«Aucun pays arabe n’est aujourd’hui à l’abri d’une contestation»


 

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«Aucun pays arabe n’est aujourd’hui à l’abri d’une contestation»

INTERVIEW avec l’écrivain et philosophe palestinien Azmi Bishara
Par Hala Kodmani — 7 janvier 2020 à 19:36

Palestinien d’Israël, l’analyste politique Azmi Bishara voit les fronts de révolte en Irak, au Liban ou en Algérie comme des répliques du printemps arabe de 2011. Il est persuadé qu’il y en aura d’autres, jusqu’à la démocratisation complète de la région.

«Aucun pays arabe n’est aujourd’hui à l’abri d’une contestation»
Ecrivain et philosophe palestinien, Azmi Bishara, 63 ans, est une figure de la pensée politique arabe actuelle. Directeur du Centre arabe de recherche à Doha, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles, notamment sur les aspirations démocratiques depuis le printemps arabe. Palestinien d’Israël, il a été député à la Knesset de 1996 à 2007, avant d’être exilé par les autorités israéliennes.

Quel effet peut avoir l’escalade entre les Etats-Unis et l’Iran sur les révoltes en Irak ?

Avant même l’assassinat de Soleimani [puissant général iranien chargé des opérations extérieures au sein des Gardiens de la révolution tué vendredi, ndlr], l’Iran avait lancé la confrontation par procuration avec les Etats-Unis en Irak, à travers les milices du Hachd, dans le cadre de sa stratégie pour briser le blocus qui l’empêche d’exporter son pétrole. Mais dans son escalade lancée en Irak, l’Iran cherchait également à faire dévier la protestation contre son influence sur place vers un conflit contre la présence américaine. Le mouvement de révolte irakien accusait les milices pro-iraniennes, ainsi que les services de sécurité du gouvernement, d’être responsables de la mort de centaines de manifestants. Il est clair que l’assassinat relègue la révolte au second plan. La demande de retrait des forces américaines d’Irak s’est faite sous pression de Téhéran. Mais la réaction encourageante du mouvement de protestation a été le rejet des tutelles américaine et iranienne.

La vague protestataire dans plusieurs pays arabes en 2019 est-elle compromise ?

L’événement fondamental dans le monde arabe s’est produit en 2011. Les graines de la liberté ont alors été semées et le mur de la peur est tombé. Malgré les crimes commis contre les civils et tandis que les régimes ont cru s’imposer, la contagion contestataire a repris chez les peuples. Cette seconde vague est porteuse d’espoir pour nous, démocrates arabes, parce qu’il s’agit d’une réaction plus rapide que prévu à la défaite en Syrie. On pensait que celle-ci avait entraîné un traumatisme au Moyen-Orient et une peur de toute nouvelle révolte qui mènerait à une guerre communautaire. A l’inverse de ce qu’avaient prévu les pessimistes, c’est justement dans les pays qui ont un régime communautaire que la révolution a éclaté. Ce qui s’est produit ces dernières semaines en Irak, au Liban et peu avant au Soudan et en Algérie n’est que la suite du printemps arabe de 2011. Je prévois d’ailleurs d’autres vagues à venir, semblables à ce qui s’est produit en Europe entre 1789 et 1848 et qui a conduit à asseoir la démocratie à la fin du XIXe siècle. Nous sommes au début d’un processus de transition qui va probablement s’étaler sur cinquante ans.

Le rejet du communautarisme est donc un moteur de la mobilisation en Irak et au Liban…

L’accumulation de la corruption, de la répression et de la tyrannie de la part des régimes a conduit au déclenchement de la révolte. Les révolutions ont éclaté et c’est une source d’optimisme, même si cela ne va vraisemblablement pas aboutir à un changement de régime rapide, notamment au Liban et en Irak. Car dans ces deux pays, il n’y a pas de pouvoir central fort avec un président qu’on peut renverser, mais aussi parce qu’ils sont dotés d’une certaine pluralité politique et d’un régime parlementaire. Il ne s’agit pas de dictatures mais de régimes, certes corrompus et conservateurs, mais avec une démocratie communautaire, fondée sur la répartition des pouvoirs. Le problème, c’est que l’Etat est défaillant : les politiques sont occupés à se partager les postes et les richesses plutôt qu’à assurer les services à la population. On remarque au Liban et en Irak que la revendication première est : «on veut un Etat», une identité nationale et non communautaire.

Ces révoltes sont-elles débarrassées de l’influence religieuse ?

Le point très important tant pour l’Irak, le Soudan, l’Algérie ou le Liban, c’est l’absence du courant islamiste dans les mouvements actuels. Celui-ci traverse une crise profonde après ses tentatives de récupérer et d’étouffer les révolutions de 2011. Ainsi l’expérience des Frères musulmans en Egypte a été avortée par le coup d’Etat militaire avant que leur échec ne soit patent et qu’ils ne soient sanctionnés dans les urnes. En Irak, où la colère gronde, ce sont des partis islamistes qui gouvernent. L’islamisme n’est pas réservé aux sunnites, ce sont des formations chiites qui y sont au pouvoir. Il reste que le visage des révolutions actuelles est complètement civil, revendiquant la citoyenneté, des élections, l’anticommunautarisme et la transparence. Clairement un programme démocratique.

Mais pour l’instant, on est dans la pure protestation, on ne voit pas de programme émerger…

Il est difficile d’attendre des révolutions populaires spontanées qu’elles présentent un véritable programme. Cela ne s’est jamais produit. Une révolution spontanée demande une chute d’un régime global. C’est pourquoi on l’appelle soulèvement ou «Hirak» révolutionnaire. Il finira par produire des représentants. La spontanéité est une force face à un régime répressif parce qu’il ne peut viser un groupe en particulier pour le faire taire ou disparaître. Mais au bout d’un ou deux ans, la spontanéité devient une faiblesse et il faudrait non pas un, mais plusieurs courants politiques qui émergent et puissent se présenter à des élections. Pour cela, un changement de la loi électorale, surtout au Liban et en Irak, est nécessaire pour mettre fin au communautarisme.

Et dans le cas de l’Algérie ?

En Algérie, on voit une volonté aussi bien de la part du régime que du peuple de tirer les leçons du passé et d’éviter de retomber dans des années noires. C’est devenu un élément constitutif de l’identité nationale, tout comme la guerre civile a forgé l’identité libanaise. Il en sera de même en Syrie, où ce qui s’est passé depuis 2011 fondera l’identité nationale. Le rejet de la violence par les Algériens est fondamental. Bouteflika, malgré l’usure et le pourrissement de son pouvoir, avait accompli une démarche importante en soumettant l’armée au corps politique et non l’inverse. Alors que ce sont les militaires qui l’ont amené au pouvoir, il a réussi à les marginaliser. Mais dans le même temps, il a lâché la bride aux hommes d’affaires, y compris les plus corrompus. Aujourd’hui, l’armée se retrouve en position de force. Reste à savoir si elle veut céder le pouvoir aux civils ou le garder. A en croire son discours, elle a cherché à combler le vide constitutionnel en organisant des élections parce qu’elle ne veut pas gouverner. Mais on ne peut pas être sûr de sa sincérité. En tout cas, le peuple algérien n’en est pas convaincu. D’autant que l’armée n’a pris aucune initiative pour rassurer la population sur ses intentions ni proposé d’ouvrir le dialogue.

Et le Hirak algérien n’a pas de direction…

Si le Hirak avait une direction ou des représentants, il aurait pu présenter un candidat à l’élection présidentielle, dont le programme aurait été d’organiser la transition. La seule solution est d’évoluer vers une représentation. Je persiste à croire toutefois que l’Algérie a de grandes chances de réussir. D’abord parce qu’il y a consensus sur l’Etat, ensuite parce que c’est un pays riche qui peut supporter une période de transition (contrairement à la Tunisie et l’Egypte), et enfin grâce au niveau d’éducation des Algériens, notamment des diplômés de l’enseignement supérieur. Il est certain que les conditions dans le pays sont réunies et si l’Algérie se met sur les rails de la démocratie, ce serait un encouragement pour l’ensemble du monde arabe.

Les démocraties européennes sont-elles embarrassées face à la contestation des régimes arabes ?

