les jihadistes ont pu, à la faveur du retrait américain d’Irak en 2011, se reconstituer en « Etat islamique », profitant du fanatisme anti-sunnite du Premier ministre Maliki en Irak et des facilités offertes par le régime Assad. Obama, pour les raisons exposées plus haut, n’a jamais voulu soutenir des groupes arabes et sunnites dans la lutte contre Daech. A la recherche d’un partenaire kurde et fiable, il est très déçu par la faible pugnacité des peshmergas (combattants kurdes) du Gouvernement régional du Kurdistan (GRK), après la chute de Mossoul, en juin 2014, alors que les guérilleros du PKK   résistent avec acharnement dans le massif irakien du Sinjar, sanctuaire de la population yézidie. La libération par le PYD, en janvier 2015, de la ville syrienne de Kobané, après une bataille sanglante avec Daech, achève de sceller la collaboration entre le Pentagone et le PKK en Syrie.

Les combattantes et les combattants kurdes, dont le courage est indéniable, ont bénéficié à Kobané d’un soutien aérien massif des Etats-Unis. Un tel soutien n’a jamais été apporté aux révolutionnaires syriens, qui auraient partout pu, s’ils avaient disposé d’un tel appui, renverser le rapport de forces. La question devient de toutes façons rhétorique avec l’intervention directe de la Russie en Syrie, en septembre 2015, qui sauve sans doute le régime Assad et qui coïncide avec la décision française de contribuer à la campagne américaine contre Daech en Syrie. Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, martèle que « l’ennemi de la France, c’est Daech, Bachar, c’est l’ennemi de son peuple ». Cette  posture est endossée par Emmanuel Macron après son élection de mai 2017, dans une continuité affichée avec François Hollande. La France, en réduisant son engagement en Syrie à la seule lutte contre Daech, se prive, comme d’ailleurs les Etats-Unis, de tout principe de légitimité alternatif à celui du régime Assad, toujours reconnu comme représentant de la Syrie à l’ONU.

LES AMBITIONS REGIONALES DU PKK

La suite est connue et elle était parfaitement prévisible. Les FDS/PKK, une fois sorties des zones majoritairement kurdes, sont bien moins efficaces sur un terrain qui leur est hostile. La prise de Rakka, en octobre 2017, s’accompagne d’évacuations négociées avec les FDS de centaines de combattants de Daech, ainsi que de frappes indiscriminées qui laissent la ville à l’état de ruines. Les FDS organisent, dès la libération de Rakka, une cérémonie à la gloire d’Öcalan (voir la photo ci-dessus), qui choque profondément la population locale. Quinze mois plus tard, la reconstruction de Rakka n’a pas sérieusement débuté, car les FDS sont surtout préoccupées par le quadrillage d’une population qu’elles traitent collectivement avec suspicion. La situation de Rakka se retrouve dans tout l’Est de l’Euphrate, majoritairement arabe et sunnite, où Daech ne peut que jouer du ressentiment anti-FDS. L’état-major du PKK, sonné par l’annonce de Trump sur le retrait américain de Syrie, ouvre immédiatement des pourparlers avec le régime Assad, espérant négocier un retour limité du régime en contrepartie du maintien de l’essentiel de l’autonomie du « Rojava ».

Un tel désastre n’a été rendu possible qu’en occultant la réalité syrienne par le biais de deux prismes idéologiques: l’idéologie d’une lutte contre Daech qui pourrait être artificiellement disjointe de la lutte contre le régime Assad; l’idéologie d’un « Rojava » autogéré, alors que la sécurité du PKK (Assayich) y  a toujours le dernier mot. A ces deux prismes idéologiques se sont ajoutés les clichés culturalistes opposant de « gentils » Kurdes, par définition « progressistes », à de « méchants » Arabes, par essence « obscurantistes ». La coalition menée par les Etats-Unis a ainsi misé sur le seul PKK, alors même que la Syrie n’est pour ce parti kurde qu’un théâtre secondaire, par rapport au front prioritaire que reste à ses yeux la Turquie. Le refus d’encourager une alternative proprement syrienne au totalitarisme jihadiste a conduit tout droit à la tragique impasse d’aujourd’hui. Le peuple syrien, dans ses composantes arabe et kurde, en émerge une fois encore comme le perdant absolu, abandonné qu’il est à la vengeance barbare du régime Assad ou au retour de flamme de Daech. 

