Libération immédiate des 128000 détenu.e.s syrien.ne.s en détention arbitraire


 

 

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بروبغندا على طريقة النظام البعثي السوري في ظل المجالس المحلية لقسد


بروبغندا على طريقة النظام السوري في ظل القائد بشار الأسد

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مجلس الرقة المدني يصدر بيان بمناسبة ذكرى تحرير الرقة

الرقة – أصدر مجلس الرقة المدني، اليوم الإثنين، بياناً للرأي العام العالمي بمناسبة الذكرى السنوية الثانية لتحرير مدينة الرقة من تنظيم داعش الإرهابي، وجاء في نص البيان:

مع قدوم الذكرى السنوية الثانية لتحرير الرقة تتعرض مناطق شمال وشرق سوريا والتي تحررت من داعش والجماعات المتطرفة إلى هجوم بربري من هذه القوات التي هربت إلى تركيا وسلحتهم والآن يعتدون على شمال وشرق سوريا مع تركيا بأسماء أخرى وألوان أخرى ويرتكبون أبشع الممارسات في الإبادة الجماعية ولا يفرقون بين الطفل والشيخ والمرأة ولا الجوامع والكنائس ووصلت لدرجة استخدام الأسلحة المحرمة دوليا.

في مثل هذا اليوم الذي من المفروض أن نكون فيه فرحين والعالم  بيوم التحرير والقضاء على عاصمة داعش، وانقاذ العالم من هذا البلاء والخطر وقد قدمنا ١١ ألف شهيد و٢٤ألف جريح حتى حققنا هذا التحرير الذي كانت بمثابة معجزة تاريخية وأسطورة بطولية لا مثيل لها في التاريخ ولكن بنفس الوقت نحن حزينون لأن المناطق التي تحررت من داعش الآن تتعرض للاعتداء وبشكل إرهابي من قبل  الدولة التركية الاستعمارية بتجنيدهم  بأسماء أخرى وكأنها  في انتقام للتاريخ المعاصر وللديمقراطيين والمجتمع الدولي الذي مجد بطولات قوات سوريا الديمقراطية.

في مثل هذا اليوم بعد مضي سنتين من التحرير وقد حققنا انجازات كثيرة على جميع الصعد الخدمية والتعليمية والأمنية والسياسية من حيث الأمن والاستقرار وتحسين الوضع المعيشي ولكننا الآن نرى بأنه هناك تهديد على هذه الإنجازات وبدأت مخاوف الناس الذين تحرروا من الارهاب تظهر مرة أخرى بعودة داعش بأسماء أخرى من خلال الدولة التركية التي كانت الممول والداعم الاساسي لجميع الفصائل الإرهابية التي قتلت ولا زالت تذبح الأبرياء في سوريا.

في مثل هذا اليوم كنا نتطلع بان يحتفل كل شمال وشرق سوريا معنا في هذا اليوم ولكنهم يتعرضون الى مجازر وحشية وإبادة جماعية نتيجة هذه الاعتداء وكأنهم أرادوا أن يجعلوا أحلام وأفراح شعوب شمال وشرق سوريا وأفراح كل العالم المتحضر والشعوب غصة في حلقهم في تحد سافر للإنسانية.

نحن في مجلس الرقة المدني وفي الإدارة المدنية للرقة مثلما عاهدنا العالم بأن نكون مرتبطين بقيم الحرية والعدالة والمساواة والديمقراطية محولين الرقة إلى مدينة السلام والتعايش المشترك والديمقراطية نموذجا لكل سوريا والشرق الأوسط نعاهدهم مجدداً بأن لن ندخر جميع طاقتنا وامكانيتنا بأن لا نسمح بعودة الإرهاب مرة أخرى وسنحمي هذه المناطق من خلال قوات سوريا الديمقراطية وبدعم من القوى المحبة للخير والسلام والديمقراطية وسنقدم الخدمات ونوفر الأمن والاستقرار أكثر ونحقق إدارة رشيدة قادرة على تحقيق العدل والمساواة في مجتمع عانى الظلم والقهر والاضطهاد.

كما إننا نناشد المجتمع الدولي وكل القوى المحبة للخير والسلام أن يقفوا في وجه هذا العدوان الغاشم الذي له أطماع استعمارية قديمة جديدة وإيقافه وإخراجه من المناطق التي احتلتها.

كما إننا نناشد أهلنا وشعبنا في هذه الذكرى السنوية الثانية العزيزة على رص الصفوف والوقوف صفا واحداً في وجه كل من يريد أن يعبث بأمن الوطن.

كما نطالب بفتح تحقيق دولي بحق الجرائم الحرب التي ترتكبها الدولة التركية ومرتزقتها الإرهابية وعلى رأسها الجريمة التي ارتكبوها في التعذيب والقتل الوحشي لهفرين خلف الأمين العام لحزب سوريا المستقبل وكذلك جرائم الحرب في سري كانيه (راس العين) وكري سبي (تل أبيض) وعفرين.

مثلما ثقتنا كبيرة بشعبنا وبكل مكوناته للوقوف في وجه هذا العدوان فإن ثقتنا كبيرة بالقوى المحبة للخير والديمقراطية على أن يقفوا مع قوات سوريا الديمقراطية الذين حرروا العالم من الإرهاب في وجه هذا الظلم وهذه الإبادة الجماعية.

الإدارة المدنية الديمقراطية في الرقة

Les troupes américaines poursuivent leur retrait du nord de la Syrie vers l’Irak voisin


 

Retirés de Syrie, des soldats américains ont rejoint une base en Irak

AFP – 21 octobre 2019

AFP / SAFIN HAMED Des véhicules militaires américains arrivent dans la ville de Bardarach, dans la province kurde irakienne de Dohouk, le 21 octobre 2019

Des dizaines de blindés américains avec à leur bord des soldats sont arrivés lundi dans une base américaine du nord-ouest de l’Irak, après être entrés sur le territoire depuis la Syrie, par le Kurdistan irakien, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Les troupes américaines sont d’abord passées sur le pont du poste-frontière de Fichkhabour, aux confins des territoires irakien, syrien et turc avant de traverser la province kurde de Dohouk et de rejoindre une base américaine près de Mossoul (nord-ouest).

Le 13 octobre, les Etats-Unis avaient annoncé le retrait de quelque 1.000 militaires américains déployés dans le nord et l’est de la Syrie en guerre, cinq jours après le début d’une offensive turque dans ce secteur contre une milice kurde, les Unités de protection du peuple (YPG), considérée comme “terroriste” par Ankara.

C’est un premier retrait, le 7 octobre, de soldats américains des abords de la frontière turque dans le nord de la Syrie, après une annonce du président américain Donald Trump en ce sens, qui avait ouvert la voie à l’offensive de la Turquie contre les combattants kurdes.

L’offensive d’Ankara est suspendue depuis jeudi par une trêve négociée par Washington, qui expirera mardi à 19H00 GMT.

Dimanche, plus de 70 véhicules blindés arborant un drapeau américain, transportant du matériel militaire et escortés par des hélicoptères sont passés par la ville syrienne de Tal Tamr (est), a constaté un correspondant de l’AFP.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), ce convoi s’était retiré de la base de Sarrine, près de la ville de Kobané, plus à l’ouest, et se dirigeait vers la province de Hassaké, frontalière du Kurdistan irakien.

Ces derniers jours, les Américains se sont retirés de trois autres bases en Syrie, dont celle de la ville clé de Minbej et d’une autre située aussi près de Kobané, près de la frontière turque.

Les Etats-Unis ont actuellement 5.200 militaires postés en Irak, déployés dans le cadre de la coalition internationale antijihadiste emmenée par Washington. Leur présence sur plusieurs bases dans le pays fait débat en Irak alors que de nombreuses forces politiques et armées chiites pro-Iran réclament régulièrement leur expulsion.

 

Les troupes américaines poursuivent leur retrait du nord de la Syrie vers l’Irak voisin

Au départ de ce convoi des forces américaines, les Kurdes de Syrie ont manifesté leur mécontentement en brandissant des pancartes accusant le président Donald Trump de les avoir trahis.

 

Le Monde avec AFP, AP et Reuters Publié aujourd’hui à 15h31

 

Des véhicules blindés américains arrivent dans la ville de Bardarash, dans le Kurdistan irakien, lundi 21 octobre.
Des véhicules blindés américains arrivent dans la ville de Bardarash, dans le Kurdistan irakien, lundi 21 octobre. SAFIN HAMED / AFP

Un convoi de l’armée américaine d’une centaine de véhicules jusqu’ici stationnés en Syrie a pénétré, lundi 21 octobre, dans le nord de l’Irak par le poste-frontière de Sahela, dans la province de Dohouk, selon des journalistes de l’Agence France-presse sur place. Un responsable des services de sécurité du Kurdistan irakien a confirmé que les troupes américaines étaient arrivées dans le territoire autonome.

Au départ de ce convoi, les Kurdes de Syrie ont manifesté leur mécontentement en brandissant des pancartes remerciant les soldats américains mais accusant le président Donald Trump de les avoir trahis. D’autres ont lancé des projectiles sur les véhicules américains. L’annonce du retrait des troupes américaines du nord de la Syrie a ouvert la voie à une offensive turque dans la région, contre les alliés kurdes de la coalition internationale de lutte contre l’Etat islamique. Les forces kurdes des Unités de protection du peuple sont considérées comme des terroristes par Ankara.

« Des moments déchirants alors que les forces américaines ont ordre de quitter le nord de la Syrie, laissant derrière elles des Kurdes, des Arabes, des syriaques et des yézidis sans défense », commente Mutlu Civiroglu, un expert des affaires kurdes.

« Lorsque les troupes américaines sont arrivées pour la première fois dans le nord de la Syrie, les Kurdes les ont accueillies comme des héros avec des fleurs et des ululations. Aujourd’hui, des Kurdes de Syrie terrifiés lancent des tomates et des pierres sur les forces américaines qui s’en vont », écrit Jenan Moussa, journaliste de la chaîne de télévision Al Aan TV, à Dubaï.

Cessez-le-feu temporaire

Carte de situation de l’offensive turque en Syrie, au mercredi 9 octobre.
Carte de situation de l’offensive turque en Syrie, au mercredi 9 octobre. Infographie Le Monde

Jeudi, un accord de cessez-le-feu temporaire a été annoncé par la Turquie et les Etats-Unis, prévoyant la suspension pour cent vingt heures (jusqu’à mardi 21 heures, heure de Paris) de l’offensive pour permettre un retrait des combattants kurdes de zones frontalières du nord syrien.

Dimanche, plus de 70 véhicules blindés arborant un drapeau américain, transportant du matériel militaire et escortés par des hélicoptères sont passés par la ville syrienne de Tell Tamer, au nord du pays, à près de 200 km à l’ouest de la frontière avec l’Irak. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, le convoi s’était retiré de la base de Sarrine, près de la ville de Kobané, à environ 200 km plus à l’ouest, et se dirigeait vers la province de Hassaké, frontalière du Kurdistan irakien.

Ces derniers jours, les Américains se sont retirés de trois autres bases en Syrie, dont celle de la ville-clé de Manbij et d’une autre située aussi près de Kobané, près de la frontière turque.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Un accord de cessez-le-feu temporaire en trompe-l’œil en Syrie

Poursuite de la lutte contre l’EI depuis l’Irak

Le secrétaire américain à la défense, Mark Esper, affirme discuter d’une option qui consisterait à maintenir une petite force militaire américaine dans le nord-est de la Syrie pour sécuriser les champs de pétrole et poursuivre la lutte contre les militants du groupe Etat islamique. Mais l’essentiel des quelque 1 000 soldats américains déployés dans le nord de la Syrie devrait rejoindre l’ouest de l’Irak au cours des prochaines semaines pour continuer de lutter contre les combattants de l’EI.

Les Etats-Unis ont actuellement 5 200 militaires postés en Irak, déployés dans le cadre de la coalition internationale antidjihadistes emmenée par Washington. Leur présence sur plusieurs bases dans le pays fait débat en Irak alors que de nombreuses forces politiques et armées chiites pro-Iran réclament régulièrement leur expulsion.

Les inexactitudes autour de la “question kurde en Syrie” – مغالطات “القضية الكردية في سورية”٠٠٠


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Les inexactitudes autour de la “question kurde en Syrie”

Mohannad Alkati – 21 octobre 2019

Depuis l’invasion de l’Irak en 2003 notamment, le discours kurde en Syrie s’oriente à traiter de la question de la présence kurde en Syrie et de son avenir en tant que «problème kurde en Syrie». Il s’agit d’une description qui supporte plusieurs erreurs politiques, historiques et géographiques. D’un point de vue politique, l’enjeu est généralement une terre et un peuple, un peuple vivant sur leur terre, qui a été soumis à une certaine circonstance historique, représentée par une invasion ou une occupation qui a entraîné son expulsion et son déplacement, et les nouveaux envahisseurs prennent le contrôle des peuples autochtones privés de leurs droits souverains, réprimer toute tentative militante de gagner leur liberté, en conséquence, le peuple reste en lutte jusqu’à ce que les facteurs externes et d’urgence qui ont contribué à l’émergence de sa cause aient disparu. Cette description s’applique à la cause palestinienne, par exemple, et ne s’applique en aucune manière à la réalité kurde en Syrie, pas en termes d’existence de persécution ethnique contre les Kurdes en Syrie, car tout le peuple syrien était opprimé, ainsi que pour plusieurs raisons et facteurs, cela ne peut pas faire de la situation des Kurdes en Syrie un problème politique distinct de celui du peuple syrien.

