Témoignages de survivants… Méthodes de tortures dans les prisons du régime syrien


 

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https://www.fidh.org/fr/regions/maghreb-moyen-orient/syrie/syrie-le-calvaire-des-detenus

https://www.amnesty.org/fr/latest/campaigns/2016/08/syria-torture-prisons/

شهادات ناجين… أساليب التعذيب في سجون النظام السوري

عبد الله البشير

Témoignages de survivants … Méthodes de torture dans les prisons du régime syrien

Abdullah al-Bashir
31 juillet 2018

« al-Arabi al-Jadid » présente ci-après les témoignages et histoires d’anciens détenus dans les prisons du régime syrien, où certains récits de ce qui se passe là-bas parlent de personnes mortes après avoir été battues à mort, d’autres mortes de faim et d’autres cas aussi tragiques

« Nous souhaitions la mort à chaque instant », c’est ce que est confirmé par Mu’tassim Abdul-Sater, le natif de la ville de Khan Chaikhoun (région d’Idleb),, en parlant de sa détention et de ses déplacements forcés entre plusieurs centres de détention et prisons du régime syrien du président Bachar al-Assad. Il ajoute:.. « Nous avons vu des scènes terrifiantes. Mon histoire a commencé quand on m’a emmené avec d’autres personnes à la branche de sécurité militaire à Damas. Nous sommes entrés, au début, dans la salle d’interrogatoire et on nous a demandé d’avouer des crimes que n’avons pas commis, mais j’ai refusé, on nous a, ensuite, emmené dans une cave au sous-sol, les yeux bandés avec un tissus. La première chose qu’ils nous ont fait c’est de nous déshabiller complètement. Ils ont commencé à nous frapper avec des tuyaux d’eau en plastique vert, partout sur nos corps. Nous étions frappés quotidiennement pendant des heures jusqu’à l’évanouissement perdant ainsi tout sens. C’est là où la souffrance a commencé, une personne, de mon âge, qui a la cinquantaine est décédée, à cause des coups impitoyables… Son corps était incroyablement enflé, et avait des côtes brisées. »

Demi-olive
Abdul-Sater continue: « Après une période de détention, ils m’ont emmené à l’interrogatoire et ont insisté pour que je confesse les crimes ». J’étais persuadé que la mort attend les 26 détenus qui ont étaient arrêtés au même lieu que moi. J’ai maintenu ma position, que j’étais innocent. Ils m’ont emmené dans la cave, il m’ont frappé et m’ont électrocuté, ils m’ont attaché à une chaise (Figure 6), puis m’ont suspendu, attaché avec mes mains et le corps suspendant sans appui (voir figure 2), ajoutant: « A cette époque, les détenus étaient torturés pendant un jour ou deux ou même des heures, mais ils m’ont complètement ignoré me laissant en état d’évanouissement la plupart du temps. J’ai appris ensuite que j’ai passé un mois entier dans cet état, nourri avec le peu qui peut me permet de rester en vie, c’est ainsi que j’ai pu m’en sortir, de retour au dortoir, j’ai constaté que 4 personnes sont mortes sous la torture, y compris une personne dont le corps est resté dans le dortoir sans aucun moyen pour couvrir son corps. Les gardiens de la prison ne répondaient pas à nos cris pour retirer le corps. Nous avons dormi plusieurs jours avec le cadavre, avant qu’il ne soit sorti plus tard. “

Abdul-Sater poursuit son témoignage: « A cette période, à cause de l’atrocité de la torture, de la faim et de la saleté dans laquelle nous nous trouvions, comme les toilettes qui se trouvent au même endroit que nous où nous dormons, une épidémie de gale commence à se répandre parmi nous. Nous rêvions d’eau propre, mais c’est resté un rêve, nous buvions du robinet des toilettes, quand les geôliers décidaient de l’ouvrir pour nous. Nous sommes restés des jours entiers sans eau. Ca nous a tous affecté, nous étions tous persuadés que le suicide était la seule façon pour nous en finir. J’ai demandé, un jour, à l’un des détenus de m’étrangler en même temps que je l’étrangle, mais nous en avons échoué. Il y avait un autre moyen pour nous suicider, qui consiste à frapper la tête contre les murs de la prison, mais le sang coulait et la tentative se termine par l’évanouissement, sans atteindre le but ». Il ajoute : « parmi les scènes les plus brutale, lorsque nous étions tous nus, ils ont demandé à un jeune homme de battre un autre homme malade, d’abord il a refusé, ils n’ont pas hésité à la battre, il est tombé par terre, ils ont continué à le battre lui donnant des coups de pieds, puis lui ont ordonné de nouveau de battre l’homme malade, il a exécuté, ensuite ils se sont mis à battre les deux ensemble; quelques heures après l’homme malade a complètement perdu la vue, ne pouvant plus marcher et s’est écroulé entre nous en passant dans le couloir, les geôliers ont pensé qu’il est en train de faire la comédie, l’un d’entre eux lui criait: bouge espèce d’animal, bouge… mais il est resté immobile, ils l’ont retourné pour s’assurer qu’il était mort. Ils se réjouissaient lorsque l’un d’entre nous meurt au sous-sol ».