PYD - Ocalan manifestation au nord de la Syrie - 7 octobre 2019

L’activité de « l’organisation de l’État » est en augmentation… – نشاط «تنظيم الدولة» في تزايد… تكيفٌ مع الواقع وتجاوزٌ للسقوط


L’activité de « l’organisation de l’Etat » est en augmentation… adaptation à la réalité et dépassement de la chute

26/9/2019 – Heba Mohamad

Damas – «Al-Qods Al-Arabi»: Les avertissements internationaux officiels, y compris les médias, parlent de l’activité croissante de l’État islamique dans de nombreux pays, notamment en Irak et en Syrie, après le grand effondrement qui a conduit à la neutralisation du contrôle géographique. Le chef du groupe, Abu Bakr al-Baghdadi, a récemment expliqué à ses cellules qu’il était nécessaire de délier les milliers de ses combattants et leurs familles incarcérées dans des camps syro-irakiens, tandis que les experts jihadistes estiment que les facteurs qui ont conduit à la première naissance de l’organisation perdurent, ce qui renforcera à nouveau son retour sur la scène, en raison de l’absence de solutions politiques satisfaisantes pour les peuples de la région, du chevauchement des intérêts internationaux régionaux, du dynamisme du sectarisme et de l’absence de stabilité politique et économique.
Dans ce contexte, des sources de presse américaines et britanniques ont révélé que l’État islamique se déplaçait en Syrie et en Irak dans le cadre de ses efforts pour délier les milliers de prisonniers de ses membres et leurs familles détenues dans le camp d’Al-Houl dans la province d’Al-Hasakah, dans le nord-est de la Syrie.
(…)
 « Lors des premier et deuxième invasions, il est évident que des opérations ont été menées dans plus de 11 pays », a déclaré Abou Haniya à Al Qods Al Arabi. Par conséquent, on peut conclure que la nouvelle structure de l’organisation de l’État islamique est devenue claire en consacrant une « guerre de guérilla », en échange de l’abandon du contrôle spatial, ce qui peut être conclu en disant: l’organisation de l’Etat a mis fin à la phase de fragmentation qui l’a frappée après les combats contre lui à la fin de 2018. Et au-delà ».
(…)

نشاط «تنظيم الدولة» في تزايد… تكيفٌ مع الواقع وتجاوزٌ للسقوط

26/9/2019  – هبة محمد

دمشق – «القدس العربي» : عادت التحذيرات الدولية الرسمية منها، والإعلامية إلى الحديث عن نشاط تنظيم «الدولة الإسلامية» المتزايد في العديد من الدول، خاصة في العراق وسوريا، بعد مرحلة الانهيار الكبير التي أفضت إلى تحييده عن السيطرة الجغرافية، وتشير المصادر إلى تنفيذ خلاياه للتعليمات التي أطلقها مؤخراً زعيم التنظيم «أبو بكر البغدادي» حول ضرورة فك أسر الآلاف من مقاتليه وعائلاتهم المحتجزين في المخيمات السورية – العراقية، في حين أن خبراء بالشؤون الجهادية يعتقدون أن العوامل التي أدت إلى ولادة التنظيم الأولى لا تزال قائمة، وهو ما سيعزز عودته إلى الساحة مجدداً، جراء غياب الحلول السياسية المرضية لشعوب المنطقة، وتداخل المصالح الدولية الإقليمية فيها، وطفو الطائفية، وغياب حالة الاستقرار السياسي والاقتصادي.

وفي هذا الإطار، كشفت مصادر أمريكية، وأخرى صحافية بريطانية، عن تحركات يقوم بها تنظيم «الدولة» في سوريا والعراق، ضمن مساعيه لفك أسر الآلاف من عناصره وعائلاتهم المحتجزين في مخيم «الهول» في محافظة الحسكة السورية شمال شرقي سوريا.

تحركات «الدولة»

تحركات تنظيم «الدولة» الأخيرة لفك أسر مقاتليه، تأتي بعد التسجيل الأخير للبغدادي، الذي طالب من خلاله بتنفيذ هجمات لتحرير سجناء التنظيم، وفي الآونة الأخيرة، كان قد أكد منسق مكافحة الإرهاب في الخارجية الأمريكية ناثان سيلز، وجود محاولات حقيقية من قبل خلايا التنظيم لإحداث خروقات لمراكز الاحتجاز، بهدف إطلاق سراح عناصر التنظيم الأسرى وعائلاتهم.
ووفق مصادر محلية سورية، فقد تضاعفت في الأسابيع الأخيرة هجمات التنظيم، سواء تلك التي تستهدف قوات سوريا الديمقراطية، المدعومة من التحالف الدولي في سوريا، أو المنفذة ضد الجيش الروسي وقوات النظام السوري وكان آخرها هجوم التنظيم في السوريداء جنوباً، فيما يبدو أن التنظيم يعتمد على سلاح الحرب الخفية، والخلايا النائمة لتنفيذ الأهداف، دون التوجه إلى السيطرة المكانية.