Pour certains pays européens, avec les révolutions, c’est le spectre de l’islamisme qui plane car par le passé les élections libres, à commencer en Algérie en 1990, ont bénéficié aux mouvements islamistes. En Egypte, on ne savait pas ce qu’allait donner le président Morsi, issu des rangs des Frères musulmans. Mais ces derniers n’ont pas joué la violence. Et si des erreurs ont été commises, on savait que l’Egypte n’allait pour autant pas être transformée en émirat islamiste. Mais certains pays occidentaux ont joué un rôle négatif en soutenant le coup de force d’Al-Sissi et en le légitimant. La France en particulier l’a appuyé en pensant pouvoir l’influencer, mais cela n’a pas servi à grand-chose puisque son régime s’est tellement renforcé qu’il a pu envoyer balader Macron qui lui demandait de respecter les droits de l’homme. La leçon, c’est que le soutien donné à un dictateur brutal conduit celui-ci à se rebeller en s’émancipant. Il faut ajouter qu’il y a un problème de crédibilité des Européens lorsqu’ils soutiennent les dictateurs face aux peuples.

Quel aboutissement prochain aux révoltes arabes ?

Des révoltes contre la tyrannie éclatent et d’autres vont encore surgir. Je crois qu’aucun pays arabe n’est aujourd’hui à l’abri d’une contestation. Les régimes actuels sont constitués comme des sultanats, avec un président autour duquel gravite une cour ou un clan soudé. La démocratie n’est pas un système politique idéal en soi, mais elle est l’alternative à la tyrannie. Le problème, c’est que les oppositions n’ont pas réussi à construire les bases de cette démocratie ni à s’unir, notamment en Egypte, dans un front commun entre islamistes et laïcs face à la dictature. On a même vu des laïcs préférer la dictature militaire aux islamistes.
Il faudrait que ces derniers renoncent à imposer aux gens leur façon de s’habiller, de manger ou de se comporter. Le respect des libertés individuelles doit figurer en haut des programmes de gouvernement islamistes. Ils peuvent recommander ce qu’ils veulent mais pas imposer leurs lois à la tête de l’Etat. Il est temps que cette question soit réglée. Certains courants islamistes ont d’ailleurs commencé à revoir leur attitude sur ces sujets. En somme, il faut s’entendre d’abord sur la nécessité de la démocratie, puis se différencier et voir qui en prend la tête. Autrement dit, décidons comment gouverner avant de savoir qui doit gouverner.
Hala Kodmani

نحو ثورة شاملة


 

Vagues-peuple

Révolution populaire

نحو ثورة شاملة

حيّان جابر  – 29 أكتوبر 2019

عادت إلى منطقتنا العربية مشاهد الثورة والتظاهر والاحتجاج الشعبي، لتؤكد عزم الشعوب على تحطيم حاجز الخوف الذي حاصرها طويلا، وتعبّر عن نيتها كسر السلاسل الاستبدادية والطائفية التي كُبلت بها سابقا، ولتعلن بوضوح استمرار الزخم الثوري العربي الشعبي؛ على الرغم من كل المآسي والآلام، والإجرام الذي قوبلت به الثورات التي سبقتها، سيما في سورية واليمن وليبيا، حتى تتمكّن شعوب المنطقة من انتزاع السلطة من الطبقات المسيطرة الحاكمة، وتفرض سلطة شعبية تسترجع الحقوق المسلوبة والمنهوبة، وتؤسس لدولة مدنية وربما علمانية؛ تكفل المساواة في الحقوق والواجبات لجميع مواطنيها من دون أي تمييز عرقي، أو إثني، أو طائفي، أو قومي، على أن تكون دولة دستورية تحترم القانون الذي يجسد مبادئ العدالة والمساواة اجتماعيا وسياسيا واقتصاديا، وتكفل استقلال السلطات الثلاث، وتصون حرية الإعلام والرأي السياسي، وتلغي التفاوت في الدخل، وتفرض الضرائب التصاعدية على أصحاب رؤوس الأموال، وتعفي أصحاب الدخل المحدود منها. فضلا عن ضرورة أن تتحمّل الدولة المنشودة مسؤولياتها الكاملة تجاه جميع مواطنيها من خلال إقرار التأمين الصحي الشامل والفاعل، واستعادة دور الدولة الاجتماعي، كدعم الأسر المحتاجة، ودفع رواتب للعاطلين من العمل، وجعل التعليم مجانيا في جميع مراحله، وتطويره بما يواكب العصر، ويلبي حاجات الدولة والمجتمع والاقتصاد الوطني، وتبني نهج اقتصادي يرفد الدولة بموارد مالية، ويعزّز استقلاليتها واكتفاءها الذاتي، من خلال تحويله إلى اقتصاد متطور ومنتج صناعيا وزراعيا، الأمر الذي يمكّن الدولة من حل جميع المشكلات التنموية والاقتصادية، كنسب البطالة، والحد من نسب الفقر حتى القضاء الكامل عليها، بالإضافة إلى توفير القدرة المالية والإرادة السياسية الضرورية لتحقيق تنمية بشرية وبنيوية متكافئة في سائر أرجاء الوطن. وهو ما يجعلنا في خضم  مرحلة تاريخية عربية جديدة، قد نختلف في تفسير أسبابها ودوافعها وترتيبهما، كما في تحديد مجمل أهدافها، بل قد نختلف أيضا حول وسائلها وآلياتها، وربما تحالفاتها، سيما الخارجية منها، لكننا سوف نجمع على حاملها ومفجرها؛ أي الشعوب، بمجمل تلاوينها واختلافاتها الثقافية والعقائدية والفكرية، أو بالأصح الشعب على اعتباره كيانا واحدا وموحّدا كما أثبتته الحركة الثورية، سيما بنسختيها المستجدتين، العراقية واللبنانية، كيانا ذا طابع إنساني يتفاعل ويتأثر ويؤثر بمجمل محيطه الثوري العربي، لذا وجدنا أثر (وجذور) الثورات السورية واليمنية والتونسية، وأحيانا الليبية، في ثورتي السودان والجزائر، ووجدنا هذه الثورات مجتمعة في الثورة العراقية، ومن ثم اللبنانية، اللتين سوف تؤثران على قادم الثورات العربية، إذ قد نشهد عودة الثورات إلى مصر وسورية وباقي المناطق التي ثارت طويلاً إلى أن تمكّنت قوى الثورة المضادة والقوى الطائفية والاحتلالات الخارجية من تكبيلها بمواجهاتٍ ومصاعب وحروب خارجة عن إرادة الحركة الثورية الشعبية وأهدافها٠

الواضح اليوم أن الشعوب ترفض الاستمرار في لعبة تبادل الكراسي التي تمارسها الفئات الحاكمة من أجل تضليل الشعب، مفضّلين المضي في الطريق الثوري، حتى لو طال زمنه إلى نهاياته المنشودة. وهو ما يتطلّب مزيدا من التضامن والتكامل الثوري داخل حدود الوطن وخارجها، تضامن المسحوقين والمستغلين في مواجهة قوى الأمر الواقع، فانتصار الثورة اللبنانية اليوم أو غدا، خطوة في مسار انتصار الثورة السورية وغيرها من الثورات، والعكس صحيح. إذ كشفت السنوات التي أعقبت موجة الثورات العربية الأولى، وسبقت الموجة الثورية الثانية التي نعيش فصولها اليوم، مدى تماسك قوى السلطة عربيا وإقليميا ودوليا، في مواجهة المد الثوري الشعبي، ما يحمي المافيا الحاكمة من السقوط المدوّي، ويحول دون نجاح الحركة الثورية في حكم الشعب ذاته بقواه وهياكله التمثيلية والتنظيمية الثورية التي يفرزها النضال الشعبي. لذا يتطلّب هذا التحالف السلطوي تحالفا شعبيا مضادّا، يستند إلى حق الشعب في استعادة ثرواته المنهوبة ورأيه المقموع ودوره الممنوع، ما يؤسّس لثورة شاملة ومتكاملة، ثورة الحق في مواجهة الباطل، ثورة المظلومين في مواجهة الظالمين من ناهبي قوت الشعب ولقمة عيشه، ثورة تمتد من لبنان والعراق إلى مصر وسورية واليمن وسائر الدول المنهوبة والمحكومة بقوة الاستبداد والقمع، فمواجهة الشعوب حكومات الذل والاستبداد والنهب والقتل على أوسع نطاق هي الضمان الوحيد لكسر تحالف القوى السلطوية المحلية والإقليمية والدولية، وهو ما سوف يبعثر قواهم ومليشياتهم وأدواتهم القذرة، فعلى الرغم من النجاح النوعي الذي حققته ثورتا الشعبين، العراقي واللبناني، حتى اللحظة، سيما في تعرية النظام الطائفي، وكشف زيف جميع القوى الراعية له وكذبها، والمشاركة فيه، إلا أن الخطر الطائفي ما زال يحوم في المنطقة، ويتربّص اللحظة الملائمة كي ينقض ويستفرد بكل ساحة على حدة. وهو ما يتطلب من الثورة كسر العصبيات التقسيمية، كالقُطرية والفئوية والقومية، واستبدالها بقيم إنسانية لا تكترث بـ “أنت من أين؟” بقدر اكتراثها بما تمثله وتناضل من أجله، فقد حان الوقت كي نجعل من الحرية والعدالة والمساواة آيقونات الثورة الثلاث على امتداد المنطقة كاملة، ومن هتاف “كلّن يعني كلّن” بوصلة للحركة الثورية التي لن ولا يجب أن تستثني أحداً ينتمي أو يدافع أو يتملق التحالف السلطوي المحلي والإقليمي والدولي، ومن “واحد واحد واحد” القاعدة الصلبة التي نؤسّس عليها مستقبلا زاهرا يجمع شعوب المنطقة الثائرة والمتضامنة والمتكاملة في ذات المسار النضالي٠