Abdul-Sater dit: « Il y a une scène qui n’a jamais quitté mon esprit, comment nous divisions les olives entre nous. Nous les posons sur le sol, et nous nous éloignons un peu, puis les comparons pour voir s’il y avait une différence dans leurs tailles pour les partager équitablement entre nous. Dans les jours de prospérité nous avions chacun la moitié d’une olive. Quand ils nous ont emmenés dans une prison à Damas, un fois entrée au dortoir, une grande joie m’a pris, car il y avait une lumière jaune qui imprégnait le dortoir sombre, alors je suis allé immédiatement m’asseoir contre cette lumière, et y est resté plus de trois heures, mais la lumière n’a pas dévié comme il arrive au soleil, ici, j’ai compris qu’il s’agit d’une lumière d’éclairage du dortoir qui ne s’éteint pas, et qui vise à nous empêcher de dormir ».
Abdul-Sater termine son témoignage : « Ils m’ont fait sortir de la prison de Saidnaya sur un brancard après trois ans passées dans plusieurs centres de détention, je pesait alors 26 kg, j’étais plus proche de la mort que de la vie où 14 personnes sont morts sous la torture pendant ma période d’emprisonnement, tandis que les autres parmi ceux qui étaient avec moi au début, je n’en ai aucune information et je pense qu’ils sont également morts parce que ma sortie vivant est assez étrange ».

A propos de sa détention, le chercheur Sacha al’Allo du « Centre d’études Omran » explique, que son expérience est amère et douloureuse. Il a été arrêté dans la branche de la région connue sous le nom de la branche 227 à la fin de l’année 2013 pour être libéré en 2014. Il dit: « Nous entendons parlé de travail forcé dans les prisons comme servir périodiquement de la nourriture aux autres prisonniers, mais il y avait un autre type de travail forcé, transporter les cadavres, car nous devions déplacer les corps des personnes tuées sous la torture dans la cour en dehors de la prison à chaque fois qu’il y avait un détenu qui meurt d’entre nous. Nous avions l’habitude de mettre le cadavre du détenu sur une couverture, que nous portions des quatre coins et nous le déplacions jusqu’à la place, ensuite une voiture transportait les corps vers un endroit que nous ne connaissons pas. Les causes de la mort étaient nombreuses, parmi lesquelles la torture, certaine personnes ne supportant pas les passages à tabac sévères mourraient immédiatement, d’autres d’entre eux vivaient pendant des jours souffrant de complications liées à la torture sur la chaise allemande, où la victime est attachée à une chaise placée par dessus de son dos (voire figure n°4), ce qui cause ladéchirure des muscles et des ruptures des viscères, ce qui provoque la propagation des virus dans son corps et conduit ensuite à sa mort ».

al’Allo ajoute: « Pour ceux qui souffrent de maladie chronique, beaucoup d’entre eux meurent parce qu’il ne parviennent pas à tenir à cause de la situation tragique dans la prison, je me souviens de ce garçon de quatorze ans qui était diabétique, qui a eu une crise sévère après avoir été torturé et était sans nourriture, le médecin lui a donné une piqûre d’insuline pour le laisser mourir Immédiatement à cause du très faible taux de sucre dans le sang, nous avons été insultés par le médecin en nous disant: Pourquoi vous ne nous avez-vous pas prévenu qu’il était sans nourriture… bien qu’il le savait déjà.