عودة «الدولة»

وكانت قد توالت التقارير، سواء الدولية منها، أو حتى الاستخباراتية الأمريكية والأوروبية، وصولاً إلى مراكز الدراسات والأبحاث، حول رصد كبير لعودة نشاط مجموعات تنظيم «الدولة»، سواء في العراق، أو سوريا.
الخبير في شؤون الجماعات الجهادية حسن أبو هنية، يرى أن حجم الهجمات التي تنفذها مجموعات تنظيم «الدولة» منذ عام 2018، وحتى العام الحالي، تعد مؤشراً قوياً على تنامي نشاط لحضور التنظيم في الميدان، ومنذ ظهور أبو بكر البغدادي في شهر نيسان/أبريل الماضي، ووصولاً إلى الظهور الأخير له، الذي جاء تحت عنوان «وقل اعملوا»، شاهدنا ارتفاع وتيرة العمليات بعد معركة «الباغوز» شرق سوريا، حيث أطلق التنظيم «غزوة الثأر لأهل الشام»، وهذه الحملة نفذت في بلدان عدة، وكذلك غزوتي «الاستنزاف الأولى والثانية» للتنظيم.
ويقول أبو هنية لـ»القدس العربي»: «في الغزوتين الأولى والثانية، الملاحظ هو تنفيذ عمليات في أكثر من 11 دولة، وأيضاً لوحظ تنفيذ الهجمات بشكل منسق، ومختلف عن المراحل السابقة، ومن هنا يمكن الاستنتاج، أن الهيكل التنظيم الجديد لتنظيم الدولة، قد اصبح واضحاً بتكريس «حرب العصابات»، مقابل التخلي عن السيطرة المكانية، وهذا يمكن استخلاصه بالقول: تنظيم الدولة انتهى من مرحلة التشتت التي عصفت به بعد المعارك التي نفذت ضده في أواخر عام 2018 وما بعدها.»
أما فيما يخص توجه التنظيم نحو عمليات فك أسر عناصره، ليست جديدة من حيث المبدأ، فهو نفذ العديد من الهجمات عندما كان العراق وسوريا تحت هيكلية واحدة له، واليوم تستمر هذه الهجمات بعد الفصل بين الولايتين.
ويبقى جوهر القضية، هو هل يمتلك تنظيم الدولة تلك القدرة لتكرار ما فعله في سجن «أبو غريب» في العراق مثلاً؟ وهنا يمكن الحديث عن أن التنظيم سيحاول – حسب الخبير – شن العديد من هذه الهجمات لفك أسر عناصر وعائلاتهم، ولكن كل ذلك مرهون بالتطورات الميدانية على الأرض، سواء في العراق أو في سوريا.
إذا توجهنا نحو الشمال السوري وإدلب تحديداً، فالأمور لا تزال غير واضحة، فعلى سبيل المثال، إذا ما تم تنفيذ حملة عسكرية على إدلب، ستصبح الأمور فوضوية أكثر، وكذلك الخلافات بين الولايات المتحدة وتركيا حول المنطقة الآمنة، وقضية علاقة الأكراد بالنظام السوري بعد إعلان «اللجنة الدستورية».
وهنا يقول أبو هنية: «الأحداث غير مستقرة، وبالتالي قد يعود التمرد بطريقة أو أخرى، ولا شك أن التنظيم قد أعاد تنظيم صفوفه الداخلية، وهذا ما يمكن تعليله من خلال هجماته المتكررة في دير الزور، وفي بادية الصحراء، حيث نكل فعلياً بالجيش الروسي وقوات النظام السوري هناك».
وهذا ما يمكن وصفه، بأن التنظيم قد نجح في تجاوز محناته السابقة، ودخل مرحلة «الصمود»، وإعادة الهيكلة من جديد، والانتقال إلى تنفيذ هجمات مميتة، وهناك نلاحظ اعتماد مجموعاته على الخلايا وعمليات القنص والاغتيال والأسلحة الكاتمة للصوت، والعبوات الناسفة، والكمائن المحددة.
ويضيف المصدر: وفي المجمل، هناك تنامٍ للتنظيم فعلاً في سوريا والعراق، والأهم من ذلك، هو محافظته على قدراته التجنيدية في البلدين، أي أنه يتكيف مع التغيرات، ويعتمد على اللامركزية، كما أن التنظيم يبدو ليس على عجلة من أمره في الظهور، وهو حالياً يعتمد على استثمار المتناقضات الداخلية والإقليمية.

Les membres de DAECH dans les prisons des Forces Démocratique Syrienne FDS.. Images choquantes!


Les membres de DAECH  dans les prisons des Forces Démocratique Syrienne FDS.. Images choquantes!

الدواعش في سجون “قسد”.. صور صادمة!

Dans les prisons des FDS-Image choquantes-Daech

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