نعم، قد نلحظ، بسهولة، مدى تقارب وتأثر الثورات العربية ببعضها بعضا في الشعارات والأهازيج الثورية والنمط الاحتجاجي، كما يبدو تضامن الشعوب مع بعضها جلياً عبر مواقع التواصل الاجتماعي والمواقع الإلكترونية، بل حتى في الصحف والمحطات الإعلامية، وفي اللافتات المرفوعة في أثناء الاحتجاجات، إلا أن غياب التضامن الفعلي عن ميدان الفعل الثوري، وافتقاد التكامل الثوري فيما بينها، يمنحان الفرصة تلو الأخرى لقوى الثورة المضادة وقوى السلطة، كي تنظم أدوارها وتتقاسم الوظائف من أجل كسر الحركة الثورية، وتوجيه ضربة قاصمة لها، ضربة قد لا تتمكّن من وأد الثورة، لكنها قد تنجح في حرفها عن مسارها، وفي بعثرة قدراتها ولو إلى حين… هل نشهد قريبا تكاملا ثوريا ميدانيا يحول الساحة العربية إلى ميدان نضال شعبي يقض مضاجع سلطات النهب والاستبداد والاستغلال والإجرام العربية، ويسهّل على الشعوب مهمة تجاوزها نحو المستقبل الذي نرغب به؟

جرى الاعتقاد بأنّ “الربيع العربي” رحل موصوماً بالإرهاب إلى حيث لا عودة، بعدما ترك وراءه شهداء ونازحين ومعتقلين ومفقودين ودماراً شاملاً. بذلك نجحت السلطات في تلقين الشعوب درساً لن تنساه طوال عقود قادمة، والتباهي بقدرتها على تحويل الربيع إلى جحيم لدى أي احتجاج، مهما كان بريئاً. أصبح هذا المشهد، حسب زعم الأنظمة، مشهداً مستقرّاً للعالم العربي، ولآجال غير محدودة، والأغلب إلى الأبد.

الأمر الواضح، أن الربيع لم يرحل حتى يعود، مفاعيله لم تنته بعد، ما زال لعنة مسلَّطةً تهدد الأنظمة. ما رغبوا فيه كان من صنيع أوهامهم، لا الواقع. ويمكن الاستشهاد بالربيع نفسه الذي يأبى أن يدَعهم يطمئنون إلى المستقبل القريب، ما دام يتمدّد، ولا يتقلّص، ينتقل من بلد إلى بلد. إذا أخذ نفساً في العراق فليعيد حساباته، وإذا تعرقل في سورية، فليلملم أشتاته، وإذا حوصر في مصر، فليغيّر أساليبه، بينما يراوح في ليبيا واليمن. لكنه حقّق نجاحات في تونس والجزائر والسودان حتى الآن… وها هو اندلع في لبنان والعراق، والأعداء بالمرصاد.

يجادل معلّقون بأن ما يحصل في البلدان العربية، حراك محدود واحتجاجات مؤقّتة، لو أنّ الأنظمة استجابت إلى مطالب المتظاهرين لانتهت في وقتها. من جانب آخر، لا يجوز أن يطلَق على ما يجري وصف “ثورة”؛ فهي لا تشبه الثورة الفرنسية ولا الروسية، أو أشباه الثورات في البلدان التي تحرّرت من الاستعمار، وباشرت ثوراتها تحت قيادة العسكر، بينما بقيت على صلة مع المستعمر الذي خرج منها، وعاد تحت ذرائع أخرى.

نعم، التاريخ لا يعيد نفسه، لكن ما يتشكّل على الأرض، لا يمكن فهمه إلا على أنه ثورة على امتداد مساحة العالم العربي، الأنظمة أول من أدرك أخطارها، ولم يكن مدّ يد العون إليها، أو المساعدة على قمعها من بلدان المنطقة، إلّا لإبعاد تداعياتها عنها خشية من عدواها. وكان في إبراز الحرب السورية، كمثال دموي، استباقٌ لعدم جدوى أيّ حراك، فالثورة السورية أصبحت مادة تُستخدم لإقناع الشعوب بما يمكن أن يستجرّه التمرد على الدولة من ويلات عليها.

تأخذ الثورة في بلاد العرب شكلها الممزّق من التشرذم العربي، لكن مهما اختلفت ظروفها في الداخل، فأقدارها واحدة. تعاني هذه البلدان من ظروف متشابهة؛ طغيان، وقمع، وأجهزة مخابرات تهيمن على البلاد، وأوضاع اقتصادية سيّئة، وتدهور معيشي، وافتقاد إلى حرية الرأي والتعبير، وفساد معمّم، ونهب مستشرٍ، وانعدم المساواة، ورقابة، وسجون، وعدالة مقيدة، وقضاء منتهك… بينما الناس يلهثون لتأمين لقمة العيش. ما يشكّل بيئات طاردة تدفع الشبّان إلى الهجرة.

أوضح ما فعلته الثورات، كان في تجديد اللغة، وإعادة تعريف ما يبدو متغيرات، بينما هو إعادة الأمور إلى نصابها، فلم يعد تعريف “الشعب” على أنه جماهير الأحزاب الحاكمة، ولا قطعان مسيّرة، والوطن ليس من أملاك الرئيس يورثه لأولاده من بعده، ولا الجيش عقائدياً، أو لحماية المستبد من الانقلابات.

أعاد الربيع الاعتبار للشعب والوطن والجيش. وأتاح تعريف الدكتاتوريات الحالية، فإذا كانت الأزمات تصنع الرجال، فالربيع كشف عن حكّام ليسوا أكثر من مهازل مضحكة، لصوص وعملاء، وفي أفضل الأحوال؛ أغبياء.

لن نغمطهم حقهم من التعلم، فدرس الربيع كان بالغ التأثير، رغم أنهم احتاطوا من قبل بألا يثقوا في شعوبهم، واعتبار الجماهير عدوهم الحقيقي، وحدها الأجهزة الأمنية تحميهم من غضب الناس، كذلك استثمار الفوائد العائدة من تحويل الجيش إلى أداة ترهيب وتخريب. أما الجديد الذي تعلموه؛ إذا شاب تقصير في القضاء على الاحتجاجات، فالاستعانة بدول أجنبية، أثبته النظام السوري بالاستنجاد بروسيا وإيران، إضافة إلى تصنيع الإرهاب، ما يحلّل استعمال البراميل المتفجّرة والكيماوي، ويتيح للدول الديمقراطية الصمت على الانتهاكات.

حالياً، الربيع عراقي لبناني، كلاهما انضمّا إلى ربيع العرب، لم يلجمهما الجحيم السوري، ومهما كان الوصف: حراك أو احتجاج، انتفاضة أو ثورة… كلّ هذا من تداعيات ربيع كان على رأس أعماله: الحرية والعدالة وإنهاء الفساد.

هذه الاحتجاجات السلمية، ميادينها الساحات والشوارع، وهي تدرك، ألّا بديل عن إسقاط النظام. هذا المفصل التاريخي الآخذ بالترسُّخ، يَعِدُ بمرحلةٍ قد تمتد سنوات وسنوات لتستكمل الثورات أعمالها. التاريخ بطيء، لكنه سريع ما دام الربيع العربي في ازدهار متواصل.

Le Soudan et l’Algérie reprennent-ils le flambeau du « printemps arabe » ?


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Le Soudan et l’Algérie reprennent-ils le flambeau du « printemps arabe » ?

