Plus de 90 civils tués au nord et nord-est de la Syrie en octobre depuis le début de l’offensive turque


 

Plus de 90 civils tués au nord et nord-est de la Syrie en octobre depuis le début de l’offensive turque

© UNICEF/Masoud Hasan
Deux enfants attendent de collecter de l’eau apportée par l’UNICEF à Tall Tamr, dans le nord-est de la Syrie.
8 novembre 2019

Depuis le 9 octobre dernier, date marquant le début du lancement de l’offensive militaire turque dans le nord-est de la Syrie, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) indique avoir vérifié la mort de 92 civils.

« A la date du 5 novembre, nous avons pu vérifier des incidents qui auraient entraîné la mort d’au moins 92 civils dans le nord et le nord-est de la Syrie », a déclaré Rupert Colville, porte-parole du HCDH lors d’un point de presse ce vendredi à Genève.

Selon les services de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet, ces chiffres témoignent du lourd tribut que continuent de payer les civils dans les hostilités en cours en Syrie.

Des dizaines de personnes ont été tuées et blessées dans les situations largement distinctes qui se produisent simultanément dans le nord-est et le nord-ouest de la Syrie, pour diverses causes, notamment des frappes aériennes et des frappes militaires au sol, et de plus en plus à la suite de ce qui semble être une utilisation sans discrimination d’engins explosifs improvisés dans les zones habitées, notamment sur les marchés locaux.

Et sur les 92 civils tués, 49 ont été victimes de frappes aériennes, de frappes au sol, de tirs de tireurs isolés et d’exécutions perpétrées par des groupes armés affiliés à la Turquie, mais aussi par des groupes armés kurdes.

En outre, au cours de la même période, le Haut-Commissariat a vérifié la mort de 31 autres civils tués par des engins explosifs improvisés, ou restes explosifs de guerre, dans la zone géographique de l’offensive militaire turque, c’est-à-dire à Al-Hassakeh, Ar-Raqqa et dans une partie du gouvernorat d’Alep.

Recrudescence des frappes aériennes au sud et à l’ouest d’Idlib

Les services de la Haut-Commissaire Bachelet ont également enregistré le meurtre de 12 autres civils au cours de la même période à la suite d’attaques à l’aide d’engins explosifs improvisés ou de frappes au sol par des groupes armés kurdes et d’autres auteurs non identifiés, dans des zones ne relevant pas de l’opération militaire turque, telles que Afrin, Jarablus, al-Bab et Azaz.

Par ailleurs, alors qu’une grande partie de l’attention internationale se porte sur le nord-est de la Syrie, le Haut-Commissariat note un regain de tension au nord-ouest de la Syrie après l’accalmie des hostilités dans le gouvernorat d’Idlib en octobre.

« Il y a eu récemment une recrudescence des frappes aériennes et des frappes terrestres, principalement au sud et à l’ouest d’Idlib, et d’autres attaques contre des installations médicales ont encore eu lieu », a ajouté M. Colville.

Quatre installations distinctes auraient été touchées les 4 et 6 novembre, portant le total à plus de 60 installations sanitaires endommagées depuis le 29 avril. Le dernier épisode en date a été le mercredi dernier quand l’hôpital de Kafr Nobol a été frappé. Selon l’ONU, le même site avait déjà été frappé et endommagé à plusieurs reprises en mai et juillet.

Lors de la réunion du Groupe de travail humanitaire jeudi à Genève, la Conseillère humanitaire de Geir Pedersen, Najat Rochdi et des hauts responsables humanitaires onusiens basés sur le terrain ont alerté sur cette question de la protection des civils et de l’accès humanitaire.

« La sécurité et la protection de centaines de milliers de civils touchés par la récente escalade des hostilités dans le nord-est de la Syrie demeurent une grave préoccupation », a dit aux médias Jenifer Fenton, porte-parole du Bureau de l’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie.

S’agissant du mouvement des populations, sur plus de 200.000 personnes qui ont fui les combats ces dernières semaines, près de 100.000 n’ont pas encore pu rentrer chez elles. Ces déplacés internes vivent dans des camps improvisés et des abris collectifs.

Selon l’ONU, ces récents déplacements aggravent une situation déjà catastrophique dans laquelle quelque 710.000 personnes étaient déjà déplacées et environ 1,8 million de personnes ont encore besoin d’une aide humanitaire.

