Limites de l’intervention militaire russe en Syrie et les perspectives ../ حدود التدخل العسكري الروسي في سورية.. وآفاقه


Centre arabe pour les recherches et les études politiques

Azmi Bechara

22 septembre 2015

Après avoir donné des signaux multiples, qui insinuent une volonté de soutenir une solution politique à la crise syrienne, la Russie est revenue sur sa position pour confirmer qu’elle rejette le départ du président syrien, Bachar Al-Assad, le considérant comme faisant partie du processus de transition selon la déclaration de « Genève 1 ». Comme il se trouve que la souplesse qu’elle a manifestée, au cours de l’année écoulée n’était que des tactiques politiques, visant à absorber les succès militaires atteints par l’opposition armée syrienne sur le terrain, d’une part, et l’utilisation de ses contacts avec l’opposition a dissimulé l’orientation implicite pour élever le niveau de soutien au régime syrien, qui a été traduit, début Septembre, par une intervention militaire directe, qui annonce une répercussion, politique et militaire.

La Russie a maintenu une vieille présence militaire en Syrie, dont des dizaines de Marins dans la base de Tartous utilisé, de temps à autre, par les Russes comme plate-forme pour faire le plein de fournitures et de carburant, elle y maintient également des conseillers et des formateurs, dont les estimations varient sur leurs nombres, allant probablement  entre 500 – 1000 entraîneurs et un conseiller militaire, situés dans les sites de recherches, de zones militaires ou des installations de fabrication militaire. Bien que Moscou considère son ingérence actuelle comme une extension de sa vieille présence, cependant les images satellite publiées par différents médias dévoilent le début d’une activité pour édifier une base militaire russe à l’aéroport de Hmimim (ou : Basil Al-Assad), qui est environ à 22 kilomètres au sud de la ville de Lattaquié, dont des travaux en cours pour l’expansion des pistes pour réhabiliter l’aéroport, afin de recevoir de grands avions cargo et des résidences préfabriquées pour accueillir les soldats. Moscou a également envoyé à la nouvelle base militaire : six modèles modernes du char T-90, 15 canons Hawtzer, 35 véhicules blindés et 200 soldats de la Marine russes, pour la protection.

Malgré que la Russie insiste sur le fait que la nature de sa présence militaire en Syrie n’a pas changé, qu’elle est principalement constituée « d’experts qui fournissent une assistance dans le cadre de la fourniture d’armes russes à la Syrie et qui vise à lutter contre le terrorisme », le mouvement des avions cargos montre que l’intervention militaire russe en Syrie croît chaque jour et prend des formes diverses: forces spéciales, intervention rapide, des experts, formateurs et consultants, ainsi que fournir au régime syrien de l’équipement et des armes à capacité destructrice élevée, utilisées,  au cours des derniers jours, dans le bombardement des villes de Raqqa et d’Alep. Des sites de l’opposition syrienne ont publiés dernièrement des clips vidéo montrant la participation de troupes russes dans le bombardement de sites militaires appartenant à l’opposition armée dans les montagnes de Lattaquié (appelé les zones des Turkmènes et des Kurdes). Les réseaux sociaux et médias ont également publiés des images de soldats russes, dans certains points de confrontation militaire dans les montagnes de la côte (Slenfeh) et de Sahl El-Ghab.

Raisons de l’intervention

Au cours des cinq dernières années, c’est à dire depuis le déclenchement de la révolution, la Russie a fourni au régime syrien une couverture politique et diplomatique actif, qui a protégé le régime syrien de toutes formes de condamnation juridique et politique, au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies. En dépit de leur participation à la rédaction de la déclaration de Genève le 30 Juin 2012, qui prévoyait la composition de l’autorité exécutive de transition au pouvoir, comme une étape indispensable et nécessaire pour résoudre politiquement la crise, la Russie a cherché à imposer sa propre interprétation, insistant pour considérer Al-Assad comme faisant partie de la phase transitoire, liant, ensuite, son sort et sa continuité au pouvoir à « la volonté du peuple. » Entretemps, Moscou a pris à sa charge la mission de diviser l’opposition, a cherché, également, à vider la reconnaissance internationale de la Coalition nationale de l’opposition syrienne, en tant que représentant des forces de la révolution et de l’opposition, de son contenu, en appelant à des conférences de dialogue (Moscou 1 et 2) pour fabriquer une opposition plus proche de ses positions. Cependant, les progrès réalisés par l’opposition armée, dans la première moitié de 2015, ont provoqué l’échec de ces efforts, et ont poussé l’Arabie Saoudite en particulier, vers une démarche diplomatique.

Sous le slogan de lutte contre « l’organisation terroriste de l’Etat islamiste – Daech » Moscou a appelé à la création d’une large coalition, comprenant à la fois le régime syrien, incrusté de quelques membres de l’opposition, l’Arabie saoudite, la Turquie et la Jordanie. À cette fin, Moscou a réussi à organiser,  en Juillet dernier, une rencontre entre le premier responsable de la sécurité syrienne, le Général Ali Mamlouk et le ministre de la défense saoudien le prince Mohammed Ben Salman à Jeddah. Quand les efforts russes ne sont pas parvenues à persuader l’Arabie Saoudite pour accepter la formule de la Russie pour une solution en Syrie, elle a intervenu directement aux côtés du régime, pour empêcher son effondrement brutal et soudain, après avoir atteint un stade avancé de faiblesse et d’épuisement à cause des frappes des factions anti-régime, aux tendances islamistes et de Daech en même temps, conduisant à la perte de Moscou, de tous ses investissements politiques dans la crise syrienne, notamment dans les zones contrôlées par le régime, au bénéfice de l’Iran et Hezbollah.