Les mouvements populaires qui s’opposent aux régimes algérien et soudanais tranchent avec la régression contre-révolutionnaire que connaît le monde arabe depuis 2011-2012. Dans les deux cas, des pouvoirs bâtis autour d’une charpente militaire ne peuvent prétendre mener eux-mêmes une transition destinée à éliminer leur emprise sur l’État et ses ressources.

par Gilbert Achcar

 

Le Soudan et l’Algérie reprennent-ils le flambeau du « printemps arabe » ?

Ces derniers mois, les nouvelles en provenance de l’espace arabophone ont été à nouveau dominées par des images de mobilisations populaires rappelant l’onde de choc révolutionnaire qui avait secoué la région en 2011. Des soulèvements se sont enclenchés au Soudan, le 19 décembre 2018, et en Algérie, avec les grandes marches du vendredi 22 février 2019. En une illustration frappante de la théorie des dominos, ils ont ranimé le souvenir de la première phase, massive et pacifique, des bouleversements que connurent, il y a huit ans, six autres pays de la région : la Tunisie, l’Égypte, Bahreïn, le Yémen, la Libye et la Syrie.

Cette fois, cependant, les commentateurs ont manifesté davantage de circonspection, formulant pour la plupart leurs jugements sur un mode interrogatif, à l’instar du titre du présent article. La raison en est l’amère désillusion qui avait suivi l’euphorie du « printemps arabe » de 2011. La répression du soulèvement bahreïni, quelques semaines après son déclenchement, avec la participation des autres monarchies pétrolières du Conseil de coopération du Golfe (CCG), aurait pu faire figure d’exception, compte tenu de la nature très particulière de ce club étatique. Mais, deux ans plus tard, la région dans son ensemble basculait dans une phase de reflux contre-révolutionnaire, avec une nouvelle réaction en chaîne… en sens inverse.

À l’offensive lancée au printemps 2013 en Syrie par M. Bachar Al-Assad avec l’aide de l’Iran et de ses auxiliaires régionaux ont succédé l’instauration d’un ordre musclé sous l’égide des militaires en Égypte, puis le retour d’une partie des hommes de l’ancien pouvoir en Tunisie. Entre-temps, dans ces deux pays, l’élan révolutionnaire initial avait été confisqué par des forces appartenant à la mouvance des Frères musulmans. Enhardis, les reliquats de l’ancien régime en Libye et au Yémen ont noué des alliances opportunistes avec des groupes qui avaient pris le train de la révolution en marche et qui, comme eux, étaient hostiles aux Frères musulmans, afin de tenter de s’emparer du pouvoir par la force, plongeant ainsi ces pays dans la guerre civile. L’enthousiasme a alors cédé la place à la mélancolie de ce qui n’a pas manqué d’être qualifié d’« hiver arabe », sur fond de percée régionale de l’entreprise terroriste totalitaire dite « État islamique ».

Or, si ce dernier avatar d’Al-Qaïda a fini par être écrasé en Irak et en Syrie, tandis que des groupes agissant sous la même franchise continuent à sévir en Libye et dans le Sinaï égyptien, ainsi qu’au-delà de l’espace arabophone, d’autres acteurs de la contre-révolution sont toujours à l’offensive.

Le clan Al-Assad poursuit sa reprise en main de la majeure partie du territoire syrien avec le concours de la Russie et de l’Iran. En Égypte, sans s’inquiéter de l’impact potentiel des rébellions au Soudan voisin et en Algérie, le régime de plus en plus despotique du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi s’est offert un changement constitutionnel destiné à permettre à son président de rester au pouvoir jusqu’en 2030 (1). L’émule libyen de celui-ci, le maréchal Khalifa Haftar — encouragé par Le Caire, Abou Dhabi, Riyad, Moscou et Paris, auxquels M. Donald Trump a fini par se rallier —, est engagé depuis mi-avril dans une offensive militaire dans l’ouest du pays pour compléter sa conquête du territoire. Cette action prend pour cible le gouvernement libyen de compromis reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU) ainsi que par les Frères musulmans, le Qatar et la Turquie, et saborde la médiation onusienne pour une nouvelle solution consensuelle. Au Yémen, enfin, la guerre civile fait rage, avec des conséquences lourdement aggravées par l’intervention criminelle de la coalition menée par le royaume saoudien. Rien ne permet d’espérer une paix durable ni la réunification de ce pays dans un avenir proche.

Une contestation condamnée à se perpétuer

Tandis que cette dégénérescence contre-révolutionnaire se poursuit, les éruptions soudanaise et algérienne, au lieu de représenter un nouveau « printemps arabe », demeurent pour le moment isolées dans un contexte mouvant et contradictoire. Elles pourraient tout aussi bien s’amplifier et faire tache d’huile qu’être brutalement interrompues. Le sort de la région dépend beaucoup, aujourd’hui, de ce qu’il va advenir des mouvements populaires dans ces deux pays.

Ce qui se trouve pleinement confirmé, en revanche, c’est le fait que l’explosion de 2011 n’était que la première phase d’un processus révolutionnaire de longue durée. Dans cette optique, l’appellation « printemps arabe » pouvait être retenue à condition de l’entendre non comme une phase de transition démocratique de courte durée et relativement paisible, comme beaucoup l’espéraient en 2011, mais comme le premier moment d’un enchaînement de « saisons » destiné à durer plusieurs années, voire plusieurs décennies.

L’impératif dans le monde arabe, en effet, n’est pas l’adaptation du système politique à une société et à une économie parvenues à maturité dans leur développement, à l’instar de ce qu’ont pu connaître les pays d’Amérique latine ou d’Asie orientale, dont la modernisation politique est venue parachever la modernisation socio-économique. Ici, il s’agit plutôt d’éliminer un système politique qui bloque le développement économique et social depuis les années 1980. Le symptôme le plus saillant en est le chômage des jeunes, dont la région détient depuis longtemps le record parmi les grands ensembles géopolitiques de la planète (2).

Dans cette optique, le point d’ébullition atteint en 2011 ne pouvait mener à une nouvelle période de stabilité durable que par un changement radical des orientations économiques. Mais cette rupture était, et demeure, inconcevable sans un changement sociopolitique mettant fin aux systèmes étatiques responsables du blocage. À défaut, la contestation, au lieu de se résorber, était condamnée à se perpétuer, voire à s’intensifier, dans la mesure où la déstabilisation créée par le « printemps arabe » ne pouvait qu’aggraver l’asthénie économique générale. Les faits l’ont confirmé : en dépit de l’offensive contre-révolutionnaire, plusieurs pays de l’espace arabophone ont connu de nouvelles et fortes poussées de fièvre sociale depuis 2011.

C’est le cas de la Tunisie, souvent présentée comme la grande réussite du « printemps arabe » parce qu’elle a su en préserver les acquis démocratiques. Or, même si on l’ignore généralement au profit de considérations extasiées sur une prétendue différence culturelle — due notamment à la persistance d’un État tunisien au cours des trois derniers siècles —, l’« exception tunisienne » est principalement liée au rôle joué par l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), seul mouvement ouvrier organisé à la fois autonome et puissant dans le monde arabe (3). Le pays n’a pas cessé, toutefois, d’être secoué par des éruptions sociales, locales ou nationales, dont celle de Kasserine, ville du centre, en janvier 2016, et les importantes manifestations de janvier 2018. Parmi les autres pays de la région où ont surgi des mouvements sociaux de grande ampleur depuis 2011 figurent le Maroc, notamment dans la région du Rif depuis octobre 2016 ; la Jordanie, en particulier au printemps 2018 ; et l’Irak, de façon intermittente depuis 2015. Quant au Soudan, il a connu plusieurs vagues de protestation sociale depuis 2011, dont celle de 2013, durement réprimée.

Partout, les questions de l’emploi ou du coût de la vie ont été au centre des revendications. Ces problèmes étaient souvent exacerbés par la main trop visible du Fonds monétaire international (FMI), lequel s’est montré d’une fidélité inébranlable au credo néolibéral qui l’anime. Il fait preuve d’un dogmatisme totalement contraire aux leçons de l’expérience, corroborant l’accusation qui lui est faite de relever bien plus de la représentation des intérêts du grand capital que d’une rationalité pragmatique fourvoyée. Il a ainsi conclu que l’implosion du monde arabe était due à une application insuffisante de ses prescriptions, alors que, de toute évidence, elle résulte directement de ces mêmes prescriptions, complètement inadaptées au contexte régional.