En ce qui concerne le facteur historique, la Syrie, avec ses frontières actuelles ou historiques (Bilad al-Sham), ne faisait pas partie des terres traditionnelles des groupes kurdes de l’histoire. Des sources historiques ont unanimement déclaré que les zones historiques kurdes sont situées dans le territoire appelé Baladians médiéval (région montagneuse) et situées dans les montagnes iraniennes dans la zone située entre l’Iran et l’Azerbaïdjan. Mais la nature de la construction de l’État islamique et diverses autres circonstances ont contribué au mouvement des peuples musulmans tout au long de leur vie. La présence kurde en Mésopotamie a commencé depuis la période abbasside, les Kurdes ont également servi dans les divisions des armées islamiques, leur présence au Levant et en Egypte a augmenté pendant les périodes d’Illuminati et d’Ayyubidisme. Ils font désormais partie de la culture des communautés dans lesquelles ils se sont installés et ont complètement perdu leurs caractéristiques nationales: on peut les appeler «Kurdes de l’intérieur» dans la langue du chercheur syrien Jamal Barout et ils diffèrent des «Kurdes des faubourgs» qui se propagent dans le nord de la Syrie, par exemple. Ceux-ci ont commencé leur présence sous forme de tribus nomades depuis le XVIIIe siècle dans ces régions. Ils sont devenus arabisants à la suite de l’influence du milieu arabe dans cette région. La présence kurde dans le nord de la Syrie s’est renforcée au début du XXe siècle dans le contexte des germes du conflit national opposant les Turcs et les Kurdes. cela a contribué à alimenter la région avec des éléments kurdes qui ont contribué à renforcer la conscience nationale kurde parmi les Kurdes syriens. L’activité de l’exil national kurde en Syrie s’est poursuivie depuis l’ère française et a augmenté avec l’émergence du mouvement du mollah Mustafa Barzani en Irak. Elle est devenue le premier mouvement kurde en Syrie en 1957 à développer l’émergence de mouvements kurdes sous la présidence de Hafez al-Assad en Syrie à 12 partis et à ce jour où l’arène kurde en Syrietémoigne la présence de plus de 70 noms de partis et courants divisés en deux blocs principaux: l’un affilié à Massoud Barzani dans le nord de l’Irak (représenté par le Conseil national kurde en Syrie CNKS) et le second appartenant au système du PKK, qui a formé les unités de protection du peuple YPG, son aile militaire en Syrie, ces unités constituaient le principal nerf des Forces démocratiques syriennes (FDS) créées par les États-Unis en octobre 2015 lors de la déclaration de guerre contre l’Etat islamique (Daech) dans la ville de Raqqa.

Malgré les changements démographiques dans la région nord de la Syrie à l’époque du mandat français, du fait de la politique ethnique menée par la France, le facteur démographique reste le défi le plus important auquel sont confrontés les Kurdes de Syrie dans leurs revendications de nature nationale, car rien n’est appelé en Syrie une zone kurde, Selon la répartition démographique nationale en Syrie, nous montrons ici les différences les plus importantes entre eux et les Kurdes d’Irak, qui constituent une majorité écrasante dans les régions du nord de l’Irak.

Al-Hassakah constitue la plus grande communauté kurde en Syrie. Malgré cela, ils ne constituent la majorité de la population que dans quatre régions frontalières avec la Turquie: Amuda, Darbasiyah, Malikiyah et Jawadiyeh, sur 12 districts de la province, et la proportion de Kurdes dans cette province, entre 26% et 28%, et à l’est d’Euphrates.

Parmi les trois provinces principales (Deir Ez-Zor – Al-Raqqa – Al-Hassakah), les Kurdes représentent environ 12% – 15% de la population totale de l’est de l’Euphrate, ce qui explique pourquoi les Arabes constituent la plus grande partie des éléments du FDS.

Les Kurdes constituent également la majorité de la population dans deux zones de la campagne d’Alep, Efrin et Ain al-Arab.
Un petit nombre de Kurdes se trouvent à Alep, ainsi que dans un quartier de Damas
La population kurde totale en Syrie représente moins de 6% de la population totale (voir: Étude de géographie humaine pour les Kurdes de Syrie, World Institute for Studies, 6 juillet 2016).

(…)

Ainsi, des phrases telles que la question kurde en Syrie sont devenues le peuple kurde qui vit sur son territoire historique, une partie essentielle du discours et de la littérature de tous les partis kurdes, car toute définition différente des Kurdes en tant que “partie du peuple syrien” ne servira pas les revendications de “question kurde en Syrie”. Ils justifient les exigences des Kurdes en matière de respect de la vie privée dans la constitution, ou du “droit à l’autodétermination” indépendamment du peuple syrien.

Le meilleur accord avec la question des Kurdes syriens et toutes les questions spécifiques liées au reste des minorités (religieuses, ethniques ou sectaires) est qu’il s’agit de questions et de problèmes qui doivent être examinés et précisés dans le cadre d’une question syrienne plus vaste et globale, dans le cadre des intérêts de tous les Syriens, et pour préserver leur avenir et leur unité. La Syrie ne fait pas exception parmi les pays dotés de minorités religieuses, sectaires ou linguistiques. Par conséquent, il faudrait remédier à cette réalité en intensifiant les efforts pour promouvoir les possibilités d’intégration sociale de toutes les composantes syriennes. Il ne vise pas à intégrer la fusion ni à abolir par la force les formes de différenciation qui doivent également être établies, et à les respecter dans le cadre des libertés publiques qui doivent être garanties à tous par la Constitution, telles que la liberté de conviction, le droit d’apprendre la langue maternelle et d’autres droits garantissant le sentiment de sécurité, la stabilité et la participation effective de toutes les minorités à la société. La majorité a également une grande responsabilité en donnant aux minorités des points de vue positifs et optimistes, en les rassurant et en les encourageant à mettre en pratique leur culture et à préserver leurs convictions et leur vie privée, exemptes d’application et de pratique réelle sur le terrain.

 

مغالطات “القضية الكردية في سورية”٠٠٠

تتّجه السردية الكردية في سورية، ومنذ غزو العراق سنة 2003 تحديداً، نحو تناول موضوع الوجود الكردي في سورية ومستقبله بوصفه “قضية كرديّة في سورية”، وهذا وصف يحتمل عدة مغالطات سياسية وتاريخية وجغرافية، إذ إن القضيّة، من المنظور السياسي، تكون عادة قضية أرض وشعب، أي شعب يعيش على أرضه، تعرّض لظرف تاريخي معين، تمثل بغزو أو احتلال، أدى إلى تهجيره وتشريده، وبات الغزاة الجدد يفرضون سيطرتهم وسيادتهم على السكان الأصليين الذين يتم حرمانهم من حقوقهم السيادية، ويقمعون أي محاولاتٍ نضاليةٍ لنيل حريتهم، وبالتالي يبقى الشعب في حالة نضال إلى أن تزول عوامل التغيير الخارجية والطارئة التي ساهمت في نشوء قضيته. ينطبق هذا الوصف على القضية الفلسطينية مثلاً، ولا ينطبق، بأي شكل، على الواقع الكردي في سورية، لا من حيث وجود اضطهاد عرقي ضد الأكراد في سورية، إذ إن جميع أبناء الشعب السوري كانوا مضطهدين، وكذلك لعدة أسباب وعوامل لا يمكن أن تجعل من وضع الأكراد في سورية يشكّل قضية سياسية منفصلة عن قضية الشعب السوري٠

بشأن العامل التاريخي، لم تكن سورية بحدودها الحالية، أو التاريخية (بلاد الشام)، تشكّل أي جزء من الأراضي التقليدية للجماعات الكردية في التاريخ، فقد أجمعت المصادر التاريخية على أن مناطق الأكراد التاريخية تقع ضمن الإقليم الذي أطلق عليه البلدانيون في القرون الوسطى (إقليم الجبال)، ويقع في جبال إيران في المنطقة المحصورة بين إيران وأذربيجان، ولكن طبيعة بناء الدولة الإسلامية، وظروفاً أخرى مختلفة، ساهمت في تنقلات الشعوب الإسلامية في كل أرجائها، وقد بدأ الوجود الكردي في منطقة ما بين النهرين منذ العصر العباسي، كما خدم الأكراد ضمن فرق الجيوش الإسلامية، وازداد وجودهم في بلاد الشام ومصر في الحقبتين، النورانية والأيوبيّة. وبات هؤلاء جزءاً من ثقافة المجتمعات التي انتقلوا إليها، وفقدوا خصائصهم القومية بشكل كامل، ويمكن تسميتهم “أكراد الدواخل” بلُغةِ الباحث السوري جمال باروت، وهم يختلفون عن “أكراد الأطراف” الذين ينتشرون في الشمال السوري مثلاً، وهؤلاء بدأ وجودهم على شكل قبائل رحّل منذ القرن الثامن عشر في هذه المناطق، استعربوا نتيجة التأثر بالمحيط العربي هناك. وتعزز الوجود الكردي في شمال سورية، في بدايات القرن العشرين، على خلفية بذور الصراع القومي بين الأتراك والأكراد، ما ساهم في تغذية المنطقة بعناصر كردية ساهمت في تعزيز الوعي القومي الكردي لدى الأكراد السوريين. واستمر نشاط أكراد المنفى القومي في سورية منذ العهد الفرنسي، وازدادت وتيرته مع ظهور حركة الملا مصطفى البرزاني في العراق، وظهرت بوادر أول حركة كردية في سورية سنة 1957، ليتطوّر نشوء الحركات الكردية في حقبة رئاسة حافظ الأسد في سورية إلى 12 حزباً، وصولاً إلى يومنا هذا الذي تشهد فيه الساحة الكردية في سورية ما يزيد عن 70 مسمّى لحزب وتيار، تنقسم بمجموعها إلى كتلتين رئيسيتين : واحدة تتبع مسعود البرزاني في شمال العراق (ممثلة بالمجلس الوطني الكردي في سورية، والثانية تتبع منظومة حزب العمال الكردستاني، والتي شكلت وحدات حماية الشعب الكردية جناحها العسكري في سورية، ومثلت هذه الوحدات العصب الرئيسية لقوات سورية الديمقراطية (قسد) التي أوجدتها الولايات المتحدة الأميركية في أكتوبر/ تشرين الأول 2015، مع إعلان الحرب على تنظيم الدولة الإسلامية (داعش) في مدينة الرقة٠

وبشأن العامل الديموغرافي والجغرافي، كانت الديموغرافيا القومية من أبرز محدّدات التقسيم التي اعتمدتها الدول الكبرى في أثناء تقسيمها الدولة العثمانية. وكانت جميع التقارير العسكرية البريطانية والفرنسية تركز، بشكل رئيسي، على التقسيمات اللغوية والإثنية والطائفية في دراستها المجتمع العثماني، وقد تضمنت اتفاقية سيفر 1920، وفق هذا المنظور، وصفاً للمناطق ذات الغالبية الكردية وفق المواد 62، 63، 64 التي عالجت موضوع كردستان. وبحسب تلك المواد، كانت المناطق ذات الغالبية الكردية المرشحة لتكون منطقة حكم ذاتي للأكراد ضمن نطاق حدود تركيا الحالية، وجزء منها في المناطق الجبلية في العراق شمال الخط الأفقي الذي يمر من العمادية. ولا يقع أي جزء من هذه المناطق في سورية، بل على العكس، كانت الحدود السورية تضم، وفق اتفاقية سيفر نفسها، ماردين وأورفا وعينتاب وكيليكيا والإسكندرونة بوصفها أراضي سورية، وسكانها ناطقين بالعربية، والمناطق الكردية تقع إلى الشمال من هذه المناطق٠

على الرغم من التبدّلات الديموغرافية التي شهدتها منطقة الشمال السوري في الحقبة الفرنسية، نتيجة السياسة الإثنية التي كان الفرنسيون يتبعونها، فإن العامل الديموغرافي لا يزال يشكّل أبرز تحدٍّ يواجه الأكراد السوريين في مطالبهم ذات الطابع القومي، إذ لا يوجد في سورية ما يمكن تسميتها مناطق كردية، وفق التوزع الديموغرافي القومي في سورية، وهنا تبرز تجليات أهم الفروق بينهم وبين أكراد العراق الذين يشكلون أغلبية ساحقة في مناطق الشمال العراقي٠

تشكل محافظة الحسكة أكبر تجمع للأكراد في سورية. وعلى الرغم من ذلك، فإنهم يشكلون أغلبية سكانية في أربع نواحٍ حدودية مع تركيا فقط: عامودا، الدرباسية، المالكية، الجوادية، من أصل 12 ناحية في المحافظة، وتبلغ نسبة الأكراد في هذه المحافظة نحو 26% – 28%، وعلى مستوى منطقة شرق الفرات التي تضم ثلاث محافظات رئيسية (دير الزور – الرقة – الحسكة)، يشكل الأكراد نحو 12% – 15% من مجموع سكان شرق الفرات، وهذا يفسر لماذا يشكّل العرب النسبة الكبرى من عناصر قسد فعلياً٠

كذلك يشكّل الأكراد غالبيةً سكانية في منطقتين تتبعان ريف حلب، هما عفرين وعين العرب، ويتوزع عدد قليل من الأكراد في مدينة حلب، وكذلك في أحد أحياء العاصمة دمشق ويشكل مجموع الأكراد في سورية ما نسبته أقل من 6% من مجموع السكان (يُنظر: دراسة الجغرافية البشرية لأكراد سورية، معهد العالم للدراسات 06 يوليو/ تموز 2016)٠

