Un Haut-commissaire russe et un directeur de commissariat syrien!


 

Editorial – Al-Quds Al-Arabi
28 mai 2020

Sous le prétexte de « développer les relations avec la Syrie », le président russe Vladimir Poutine a décidé de promouvoir Alexander Yevimov, pour devenir « représentant présidentiel », une position similaire dans son contenu à la position de « Haut Commissaire » que les pays européens pratiquaient pendant leur occupation des pays arabes, cela correspond également à la position de « chef de l’administration civile » que le diplomate américain Paul Bremer a occupé, après l’occupation de son pays de Irak en 2003.

Cette décision signifie que Yevimov deviendra le dirigeant russe de la Syrie, c’est le résultat clair d’une annonce portant deux faits: le premier est la déclaration du Kremlin selon laquelle la Syrie est placée sous « contrôle russe » militaire et politique, et le second est que Poutine dirigera directement la Syrie, et les relations entre lui et le dirigeant syrien Bachar Al-Assad, passeront à travers Levimov.

La dernière décision intervient après un certain nombre de critiques sévères adressées par des sources russes à Assad et à son régime, et la propagation d’informations sur un accord russo-iranien de se débarrasser du président syrien, suivie de réactions menaçant Poutine personnellement, par un membre du Parlement syrien, et d’une lettre au ministre des Affaires étrangères Russe Sergey Lavrov demandant, selon les mots d’anciens responsables de la sécurité et des médias arabes (dont certains ont nié plus tard qu’ils l’ont signé), de cesser d’accueillir des gens critiquant Assad et son régime sur la chaîne russe « Russia Today ».

Ni cette décision, ni les échanges de tirs syro-russes qui l’ont précédée, ni les rumeurs du départ d’Assad qui l’ont accompagnée, ne semblent étranges dans le contexte de l’application imminente de la loi américaine César qui commencera à punir le régime syrien et son président, ses assistants ainsi que les individus, les entreprises qui fournissent une assistance au régime, en plus de cibler les infrastructures, les sites militaires et de production d’énergie, et les entités russes et iraniennes qui soutiennent le système.

En créant une nouvelle réalité concernant la Syrie, les possibilités seront ouvertes à la manière dont le Kremlin traite le dossier syrien. L’un des scénarios est l’escalade de la confrontation avec les États-Unis d’Amérique, une option que Moscou ne s’empêche pas de faire allusion, en montrant que c’est Poutine, personnellement, qui a saisi le dossier syrien, et en aggravant la situation, à travers l’envoi de l’armada de guerre, des mercenaires « Wagner » et des combattants syriens affrétés en Libye, ainsi qu’en menant des engagements aériens ou maritimes, comme elle avait fait avant-hier, lorsque ses deux avions de chasse ont interceptés un avions de reconnaissance américain en Méditerranée.
L’option de l’escalade contre les Américains ne peut cependant pas durer longtemps. Moscou ne peut pas vraiment s’engager dans une véritable confrontation avec les Américains, qui se contentent désormais de renforcer les zones contrôlées par leurs alliés kurdes, et de dénoncer et de suivre l’intervention russe en Libye, comme l’a fait le commandement militaire américain en Afrique (AFRICOM) il y a quelques jours, ouvrant, en même temps la voie, au Kremlin pour discuter d’autres options, y compris, bien sûr, la recherche de remplaçants pour Assad, ce qui explique la nervosité exprimée par les loyalistes du président syrien, et explique également la tentative du gouverneur de Syrie de se retourner contre son partenaire financier Rami Makhlouf et de confisquer l’argent et les biens familiaux, parvenus sous sa surveillance depuis de nombreuses années.

L’élévation du grade d’Evimov d’un ambassadeur extraordinaire à un « envoyé présidentiel » est, en ce sens, la rétrogradation du gouverneur du Palais présidentiel de « Mhajrine* » au poste de Directeur de commissariat, et avec cette réduction symbolique, la nomination d’un nouveau chef de poste deviendra une tâche moins difficile.

* Nom du quartier du Palais présidentiel de Bachar Al-Assad

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