La Russie a choisi des circonstances régionaux et internationaux pour une intervention appropriée et justifiée par l’incapacité de la coalition internationale, un an après le début des frappes en Syrie, à l’affaiblissement de « l’organisation de l’E.I. », et l’échec de l’Amérique à former un partenaire  acceptable et équipé sur place, pour y faire face sur le terrain. Pour couvrir sa participation aux côtés du régime syrien, Moscou a proposé à Washington sa coordination dans la « guerre contre le terrorisme » en Syrie, une offre, que l’administration d’Obama, obsédé par l’affrontement de l’organisation « Daech », n’a pas rejeté. Pour rassurer davantage Washington, le président russe Vladimir Poutine a coordonné, selon les médias israéliens, ses démarches en Syrie, avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, un autre nouveau signal sur la profondeur de la relation et de coopération reliant Moscou et Tel-Aviv, qui était la première station étrangère de Poutine, après sa réélection en 2012.

Cette démarche russe a coïncidé avec la grande vague de migration des exilés syriens vers l’Europe, produisant un nouveau discours européenne (Allemagne, Autriche, Espagne, Grande-Bretagne et Hongrie) appelant à une coopération avec la Russie, pour trouver une solution urgente, et arrêter le flux de réfugiés, même si cela nécessite l’ouverture avec Assad ou d’abandonner la demande de son départ dans un avenir prévisible. À l’échelle régionale, la Russie a profité de la préoccupation des Etats soutenant l’opposition syrienne par d’autres questions plus pressantes, pour laisser passer son ingérence, sans grande réaction; car le gouvernement du Parti de Justice et du Développement en Turquie était occupé par sa lutte contre le PKK et les élections anticipées, tandis que, pour l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe, le dossier yéménite a une priorité absolue.

Conséquences et résultats

Malgré le sentiment de force trompeuse montrée par le régime syrien, à la suite de rapports généralisés de l’intervention militaire russe en sa faveur, les déclarations de ses responsables pour « retourner la table », et de changer les équations politiques et militaires, l’intervention russe  ne ferait pas une grande différence dans l’équilibre des forces établies actuellement, sur le terrain, vu que son objectif reste confinée pour éviter la chute du régime et non pas la restitution de terres et villes perdues dernièrement par le régime, ce que l’Iran n’a pas réussi à le faire, y compris toutes les milices sectaires opérant pour son compte. L’intervention russe continuera, probablement, à être limitée à Damas et à la région du Sahel (les côtes), dont la Russie attache une importance particulière, comme étant un accès maritime sur la Méditerranée, dans laquelle, elle a des privilèges exclusifs (25 ans) lui permettant d’explorer dans les eaux territoriales syriennes, du pétrole et du gaz, conformément à l’accord signé entre le régime et le gouvernement russe fin 2013. Par conséquent, l’intervention russe  peut contribuer à consolider les positions du régime empêchant son effondrement, à remonter le moral de ses troupes et de son milieu populaire, de bloquer les efforts de l’opposition pour contrôler la côte et la montagne dans la zone de Sahl El-Ghab, mais il ne réussira jamais à récupérer les zones devenues hors son contrôle, car il est difficile d’imaginer une intervention des troupes militaires russes sur le terrain, dans des zones contrôlées par l’opposition. Ainsi, l’intervention russe ne fera que conduire à une prolongation du conflit, et augmenter la souffrance des Syriens.

Si nous passions outre les répercussions sur le terrain, la Russie tente, à travers son intervention militaire, d’imposer une nouvelle vision pour une solution, où elle peut saper la déclaration « de Genève 1 », le liant, selon les dernières déclarations de Poutine, aux élections parlementaires « anticipées », et à la formation d’un gouvernement qui comprend ce qu’il a appelé « l’opposition rationnelle » sous la direction de Assad. Les déclarations du ministre américain de l’extérieur, John Kerry, sur l’éventualité  de la présence d’Assad dans les négociations pour une durée indéterminée, ont augmenté les craintes de l’opposition syrienne, en termes de flexion des États-Unis et des pays occidentaux face à la vision russe et les moyens pour résoudre la crise en Syrie, en acceptant sa proposition impossible, de réhabilitation le régime, et son adoption en tant que partenaire sur le terrain dans la guerre contre l’organisation de l’État Islamiste.

Enfin, l’opposition syrienne est confrontée à une évolution politique et militaire, qui ne verse pas en sa faveur. Pour faire face à la situation, elle a besoin d’unifier l’effort politique et militaire dans un même flux, avec un bras militaire, politique et médiatique, et de traiter avec les deux présences militaires russes et iraniens, comme une occupation étrangère directe et explicite, elle a besoin de lancer une sorte de mouvement de libération nationale, avec un programme démocratique unifié, pour couper la route sur les tentatives de procrastination de la lutte du peuple syrien et ses sacrifices, ou l’adoption de solutions partielles qui ne répondent pas aux aspirations et aux objectifs de la révolution, et aller vers la résistance contre la présence militaire russe, par tous les moyens disponibles, surtout que l’opinion publique russe semble très sensible aux pertes et aventures dans les zones de crises, qui ne constituent pas pour lui une priorité, mais à l’inverse, qui lui rappellent des souvenirs amers de l’Afghanistan.

Version en arabe / البحث باللغة العربية

http://www.alaraby.co.uk/opinion/2015/9/22/التدخل-العسكري-الروسي-في-سورية

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