Cherchons la vérité mais surtout défendons nos âmes


Ghouta-Orientale---Extermination-organisée-par-le-régime-syrien-contre-la-population-civile-par-la-faim

Extrait

Catherine Coquio, professeure de littérature à l’université Paris-Diderot et membre du comité Syrie-Europe qui, sur l’idée de « parts égales » dans le conflit syrien, écrit sur les réseaux sociaux : « Ces mots sont eux-mêmes empoisonnés. Quelque chose se joue en ce moment parallèlement au crime en train de se dérouler. Le noeud du négationnisme est en train de se resserrer, et de s’installer pour longtemps dans la violence verbale en cherchant des appuis et relais institutionnels. (…) Une grosse machine s’est mise en marche et on ne va pas s’en sortir de si tôt. Préservons nos forces. Le négationnisme c’est la demande de preuve à l’infini et sa disqualification immédiate, la discussion infinie sur les chiffres et les sources sous condition d’un désintérêt absolu pour la réalité des faits. Un pur jeu de discours où s’embourbe celui qui croit qu’il suffira de prouver et de témoigner de bonne foi. Cette demande de preuve est perverse, comme son énergie folle, il ne faut pas engouffrer nos forces là dedans ni ratiociner avec eux. Faisons tout pour que d’un côté le travail juridique et une véritable enquête aient lieu un jour, ce qui suppose certes de garder trace, et de l’autre et surtout, que la destruction effective soit inscrite quelque part dans les mots, dans les âmes, que sa signification trouve une place pour se dire et que le monde en prenne pleinement acte. Et surtout, que le sens d’une révolution initiale à laquelle avaient travaillé des gens et des esprits magnifiques, héritage qui reste et restera d’un grand prix pour nous tous, ne soit pas effacé. Le discours qui dit ’équilibre des torts’ et ’balance des crimes’ quand un crime de masse est perpétré contre une population civile, ne fait rien d’autre que prolonger le crime et exterminer les survivants dans l’âme, ce qui suppose de débarrasser le monde de ce lourd fardeau d’un réel trop embarrassant pour poursuivre le cours de l’histoire.(…) Amis syriens, ne répondez pas aux demandes de preuve qui sont une machine à rendre l’autre fou. Ce n’est pas aux victimes de prouver qu’on les extermine. Battons-nous politiquement ensemble et protégeons nos âmes à chacun. Arrêtons de crier notre honte ou de la nier. Nous ne sommes pas les criminels. (…) Et on vient nous parler de ’conflit syrien’, de ’belligérants’ renvoyés dos à dos, comme aux plus beaux jours du négationnisme sur la Bosnie et le Rwanda. Ceux qui disent ’douter’ devant les films de maisons bombardées et d’enfants hurlant, devant les photos d’enfants écrasés par des bombes barils, devant les témoignages hallucinants de médecins qui arrivent chaque jour, aggravent les effets de la négation, sans parfois s’en rendre bien compte. Ceux qui orchestrent la négation comptent bien que notre doute, notre dégoût et notre effroi retourné en refus de voir, viendront grossir les effets de leur discours. Ceux qui parlent de parts égales ont perdu conscience ou leur conscience, lorsqu’ils ne sont pas des trolls payés par qui de droit, car tout un petit monde travaille de par le monde et en toutes langues à effacer le crime détruire les faits et à néantiser leur sens. Il y aura des chaires universitaires achetées, des diffamations publiques, des provocations, des organes de publication spécialisés, etc. Et si une vérité s’impose, ce ne sera jamais gagné, comme on le voit en Pologne. Lire ’ Vérité et politique’ de Hannah Arendt. Aucun régime politique n’est capable de produire ni abriter une vérité de fait, y compris la démocratie. Cela ne fait que commencer. Cherchons la vérité mais surtout défendons nos âmes. »

Opposition-2

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