Les scènes les plus horribles, dit al’Allo : « C’était les cadavres des détenus qui remplissaient les bains de prison, ils étaient entassés les uns par-dessus les autres, nous les mettons là-bas par manque d’espace dans le dortoir, qui ne nous suffisait même pas pour dormir. Il y avait un véritable combat pour la survie qui empêche le traitement de traumatisés, en particulier, les nouveaux détenus, qui, en débarquant, voyaient cette scène. Je me souviens que je suis entré un jour dans cette situation, lorsque j’étais en travaux forcés pour transporter les cadavres au lieu habituel, alors que nous déplaçons les corps, il me semblait que l’une des personnes respire encore, je n’ai pas pu me retenir, et j’ai décidé d’annoncer la nouvelle à l’agent de la prison, et lui ai dit que le jeune homme est encore en vie, il m’a répondu: laisse le, il va mourir plus tard dans la voiture de transport. je suis ensuite retourné au dortoir, en imaginant ce qu’il pourrait arriver à l’homme en reprenant conscience et vie, tandis que moi je suis entré dans un état de délire durant trois jours, mais dieu m’a aidé avec des personnes qui ont pris soins de moi, tout au long de cette période, pour reprendre ma raison et revenir à ma nature ».

(…)

Viol collectif
Amal, 33 ans, de Hama, dit que la scène de la mort lui est devenue familière à l’intérieur de la prison. Il n’y avait aucune ligne rouge dans le traitement des femmes, des insultes et jurons à des coups violents, au rasage des cheveux, jusqu’au viol collectif par les geôliers.

Amal ajoute: « Ce qui me terrorise jusqu’aujourd’hui, c’est la scène de la torture d’une des étudiantes de la Faculté de littérature, originaire de Dar’a. La jeunes fille était belle et digne. Elle s’appelait Hala. Quand elle est entrée au centre de détention elle était dans un état de choc, car on lui avait ôté son voile et tous ses vêtements, comme d’habitude, sous prétexte d’inspection, qui est un prétexte pour humilier les femmes. plusieurs jours après son incarcération, les insultes et la torture subi, un des éléments de sécurité est descendu dans sa cellule. Il était fier d’être originaire du village de Qabou sitié dans la campagne nord de Homs, il répétait toujours : « Bachar al-Assad est votre dieu ». Amal dit qu’il cherchait les jeunes et belles filles pour passer les soirées avec elles et certains membres du centre, et c’était sur Hala que son choix est tombé. Il l’avait pris par ses cheveux en lui disant « cette nuit est la tienne, tu seras ma hôte ».
Elle continue: « Plusieurs heures après, vers 4 heure du matin, ils sont redescendus en état d’ébriété, ils ont ouvert la porte de la prison et l’ont jeté en l’insultant et en riant. La jeune fille était vierge et avait vingt ans, elle était tachée de sang et saignait et incapable de marcher. Nous étions pas en mesure d’arrêter son hémorragie, nous ne pouvions pas non plus la retirer de l’état de choc, tous nos cris et frappes à la porte de la cellule n’ont pas servi à la sauver car elle est morte deux heures après. Quand ils sont venus pour retirer son corps, l’un d’entre eux a commenté avec ironie: elle était belle. Puis ils nous demandé de la porter jusqu’à l’arrivée des des agents pour la transporter à l’extérieur, et l’un d’eux nous a dit: « n’ayez pas peur, la soirée de la semaine prochaine, vous devriez être solide et forte pour que vous ne mourriez pas comme Hala ».
Ces personnes dépourvues de sentiments et ne tiennent pas dans le cœur de compassion ou de pitié … assassiner est la seule chose qu’ils maitrisent. »

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Plus de 1.000 combattantes arabes ont rejoint les FDS


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Une combattante arabe syrienne contre l’EI près de Raqa, en Syrie, le 6 février 2017- Photo DELIL SOULEIMAN. AFP