شكل المؤتمر العاشر للحزب الديمقراطي الكردي في سورية (البارتي)، سنة 2007، نقلة نوعية في الخطاب الكردي، فقد جاء في المادة الخامسة من مقرّرات المؤتمر: “البارتي ينطلق في نضاله من واقع وجود شعب كوردي في سورية يعيش على أرضه التاريخية، وهي بذلك تكون قضية (أرض وشعب)، وأنه يشكل القومية الثانية في البلاد بنسبة 15%”. وطرح حزب الاتحاد الديمقراطي التابع لحزب العمال الكردستاني، كذلك في نظامه الداخلي سنة 2012، ما سماها “القضية الكردية في سورية”، وجاء بحسب نظامه الداخلي: “يعلن الحزب، في نظامه الداخلي، أن قائده وقائد الشعب الكردي هو عبد الله أوجلان (زعيم حزب العمال الكردستاني). ويعلن الحزب أنَّ هدفه هو حل ما سماها (القضية الكردية في غرب كردستان)، وهو يلتزم بهذه التسمية إلى جانب تسمية (روجافا)، للتعبير عن مناطق أو إقليم كردي في سورية”٠

لم يسلم ائتلاف قوى الثورة والمعارضة السورية أيضاً من الوقوع في مطب المصطلحات، إذ نصّ الاتفاق الموقع بينه وبين المجلس الوطني الكردي، من بين شروط لانضمام الأخير لصفوف المعارضة سنة 2013، على بند جاء فيه: “يعمل الائتلاف على إقامة فعاليات وأنشطة تساهم في التعريف بالقضية الكردية في سورية والمعاناة التي مرّ بها المواطنون الكرد على مدى عقود من الحرمان والتهميش!”٠

وبالتالي، باتت عبارات، مثل القضية الكردية في سورية الشعب الكردي الذي يعيش على أرضه التاريخية، جزءاً أساسياً من خطاب جميع الأحزاب الكردية وأدبياتها، إذ إن أي تعريف مغاير للأكراد بوصفهم “جزءاً من الشعب السوري” لن يخدم مزاعم “قضية كردية في سورية”، والتي تبرّر مطالب الأكراد أن تكون لهم خصوصية في الدستور، أو “حق تقرير المصير” بمعزل عن الشعب السوري٠ 

أفضل تعامل مع مسألة أكراد سورية، وكل المواضيع ذات الخصوصية التي تتعلق بباقي الأقليات (دينية أو إثنية أو طائفية)، هو أنها مسائل وإشكالات يجب مناقشتها وبلورتها بوصفها جزءاً من قضيةٍ سورية أعم وأشمل، وذلك ضمن إطار يحقق مصلحة جميع السوريين، والحفاظ على مستقبلهم ووحدتهم، فسورية ليست استثناءً من بين الدول التي تضم أقلياتٍ دينية، طائفية أو لغوية. وبالتالي، ينبغي التعامل مع هذه الحقيقة عبر تكثيف الجهود لتشجيع فرص الاندماج المجتمعي بين كل المكونات السورية. وليس المقصود هنا بالاندماج الصهر، أو الإلغاء القسري لأشكال التمايز التي يجب إقرارها أيضاً، واحترامها في إطار الحريات العامة التي يجب أن يكفلها الدستور للجميع، كحرية الاعتقاد وحق تعلم اللغة الأم وغيرهما من الحقوق التي تضمن لجميع الأقليات الشعور بالأمان والاستقرار والمشاركة الفعلية في المجتمع. كذلك تقع على عاتق الأغلبية مسؤولية كبيرة في تغليب النظرة الإيجابية المتفائلة إزاء الأقليات وطمأنتها وتشجيعها على ممارسة ثقافتها، والحفاظ على معتقداتها وخصوصيتها، أما السلطة فتقع عليها مسؤولية كبيرة في سن كل القوانين وإشاعة كل المفاهيم، لترسيخ مبادئ المواطنة، بدلاً من إشاعة شعاراتٍ عن اللحمة الوطنية، خالية من التطبيق والممارسة الفعلية على أرض الواقع٠

Mise au point sur l’agression turque au Rojava


Realpolitik-Russe

Dans ce contexte d’attaque des populations par l’armée turque et de reprise en main de la situation par un régime syrien responsable de centaines de milliers de morts, il nous paraît important de défendre le peuple syrien ainsi que l’autodétermination du peuple kurde. Plutôt que de tomber dans le campisme imbécile et l’idéalisation naïve, qui ne sont que la déclinaison d’extrême-gauche du discours antiterroriste et de la focalisation sur l’islamisme, nous devons appeler au soutien aux populations vivant en Syrie.

Mise au point sur l’agression turque au Rojava

Depuis le mercredi 9 octobre, prétextant la mise en place d’une « zone de sécurité », l’armée turque et des brigades syriennes à son service bombardent et envahissent le Rojava, région syrienne du Kurdistan. Cette agression contre les populations arabe et kurde du nord de la Syrie, et la réponse du régime, qui envoie son armée dans les villes menacées par l’intervention d’Erdogan, a été rendue possible par la défaite de l’insurrection populaire qui avait débuté en 2011, écrasée par Assad, et ses alliés Poutine et Rohani.

Chaque jour, l’armée turque et ses supplétifs prennent pour cible les populations sous prétexte de combattre le « terrorisme » des YPG kurdes (branche armée du PYD, équivalent syrien du PKK), comme, dans les villes de l’insurrection syrienne, l’écrasement du peuple en révolte est présenté depuis huit ans par Assad et Poutine comme une lutte contre le « terrorisme ». Les manifestations s’opposant en France à l’invasion du Rojava (région du nord de la Syrie, où vivent de nombreux Kurdes) se bornent à dénoncer Erdogan et les « djihadistes ». Pourtant, nous devons rappeler que cette guerre entre les YPG d’une part, et d’autre part des bataillons issus de l’opposition à Assad et maintenant au service d’Erdogan, a été rendue possible par la transformation de cette opposition en ensemble de mercenaires travaillant pour celui qui assurait leur protection, au fur et à mesure des trêves faisant suite à une répression féroce de l’insurrection par le régime.

Aussi, alors que l’expérience politique menée au Rojava est idéalisée par la gauche occidentale, qui la qualifie d’autogestionnaire sans citer un seul exemple concret, nous devons rappeler que l’autonomie de cette région ne découle pas d’un soulèvement, mais, dès 2011, d’un accord conclu entre le régime de Bachar Al-Assad et le PYD (parti historiquement proche du régime et minoritaire au sein des Kurdes syriens), contre les forces kurdes qui s’opposaient au régime en compagnie des autres Syriens. De 2011 à aujourd’hui, en échange du retrait des troupes de l’armée de Bachar Al-Assad du Rojava, les YPG se sont chargés d’interdire et de réprimer les manifestations contre le régime, d’intimider, d’arrêter ou de faire disparaître leurs opposants. Puis, en 2015, dans un contexte de développement de l’État Islamique et de répression de l’insurrection syrienne, les YPG ont conclu un double accord : avec les États-Unis contre l’Etat islamique d’une part, avec la Russie contre la rébellion d’autre part.

Après avoir réprimé les manifestations de l’opposition à Assad dans les villes, les villages et les quartiers kurdes, les YPG ont combattu en 2016 avec le soutien aérien russe et aux côtes de l’armée syrienne, contre les rebelles à Menagh, Tell Rifaat et Alep, et plus récemment, ont mené aux côtés des soldats du régime des offensives contre l’opposition à Deir ez-zor et Idlib. En plus d’avoir participé à la victoire du régime sur les rebelles syriens, les YPG sont souvent perçus comme des envahisseurs par les populations arabes des villes qu’ils occupent, et ont été accusés de nettoyage ethnique. En juillet et août 2015, des chercheurs d’Amnesty International se sont rendus dans 14 villes et villages des gouvernorats d’Hassaké et de Raqqa, et en ont conclu à l’existence de démolitions de logements et de déplacements forcés de populations sur des bases ethniques. Si les YPG ont parfois été dans un premier temps accueillis d’une manière relativement favorables dans les villes arabes reprises à l’État Islamique, comme à Manbij ou dans la région d’Hassaké, ils se sont vite vus reprocher d’imposer leur joug politique, de mettre en place une conscription forcée dans les brigades des « Forces Démocratiques Syriennes » qu’ils dominent, de ne pas permettre aux conseils locaux issus de la révolution et élus par les habitants de revenir siéger, et d’empêcher le retour des réfugiés arabes dans leurs villes d’origine. Aujourd’hui, le retour du régime dans les villes que le PYD est prêt à remettre à l’armée syrienne est la perspective la plus terrifiante qui soit pour nombre d’habitants, connus pour avoir participé au soulèvement contre Assad.

Parallèlement, au fur et à mesure de la militarisation du conflit entraînée par la répression de l’insurrection par le régime et ses alliés russe et iranien, une partie de l’opposition armée à Assad, extrêmement affaiblie, a développé un sectarisme et une hostilité à l’égard des Kurdes, et s’est transformée en une fédération de mercenaires au service d’Erdogan. L’ « armée nationale syrienne », créée en 2018 au bénéfice de l’Etat turc, regroupe différentes brigades qui n’ont plus grand chose à voir avec le vent d’insurrection qui avait soufflé en 2011, et participent dorénavant à l’invasion du Kurdistan au bénéfice de l’oppresseur historique du peuple kurde. A Afrin, ville conquise en 2018 par les mercenaires de l’Etat turc et occupée depuis, les témoignages se succèdent quant aux crimes dont sont victimes les Kurdes : vols, pillages, saisies des maisons abandonnées, assassinats, enlèvements contre rançon, etc. Depuis le 9 octobre et la dernière attaque de la Turquie contre le Rojava, pas un jour ne passe sans connaître son lot de bombardement de civils ou d’exécutions sommaires.

Et si une partie des Syriens arabes se réjouissent de l’opération en cour, par ressentiment envers les YPG ou par espoir de pouvoir revenir dans les villes qui pourraient être conquises, il y a fort à parier que les brigades au service de l’État turc, si elles venaient à s’implanter, se comporteraient à leur tour comme un groupe d’occupants, ne tolérant aucune forme de pouvoir civil, et se contentant de mener les opérations de guerre ou de police décidées par le donneur d’ordre. De plus, il est évident que la guerre menée ne vise pas que le PKK et sa branche syrienne, mais l’ensemble du peuple kurde, et ses capacités à être politiquement autonome. Alors que des dizaines de milliers de personnes fuient les combats au Rojava, la volonté d’Erdogan d’instrumentaliser les réfugiés syriens présents en Turquie pour tenter de les transférer en zone kurde prouve là aussi une volonté de procéder à un remplacement de population sur une base ethnique. L’assassinat par des combattants de l’ « Armée nationale syrienne » au service d’Erdogan d’Hevrin Khalaf, co-présidente du Parti pour le Futur de la Syrie, scission du PYD, fondé pour dialoguer avec les populations arabes et obliger la Turquie à un compromis sur la question du Kurdistan, est révélateur des objectifs poursuivis par cette opération militaire : celle-ci n’a rien à voir avec les intérêts des populations civiles, et s’inscrit dans les tensions relatives à la répartition des territoires entre les armées et brigades au service des différents États.

Pourtant, dans une situation où des Kurdes et des ex-rebelles syriens s’entretuent pour le bénéfice de dictateurs, plutôt que d’insister sur les risques de nettoyage ethnique, sur la situation des populations, sur le droit à l’autodétermination du peuple kurde (qui ne se réduit pas au PKK) et sur la manière dont ces opérations servent in fine un retour à l’ordre dont Bachar Al-Assad sera le bénéficiaire, la gauche occidentale préfère fantasmer une révolution au Rojava, en plus de reprendre les poncifs sur le terrorisme islamiste. Dans les manifestations de solidarité avec le Rojava en France, l’ennemi est réduit à Erdogan et l’État islamique (auquel est souvent amalgamé l’ensemble de l’opposition à Assad), et rien n’est dit sur le régime syrien. Quant aux 500 000 personnes mortes depuis 2011 en Syrie, sous les bombes du régime et de ses alliés ou sous celles de la coalition internationale, elles ne sont jamais mentionnées.

Comme toutes les simplification idéologiques plaquées sur la situation syrienne, la description qui est faite par la gauche française, celle d’une révolution démocratique et multiethnique qui aurait lieu au Rojava, attaquée par des groupes djihadistes d’anciens combattants de l’Etat islamique liés à Al-Qaida, ne correspond pas à la réalité. Le Front Fatah Al-Cham, issu du Front Al-Nosra (la branche syrienne d’Al-Qaida), n’a jamais été membre ni de l’Armée Syrienne Libre fondée en 2011-2012 pour défendre l’insurrection, ni de l’ « Armée nationale syrienne » créée en 2018 au bénéfice d’Erdogan. De plus, au milieu d’une guerre d’une telle intensité, les alliances et leurs retournements dépendent moins des schémas idéologiques que des opportunités en rapport avec les nécessités de la guerre. Pour illustrer ces retournements d’alliance, nous pouvons prendre l’exemple de la Brigade des révolutionnaires de Raqqa, fondée en 2012 par des civils de l’opposition à Assad et des déserteurs de l’armée syrienne refusant de tirer sur les manifestations, afin de défendre la population de Raqqa face à la répression du régime. Un peu plus d’un an plus tard, à la fin de l’année 2013, suite aux menaces de l’Etat islamique , la Brigade des révolutionnaires de Raqqa avait dû prêter allégeance au Front Al-Nosra, lié à Al-Qaida, avant de finalement se réfugier à Kobane, au Rojava, et de rompre tout lien avec Al-Nosra pour se rapprocher des YPG. Après avoir intégré les « Forces Démocratiques Syriennes » et repris Kobané puis Raqqa en compagnie des YPG, en 2018, 700 membres de la Brigade des révolutionnaires de Raqqa furent arrêtés et emprisonnés (la majorité sont encore détenus), pour avoir dénoncé l’hégémonie du PKK et des YPG sur Raqqa, et leur répression des opposants. Aujourd’hui libéré, Abou Issa al-Raqqawi, ancien commandant de la Brigade des révolutionnaires de Raqqa, fut après sa libération, et malgré l’emprisonnement de la plupart de ses hommes, placé à la tête d’une brigade à Taqba, qui lutte aujourd’hui contre l’opération menée sous patronage turc. Pour autant, nombre de brigades arabes membres des FDS ne cachent plus leur aversion pour les YPG et le PYD, et des défections sont fortement probables maintenant que l’alliance avec le régime est ouvertement assumé. Enfin, pour ce qui est des « anciens membres de Daech », si des déserteurs de l’Etat Islamique ont effectivement pu être intégrés à tel ou tel bataillon rebelle suite à des processus de « déradicalisation » plus ou moins longs et crédibles, André Hébert, combattant français au sein des YPG, reconnaît lui-même dans son ouvrage Jusqu’à Raqqa que d’anciens membres de l’État Islamique sont aussi présents au sein de groupes armés associés aux YPG et que « le YPG a dû faire alliance avec des tribus arabes (dont certaines s’étaient précédemment associées à Daech) pour former une coalition militaire représentative de la population du nord de la Syrie ». Comme tous les discours simplificateurs plaqués sur cette guerre, la caricature de la situation qui est faite dans un objectif de propagande ne correspond à aucun examen minutieux des faits.