Prônant le désengagement de l’État et postulant un rôle moteur du secteur privé dans le développement qui n’a jamais été attesté, le FMI a grandement contribué à produire le blocage économique régional. Depuis 2011, il a augmenté sa pression sur les gouvernements afin qu’ils observent à la lettre ses plans d’austérité. Le résultat ne s’est pas fait attendre : aux cas cités plus haut s’est même ajoutée une éruption sociale en Iran, où des causes identiques ont plus d’une fois donné des résultats similaires depuis décembre 2017, en dépit de la spécificité du système politique iranien par rapport à ses voisins arabes. En janvier 2018, des protestations provoquées par les diktats du Fonds secouaient donc simultanément trois pays de la région : Iran, Soudan et Tunisie.

Il n’est pas fortuit, par ailleurs, que le seul gouvernement qui ait pu imposer en bloc les mesures d’austérité requises par le FMI ait été le régime autoritaire du maréchal Al-Sissi. De cette « thérapie de choc » inaugurée en novembre 2016 la population égyptienne n’a connu jusqu’ici que le choc. Contrairement aux autres peuples de la région, elle ne s’est pourtant pas soulevée. Sa léthargie est due à la fois au climat répressif entretenu par le pouvoir et à la résignation suscitée par le constat que trois années de bouleversements, entre 2011 et 2013, n’ont servi qu’à instaurer un régime qui fait regretter celui de M. Hosni Moubarak (4). Une résignation qu’aggrave encore l’absence de toute solution de rechange crédible.

Néanmoins, l’expérience égyptienne n’a pas été vaine. Les peuples des pays voisins en ont retenu la leçon : ils sont maintenant prémunis contre les illusions du type de celles que s’étaient faites les Égyptiens lorsque leurs forces armées ont poussé à la démission M. Moubarak, le 11 février 2011, puis lorsqu’elles ont renversé son successeur élu et membre des Frères musulmans, M. Mohamed Morsi, en juillet 2013. Il est devenu clair pour tous que, lorsque les militaires forment l’ossature même du pouvoir politique, le président et son entourage immédiat ne représentent que le sommet de l’iceberg. La masse immergée est essentiellement constituée par le complexe militaro-sécuritaire — qu’il est maintenant convenu d’appeler « État profond », ce qui va bien avec la métaphore de l’iceberg.

Les systèmes politiques de l’espace arabophone sont tous dominés par des castes qui mettent en coupe réglée les États et leurs ressources. Ces systèmes relèvent de deux catégories : des familles régnantes dans un cadre monarchique ou prétendument républicain d’appropriation privée de l’État, et des castes militaro-sécuritaires et bureaucratiques dont les membres profitent d’un usufruit de l’État dans un cadre néopatrimonial. C’est cette différence entre les deux catégories qui a déterminé le sort contrasté des insurrections de 2011.

Des présidents sacrifiés par l’armée

En 2011, dans les États néopatrimoniaux que sont la Tunisie et l’Égypte, l’appareil étatique n’a pas tardé à se débarrasser du groupe dirigeant, devenu trop encombrant. Dans les États patrimoniaux, en revanche, les familles régnantes n’ont pas hésité à recourir à leurs gardes prétoriennes afin d’écraser les soulèvements dans le sang, précipitant ainsi leurs pays dans la guerre civile, comme en Libye et en Syrie, tandis qu’à Bahreïn l’intervention des monarchies du CCG dissuadait le mouvement populaire de prendre les armes. Le Yémen se situait dans une catégorie intermédiaire : la révolte de 2011 s’est conclue par un partage bancal du pouvoir qui devait fatalement aboutir à un conflit armé.

Le Soudan et l’Algérie appartiennent, eux, comme l’Égypte, à la catégorie des régimes à charpente militaro-sécuritaire. Et, comme en Égypte, les militaires ont fini par tenter d’apaiser la population révoltée en sacrifiant le président. M. Abdelaziz Bouteflika a été poussé à la démission par le commandement militaire algérien le 2 avril 2019, et M. Omar Al-Bachir a été destitué par la junte militaire soudanaise et mis aux arrêts le 11 avril.

Ce sont là deux coups d’État conservateurs, semblables à celui qu’avaient orchestré les militaires en Égypte en février 2011, lorsqu’ils avaient annoncé la « démission » de M. Moubarak : des putschs par lesquels l’armée se débarrasse du sommet de l’iceberg afin d’en préserver la masse immergée. Là encore, les militaires algériens et soudanais ont livré en pâture aux manifestants les proches du président déchu et les personnages et institutions les plus directement compromis dans les exactions et les malversations du régime honni. Mais, tant en Algérie qu’au Soudan, le mouvement populaire, instruit par l’expérience égyptienne (ainsi que par des expériences locales antérieures pour les anciennes générations soudanaises), n’est pas tombé dans le panneau. Il persiste à exiger, avec une remarquable ténacité, la fin du contrôle du pouvoir politique par les militaires et l’avènement d’un gouvernement véritablement civil et démocratique.

Ces nouveaux soulèvements ont en commun l’amplitude extraordinaire de la mobilisation et ses modalités exaltantes, dans la tradition de liesse des grandes révoltes émancipatrices qui mettent « l’imagination au pouvoir (5)  ». Ils ont également en commun la conscience très claire d’être en butte à un régime dont les militaires forment la charpente et dont leur haut commandement ne saurait par conséquent se faire le fossoyeur. Tant en Algérie qu’au Soudan, la plus haute instance militaire prétend devenir le fer de lance du changement révolutionnaire auquel aspire la population, à la manière des officiers libres dirigés par Gamal Abdel Nasser en 1952 en Égypte ou du Mouvement des forces armées du Portugal de 1974 — deux cas de rébellion de jeunes officiers contre leur hiérarchie ; mais bien peu en sont dupes.

Une différence majeure sépare cependant les deux révoltes de 2019, qui tient à la présence ou à l’absence de direction. C’est là un point crucial : l’échec patent de la plupart des soulèvements de 2011 ou le succès partiel du seul d’entre eux dont les conquêtes démocratiques ont pu être préservées étaient dus à cette question. Le « printemps arabe » a été qualifié de « postmoderne » en raison de l’illusion d’optique qui l’a fait prendre pour un mouvement sans direction. Or aucun mouvement populaire ne peut s’installer dans la durée dans ces conditions : même ceux dont la genèse est spontanée doivent se doter d’une direction s’ils veulent persévérer.

Compromission de l’opposition

Dans l’expérience tunisienne, les syndicalistes de l’UGTT ont joué un rôle-clé dans l’extension du soulèvement sur le plan national et dans le renversement de la dictature en janvier 2011. En Égypte, un conglomérat d’organisations politiques de l’opposition est à l’origine de la révolte et en a pris la tête jusqu’au départ de M. Moubarak. À Bahreïn, des membres de l’opposition politique et des syndicalistes sont montés en première ligne. Au Yémen, une partie des forces du régime s’est alliée à des forces d’opposition pour tirer profit du mouvement, au détriment des jeunes révolutionnaires qui avaient joué un rôle majeur dans son déclenchement. En Libye, l’évolution rapide vers un conflit armé a donné naissance à une direction où se mêlaient opposants anciens et nouveaux, dont des dissidents du régime. La Syrie a connu la plus longue expérience de direction horizontale — ce qui n’est pas la même chose, bien sûr, que l’absence de direction —, avec la constitution de comités de coordination fonctionnant grâce aux réseaux sociaux, jusqu’à ce que le Conseil national syrien, créé à Istanbul sous la double égide de la Turquie et du Qatar, s’octroie le rôle de leader.

Le tandem turco-qatari a réussi à placer sous sa tutelle tous les soulèvements de 2011, à l’exception du cas particulier de Bahreïn. Il y est parvenu grâce à son parrainage de la confrérie des Frères musulmans, qui, bien que n’ayant été nulle part à l’origine de la révolte, n’a pas tardé à s’y joindre et à prendre le dessus. Les Frères musulmans et assimilés disposaient déjà d’importantes organisations ayant pignon sur rue en Égypte et au Yémen. Bien que réduits à la clandestinité en Libye, en Tunisie et en Syrie, ils bénéficiaient dans ces trois pays d’un important réseau qui recevait, de même que les branches légales ou semi-légales de la confrérie dans les autres pays, le soutien matériel et télévisuel (à travers la chaîne Al-Jazira) de l’émirat du Qatar.

