En direct à la télévision officielle, l’Etat syrien admet manipuler Daesh


En direct à la télévision officielle, l’Etat syrien admet manipuler Daesh

Depuis quatre ans déjà, Daesh terrorise le monde. Après avoir mis en déroute à l’été 2014 une armée irakienne soigneusement décalcifiée par l’envahisseur puis occupant américain, l’organisation jihadiste jusqu’alors groupusculaire a fondu sur les populations chrétiennes et yézidies locales, puis saisi tout au long de la frontière avec la Syrie un territoire vaste comme la Grande-Bretagne. Face à une coalition aérienne internationale qui s’avérait contre lui impuissante, n’ayant quasiment causé de pertes que civiles, «l’Etat islamique», comme se faisait désormais appeler le groupe régnant sur un «califat», défiait le monde entier en tant que premier Etat terroriste déclaré de l’histoire.

Après trois ans de terreur, d’attentats de par le monde, du Canada à l’Australie en passant par ceux, tragiques, de janvier et novembre 2015 à Paris puis du 14 janvier 2016 à Nice, une armée irakienne remise sur pied également par les Etats-Unis chassait Daesh de la portion irakienne du «califat», les forces armées du Rojava, entité kurde autonome autoproclamée en Syrie, terminant le travail à la fin 2017 – et effaçant au passage du souvenir de l’opinion publique la lutte acharnée contre Daesh de l’Armée syrienne libre, bras armé de la révolution populaire syrienne de mars 2011. Daesh était vaincu.

Bien que n’ayant jamais rien entrepris pour le combattre, si ce n’est quelques combats d’apparence, l’Armée arabe syrienne du régime de Bachar al-Assad sortait des années Daesh auréolée de la gloire d’une force laïque, occidentalisée, ayant fait face au fanatisme et à l’obscurantisme, comme absoute de ses innombrables atrocités envers la population syrienne en révolte. Il est pourtant notoire que Daesh, sous la forme qu’il a revêtue entre 2014 et fin 2017, était un pur produit du régime Assad. Et pour qui s’attarderait encore à rêver d’un Assad rempart contre le terrorisme, le régime vient lui-même de sonner le réveil.
«Les services secrets syriens gèrent tous les actes de Daesh, partout»

Capture-décran-2018-Khaled al-Aboud 0x150  Une vidéo publiée récemment montre un extrait diffusé, en mai dernier, par la chaîne libanaise Daily News Analysis, «DNA», reprenant des images de la chaîne de télévision officielle du régime, Sourya, dans une sombre parodie du C dans l’Air de France 5 dont l’invité était Khaled al-Aboud, Secrétaire général de l’Assemblée du Peuple qui est la chambre unique du Parlement syrien, et en tant que tel, grand maître du renseignement.

A l’occasion d’un éloge de Bachar al-Assad qui allait être sa contribution au «débat», Khaled al-Aboud a livré ce que personne n’aurait osé espérer d’un responsable du régime – l’aveu de la responsabilité de Damas dans les crimes de Daesh depuis le départ.

«D’abord, la Syrie sans Assad, ça veut dire qu’il n’y aura plus de Syrie», a claironné le parlementaire, allant jusqu’à décrier bien ingratement un Hezbollah libanais qui n’a pourtant pas ménagé son zèle au soutien du régime. «Quand les milices du Hezbollah sont entrées en Syrie pour défendre Assad, nous Syriens, nous n’avions pas besoin d’elles. Après leur arrivée, nous avons eu les Iraniens, car le Hezbollah, lui, ne nous a pas servi. Puis il y a eu la Russie.»

La Russie, qui intervenait officiellement contre Daesh mais s’en est bien moins souvent prise à l’organisation terroriste qu’à la révolution syrienne.

«Pourtant, le terrorisme est toujours là», n’a pu que relever le présentateur, s’interrogeant sur le fait que, bien qu’ayant approché Damas de quelques kilomètres seulement, Daesh ne s’en soit pas pris à la capitale baathiste. La question de trop. Du moins pour qui veut croire au mythe du sauveur Assad.

«Malgré la présence de Daesh partout, il n’a pas touché Damas, car les services secrets [du régime] gèrent Daesh et l’ont infiltré. Nous les contrôlons en Turquie, ainsi qu’en Jordanie. Je vous confirme que les services secrets sont en contact avec Daesh et gèrent ses actes partout, même en Turquie, partout.»

En quelques mots, ceux d’un haut responsable du régime, adieu l’image d’Assad en rempart contre le jihadisme, méritant jusqu’à l’effacement de son ardoise devant l’histoire. Le piège avait pourtant admirablement fonctionné, droite et gauche radicales à travers le monde s’étant prises à voir en le dictateur dynastique damascène le seul de ces tyrans arabes enfin ébranlés sur leur trône qui méritât d’être sauvé. Mais c’était bien un piège et son propre chef du renseignement l’avoue.

Assad, pourfendeur du terrorisme : qui peut encore y croire ?

Pour les plus à droite, Assad était le pourfendeur du terrorisme et le protecteur des Chrétiens d’Orient. Le sera-t-il toujours, maintenant que l’on sait que ces archevêques assyriens enlevés par Daesh, et dont le sort a tant ému la fachosphère acquise à Assad, l’ont été par une organisation dont l’on sait désormais que ce même Assad la contrôle entièrement ?

Pour les plus à gauche, Assad défiait tout à la fois l’impérialisme américain, le sionisme israélien, le colonialisme turc, l’ingérence qatarie et l’on ne sait quoi d’autre encore, si ce n’est Daesh qui ne pouvait être qu’un horrible complot des quatre horribles agresseurs consubstantiels de l’idéale Syrie baathiste. Qu’en sera-t-il désormais, puisque l’on sait de la source la plus irréfutable qui soit que le seul et unique complot visant la Syrie, ce sont Assad et son régime qui en sont à l’origine ?

A l’heure où, en France, l’opprobre touche le Groupe Lafarge pour ses compromissions morbides avec Daesh en Syrie, les révélations pourtant plus anciennes encore de la collaboration entre l’organisation terroriste et l’Etat syrien ne semblent tourmenter la conscience de personne. Pas plus que, devant les ruines de l’insurrection populaire syrienne à Deraa et alors que l’Armée arabe syrienne regarde enfin vers Idlib afin d’achever tout reste de résistance militaire, l’on ne doute apparemment que des villes assiégées par cette même armée comme le furent Yarmouk et Palmyre aient pu être «prises» par Daesh, qui se trouvait toujours vaincu dans ses combats contre Armée syrienne libre et/ou forces kurdes, puis «libérées» par la même Armée arabe syrienne à laquelle Daesh était censé avoir peu avant botté l’arrière-train …

Si la lutte contre Daesh est le curseur de la normalisation, le cas Assad appelle un réexamen immédiat. On n’est jamais l’ennemi du terrorisme quand on ne le combat pas mais le manipule.

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