Par ailleurs, puisque les débats en France sont focalisés sur l’Etat Islamique, le risque d’évasion massive de ses anciens combattants ou sympathisants est aussi omniprésent dans les discours. Pourtant, ce n’est pas le risque que la reformation d’une cellule de l’Etat Islamique ferait courir aux populations locales qui est évoqué (alors qu’une partie des combattants considérés comme les plus dangereux pour l’Occident sont détenus dans des prisons situées dans des zones désertiques de Syrie et d’Irak, et protégées par l’armée américaine), mais l’éventualité que telle ou telle Française mariée à un combattant emprisonné et qui s’est elle évadée d’un camp de déplacés puisse revenir en France. Jusqu’à l’extrême-gauche, les discours sécuritaires prennent parfois une place plus importante que la préoccupation pour les populations civiles.

Si certains des Français membres ou sympathisants de l’Etat islamique ont demandé depuis des années à pouvoir revenir en France pour y être jugés, et qu’une partie des personnes présentes sur place craignent aujourd’hui de tomber entre les mains du régime, au fur et à mesure des arrestations de membres français de l’Etat islamique, les gouvernements français ont répété que ceux-ci devaient être jugés « sur place », bien que les tribunaux du Rojava ne soient pas reconnus internationalement et ne respectent aucun des droits de la défense, et bien que l’Etat irakien applique la peine de mort. Selon Human Rights Watch, dans la négociation en cours en vue d’un jugement des Français accusés d’être liés à l’Etat islamique, l’Etat irakien veut s’assurer qu’il ne sera pas mis en cause par la France, quelles que soient les conditions de transfert, de détention ou les modalités du déroulement des audiences. Pour ce qui est des civils, parfois proches des combattants de l’Etat Islamique, arrêtés en Syrie par les YPG, alliés des Occidentaux, ils ont jusqu’ici été le plus souvent parqués dans des camps, en dehors de toute procédure légale. Pourtant, en plus de ne pas dénoncer en premier lieu les dégâts causés par les différentes opérations militaires sur les conditions de vie des populations, la gauche ne s’oppose pas au renoncement de l’Etat français à toute norme de droit dans son soutien à ces dispositifs de gestion de l’ennemi. Pire, dans un contexte de névrose islamophobe et de psychose antiterroriste en France, la gauche ne trouve rien de mieux à faire que d’exacerber l’angoisse relative aux risques supposément encourus en France. Un autre renoncement est le fait de ne reprocher aux Etats-Unis que le redéploiement de leurs troupes, et non les cinq années de bombardements massifs sur des populations civiles et les destructions de villes entières menées par la coalition occidentale en Syrie et en Irak, effectuées sous prétexte de lutte contre le terrorisme.

Dans ce contexte d’attaque des populations par l’armée turque et de reprise en main de la situation par un régime syrien responsable de centaines de milliers de morts, il nous paraît important de défendre le peuple syrien ainsi que l’autodétermination du peuple kurde. Plutôt que de tomber dans le campisme imbécile et l’idéalisation naïve, qui ne sont que la déclinaison d’extrême-gauche du discours antiterroriste et de la focalisation sur l’islamisme, nous devons appeler au soutien aux populations vivant en Syrie.

Ci-dessous, nous republions « Le point d’explosion de l’idéologie au Kurdistan« , écrit en 2018 et toujours d’actualité. Refusant les lectures policières de l’histoire comme la géopolitique de comptoir, ce texte se propose d’étudier les raisons de l’engouement unanime et l’idéalisation des YPG au sein des gauches françaises. Il n’y est pas question de la « cause kurde » ni précisément de l’insurrection syrienne en tant que telles (ce serait beaucoup trop vaste) mais de la façon dont celles-ci auront servi de révélateur à la faillite du monde militant « de gauche », révolutionnaire comme réformiste. Nous y discutons la facilité de la gauche à se laisser embarquer par l’antiterrorisme et les idéologies d’États. À distance des postures « anti-impérialistes » caricaturales (campisme favorable au régime syrien) ou néo-conservatrices, il s’agissait déjà pour nous de rétablir quelques douloureuses vérités.

Que l’on songe au stalinisme ou à ses innombrables déclinaisons, l’histoire du mouvement ouvrier est jonchée de mystifications et de falsifications. À partir du moment où, dans les années 1920, l’Internationale Communiste est devenue la courroie de transmission des intérêts du jeune État « soviétique » 1, de larges pans du mouvement ouvrier ont été mis au service d’une propagande systématique. Celle-ci devait présenter la politique d’industrialisation forcée menée par un État autoritaire comme l’horizon et la base arrière de la révolution mondiale. Les mots même de révolution et de communisme ont pendant longtemps été entachés par cette expérience, ne désignant plus une existence débarrassée du travail et de l’État, mais, pour le plus grand nombre, une réalité sordide et brutale sans lien avec les promesses d’émancipation, ni avec une quelconque forme de vérité.

S’il serait possible de débattre longuement des circonstances historiques qui ont conduit à cet état de fait, on s’accordera volontiers à dire que cela a durablement nui à la cause révolutionnaire. Et si nous pensions depuis quelques décennies nous être éloignés de cet héritage embarrassant, les dernières années ont vu émerger un processus analogue s’étendant progressivement à toutes les sphères de la gauche, y compris celles se définissant comme « révolutionnaire ». C’est ce phénomène, et ce qu’il révèle, que nous tenterons d’analyser.

Hier comme aujourd’hui, la révolution n’est pas une affaire de parti.

Au sein des milieux de gauche « radicale » ou « révolutionnaire », de la France Insoumise aux libertaires et à certains « autonomes », en passant par le NPA, ce qu’il reste de maoïstes en France et certains secteurs du syndicalisme de lutte, la dernière mode semble être, non sans un certain essentialisme, « les Kurdes ».

S’il est stupéfiant de constater le peu de prudence à assimiler tout un peuple à un parti, fût-il un parti de masse (le PYD, branche syrienne du PKK), ce qui nous frappe davantage est le caractère absolument soudain, totalement fantasmé et inconséquent de l’intérêt de la majorité de la gauche française pour la « cause kurde ».

Ce soutien extatique s’expliquerait par l’« expérience révolutionnaire » déclenchée en 2011/2012 au Rojava (Kurdistan syrien), qu’il faudrait comparer à l’Espagne de 1936. De nombreux militants parlent à son sujet d’autogestion, d’écologie et d’égalité hommes-femmes, quand ce n’est pas de communes ou de communisme. Le plus souvent, même si rien n’est dit de ce qu’il se passe au Rojava, le caractère supposément utopique de cette expérience vise à discréditer l’organisation de la vie dans les villes de l’insurrection syrienne. Une tribune signée par tout le gratin de l’extrême-gauche française et publiée par Ballast cite par exemple l’inénarrable Noam Chomsky pour asséner avec lui que l’utopie rojavienne est « très différente de tout ce qui se trouve en Syrie 2. Dans une autre tribune, signée par des syndicalistes et publiée par l’Humanité, on peut lire : « C’est aujourd’hui une véritable alternative progressiste, égalitaire, féministe et laïque dans cette région. Elle peut dessiner un avenir émancipé de tous les obscurantismes et de toutes les barbaries » 3

Danielle Simonet, représentante de la France Insoumise, décrète que cette expérience « socialiste écologiste et féministe » est « inédite dans cette région », avant d’ajouter « un message politique aux féministes : venez, vous êtes pour l’égalité femmes-hommes, il y a dans cette région une expérience politique inédite qui promeut l’égalité femmes-hommes » 4 Dans le documentaire  Rojava, une utopie au cœur du chaos syrien  réalisé par Mireille Court, dont le titre résume la volonté de produire une opposition entre le Rojava et la situation syrienne, la voix off nous invite à « découvrir une autre place pour les femmes au Moyen-Orient » 5

Plutôt que de tenter de saisir les dynamiques en cours au Rojava, ou de comprendre l’auto-organisation qui a réellement existé dans les villes rebelles syriennes au début de l’insurrection (conseils communaux, auto-gestion des hôpitaux, enseignants qui écrivent leurs propres programmes etc 6 , l’extrême gauche s’identifie ainsi « aux Kurdes », perçus comme l’incarnation de la Lumière dans une « région » où régneraient sans partage « les obscurantismes ». Dans nombre de discours, la gauche radicale va jusqu’à opposer « les Kurdes » aux « musulmans », et même aux « sunnites », en oubliant qu’ils le sont souvent eux-mêmes. Et puisqu’il ne faudrait pas s’arrêter en si bon chemin, il est même devenu systématique pour une partie de la gauche d’assimiler la totalité des forces de l’opposition syrienne à l’« islamisme », en la qualifiant de « djihadiste », quand ce n’est pas de « barbare ». Comme le résumait Kendal Nezan, président de l’Institut kurde de Paris lors d’une émission de France Culture, « il y a l’unanimité de l’opinion publique, de la gauche libertaire à l’extrême droite » 7

Pourtant, parler de révolution au Rojava semble a minima exagéré, pour ne pas dire purement mensonger 8 Qu’on écoute les longs meetings tenus par l’extrême gauche « pro-kurde » ou la communication officielle du PYD, qu’on lise les déclarations du chef – objet d’un véritable culte de la personnalité – Abdullah Öcalan ou des reportages à la gloire de cette prétendue utopie, on ne trouve au mieux que des éléments de langage et des slogans creux, masquant très probablement l’absence de réalisations concrètes.

Ce que l’on sait en revanche, c’est que l’autonomie relative du Rojava n’est pas le résultat d’une insurrection ou d’une grève générale expropriatrice, mais d’une négociation avec le régime syrien, qui a d’abord consisté en une quasi neutralité des YPG (branche armée du PYD), vis-à-vis de la révolution syrienne 9.

Parler de neutralité ici revient en vérité à faire preuve de complaisance dans la mesure où l’on a assisté au musellement des éléments anti-Assad par le PYD, du moins à leur marginalisation, en échange du départ des troupes loyalistes. Depuis, au Rojava, les salaires des fonctionnaires continuent d’être versés par le régime. Et Assad, débarrassé de la gestion politico-militaire de ce territoire confié (au moins temporairement) au PYD, a pu concentrer ses efforts contre-insurrectionnels sur la « Syrie utile » (la zone urbanisée allant d’Alep à Damas) 10 .

Notre but n’est pas de diaboliser ce que l’extrême gauche française idéalise de manière outrancière mais de contextualiser. Il ne semble pas excessif d’affirmer que la société syrienne est extrêmement segmentée, que ce soit politiquement, ethniquement ou confessionnellement. L’oppression systémique des Kurdes, et celle vécue en Syrie en particulier, signifie de nombreuses discriminations : avant 2011, 300 000 Kurdes syriens n’avaient pas accès à la nationalité et 70 000 n’avaient aucune existence légale. L’accès la propriété et à de nombreux emplois ainsi que la pratique de la langue leur sont interdits.

La population kurde est dans son ensemble traitée avec violence et suspicion par le pouvoir, en atteste aussi la politique dite de la « ceinture arabe » mise en place en 1966 qui consistait en un transfert à des groupes de colons arabes armés de terres agricoles appartenant jusqu’alors à des paysans kurdes. Paradoxalement, Assad père et fils ont su instrumentaliser le PKK (puis le PYD) dès les années 80 comme moyen de pression contre la Turquie, en l’armant et/ou en le finançant. Ajoutons que le soutien de l’État turc à l’opposition syrienne dès le début de la répression de l’insurrection n’a pas contribué à faciliter les bonnes relations entre révolutionnaires arabes et kurdes. Un ministre du canton d’Afrin a expliqué la réticence de son mouvement à s’engager aux côtés de la révolution syrienne par le risque que cela comportait pour les Kurdes de se voir désignés comme boucs émissaires par le régime 11 . Il convient aussi de garder à l’esprit l’existence d’une  certaine hostilité vis-a-vis de l’autodétermination kurde au sein de certaines composantes de l’insurrection syrienne (en particulier chez celles issues des Frères Musulmans), ce qui a poussé, à la faveur d’un soulèvement anti-Assad s’appuyant sur les références à « l’unité de la Syrie » ou à « la Syrie arabe et islamique », de nombreux Kurdes à soutenir le PYD plutôt que la révolution en Syrie.