Sur fond de faiblesse générale des organisations de l’opposition libérale (au sens politique du terme) et de gauche dans l’espace arabophone, dépourvues de soutien étatique extérieur et éreintées par la répression, le réseau des Frères musulmans et assimilés a atteint l’apogée de son influence régionale en 2011-2012. Il a tiré pleinement avantage de l’organisation d’élections à brève échéance en Tunisie et en Égypte, s’emparant du pouvoir dans ces deux pays. La monarchie marocaine, elle, prenait les devants et cherchait à prévenir l’amplification de la contestation populaire enclenchée le 20 février 2011 en cooptant au gouvernement la branche locale de la confrérie.

Seule surprise : l’échec des Frères musulmans aux élections parlementaires de juillet 2012 en Libye, où ils furent largement devancés par l’Alliance des forces nationales, coalition de groupes politiques et d’organisations non gouvernementales d’orientation libérale qui remporta près de la moitié des suffrages (avec un taux de participation de 61,6 %) et près de cinq fois plus de voix que les Frères musulmans. Ce résultat arrivait après l’élection présidentielle en Égypte, en mai-juin 2012, où, au premier tour, le total des voix dispersées des candidats des partis libéraux et de gauche avait dépassé le résultat combiné des deux candidats de tête (celui des Frères musulmans et celui de l’ancien régime) et correspondait à plus du double du score de M. Morsi. Il apportait ainsi une démonstration supplémentaire du fait que, contrairement à une idée reçue d’inspiration orientaliste — au sens d’Edward Saïd (6) —, les populations de la région ne sont pas culturellement acquises à ce que d’aucuns appellent l’« islam politique ».

Plutôt que d’ordre culturel, le problème est classiquement d’ordre politico- organisationnel. Sont en cause, d’une part, l’incapacité des forces démocratiques — des libéraux (laïques et musulmans) à la gauche radicale —, qui ont partout traduit les aspirations majoritaires des mouvements populaires, à s’organiser en coalition ; et, d’autre part, leur incapacité à apparaître ensemble comme une solution de rechange aux deux pôles réactionnaires que forment les anciens régimes et leurs rivaux intégristes musulmans. Malheureusement, dans tous les pays qui ont été au premier plan du « printemps arabe » de 2011, les groupes de l’opposition libérale et de gauche ont commis l’erreur de se compromettre avec l’un des deux pôles réactionnaires pour lutter contre l’autre, passant même parfois de l’un à l’autre, selon l’identification par chacun du danger principal du moment. Il en a résulté la marginalisation de ces groupes sur la scène politique.

Dans une large mesure, les soulèvements en cours au Soudan et en Algérie sont tous deux immunisés contre une mainmise des intégristes musulmans. Cela renforce en retour leur opposition aux manigances des militaires : en effet, les Frères musulmans avaient représenté de précieux alliés de ces derniers en Égypte durant les premiers mois de 2011. En Algérie, l’épreuve de la « décennie noire » — l’affrontement sanglant entre le complexe militaro-sécuritaire et les intégristes du Front islamique du salut (FIS) et ses dérivés à la suite du coup d’État de janvier 1992 — a suscité une forte défiance envers ces deux acteurs. Quant à la branche algérienne des Frères musulmans, elle a collaboré avec les militaires et a longtemps soutenu M. Bouteflika, en participant notamment aux gouvernements formés sous son égide. Dans leur grande majorité, ceux qui mènent la mobilisation dans les rues algériennes depuis février dernier s’opposeraient à toute prétention des forces intégristes à diriger le mouvement avec autant, sinon plus, d’énergie qu’ils en mettent à rejeter la prétention du haut commandement militaire à porter leurs aspirations.

Au Soudan, la double opposition populaire aux deux pôles réactionnaires est d’autant plus radicale qu’ils ont gouverné en commun depuis le coup d’État perpétré en 1989 par M. Al-Bachir. Chef d’une dictature militaire alliée aux Frères musulmans (certes avec des hauts et des bas), ce dernier était en quelque sorte une combinaison de M. Morsi et de M. Al-Sissi (7). Un des aspects forts du soulèvement soudanais — d’une radicalité politique supérieure à celle de tous les soulèvements qu’a connus l’espace arabophone depuis 2011 — est son opposition déclarée à la fois au pouvoir des militaires et à celui de leurs compères islamistes, et la proclamation sans ambages de son aspiration à un gouvernement civil et laïque, démocratique et même féministe.

Cette radicalité est étroitement liée à un autre avantage qui contribue à la supériorité du mouvement soudanais : sa direction politique exceptionnelle. La mobilisation algérienne est limitée par la pluralité et l’horizontalité mêmes de ses instances organisatrices, où coopèrent, grâce aux réseaux sociaux, étudiants organisés sur leurs lieux d’études, groupes de l’opposition politique libérale et de gauche, collectifs de travailleurs et de membres des professions libérales, sans qu’aucune instance soit en mesure d’en revendiquer la direction. En revanche, personne ne conteste le rôle de premier plan que jouent au Soudan les Forces de la Déclaration de la liberté et du changement (FDLC).

Dans cette coalition constituée autour de la déclaration dont elle porte le nom, adoptée le 1er janvier 2019, l’Association des professionnels soudanais occupe une place centrale. Elle a été créée en octobre 2016 dans la clandestinité par des médecins, des journalistes et des avocats auxquels se sont joints d’autres collectifs : enseignants, ingénieurs, pharmaciens, artistes et, plus récemment, ouvriers, cheminots, etc. Les FDLC comprennent aussi un large éventail de forces politiques d’opposition, allant du parti Oumma — dirigé par M. Sadek Al-Mahdi, deux fois premier ministre dans les années 1960 et 1980, libéral et chef d’un ordre religieux musulman soufi — au Parti communiste soudanais, le plus important des partis communistes encore actifs dans le monde arabe (même s’il s’est considérablement affaibli depuis les années 1960), en passant par des mouvements régionaux de lutte armée contre le régime de M. Al-Bachir. Y participent également deux groupes féministes, l’initiative Non à l’oppression des femmes et les Groupes féministes civils et politiques, dont l’influence est bien visible dans le programme de la coalition. Elle se traduit par exemple par la revendication d’un quota de 40 % réservé aux femmes dans l’assemblée législative que la coalition exige de mettre sur pied (l’Association des femmes démocrates a également joué un rôle notable dans la contestation et dans le processus constituant en Tunisie, mais la revendication féministe y apparaissait moins centrale).

Sur le Soudan, David Pilling, journaliste au Financial Times, a eu ce commentaire qui n’aurait pas déparé dans une gazette d’extrême gauche : « Bien que le soulèvement doive beaucoup à la technologie du XXIe siècle, avec la force organisatrice des smartphones et des mots-clics, un mouvement qui présente des aspects à la fois laïques et syndicaux a comme un air rétrorévolutionnaire. On ne peut savoir avec certitude à quoi ressemblaient la Russie en 1917, lorsque le tsar fut renversé, ou la France durant les journées exaltantes et idéalistes de l’éphémère Commune de Paris, en 1871. Mais on y a probablement respiré quelque chose de semblable à l’air de Khartoum en avril 2019  (8).  »

Les FDLC sont engagées dans un bras de fer avec le haut commandement militaire autour de deux questions essentielles : qui doit exercer le pouvoir durant la période de transition, et combien de temps celle-ci doit-elle durer ? La coalition exige la formation d’un conseil de souveraineté dans lequel elle prédominerait, avec une participation militaire minoritaire, tandis que les forces armées insistent pour garder le contrôle du pouvoir souverain. Il peut sembler paradoxal que la coalition exige en outre une période transitoire de trois ans au moins avant l’organisation d’élections, tandis que les militaires veulent la limiter autant que possible. Mais les FDLC ont tiré la leçon des élections constitutionnelles, législatives et présidentielles organisées à brève échéance en Tunisie et en Égypte, qui ont favorisé la polarisation réactionnaire au détriment des progressistes. Elles veulent se donner le temps de construire de nouvelles institutions pour un pouvoir civil, démocratique et laïque, progressiste sur le plan socio-économique comme sur celui de la condition féminine — autant de dimensions que traduit leur projet de Constitution transitoire. Elles veulent aussi se donner le temps de construire une force politique progressiste capable de consolider son leadership dans un cadre partidaire, aujourd’hui inadéquat.