Près de Raqa, des combattantes arabes défient l’EI et les traditions

Elles combattent la plus redoutable organisation jihadiste au monde, mais en suivant l’exemple de leur consœurs kurdes, les centaines de guerrières arabes en Syrie doivent également braver le courroux de leur famille et le poids des traditions.
A 20 km de Raqa (nord), “capitale” du groupe ultraradical Etat islamique (EI) qu’une alliance arabo-kurde veut conquérir, Batoul, 21 ans, défend sa cause avec ferveur, derrière des digues de sable.
“J’ai bravé mon clan, mon père, ma mère. Maintenant je brave l’ennemi”, affirme la jeune femme portant un gilet à munitions et au cou, un foulard fleuri de couleur bordeaux.
“Mes parents m’ont dit +tu abandonnes les armes ou te renies+”, raconte-t-elle. Depuis, ils ne lui ont plus adressé la parole.
A la différence des combattantes kurdes qui, à l’instar des hommes, portent depuis longtemps les armes, l’engagement militaire des femmes arabes en Syrie sort de l’ordinaire et est mal vu par leur entourage familial.
Batoul, issue des Al-Charabyé, l’un des clans conservateurs les plus connus du nord-est syrien, se décrit comme une rebelle.
“Je portais le voile et mon père nous obligeait à prier devant lui, je refusais cela”, dit-elle, la tête nue.
Elle se trouve avec ses compagnes d’armes en plein désert, près du village d’Al-Torchane aux mains de l’EI dans le nord-est de la province de Raqa en majorité tenue par les jihadistes. 
– «Libérer la femme» –
“J’ai rejoint les YPJ pour libérer la patrie mais aussi libérer la femme de l’esclavage. Il ne faut plus qu’on reste cloîtrée entre quatre murs”, ajoute Batoul, en référence aux “Unités de protection de la femme”, l’équivalent féminin des forces kurdes masculines des YPG.
Combattants arabes et kurdes sont alliés sous la bannière des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui luttent contre l’EI depuis fin 2015 avec le soutien de la coalition internationale dirigée par Washington.
Depuis les positions des combattantes arabes, on voit une épaisse fumée se dégager d’Al-Torchane, cible des raids des avions de la coalition et des tirs d’obus. 
Batoul a rejoint les YPJ il y a deux ans mais c’est son premier combat contre l’EI, dans le cadre de l’offensive lancée par les FDS en novembre. 
“La première fois que j’ai tenu une arme, j’ai eu terriblement peur”, reconnaît-elle. “Désormais, mon arme fait partie de moi-même. Elle me libère et me protège”.
Elle s’exprime en arabe mais ses propos sont entrecoupés de mots en kurde qu’elle a appris en côtoyant ses sœurs d’armes.
Les Kurdes en Syrie se targuent de mettre en avant l’égalité entre hommes et femmes, notamment en zone de combat.
D’après la porte-parole de l’offensive, la kurde Jihan Cheikh Ahmad, le nombre de combattantes arabes ayant rejoint les FDS s’élève actuellement à plus de 1.000. Les victoires remportées contre l’EI les ont encouragées à se rallier aux FDS.
– ‘Mêmes droits’ –
Près du front, sous une tente, six jeunes femmes blaguent et échangent des confidences en sirotant du thé.
“Mon but est de libérer la femme de l’oppression de Daech (acronyme en arabe de l’EI) mais aussi de l’oppression de la société”, affirme Hevi Dilirin, souriante, vêtue d’une veste treillis et de baskets gris et blancs.
“Chez nous, les femmes n’ont pas leur mot à dire. Elles doivent avoir les mêmes droits que les hommes”, martèle la jeune femme qui a adopté un nom de guerre kurde après avoir rejoint les YPJ en 2015.
Sa sœur d’armes Doza Jiyan, 21 ans, les cheveux bruns attachés en arrière, assure que la majorité des familles arabes acceptent “difficilement” qu’une femme participe aux combats.
“Dans notre société syrienne, on trouve bizarre qu’une femme prenne les armes”, affirme la combattante aux sourcils épais, originaire de la ville Ras al-Aïn (nord-est).
“L’EI n’est plus invincible, (les jihadistes) ne se battent plus qu’à bord de motos et se contentent de miner les villages”, ajoute-t-elle, en discutant avec ses compagnons masculins de la situation sur le terrain. 
Cette tactique ralentit l’avancée des FDS qui se trouvent depuis un mois à 20 km de la ville de Raqa.
Doza Jiyan est confiante que les mentalités sur les femmes au combat changeront avec les futurs succès face aux jihadistes. “Je suis très heureuse ici”, dit-elle, avec le sourire.

(11-02-2017 – Afp)

http://www.liberation.fr/planete/2017/02/10/pres-de-raqa-des-combattantes-arabes-defient-l-ei-et-les-traditions_1547655
combattantes-arabes-syriennes-contre-l-ei-pres-de-raqa-en-syrie-le-6-fevrier-2017
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