En somme, pour comprendre ce qu’il se passe au Rojava, nous ne semblons avoir d’autre choix que celui de quitter les illusions pseudo-révolutionnaires pour nous plonger dans les eaux glacées de la realpolitik en temps de guerre. S’il est évident que les intérêts du PYD et du régime syrien ne sont pas identiques, rappelons quelques épisodes où ils ont convergé :

  • – De nombreux activistes anti-Assad ont été menacés (et parfois arrêtés) dans les zones contrôlées par le PYD dès 2012. Des manifestations anti-Assad ont été réprimées, et il est arrivé que les YPG tirent sur une foule désarmée, comme lors de la manifestation d’Amouda en juillet 2013.
  • Lors de la reprise d’Alep par le régime et ses alliés, les YPG ont combattu les groupes rebelles, contribuant à la chute de la ville et à l’écrasement de sa population 12. Avant cela, les YPG avaient attaqué et repris Menagh et Tal Rifaat contrôlées de longue date par l’ASL.
  • Le PYD et le PKK, relaient la propagande assadienne, faisant de Daech « l’ennemi principal », et n’hésitent pas à y amalgamer une partie des rebelles syriens (alors que ceux-ci l’affrontent parfois en première ligne).

Il n’est par ailleurs pas étonnant que, comme pour tous les autres camps en présence, des crimes de guerre commis par les YPG soient révélés, bien qu’ils ne soient en aucune mesure comparables à ceux du régime syrien ou de l’État Islamique. Pourtant, le plus souvent, ces révélations ne rencontrent que l’aveuglement volontaire de la gauche française. Quand Human Rights Watch, qui a réalisé une enquête au Rojava en février 2015, et Amnesty International, qui s’y est rendu en octobre 2015, accusent les YPG de « nettoyage ethnique » en raison de la destruction de plusieurs villages arabes au Rojava et du déplacement de populations sur des bases ethniques 13 , de nombreux militants n’y voient pourtant que propagande hostile et malveillante, quitte à oublier que le président d’Amnesty International est emprisonné et inculpé en Turquie pour « appartenance à une organisation terroriste armée », pour y avoir dénoncé la guerre faite aux Kurdes. Quant à l’enrôlement de force de combattants par les YPG et l’emprisonnement des récalcitrants, ou l’utilisation d’enfants soldats, ils sont justifiés par de nombreux partisans des YPG comme liés à la nécessité de la guerre … S’il semble difficile de juger de telles pratiques sans prendre en compte le contexte de guerre, il convient en revanche de se demander comment et pourquoi on a pu travestir la guerre menée par les YPG en révolution libertaire. Il est en outre étonnant que l’on considère l’enrôlement d’enfants comme une contingence liée au manque de combattants, mais que la présence de femmes en première ligne (sur laquelle la propagande des YPG insiste lourdement) soit nécessairement une preuve de féminisme de l’organisation, voire d’égalité des sexes au Kurdistan …

S’il est douteux de parler de révolution au sens communiste du terme en la circonscrivant à une petite localité imperméable à son en-dehors, il est absolument grotesque de postuler la mise en place d’une utopie libertaire par une organisation militaire, au milieu d’une guerre d’une telle intensité, où se confrontent des acteurs mondiaux et régionaux. En outre, si l’on parle d’une « révolution », il faudrait dire où et quand les peuples du Rojava se sont soulevés pour abolir les formes de pouvoir existantes. Par ailleurs, rien n’indique, tout au long de l’histoire du PYD, une sympathie pour l’autogestion, ni même pour les mouvements de révolte qui ne sont pas à son initiative ou contrôlés par lui. De l’intifada de la jeunesse kurde en 2004 pendant laquelle la direction du PYD lançait des appels au calme, aux débuts de l’insurrection syrienne en 2011, que nombre de partis kurdes appelaient à rejoindre à l’exception notable du PYD, l’organisation n’a en effet pas brillé par son apologie de l’auto-organisation et de la démocratie « par en bas ».

En outre, rappelons qu’au sein de la supposée utopie autogestionnaire du Rojava, si des assemblées municipales ont été mises en place, celles-ci n’ont aucun pouvoir décisionnel ni même consultatif à propos de ce qui relève des décisions stratégiques, politiques et militaires, qui sont, elles, centralisées par le parti 14 . Pour ce qui est de la révolution sociale, la constitution du Kurdistan syrien (appelée « contrat social ») sanctifie la propriété privée, ce qui signifie que les classes sociales ne sont pas remises en question, loin s’en faut. En plus d’avoir inventé le confédéralisme démocratique, Abdullah Öcalan semble avoir inventé la révolution qui ne naît pas d’une lutte mais d’un accord avec une dictature, ne remet pas en cause le pouvoir militaire en place, et ne touche pas à l’exploitation.

Il est donc assez gênant de voir des militants se revendiquant du « communisme libertaire » applaudir une « révolution » où on n’aurait pas touché aux rapports de production. Alors que l’autogestion d’une seule usine au Rojava aurait fait la une de tous les médias gauchistes, et puisque nous savons maintenant que les « coopératives » d’Afrin ont été mises en place par la famille Assad 15 , de nombreux militants se retrouvent, faute de mieux, et en l’absence d’un quelconque exemple concret à citer, à exalter l’identité d’un peuple totalement fétichisé, rebelle par nature et vivant en harmonie. Il en est de même sur la question du féminisme où, en plus de se borner à des images de propagande représentant de jeunes combattantes cheveux au vent, il est question dans de nombreux discours français d’un « matriarcat originel » chez les Kurdes …

Les Kurdes, les Arabes et nous.

En parallèle de l’essentialisation d’un peuple, annexé dans son entier à une organisation militaire, et dont la culture serait, selon certains discours de gauche, par essence démocratique et féministe, le soutien de la gauche et de l’extrême-gauche françaises aux YPG est empreint de l’ethnocentrisme le plus caricatural, et teinté de l’opportunisme le plus crasse. Si le droit à l’autodétermination du peuple kurde, et la légitimité de la résistance face à la politique oppressive menée par les États turc, syrien, iranien ou irakien ou aux tentatives d’assimilation par le nationalisme arabe et l’islam politique sont absolument légitimes et doivent être défendus, et si les méfiances de nombreux Kurdes vis-a-vis de l’insurrection syrienne qui, globalement, les a peu pris en compte, sont compréhensibles, nous constatons que c’est rarement cela qui guide le soutien unanime aux « Kurdes », c’est-à-dire aux YPG, dans les discours politiques en France.

En effet, si la rumeur d’une révolution au Rojava avait couru dans la gauche française dès 2012, c’est en 2015, après l’attentat du 7 janvier et encore plus après celui du 13 novembre, que la gauche française s’est particulièrement passionnée pour le combat « des Kurdes » contre l’État Islamique. Et ce alors que, dans son immense majorité, cette même gauche n’a rien compris au soulèvement syrien de 2011, et n’a, à l’inverse de nombreuses associations musulmanes, jamais essayé d’y apporter le moindre soutien, pas même humanitaire.

Et c’est ainsi qu’en France, en 2015, dans un contexte d’union nationale contre la « barbarie islamiste », le slogan « Fuck ISIS, support PKK » a commencé à fleurir chez les gauchistes, en même temps que la prolifération des mythes sur l’« expérience autogestionnaire au Rojava ». Parallèle troublant, ces discours se sont répandus au moment même où la diplomatie française rompait avec sa politique de pression (modérée) vis-a-vis d’Assad, et considérait désormais l’État Islamique (ou « l’islamisme ») comme l’ennemi unique, Assad n’étant plus un ennemi, Poutine et le PYD constituaient même des partenaires dans cette lutte.

Que l’État français prenne pour position « tous contre Daech et seulement contre Daech » alors que l’État Islamique ne fera jamais autant de dégâts en Syrie qu’Assad et Poutine ni autant de morts dans le monde que la France ou les États-Unis est une chose, mais que l’extrême-gauche, « révolutionnaire » et « anti-impérialiste » autoproclamée, ait le même réflexe, tout en continuant d’ignorer d’une part l’insurrection syrienne et sa répression, et d’autre part la politique des États occidentaux dans le monde, est pour le moins obscène. En réalité, « les Kurdes » semblent être aux militants de gauche ce que « les chrétiens d’Orient » sont à ceux de la droite catholique : la justification de leurs peurs et de leurs lâchetés.

Au delà du parallèle troublant entre d’une part les positions diplomatiques de l’État français ou des États occidentaux, et d’autre part celles de « révolutionnaires » internationaux s’engageant dans les YPG (ou de la gauche française les soutenant), c’est parfois jusqu’aux arguments pour justifier ces positions qui convergent. Dans divers reportages télévisés diffusés en 2016, des volontaires français, qui ne se seraient jamais intéressés à la Syrie si des Français n’étaient pas morts dans une salle de rédaction, en terrasse ou dans une salle de concerts, affirment s’être décidés à rejoindre les YPG après le 13 novembre 2015. Dans un documentaire de Russia Today à propos de la prise de Raqqa, un volontaire suédois s’indigne de la supposée faiblesse de la répression dans son pays contre Daech, puis affirme que l’État Islamique est « l’incarnation de la méchanceté », puisque « le monde entier est contre eux ». Dans le même reportage, c’est une volontaire suédoise des YPJ (branche féminine des YPG), qui, dans un discours qui n’est pas sans rappeler les arguments avancés pour justifier toutes les guerres de l’OTAN depuis près de vingt ans, dit vouloir « lutter pour les droits des femmes ici au Moyen-Orient » 16 . Et la palme de l’ethnocentrisme et de l’ignominie revient sans doute aux anarchistes qui, à Raqqa, dans une ville ravagée et vidée de ses habitants par les bombardements internationaux, ont décidé de prendre la pose dans les ruines avec le drapeau LGBT et la banderole « This faggot kills fascists ».

Après avoir proprement ignoré l’insurrection syrienne et son écrasement par Assad et ses alliés, une bonne partie de la gauche se cache maintenant derrière « les Kurdes » pour reprendre les éléments de langage du régime syrien, ou ceux des représentants kurdes en France, calibrés pour plaire à la gauche française. Ainsi, lors du meeting parisien du 24 mars en solidarité avec la lutte des YPG à Afrin, les combattants de l’Armée Syrienne Libre furent désignés systématiquement comme « Al Qaida » et d’« anciens combattants de Daech ». Alors que nous sommes dans une situation tragique et complexe où Erdogan a réussi à s’acheter la loyauté d’une partie de l’ASL pour mener un combat ouvert contre le PYD 17 , dans un contexte où le parti kurde est de plus en plus perçu comme un « occupant » par certaines populations arabes 18 , la gauche française a décidé, de manière unanime, de ne décrire qu’une partie du drame. Lors des prises de paroles de ce meeting du 24 mars, toutes consacrées au récit de la « lutte contre le terrorisme », où se sont succédés les responsables de SOS Racisme (!), de Solidaires, du MRAP, de la France insoumise, d’Alternative Libertaire ; les représentants de cette dernière organisation et Olivier Besancenot furent les seuls à mentionner le régime syrien, renvoyant Erdogan et Assad dos à dos, et rappelant que la guerre en Syrie avait commencé par une révolte contre une dictature ignoble.

Sans souci de nuance, sur les sites internet et les pages facebook favorables au PYD, ce sont les termes « barbares » et « islamo-fascistes » qui prévalent, sans que l’on sache très bien ce qu’englobent ces catégories. Et ces messages sont relayés par des militants qui, s’ils ne pouvaient se cacher derrière « les Kurdes », n’assumeraient pas l’islamophobie du propos. Quant à Mélenchon, connu pour sa reprise depuis 2011 de tous les arguments d’Assad et de Poutine à propos des rebelles syriens, il twittait récemment : « Incroyable courage des combattant(e)s kurdes. Sous nos yeux le lâche abandon de nos alliés aux mains de Erdogan. Le parti médiatique préfère soutenir les Daech de la Goutta

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. Et ce alors même que la majorité des morts à la Ghouta (et non à « la Goutta » …) furent bien sûr des civils, et que les insurgés de la Ghouta ont toujours été opposés à l’État Islamique…

En réalité, le soutien de la gauche française aux « Kurdes » est moins lié au soutien à l’autonomie du Kurdistan qu’au fait que « les Kurdes » seraient « nos alliés », contre l’ennemi que la France a désigné dans cette guerre contre le terrorisme, un paradigme qui fait disparaître toute autre considération. Dans la tribune parue dans l’Humanité déjà mentionnée, de nombreux syndicalistes CGT et Solidaires justifient ainsi leur soutien aux YPG : « En Syrie, les forces kurdes des YPG/YPJ et les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont pourtant combattu en première ligne contre l’État islamique. Elles ont défendu et sauvé Kobané. Elles ont libéré Raqqa, la « capitale » du califat sanguinaire » 20 . Et Danielle Simmonet justifie notamment son soutien aux YPG par le fait qu’ils seraient les « meilleurs combattants contre Daech » 21 . La suite de son propos illustre ce qu’elle pense de l’insurrection syrienne : « [Les YPG] sont une alternative à la fois à Assad, à Daech et à certaines milices qui se disent rebelles et sont aussi dans des formes de djihadisme » …

L’internationalisme n’est donc plus, pour la gauche, le soutien aux révolutions par-delà les frontières, mais la justification de ses propres lâchetés, de son désintérêt pour les habitants des villes de l’insurrection syrienne sous les bombardements, et de sa peur des « islamo-fascistes ». S’ensuit logiquement le soutien aux milices YPG que certains Occidentaux ont rejoint, et que l’OTAN appuie périodiquement pour se défendre contre les barbares qui attaquent parfois à Paris notre art de vivre et notre goût pour la liberté. Ainsi, alors que 500 000 Syriens sont morts depuis le début de la guerre, alors que ceux qui ont instauré des conseils communaux, ont organisé le ravitaillement des villes assiégées, ont mis en place les brigades de casques blancs, autogéré les hôpitaux et les écoles dans des villes en guerre, alors que les habitants des villes écrasées sous un tapis de bombe ont été ignorés voire insultés par une partie de la gauche française, et notamment par la France Insoumise, les seuls morts qui sont commémorées, les seuls noms qui sont cités dans les médias de gauche et d’extrême-gauche comme dans les médias de masse, sont ceux des volontaires occidentaux des YPG. Parfois, nous pouvons même lire ou entendre moult détails sur la vie d’avant-guerre de ces combattants européens, aux engagements ou aux modes de vie proches des nôtres, donnant l’impression qu’il faut insister sur le fait que ce sont ces vies là qui sont dignes d’être pleurées.