S’agissant de la réponse humanitaire, le Programme alimentaire mondial (PAM) assure avoir déjà fourni de la nourriture à plus de 300.000 déplacés internes et aux familles d’accueil.

Le manque de fonds menace l’assistance aux enfants syriens

De son côté, l’UNICEF rappelle qu’à huit semaines de la fin de l’année, ses opérations d’urgence en Syrie sont financées à moitié. Sur les 295 millions de dollars requis en 2019, l’agence onusienne n’a reçu que 138 millions de dollars.

Or ce manque de financement représente aujourd’hui l’obstacle le plus sérieux pour atteindre les enfants qui ont besoin d’aide de toute urgence. « Sans financement supplémentaire, l’intervention de l’UNICEF dans le nord-est pourrait se trouver compromise », a mis en garde, Marixie Mercado, porte-parole de l’UNICEF.

Dans ces conditions, l’agence onusienne ne sera pas en mesure d’apporter des soins spécialisés à 1.700 enfants qui en ont besoin après avoir vécu des expériences extrêmement brutales, notamment les enfants qui ont été associés à des groupes armés ou qui ont vécu dans des zones contrôlées par eux.

L’UNICEF ne pourra pas venir en aide à 170.000 personnes à risque grâce à la sensibilisation aux dangers des mines. Le manque de fonds pourrait aussi empêcher les organismes humanitaires de vacciner de façon systématique 55.000 enfants, mais aussi de consulter près de 140.000 femmes et enfants en matière de santé et de nutrition.

Plus globalement, le Plan global d’intervention humanitaire (PIH) pour la Syrie de 3,3 milliards de dollars n’est actuellement financé qu’à moitié, soit près de 1,7 milliard de dollars.

Le total des fonds humanitaires alloués à la crise en Syrie – à la fois dans le cadre des projets du Plan et en dehors de celui-ci – s’élève à 4,7 milliards de dollars.

« Alors qu’il reste huit semaines avant la fin de l’année 2019, les humanitaires exhortent les donateurs à envisager d’augmenter leur financement avec toutes les ressources qui pourraient encore être disponibles cette année », a déclaré Jens Laerke, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).

Photo UNIFEED
Des membres du Comité constitutionnel syrien réuni à Genève.

Le Comité constitutionnel se réunira à nouveau le 25 novembre à Genève

Par ailleurs, le Comité constitutionnel syrien se réunira pour une nouvelle série de discussions le 25 novembre prochain à Genève, a annoncé vendredi l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Geir Pedersen.

« Les deux coprésidents ont décidé de se réunir à nouveau à Genève dans 14 jours, de sorte que les prochaines discussions débuteront le 25 novembre », a-t-il déclaré à la presse lors d’un point de presse à Genève.

Le médiateur de l’ONU a ajouté que le prochain cycle de discussions serait un défi mais si les travaux se tiennent « dans le même esprit des discussions de cette semaine », il espère que les différentes parties continuerons à progresser.

Dans l’ensemble, le diplomate norvégien de l’ONU s’est félicité de la tenue du 1er cycle des négociations sur le Comité. Il a déclaré que les premiers pourparlers sur la Constitution ont « été bien meilleurs » que beaucoup ne l’auraient imaginé. « Je pense que les choses se sont déroulées mieux ce à quoi la plupart des gens s’attendaient », a-t-il ajouté.

Il a précisé que les discussions ont porté sur les questions de souveraineté, d’intégrité territoriale, de l’état de droit et de la séparation des pouvoirs et de la lutte contre le terrorisme.

Même s’il admet que les discussions étaient parfois « difficiles et pénibles », M. Pedersen a indiqué que les délégués du gouvernement, de l’opposition et de la société civile ont abordé ces travaux du Comité avec professionnalisme.

« Je pense que nous avons eu des discussions très substantielles et très bonnes », a dit le Médiateur de l’ONU au sujet des travaux du groupe restreint de 45 membres. « Si vous aviez été dans la salle, vous auriez été surpris de voir de nombreuses questions sur lesquelles les 45 sont déjà d’accord ».

Une façon pour l’Envoyé spécial de l’ONU de saluer ce « très bon début », non sans rappeler que le Comité « n’est pas en soi une solution au conflit syrien ». Il a réitéré ses espoirs que le comité puisse « ouvrir la voie à un processus politique plus large » en Syrie, après huit ans et demi de guerre.

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