On comprend dès lors pourquoi le soulèvement soudanais suscite au sein des forces réactionnaires de la région une inquiétude bien plus grande que son équivalent algérien. Les frères ennemis du CCG — Saoudiens et Émiratis comme Qataris — ont tous offert leur aide à M. Al-Bachir avant sa chute. L’axe Abou Dhabi – Riyad a redoublé d’efforts dans le soutien aux militaires, maintenant dirigés par des officiers ayant combattu à ses côtés au Yémen. Il cherche à faire éclater la coalition progressiste en retournant sa fraction « modérée », notamment Oumma, tandis que l’armée est encouragée à recourir à la démagogie religieuse — elle accuse les FDLC de vouloir expurger la législation soudanaise de la charia —, avec le soutien des salafistes, clients des Saoudiens, et des Frères musulmans, clients du Qatar, qui contestent le leadership populaire des FDLC.

La situation débouchera-t-elle sur une radicalisation révolutionnaire, comme dans la Russie de 1917, ou sur une « semaine sanglante », comme celle qui mit fin à la Commune de Paris, pour reprendre les comparaisons faites par le journaliste du Financial Times ? Le principal atout des révolutionnaires soudanais est leur grande influence sur les soldats et les officiers subalternes, dont certains ont utilisé leurs armes pour défendre les protestataires. C’est ce qui a poussé le haut commandement à refuser de faire donner la troupe contre le mouvement lorsque M. Al-Bachir l’y a incité. Ce facteur déterminera le sort de la révolution soudanaise comme il a déterminé le sort contrasté de ses précédents russe et parisien.

Gilbert Achcar

Professeur à l’École des études orientales et africaines (SOAS) de l’université de Londres, auteur notamment de Symptômes morbides. La rechute du soulèvement arabe, Sindbad, Paris, 2017.

(1Cf. Bahey Eldin Hassan, «Égypte. Le coup d’État permanent», Orient XXI, 15 avril 2019.

(2On trouvera analyses et données chiffrées de ce blocage dans Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, Sindbad, Paris, 2013.

(3À propos de l’UGTT, colauréate du prix Nobel de la paix en 2015, lire Hèla Yousfi, «Un syndicat face à Ennahda», dans «Le défi tunisien», Manière de voir, n° 160, août-septembre 2018.

(4Lire Pierre Daum, «Place Tahrir, sept ans après la “révolution”», Le Monde diplomatique, mars 2018.

(5«“L’imagination au pouvoir”, une interview de Daniel Cohn-Bendit par Jean-Paul Sartre», Le Nouvel Observateur, Paris, 20 mai 1968.

(6Edward W. Saïd, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Seuil, Paris, 1980.

(7Cf. «The fall of Sudan’s “Morsisi”», Jacobin, 12 mai 2019.

(8David Pilling, «Sudan’s protests feel like a trip back to revolutionary Russia», Financial Times, Londres, 24 avril 2019.

 

L'intégrisme-l'ogre-de-l'impérialisme

L’intégrisme-l’ogre-de-l’impérialisme

Et de CINQ – A qui le tour ?


 

 

A-qui-le-Tour-2019

 

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Le Peuple veut…


Le rejet du régime s’est installé de manière progressive et croissante dans la société algérienne.

manif-paris

Les peuples veulent : Liberté, Démocratie, Dignité, Justice لا زلنا نريد


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A-qui-le-Tour

A-qui-le-Tour

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Les ventes d’armes, une très juteuse affaire ..م


Les ventes d’armes, une très juteuse affaire pour

l’Occident Les USA et la Russie

WAR - MONEY - BLOOD

MONEY – WAR – BLOOD –

WACHINGTON VA VENDRE DES ARMES À L’ARABIE SAOUDITE ET AUX ÉMIRATS 

Agence France-Presse Washington, Publié le 01 octobre 2014 

Les États-Unis prévoient de vendre des batteries de missiles Patriot à l’Arabie saoudite pour une valeur de 1,75 milliard de dollars et de l’artillerie de longue portée aux Émirats arabes unis pour 900 millions de dollars, selon le Pentagone mercredi.

Le département de la Défense a informé le Congrès de ces possibles ventes d’armes cette semaine, alors que des avions de chasse de ces deux pays du Golfe ont pris part à la campagne internationale de frappes aériennes menée par les États-Unis contre les djihadistes de l’organisation État islamique (EI) en Irak et en Syrie.

Le gouvernement saoudien a demandé l’achat de 202 missiles Patriot à capacité perfectionnée-III (PAC-3), la version la plus sophistiquée des armes anti-missiles Patriot, ainsi qu’un test de cible en vol, des kits de télémétrie et autres équipements de ce genre, a précisé dans un communiqué la Defense Security Cooperation Agency, l’agence fédérale chargée de la supervision des ventes d’armes.

«Cette offre de vente aidera à renouveler les missiles Patriot actuels de l’Arabie saoudite qui sont obsolètes et difficiles à conserver en raison de leur âge et de la disponibilité limitée des pièces de rechange», explique l’agence.

Cela contribuera aussi «à la politique étrangère et à la sécurité nationale des États-Unis, en aidant à améliorer la sécurité d’un partenaire qui a été, et continue d’être, une force importante pour la stabilité politique et la croissance économique au Moyen-Orient», ajoute-t-elle.

Les Etats-Unis livrent des armes à l’Irak : pourquoi ils n’ont plus aucune idée de ce qu’ils sont en train de faire au Moyen-Orient.

LES ÉTATS-UNIS VEULENT LIVRER DES ARMES À L’IRAK, ALORS QUE CE PAYS N’EN A PAS BESOIN. Tentative de décryptage d’une stratégie américaine qui se cherche.

Publié le 8 Août 2013

Atlantico : Ces deux dernières semaines le Pentagone a soumis à l’approbation du Congrès américain plusieurs ventes d’armes à l’Irak, pour un total de 5 milliards de dollars. Les autorités militaires américaines invoquent la nécessité de protéger l’espace aérien irakien, notamment vis-à-vis de l’Iran. Quel est l’enjeu stratégique de ce contrôle des airs ?

Irak : Londres va livrer des armes aux Kurdes, pas la Suède

AFP , Libération, 12 AOÛT 2014

David Cameron a annoncé que du «matériel militaire d’autres Etats contributeurs» sera acheminé aux forces kurdes, qui font face à l’offensive jihadiste dans le nord de l’Irak.

LA FRANCE VA LIVRER DES ARMES AUX KURDES D’IRAK

Le Figaro, Mis à jour le 13/08/2014

Afin de répondre aux besoin urgents exprimés par les autorités régionales du Kurdistan, la France va faire acheminer des armes «dans les heures qui viennent».

L’Union européenne se saisit également du dossier irakien, sous l’impulsion de la France. Une réunion extraordinaire des ministres des affaires étrangères se tiendra vendredi. Mardi matin, Laurent Fabius avait fermement appelé à l’organisation d’une telle réunion, pour évoquer une éventuelle livraison d’armes aux Kurdes à l’échelle européenne. Dans la soirée, les 27 n’étaient pas parvenus à un accord commun, se contentant de laisser aux gouvernements qui le souhaitent le soin d’envoyer des armes en prenant contact avec Bagdad. L’Allemagne pourrait ainsi expédier aux troupes irakiennes des véhicules blindés, des casques, des équipements de vision nocturne, des détecteurs de mines et du matériel médical, selon la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen.

L’Angleterre a également annoncé son intention d’acheminer des armes «d’autres pays contributeurs». Sur le terrain, Les peshmergas ont repris l’initiative face à l’Etat islamique, avec le soutien militaire américain. Ils ont repris les villes de Gweir et de Makhmour, à proximité d’Erbil.

L’ITALIE ET L’ALLEMAGNE S’APPRÊTENT À LIVRES DES ARMES AUX KURDES D’IRAK 

Le Monde.fr avec AFP | 20.08.2014 à 13h53 • Mis à jour le 20.08.2014 à 21h00

L’Allemagne se prépare à envoyer des armes en Irak contre les islamistes

POUR LA PREMIÈRE FOIS, BERLIN AUTORISE LA LIVRAISON D’ARMES DANS UN PAYS EN GUERRE, EN SOUTIEN AUX COMBATTANTS KURDS.

Le Figaro, le 20/08/2014

Le changement de doctrine est un petit événement. L’Allemagne se dit désormais «prête» à livrer des armes aux combattants kurdes qui, en Irak, affrontent les forces de l’Etat Islamique. Jusqu’à présent, Berlin s’était toujours refusé à la vente d’armes à des pays en guerre. Traumatisés par leur histoire, les Allemands hésitent à s’engager militairement, d’une manière ou d’une autre, en dehors de cadres internationaux biens définis.