Le plus souvent, les discours de l’extrême-gauche radicale ou des organisations antifascistes ne valent pas mieux que ceux de la gauche institutionnelle, donnant ainsi une caution « révolutionnaire » au rôle de mercenaires confié par l’OTAN aux YPG. Nombreux sont ceux qui nomment « intervention antifasciste » l’avancée des combattants occidentaux du « Bataillon international » des YPG dans les ruines de villes et de villages arabes syriens détruits par les bombardements de l’OTAN et de la Russie ou la prise de Mossoul par l’OTAN et ses alliés en Irak, après que ses habitants furent ensevelis sous les bombes de la coalition, avant d’être écrasés par les bulldozers des forces irakiennes 22 . A l’inverse, ceux qui ont un minimum de culture historique se rappellent que le fascisme est un mouvement né en Europe, porté par les volontés expansionnistes des États européens, et non la réaction, aussi criminelle et détestable que fut celle de l’État Islamique en Irak et dans le monde, à la destruction d’un pays par la plus puissante armée du monde, ainsi qu’à l’oppression par des dictatures.

La confusion entre antiterrorisme et antifascisme pour la séquence qui nous intéresse date du siège de Kobané par l’État Islamique, alors présenté comme le nouveau Stalingrad 23 . Même si nous pouvons comprendre qu’il est toujours tentant d’associer atrocités, crimes de masse et nettoyage ethnique au fascisme, cette pseudo-analyse a de nombreux effets pervers. Le principal d’entre eux est que cela nous ferait oublier que l’État Islamique n’a pas le monopole des atrocités et que le plus grand responsable de massacres en Syrie est de très loin le régime syrien (avec ses soutiens russes, iraniens et libanais) disposant d’une force de frappe sans commune mesure avec celle de l’État Islamique, et pratiquant notamment la torture systématique, les bombardements aériens sur les populations et l’usage d’armes chimiques.

Quitte à parler de fascisme et d’expansionnisme, rappelons que ce même régime syrien entretient de longue date des relations privilégiées avec les milieux fascistes, néo-nazis et nationalistes européens. Aloïs Bruner 24 , « meilleur homme » d’Adolf Eichmann, a formé les services de renseignement du régime de Damas pendant quarante ans, et la quasi-totalité des groupes fascistes sévissant actuellement en Europe le soutiennent, en échange de quoi ils sont reçus bras ouverts lors de voyages « diplomatiques » 25 . Ce soutien de l’extrême droite, se prétendant « anti-impérialiste », prolonge en vérité une alliance assez ancienne du régime syrien avec la bourgeoisie française (incarné par exemple par les liens entre Chirac et Assad 26 , laquelle, mise à mal par l’étendue de la répression de 2011, s’est peu à peu réaffirmée au nom de la lutte prioritaire contre le terrorisme.

Cette comparaison historique entre la guerre de l’OTAN et des YPG contre l’État Islamique et la lutte contre le nazisme et le fascisme n’a aucun fondement sérieux, tout comme la plupart des schémas idéologiques qui ont été projetés sur cette guerre. Nous pourrions enfoncer le clou, en questionnant l’usage même de la catégorie de « terrorisme » dans un contexte de guerre généralisée en Syrie. Le PKK est considéré comme terroriste par la Turquie (et encore officiellement par l’Union Européenne), et le Hezbollah, qui se bat aux côtés de l’armée régulière syrienne, reçoit la même qualification de la part de l’UE et des États-Unis. Agiter de tels mots épouvantails, étiqueter son ennemi comme « terroriste » dans un contexte de guerre ne conduit qu’à empêcher de penser la réalité et la complexité du conflit, ainsi que la nature des rapports de force.

« Anti-interventionnisme » et intervention réellement existante.

L’opposition à toute « ingérence occidentale » constitue une autre réaction fréquente à gauche. Lundi Matin a par exemple été vigoureusement attaqué sur les réseaux sociaux pour avoir publié le texte de Sarah Kilani et Thomas Moreau sur l’alter-complotisme de la pravda mélenchoniste 27 , article dans lequel était préconisé une intervention contre le régime syrien. Nous partageons évidemment le réflexe de principe qui consiste, pour des révolutionnaires, à ne pas solliciter le chef des armées et lui demander de venir en aide à des camarades à l’autre bout du monde. Les États sont nos ennemis, à commencer par celui qui nous domine et nous réprime le plus directement. Dans l’immense majorité des cas cette position « anti-impérialiste » ou « anti-interventionniste » oublie cependant que des bombardements français ont déjà lieu depuis septembre 2014 … contre l’État Islamique (c’est-à-dire avant que celui-ci ne frappe la France). Or, ceci n’a entraîné presque aucune protestation, pas plus que les nombreuses autres interventions de « maintien de l’ordre » menées par la France, en Côte d’ivoire, au Mali, en Centrafrique, etc. Visiblement il serait plus légitime du point de vue de la gauche que l’armée française intervienne pour « lutter contre le terrorisme » et maintenir sa sphère d’influence, que pour renverser une dictature. Sur ce point, nous devons admettre que les positionnements « pro-intervention » comme celui de Sarah Kilani sont plus conséquents, puisqu’en plus de ne pas dissocier la nécessité d’en finir avec le terrorisme de celle d’en finir avec les dictatures 28 , ils n’occultent pas la centralité du processus révolutionnaire déclenché dans le monde arabe contre ces dictatures.

S’il est naïf et paradoxal de demander à l’État français ou à ses alliés de se comporter en défenseur des droits de l’Homme, voire en promoteur de la révolution et de la démocratie dans le monde, que dire de la posture anti-impérialiste proclamée par ses adversaires ? L’inquiétude quant à une intervention militaire anti-Assad, dont on a vu, après de nombreux dépassements de « lignes rouges », de 2013 à 2018, qu’elle n’avait pas lieu, a contribué à invisibiliser la dynamique insurrectionnelle et même à la faire passer pour le résultat d’une manipulation extérieure 29 . Pourtant, comme nous l’avons déjà mentionné, ce sont la Russie, l’Iran et le Hezbollah qui interviennent massivement contre la population syrienne, tandis que les occidentaux, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche restent obnubilés par la menace « islamo-fasciste ». Cette occultation des interventions réelles paraît encore plus douteuse quand on voit la place que prend l’anecdotique soutien israélien à certains groupes rebelles dans les discours de certains militants de gauche. Le fourvoiement de cet anti-impérialisme de pacotille est total.

Finalement, nous arrivons à un moment où l’union sacrée dans la guerre contre le terrorisme a réussi à fédérer la totalité du champ politique. Alors que les détentions arbitraires et l’usage de la torture à Guantanamo étaient dénoncés par la gauche française, tous les principes semblent avoir disparu maintenant que « nous » sommes visés par les « barbares » : les bombardements sur Raqqa et Mossoul, les exécutions par drone sans l’ombre d’un procès, les détentions arbitraires et les jugements expéditifs (en particuliers ceux pratiqués par « nos boys », les YPG 30 , ne semblent plus gêner personne. La gauche, dans sa grande diversité, aura été incapable de se reconnaître dans les révolutions qui ont secoué les pays arabes, sûrement les seules que notre génération a connu jusqu’alors. En fin de compte, la gauche préfère applaudir plus ou moins honteusement à leur anéantissement : plutôt l’ordre que le chaos ou, comme aurait dit Marx, « plutôt une fin effroyable qu’un effroi sans fin ». Du soutien plus ou moins honteux à Poutine-Assad à celui qui s’exprime pour la coalition occidentale avec au centre les YPG, chacun aura depuis son confortable fauteuil choisi un camp comme dans une partie de Risk.

Peu avant son procès, un des inculpés de l’affaire dite de Tarnac soulignait lors d’une interview radiophonique que le soutien dont lui et ses camarades avaient bénéficié de la part de la gauche n’aurait probablement jamais existé s’il s’étaient appelés Youssef ou Mohamed 31 . Les réactions timorées vis-à-vis de l’état d’urgence, parfois les tentatives de sabotages de celles-ci au prétexte que s’y trouvaient les « islamistes » du CCIF (ou tout autre groupe antiraciste composé de musulmans réels ou supposés) lui donnent raison 32 , tout autant que l’absence de réaction de la gauche face au fait que l’État français assume dorénavant d’assassiner certains de ses ressortissants par drone parce qu’ils sont dans le camp de l’ennemi, ou encourage qu’ils soient jugés dans les tribunaux antiterroristes du Rojava, sans avocat ni possibilité de faire appel 33

On l’a vu, les raisons du soutien au PYD sont multiples, et certaines seraient tout-à-fait légitimes si elles étaient prudemment formulées, dans le cadre strict de la lutte pour l’autodéfense et l’autodétermination kurde. Il serait possible de comprendre le décalage abyssal entre le récit « révolutionnaire » sur le Rojava et le réel des compromissions politiques qui s’y déroulent par les « nécessités de la guerre ». Mais si nous acceptons cela, alors affirmons que le ralliement d’une part importante de l’ASL à Erdogan n’est pas moins justifié que l’alliance de circonstance du PYD avec Assad, Poutine ou Trump. Une analyse cohérente de la situation ne donne certes pas de solution clés en main à ce drame où rebelles et Kurdes s’entretuent pour le compte de dictateurs, mais devons-nous continuer à nous réfugier derrière les slogans et les postures quand il semble difficile de faire face au réel ? Comme l’écrivait Louis Mercier-Véga dans La Chevauchée anonyme, « Il y a des périodes où l’on ne peut rien, sauf ne pas perdre la tête » 34


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Rubel Maximilien, « Formation et développement du capital en URSS », Economie appliquée, 1957, marxists.orghttps://www.marxists.org/francais/rubel/works/1957/rubel_19570900.htm .

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T.K.G.V, « Lettre à des amis « rojavistes » », ddt21.noblogs.org, 2015, http://ddt21.noblogs.org/?page_id=914 .

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« Amnesty International wirft Kurden Vertreibung vor », Zeit Online, 13/10/2015, http://www.zeit.de/politik/ausland/2015-10/syrien-amnesty-international-bericht-vertreibungen


1. Vaste sujet, que nous mentionnons ici simplement à titre d’analogie. Sur la« bolchévisation » des partis communistes, le développement du capitalisme d’État, et la contre-révolution stalinienne, (re)lire les gauches communistes :

Panekoek Anton, « Au sujet du parti communiste », International Council Correspondence, Vol. 1, no. 7, 1936, marxists.org,

Rubel Maximilien, « Formation et développement du capital en URSS », Economie appliquée, 1957, marxists.org

Bilan,« Seizième anniversaire de la révolution russe », Bilan, n°1, 1933, archivesautonomies.org, 2016

2. Rojava : brisons le silence », Revue Ballast, mars 2018, http://www.revue-ballast.fr/rojava-brisons-le-silence/ (où on retrouve côte à côte l’auteur de la Fabrique du Musulman et la crème de l’islamo-gauchisme). 

3.  Collectif de syndicalistes, « Afrin. Appel de soutien de syndicalistes », L’Humanité.fr, 26/03/2018, http://www.humanite.fr/afrin-appel-de-soutien-de-syndicalistes-652630

4Simonet Danielle, « Discours à la marche mondiale pour Afrin », Place de la République, 24/03/2018, https://www.youtube.com/watch?v=DN6ZlnpJvJU .

5Den Hond Chris & Court Mireille, « Rojava : une utopie au cœur du chaos syrien », OrientXXI.info, 2017 https://www.youtube.com/watch?v=Js6PAWd202M .

6 Daher Joseph, « L’auto-organisation des luttes populaires en Syrie face au régime et aux groupes islamistes ? Oui, ça existe ! », europe-solidaire.org, 04/09/2013, http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article29650

7Nezan Kendal in « Kurdistan syrien : jusqu’ou ira Erdogan ? », France Culture, 23/03/2018, https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/culturesmonde-du-vendredi-23-mars-2018

8 T.K.G.V, « Lettre à des amis « rojavistes » », ddt21.noblogs.org, 2015, http://ddt21.noblogs.org/?page_id=914

9 Leverrier Ignace,  « Les Kurdes sur la voie de l’autonomie en Syrie … avec l’aval de Bachar Al-Assad », lemonde.fr, 02/11/2011, http://syrie.blog.lemonde.fr/2011/11/02/les-kurdes-sur-la-voie-de-l%E2%80%99autonomie-en-syrie%E2%80%A6-avec-l%E2%80%99aval-de-bachar-al-assad/

10 Jarin Affar, Interview avec Omar Jian, « Die Wahrheit ist, dass die PKK eine kurdisch-türkische Partei ist und die syrischen Kurden nicht vertreten kann. », Huffington Post, 02/11/2017, https://www.huffingtonpost.de/arin-jaafar/die-wahrheit-ist-dass-die_b_18400356.html

11« Les Arabes disaient : « Nous vous attendons. Rebellez-vous, nous sommes prêts, renversons le régime ». Nous disions : « Non, nous sommes 15% de la Syrie et vous êtes 85% de la Syrie. Que 50% d’entre vous se soulève et 100% d’entre nous se soulèvera ». Ils se sont trouvés être des menteurs. Si nous avions fait comme ils voulaient que nous le fassions, le régime aurait dit « Ceux-là veulent briser la Syrie » et ils auraient organisé tous les arabes contre nous. Et les kurdes au Rojava auraient dû faire face à un génocide. Nous avons réalisé la situation. Nous disions que nous allions mettre en application notre modèle sur une fondation démocratique et sans bain de sang et que notre porte était ouverte à celles et ceux qui voulaient se joindre à nous » in « Le ministre de l’économie du canton d’Afrin : le Rojava défie les normes de classe, de genre et de pouvoir », rojavasolidarite.noblogs.org, 01/01/2015

12 Ibrahim Arwa, « L’aide apportée à Assad par les amis-ennemis » kurdes à Alep, middleeasteye.net, 6/12/2016, http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/analyse-l-aide-apport-e-assad-par-les-amis-ennemis-kurdes-alep-1473848762

13 « Amnesty International wirft Kurden Vertreibung vor », Zeit Online, 13/10/2015, http://www.zeit.de/politik/ausland/2015-10/syrien-amnesty-international-bericht-vertreibungen

14 Ibid

14 Bonzon Ariane, « Tout le monde sait que les Turcs ne repartent pas facilement de là où ils sont entrés », slate.fr, 21/02/2018, http://www.slate.fr/story/157858/syrie-turquie-kurdes?amp&__twitter_impression=true

16Trofimova Anastasia, « The road to Raqqa », rt.com, 18/09/2017, https://rtd.rt.com/films/road-to-raqqa/

17Barthe Benjamin, « L’armée syrienne libre : de la lutte contre Assad à la milice pro-turque », Le Monde, 30/01/2018, http://mobile.lemonde.fr/syrie/article/2018/01/30/l-armee-syrienne-libre-de-la-lutte-contre-assad-a-la-milice-proturque_5249012_1618247.html

18«Dozens of civilians and armed groups fighters from Tal Rifaat city protested yesterday near Bab al-Salame border crossing demanding to open a new military campaign to retake their city which was captured by SDF groups more than 2 years ago »,  Northern Syria Observer, 23/03/2018, https://www.youtube.com/watch?v=Z8GzlvOCGGM&feature=share

19 Mélenchon Jean-Luc, tweet du 14/03/2018, https://twitter.com/tremblay_p/status/973922508457041921

20 Collectif de syndicalistes, « Afrin. Appel de soutien de syndicalistes », L’Humanité.fr, 26/03/2018, http://www.humanite.fr/afrin-appel-de-soutien-de-syndicalistes-652630

21Simonet Danielle, « Discours à la marche mondiale pour Afrin », Place de la République, 24/03/2018, https://www.youtube.com/watch?v=DN6ZlnpJvJU

22 “Massacre à Mossoul : « Nous avons tué tout le monde – l’EI, les hommes, les femmes et les enfants », Middle East Eye, 27/07/2017, http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/massacre-mossoul-nous-avons-tu-tout-le-monde-l-ei-les-hommes-les-femmes-et-les-enfants

23Ruptura Collectiva, “La guérilla anarchiste IRPGF est née au Rojava pour lutter pour la révolution au Kurdistan”, 08/04/2017, http://www.youtube.com/watch?v=91W5OeT_yYE&t=87s

24Aouidj Hedi & Palain Mathieu, “ Le nazi de Damas”, revue 21, n°37, 2017, http://www.revue21.fr/tous_les_numeros#n-37_le-nazi-de-damas

25 Shrooms Leila, “Syrie : qui sont les soutiens fascistes d’Assad ?”, lahorde.samizdat.net, 2014, http://lahorde.samizdat.net/2014/01/15/syrie-qui-sont-les-soutiens-fascistes-dassad/

26 Drouelle Fabrice, “Chirac-Assad. Dix ans de dipomatie franco-syrienne 1996-2006”, franceinter.fr, 30/01/2018, http://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-30-janvier-2018

27Kilani Sarah & Moreau Thomas, « Le Média sur la Syrie: naufrage du journalisme alternatif », lundi.am, 28/02/2018, https://lundi.am/Le-Media-sur-la-Syrie-naufrage-du-journalisme-alternatif

28 Monsieur le président, maintenir Assad c’est soutenir le terrorisme”, Libération, 02/07/2017, http://www.liberation.fr/debats/2017/07/02/monsieur-le-president-maintenir-assad-c-est-soutenir-le-terrorisme_1581057

29 Breteau Pierre, “Les pipelines et les gazoducs sont-ils à l’origine de la guerre en Syrie, comme l’affirme Jean-Luc Mélechon ?”, Le Monde, 12/04/2017, http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/04/12/les-pipelines-et-les-gazoducs-sont-ils-a-l-origine-de-la-guerre-en-syrie-comme-l-affirme-jean-luc-melenchon_5110147_4355770.html ; lire également Cournebouc Alain, « Ni Allah, ni pétrole : pour une approche ouverte de la question syrienne », carbureblog.com, 04/02/2017, http://carbureblog.com/2017/02/04/ni-dieu-ni-petrole-pour-une-approche-ouverte-de-la-question-syrienne/

30 Lire à ce sujet les rapports de Human Rights Watch et les rares analyses publiées : « Syrie : des abus sont commis dans les enclaves sous contrôle kurde », Human Rights Watch, 19/06/2014, http://www.hrw.org/fr/news/2014/06/19/syrie-des-abus-sont-commis-dans-les-enclaves-sous-controle-kurde ; Simon Cyril, « Djihadistes français en Syrie : « On ne peut pas parler de procès équitable », Le Parisien, 05/01/2018, http://www.leparisien.fr/international/djihadistes-francais-en-syrie-on-ne-peut-pas-parler-de-proces-equitable-05-01-2018-7485120.php ; « La cour antierroriste de Qamishli », francetvinfo.fr, 23/01/2018, http://www.francetvinfo.fr/france/jihadistes-francais/video-pas-d-avocat-pas-d-appel-une-audience-dans-un-bureau-comment-la-cour-antiterroriste-kurde-juge-les-jihadistes_2574880.html ; Digiacomi Claire, « Les jihadistes arrêtés en Syrie peuvent-ils vraiment être jugés au Kurdistan syrien ? », huffingtonpost.fr, 04/01/2018,https://www.huffingtonpost.fr/2018/01/04/les-jihadistes-francais-arretes-en-syrie-peuvent-ils-vraiment-etre-juges-au-kurdistan-syrien_a_23324075/ ; Boggio Philippe, « Dans le secret des opérations homo », slate.fr, 29/03/2015, https://www.slate.fr/story/99473/operations-homo .

31 Evin Kahtleen, « Retour sur l’affaire dite de Tarnac avec Julien Coupat et Mathieu Burnel », France Inter, 17/02/2018, https://www.franceinter.fr/emissions/l-humeur-vagabonde/l-humeur-vagabonde-17-fevrier-2018

32 Réactions analogues chez les insurrectionnalistes chauvins de Non Fides vis-à-vis de l’organisation du « banquet contre l’état d’urgence » ( « Mais avec banquetez-vous  ?  » non-fides.fr, 28/01/2016, http://www.non-fides.fr/?Mais-avec-qui-banquetez-vous ) et dans la mouvance de la « gauche » identitaire du Printemps Républicain contre la LDH ( Dumont Françoise, « Réponse LDH à Gilles Clavreul, le soi disant DILCRA », solidaires.org, 16/12/2015, http://solidaires.org/Reponse-LDH-a-Gilles-Clavreul-le-soi-disant-DILCRA ).

33 Lire à ce sujet les rapports de Human Rights Watch et les rares analyses publiées : « Syrie : des abus sont commis dans les enclaves sous contrôle kurde », Human Rights Watch, 19/06/2014, http://www.hrw.org/fr/news/2014/06/19/syrie-des-abus-sont-commis-dans-les-enclaves-sous-controle-kurde ; Simon Cyril, « Djihadistes français en Syrie : « On ne peut pas parler de procès équitable », Le Parisien, 05/01/2018, http://www.leparisien.fr/international/djihadistes-francais-en-syrie-on-ne-peut-pas-parler-de-proces-equitable-05-01-2018-7485120.php ; « La cour antierroriste de Qamishli », francetvinfo.fr, 23/01/2018, http://www.francetvinfo.fr/france/jihadistes-francais/video-pas-d-avocat-pas-d-appel-une-audience-dans-un-bureau-comment-la-cour-antiterroriste-kurde-juge-les-jihadistes_2574880.html ; Digiacomi Claire, « Les jihadistes arrêtés en Syrie peuvent-ils vraiment être jugés au Kurdistan syrien ? », huffingtonpost.fr, 04/01/2018, https://www.huffingtonpost.fr/2018/01/04/les-jihadistes-francais-arretes-en-syrie-peuvent-ils-vraiment-etre-juges-au-kurdistan-syrien_a_23324075/ ; Boggio Philippe, « Dans le secret des opérations homo », slate.fr, 29/03/2015, https://www.slate.fr/story/99473/operations-homo

34 Mercier-Vega Louis in « « La Chevauchée anonyme ». Ni l’un ni l’autre camp (1939-1941 », gimenologues.org, 22/09/2006,  http://gimenologues.org/spip.php?article201

L’alliance surprise entre Assad et les kurdes…


C'est-l'époque-de-la-guerre

Le 16 octobre 2019 à 14h45

Sauver la population. Les Forces démocratiques syriennes – le nom officiel des forces armées kurdes – se sont résolues à signer un accord historique avec l’armée syrienne de Bachar al-Assad dans un seul et unique but : empêcher que les populations kurdes ne pâtissent de l’offensive turque à l’est du pays, dans les territoires jusqu’ici détenus par les FDS.

Le contenu de l’accord entre la SAA, l’armée arabe syrienne, et les FDS a fuité ce mardi soir. Il trace les lignes d’un choix plus que symbolique du mouvement kurde, qui donne accès aux troupes loyalistes syriennes à un territoire chèrement conquis, au prix de nombreuses pertes en vies humaines lors des combats contre Daech.

« Les FDS ont accepté l’entrée de l’armée arabe syrienne et son contrôle s’étendra à toute la région, depuis Ayn Diwar à l’Est, jusqu’à Jarablus à l’Ouest », précise l’accord entre les deux ex-belligérants. En clair, les Kurdes ont ouvert les portes d’accès à tout leur territoire à leurs anciens ennemis. Un séisme politique – mais aussi militaire – pour les Turcs. Le cadre de ce futur déploiement tactique a été fixé très précisément par les deux nouveaux alliés de circonstance.

L’armée syrienne va donc se déplacer dans le territoire kurde via trois axes. Un premier axe « depuis Tabqa en direction du Nord vers Ayn Issa et sa campagne ». Également en direction du Nord vers la frontière syro-turque à Tell Abyad et vers l’Ouest.

Le contenu de l’accord fait que l’armée du régime de Bachar al-Assad étendra sa souveraineté dans toute la région à l’est et au nord de 
l’Euphrate mais, détail d’importance, « en coordination avec les conseils militaires locaux ». La zone située entre Ras al Ayn et Tell Abyad est définie comme la zone de combat principale « en attendant sa libération », précisent encore les deux parties.

Retour de la souveraineté de Bachar al-Assad

Les mots les plus importants de ce texte, finalement assez court, sont ceux qui ont trait à la souveraineté sur le territoire. Ceux qui ont dû coûter le plus cher aux responsables kurdes. « Les FDS confirment qu’elles sont prêtes à préserver l’unité territoriale de la République arabe syrienne et qu’elles le font sous le drapeau de la République arabe syrienne », définit ainsi l’accord. « Les FDS se tiendront aux côtés de la SAA pour faire face aux menaces turques contre la terre syrienne sous la direction du président Bachar al-Assad », conclut le texte. Des mots qui redonnent au raïs syrien la souveraineté sur un territoire qui échappait à son contrôle depuis 2011.

Il y a deux manières d’analyser cette décision. C’est, pour certains, la fin du rêve d’un « Kurdistan syrien ». Pour d’autres, les victoires militaires kurdes du passé leur garantiront peut-être un avenir sous la souveraineté de Bachar al-Assad.

« Tout s’est écroulé comme un château de cartes pour les Kurdes »

« Avec le retrait américain, tout s’est écroulé comme un château de cartes pour les Kurdes. En réalité, les populations arabes sont majoritaires dans cette région, et les Kurdes n’en avaient qu’un contrôle militaire », explique Fabrice Balanche, maître de conférences à l’université Lyon-2, contacté par Le Parisien. Le géographe, spécialiste de la région, revient tout juste de la zone.

« Les Kurdes n’ont plus le choix que d’être loyaux car, sans l’intervention syrienne, un million de Kurdes auraient été déplacés par les Turcs, sans l’ombre d’un doute. Les populations ont très peur des supplétifs arabes d’Erdogan, car ils égorgent, ils pillent, ils violent, ce sont pour certains des anciens de Daech ou d’Al-Qaida. Le but avant tout c’était d’éviter un massacre », analyse encore le chercheur associé au Washington Institute.

« Les YPG (les unités de protection du peuple kurde) ont été largement surestimées par certains médias. La réalité est tout autre. Les forces kurdes se sont écroulées en quelques jours, sans le soutien des Etats-Unis », constate encore le spécialiste de la région. « Les FDS ont été surestimées car on oublie que les Arabes qui les constituent largement se battaient parce que des salaires étaient versés. Il fallait nourrir les familles. La principale motivation était là. Elle n’était pas idéologique », décrypte encore Fabrice Balanche.

« Ils devraient obtenir beaucoup plus que leur sort dans le passé »

« Les Kurdes ont préféré faire des concessions au régime syrien plutôt qu’aux Turcs », confirme Karim Pakzad, chercheur à l’IRIS (l’Institut de relations internationales et stratégiques). « Les Kurdes n’arrivaient plus à faire face aux forces d’Erdogan. Ils ont donc logiquement perdu leur souveraineté gagnée sur le terrain », constate-t-il.