VENTES D’ARMES: UN CONTRAT QUI SENT LE SOUFRE

Le 21 août 2014 | Mise à jour le 21 août 2014, FRANÇOIS LABROUILLÈRE

Des problèmes de commissions bloquent une énorme livraison d’armement français vers le Liban.

Le général Kahwagi, patron de l’armée libanaise, est en colère. Ses troupes viennent d’affronter durement à Ersal, un village de la frontière syrienne, les djihadistes de l’Etat islamique (EI), qui veulent établir un « califat » de la terreur au Moyen-Orient. Or, au moment où Paris annonce des livraisons d’armes aux Kurdes d’Irak, les soldats du Liban, pays ami, n’ont pas reçu le moindre fusil français. Pourtant, en décembre 2013, grâce à un financement accordé par l’Arabie saoudite, la France avait promis de vendre pour 2,2 milliards d’euros d’armement au Liban. Cette « commande du siècle » avait été l’un des points forts de la visite à Riyad de François Hollande et du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Depuis, le contrat est resté au point mort. « Dans la bataille actuelle contre le terrorisme, il est nécessaire d’accélérer la fourniture des armes demandées à la France », réclame le général Kahwagi, dont l’armée de 75 000 hommes est notoirement sous-équipée. Inquiet du retard pris par ces livraisons, un ami du Liban depuis trente ans, le député PS de Haute-Garonne Gérard Bapt, a écrit à François Hollande et aux ministres concernés. « Malgré l’urgence de la situation et les menaces sur plusieurs villages chrétiens du Liban, je n’ai reçu aucune réponse, déplore le parlementaire. C’est incroyable. Il y a beaucoup de mystères dans ce dossier. »

DES PROBLÈMES DE COMMISSIONS EMPÊCHERAIENT LE «DEAL» DE SE CONCRÉTISER

A Paris, tant au Quai d’Orsay qu’au ministère de la Défense ou chez Odas, la société publique chargée de mettre en œuvre le contrat, c’est silence radio. Pour les Libanais, comme en a fait état le quotidien de Beyrouth « L’Orient-Le Jour », des problèmes de « commissions » – le chiffre de 500 millions de dollars est avancé –, empêcheraient le « deal » de se concrétiser. En effet, les industriels français – tels DCNS, Thales, Renault Trucks, Airbus ou Nexter – sollicités pour armer le Liban ont chacun des « agents » dans la zone, qu’ils doivent en principe commissionner, même s’ils ne sont pas à l’origine du contrat. Or la monarchie saoudienne, échaudée par de précédentes affaires de « rétrocoms » – tant du côté libanais que français –, ne veut pas entendre parler de versements de commissions. Sous peine de rompre l’accord. Des différends portent aussi sur le contenu des livraisons. La France doit faire face aux pressions d’Israël, qui redoute de voir des armements sensibles tomber entre les mains du Hezbollah, le mouvement chiite libanais classé comme terroriste. Si l’armée du pays du Cèdre a besoin d’armes modernes et opérationnelles (hélicoptères d’assaut, artillerie, missiles), Paris est plus enclin à lui livrer des hélicos d’occasion, des blindés légers, des véhicules de transport de troupes ou des navires patrouilleurs classiques. Aux dernières nouvelles, devant l’escalade de la terreur au Proche-Orient, un protocole d’accord définitif pourrait toutefois être signé avec l’Arabie saoudite dans une quinzaine de jours.

L’ALLEMAGNE SIGNE UN CONTRAT DE VENTE D’ARMES RECORD À L’ALGERIE

le 18 juin 2014

L’Allemagne a signé un accord de ventes d’armes pour 2,7 milliards d’euros, rapporte le quotidien allemand Handesblatt, ce mercredi 18 juin.

Les sociétés d’armements Rheinmetall de Düsseldorf, Daimler et Thyssen-Krupp doivent livrer 980 véhicules blindés de type Fuchs ainsi que des SUV et des camions.

Une usine destinée à la construction des véhicules Fuchs sera construite à Ain Samara, alors que l’Algérie s’est engagée à ne pas revendre les véhicules à d’autres pays.

Selon un rapport gouvernemental allemand, l’Algérie était le plus grand marché de vente d’armes pour l’Allemagne en 2013.

LA RUSSIِِE ACCÉLÈRE SES LIVRAISONS D’ARMES À LA SYRIE

Reuters – ven. 17 janv. 2014

LONDRES (Reuters) – La Russie a augmenté, en quantité et en qualité, ses livraisons d’armes à la Syrie ces dernières semaines, renforçant les troupes du président Bachar al Assad au moment où les rebelles qui cherchent à le renverser s’entre-déchirent, disent des sources au fait de ces livraisons.

Moscou, depuis longtemps le premier fournisseur d’armes à la Syrie, assure depuis le début du conflit il y a bientôt trois ans qu’elle se conforme aux lois internationales en ne fournissant plus de matériel “offensif” à son allié.

Selon ces sources, les forces gouvernementales syriennes ont toutefois reçu depuis le mois de décembre des véhicules blindés, des missiles guidés par laser et des drones de surveillance, appelés UAV, livrés directement par la Russie ou par l’intermédiaire d’autres pays.

“Des dizaines d’Antonov 124 (avion-cargo russe) ont acheminé des véhicules blindés, du matériel de surveillance, des radars, des systèmes de guerre électronique, des pièces détachées d’hélicoptères et diverses armes dont des missiles air-sol guidés par laser”, dit une source sécuritaire proche-orientale.

“Des conseillers (militaires) russes et des experts en matière de renseignement font voler des UAV sans interruption pour aider l’armée syrienne à repérer les positions rebelles, analyser leurs moyens et effectuer des frappes d’artillerie ou aériennes précises sur leurs positions”, ajoute la source.

BULGARIE, ROUMANIE ET UKRAINE IMPLIQUÉS?

Interrogé par Reuters, Viatcheslav Davidenko, porte-parole de la société publique Rosoboronexport, qui a le monopole des exportations d’armement russe, a dit ne pas être autorisé à s’exprimer sur les livraisons à la Syrie.

La Russie a commencé la livraison d’hélicoptères de combat et d’avions de chasse à l’Irak, a rapporté jeudi une source du secteur militaire russe, alors que le ministre irakien de la Défense s’est rendu à Moscou pour évoquer la coopération militaire.

« Un certain nombre de contrats avec l’Irak sont entrés en vigueur et sont en train d’être honorés », a indiqué une source dans le secteur des exportations militaires russes, cité par l’agence de presse Interfax.

Les livraisons d’hélicoptères de combat Mi-35 (photo) et de chasseurs-bombardiers Su-25 ont déjà commencé, a précisé cette source, ajoutant que Bagdad avait également des contrats pour des hélicoptères Mi-28 et des systèmes antiaériens mobiles Pantsir-S1.

L’ambassadeur de Russie à Bagdad, Ilia Mogounov, avait auparavant indiqué que tous les avions Soukhoi seraient livrés d’ici à la fin de l’été.

En 2012, l’Irak et la Russie ont signé des contrats d’un montant total de 3,1 milliards d’euros pour la livraison de 36 Mi-28 et 48 systèmes Pantsir, selon la holding publique Rostec. Des contrats pour six Mi-35, et entre cinq et dix Su-25 ont été signés par la suite.

Le ministre irakien de la Défense, Saadoun al-Dulaimi, s’est rendu jeudi à Moscou pour s’entretenir avec son homologue russe, Sergueï Choïgou, de la coopération militaire entre les deux pays, alors que l’Irak fait face à une rébellion jihadiste armée.

M. Dulaimi a souligné que la Russie et l’Irak avaient une « riche histoire » de coopération militaire et qu’il fallait « aujourd’hui la renforcer et la développer ».

M. Choïgou a de son côté déclaré que « la coopération militaire et technique se développait avec succès » et que la Russie « soutenait le combat (de l’Irak) contre le terrorisme ».

La source russe citée par Interfax a pour sa part estimé que compte tenu des tensions internationales liées à l’accident de l’avion malaisien en Ukraine, Washington pourrait faire pression sur Bagdad pour que l’Irak annule ces commandes à la Russie.

Malgré les milliards dépensés par les États-Unis pour entraîner et équiper l’armée irakienne pendant les huit ans de leur occupation du pays, les forces gouvernementales n’ont pas été en mesure de repousser l’offensive des insurgés menée par l’État islamique (EI) le mois dernier.

En quelques jours, les jihadistes et leurs alliés parmi les factions sunnites ont conquis Mossoul, la deuxième plus grande ville d’Irak, ainsi que de larges pans du territoire dans le nord et l’ouest.

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