« C’est faux de dire que les Kurdes dans leur ensemble sont des indépendantistes. La plupart étaient réalistes, car ils savaient que c’était impossible d’avoir trois Etats indépendants kurdes en Turquie, en Syrie et Irak », précise celui qui enseigne à l’université de Kaboul. « Mais je ne pense pas que les Kurdes ont tout perdu. Les Kurdes ont réagi dans l’urgence, pour se sauver du massacre », enchaîne l’enseignant.

« Après-demain, à mon avis, dans le cadre du processus d’Astana (NDLR, un ensemble de rencontres multipartites entre différents acteurs de la guerre civile en Syrie), les Kurdes obtiendront des concessions pour gérer de manière plus ou moins autonome une partie de la région. C’est aussi l’intérêt des Russes, le nouvel acteur fort de la région. À cause de la guerre en Syrie, les Kurdes sont tout de même apparus comme une force importante. Ils devraient obtenir beaucoup plus que leur sort dans le passé », tempère l’enseignant-chercheur.

Washington arrache une trêve à Erdogan, retrait prévu des forces kurdes


AFP-17 octobre 2019

AFP / Delil SOULEIMAN Une famille kurde fuit Ras al-Ain à la frontière avec la Turquie, le 16 octobre 2019

La Turquie a accepté jeudi de suspendre son offensive dans le nord-est de la Syrie et d’y mettre fin définitivement si les forces kurdes s’en retirent sous cinq jours, aux termes d’un accord arraché à Ankara par le vice-président américain Mike Pence.

Pour permettre un retrait des forces kurdes “sous 120 heures, toutes les opérations militaires dans le cadre de l’opération (turque) +Source de Paix+ vont être suspendues et l’opération sera complètement arrêtée une fois ce retrait achevé”, a déclaré M. Pence à la presse à l’issue de plus de quatre heures d’entretiens avec le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Les forces kurdes se sont déclarées prêtes, par la voix d’un de leurs commandants, à respecter “le cessez-le-feu” avec la Turquie.

Selon l’accord annoncé par M. Pence, ces forces devront se retirer d’un secteur d’une profondeur de 32 km censé se transformer à terme en “zone de sécurité”, en faveur de laquelle la Turquie milite depuis des mois.

– “Source de paix” –

Baptisée “Source de Paix”, l’offensive turque contre les forces kurdes des YPG dans le nord-ouest de la Syrie, lancée le 9 octobre, a suscité un tollé international en raison du rôle de premier plan joué par les Kurdes dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

AFP / Combats dans le nord-est de la Syrie

Mais Ankara les qualifie de “terroristes” en raison de leurs liens avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une guérilla sanglante en Turquie depuis 1984.

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a confirmé cet accord, qui a fait l’objet d’une “déclaration turco-américaine conjointe sur le nord-est de la Syrie” et qui a été rendue publique dans la soirée.

“Nous suspendons l’opération, nous ne l’arrêtons pas”, a déclaré M. Cavusoglu à la presse. “Nous pourrons arrêter l’opération seulement lorsque (les forces kurdes) se seront retirées complètement de la région”, a-t-il ajouté, refusant toutefois de parler d’un cessez-le-feu.

Le président américain Donald Trump avait paru donner son feu vert à l’offensive turque avant, face au tollé dans les pays occidentaux et au sein de son camp, d’exhorter Ankara à y mettre fin et d’autoriser des sanctions contre la Turquie.

– “Un grand jour” –

TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / – Le vice-président américain Mike Pence avec le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara le jeudi 17 octobre 2019

M. Pence a annoncé que ces sanctions seraient levées dès que la Turquie aura mis fin à son offensive.

M. Trump a évoqué un “grand jour” pour la Turquie et pour les Kurdes. “Nous avons un cessez-le-feu de cinq jours”, a-t-il déclaré au Texas. “Les Kurdes sont incroyablement heureux de cette solution”, a-t-il ajouté, se disant particulièrement satisfait que les négociations aient abouti “aussi vite”.

M. Pence, qui a pour sa part parlé à plusieurs reprises d’un “cessez-le-feu”, a affirmé que Washington avait d’ores et déjà commencé à “faciliter le retrait (des forces kurdes) de cette zone de près 20 miles (32 km) en Syrie au sud de la frontière turque”.

Il n’a pas précisé la longueur prévue de cette zone, qui selon la “déclaration turco-américaine conjointe” sera mise en oeuvre principalement par l’armée turque. M. Erdogan avait déclaré le 13 octobre que cette zone devrait s’étirer, à terme, du fleuve Euphrate à la frontière irakienne, soit une longueur de 480 km.

Selon M. Pence, Ankara s’est aussi engagé à ne pas mener d’opération militaire dans la ville de Kobane, d’où les YPG avaient délogé l’EI en 2015 à l’issue d’une bataille hautement symbolique.

– Inflexibilité –

L’offensive turque a fait près de 500 morts, dont une centaine de civils, et provoqué le déplacement de 300.000 personnes depuis son lancement le 9 octobre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

La mission de M. Pence, accompagné du secrétaire d’Etat Mike Pompeo, s’annonçait pourtant difficile vu l’inflexibilité qu’avait affichés M. Erdogan, dont l’exigence de voir les forces kurdes se retirer de la zone frontalière semble en passe d’être satisfaite.

AFP / Ozan KOSE Fumée s’échappant de la ville syrienne de Ras al-Ain le jeudi 17 octobre 2019

L’accord turco-américain survient alors que les combats avaient fait rage dans la journée, en particulier à Ras al-Aïn, ville frontalière dont l’armée turque et ses supplétifs syriens contrôlent désormais près de la moitié, selon l’OSDH .

Une correspondante de l’AFP côté turc du front de Ras al-Aïn a entendu sans discontinuer des frappes aériennes, des tirs d’artillerie et des tirs d’armes automatiques. Les autorités kurdes ont réclamé un “couloir humanitaire” pour évacuer civils et blessés.

Les forces pro-Ankara avaient pris aux miliciens kurdes le 13 octobre une autre ville frontalière, Tal Abyad.

L’opération turque a aussi rebattu les cartes dans le nord de la Syrie, nouvel épicentre du conflit qui déchire ce pays depuis 2011. A la faveur d’un accord avec les forces kurdes, le régime de Damas est en effet revenu dans des régions qui lui échappaient depuis des années et Moscou a commencé à remplir le vide laissé par le retrait des forces américaines.

L’offensive turque inquiète tout particulièrement les Européens, qui craignent l’évasion des jihadistes étrangers jusque-là retenus par les forces kurdes.

Selon la déclaration conjointe, la Turque et les Etats-Unis se sont enragés “à poursuivre les efforts visant à éliminer l’EI dans le nord-est de la Syrie” et à se coordonner au sujet “de centres de détention” de jihadistes.

Profitant du retrait des Américains, et afin d’éviter un affrontement d’envergure entre les forces de Damas et les militaires turcs, la police militaire russe mène des patrouilles dans le secteur de Minbej, selon Moscou. Le président turc doit rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine le 22 octobre.

« Source de paix » n’apportera pas la paix


« La source de la paix » n’apportera pas la paix

Ali Al-ABdallah – 16 octobre 2019

L’idée d’établir une zone de sécurité ou sécurisée, selon le nouveau nom turc, tout au long de la frontière syrienne n’est pas nouvelle: la Turquie cherchait à la commercialiser depuis des années mais en vain, ce qui est nouveau c’est la mettre en œuvre à un moment délicat en raison des conséquences du conflit en Syrie. L’établissement de la région a de nombreuses répercussions graves, sans compter l’instauration de la paix promue par l’État turc, qu’elle l’a qualifiée de : «Source de la paix».

L’opération militaire turque est liée au retour des réfugiés syriens dans la zone de sécurité que la Turquie souhaite mettre en place dans le cadre d’un projet intégré qui devrait mettre fin à l’occasion d’établir une entité kurde, quelle que soit sa nature et ses frontières, elle visait à commercialiser et à justifier le processus à l’extérieur, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, car l’opération militaire n’est pas le principal facteur de la vision turque; c’est un moyen d’avorter le projet du parti de l’Union démocratique kurde : auto-administration, en frappant la force militaire de ce parti, le YPG, et un important changement démographique dans la région, en renvoyant des réfugiés, principalement arabes, dans les zones arabes en particulier, de sorte que Le nombre d’Arabes à l’est de l’Euphrate devient écrasant, et les revendications des Kurdes vis-à-vis d’une région ou d’une administration autonome ou fédérale particulière deviennent sans objet.

Toutefois, l’opération turque a touché des équilibres géopolitiques, sur lesquels les forces locales, régionales et internationales ont misé, afin de servir ses perceptions de la solution politique en Syrie, de sorte que la Syrie ne soit pas attachée à la Russie et à l’Iran, largement liée à la survie des forces américaines à l’est de l’Euphrate et au maintien de son autonomie, une carte d’échange dans le cadre d’une solution finale. Par conséquent, il a provoqué des réactions de colère, exprimant diverses positions qui ont été réparties après avoir condamné l’opération la qualifiant d’agression, d’invasion et d’occupation, entre demander l’arrêt du processus (et se retirer immédiatement) et imposer des sanctions politiques, économiques et touristiques (la décision des ministres des Affaires étrangères arabes), l’arrêt de fourniture d’armes (décision de la Suède, des Pays-Bas, de la Finlande, du Norvège, de l’Allemagne et de la France), chercher une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies pour l’arrêter (cinq pays européens siégeant au conseil, France, Allemagne, Belgique, Grande-Bretagne et Pologne), préparer une résolution imposant des sanctions économiques sévères si les forces turques dépassent certaines limites géographiques et opérationnelles, telles que le ciblage des Civils (décision américaine), condamner l’opération et exiger sa cessation immédiate et des sanctions économiques (résolution de l’UE), élever les conditions et les limites imposées par l’ONU au retour des réfugiés: un retour volontaire et un retour uniquement à l’est de l’Euphrate, ce qui limitera le nombre de rapatriés et reliera leur retour à leurs régions d’origine, et l’émergence de manifestations de masse dans un certain nombre de pays occidentaux contre le processus.

La plupart de ces mesures n’ont peut-être pas d’effets immédiats et efficaces sur le processus turc, mais elles reflètent l’isolement politique auquel la Turquie sera confrontée et l’impasse politique dans laquelle elle se retrouvera, en particulier si elle échoue de respecter les conditions et déterminants américains et ne pas parvenir à saisir le dossier des prisonniers de Daech et de leurs familles dans les camps, et le changement dans la position des Etats-Unis n’est pas en sa faveur, ce qui l’obligerait à négocier avec d’autres acteurs, la Russie et l’Iran, et le pousserait à renoncer à une partie importante de sa perception de la zone de sécurité: ses frontières et le nombre de réfugiés pouvant être renvoyés, la Russie lui demande de se coordonner avec le régime syrien et l’Iran veut que la route entre Moussoul et Alep reste en dehors des frontières de la zone de sécurité de la Turquie, une alternative qui sera difficile.

En revenant à la perception turque de la zone de sécurité, dans tous ses détails, et aux conséquences de son établissement sur le plan politique et sécuritaire, nous sentirons, sans grand effort, qu’elle est loin d’une « Source de la paix », mais au contraire, elle sera un foyer de tension permanent et brûlant, pour épuiser la région et ses habitants pendant des générations.Il est possible que le premier de ces facteurs est peut-être l’explosion de la concurrence pour le reste de l’Euphrate, à la lumière de la tendance américaine à s’y retirer, à la suite d’une promesse électorale de ramener les soldats américains à la maison, que le président Donald Trump souhaite mettre en œuvre avant la prochaine élection présidentielle. La Russie et l’Iran attendent avec impatience le retrait des forces américaines, chacun pour ses propres calculs, la Russie pour mettre en œuvre sa décision de contrôler le régime syrien sur tout le territoire syrien et de détenir les clés d’une solution politique, soulignant l’importance de la région sur le plan économique et les avantages qu’il peut apporter pour atténuer les crises du régime dans les domaines du carburant et du céréale. Pour assurer son contrôle sur les zones, l’Iran fait partie du projet routier qu’il cherche à construire de son territoire vers la Méditerranée. Le retrait des forces américaines et la frappe de l’unité de protection du peuple (YPG) constituent une occasion idéale pour mettre en œuvre le projet routier, en plus de faire avorter les aspirations des Kurdes en Iran, stimulés par la situation kurde syrienne. Cela transformerait la solution politique et les travaux du Comité constitutionnel syrien en redondance inutile et détruirait les chances de la stabilité de la Syrie pendant des décennies.

La deuxième conséquence est de déstabiliser la population et de créer un problème explosif entre les Arabes et les Kurdes, en notant que les relations entre eux ne sont pas bonnes, compte tenu de la participation des factions de l’Armée nationale à l’opération, l’approfondissement du fossé entre les deux parties avec des affrontements sanglants, reprise du conflit entre eux sur le droit à la terre et gestion politique et économique de la région, longue déstabilisation à la lumière des estimations relatives aux déplacements et migrations massifs et à la participation de parties externes au conflit dans la région, en raison de considérations politiques et géopolitiques et alimentées par les différences et les tensions pour prolonger les opportunités d’investissements dans la région.

La troisième conséquence, plus grave, de la perception par la Turquie de renvoyer ses réfugiés syriens dans la zone de sécurité est la naissance d’une nouvelle Syrie fondée sur la séparation sectaire, où les Arabes sunnites au nord et à l’est, les Alaouites et les Chiites, les Arabes, les Perses, les Afghans et les Pakistanais s’accumuleront à l’ouest. En acquérant un gain géopolitique important et un contrôle ouvert de la route allant de la mer au Liban, grâce au contrôle doctrinal des zones adjacentes à la frontière libanaise.

La quatrième et dernière conséquence est la disparition progressive des revendications de la révolution syrienne et des aspirations de ses bases populaires de liberté et de dignité à éliminer les vestiges de la distinction entre les objectifs de la révolution et ceux des pays qui ont suivi l’opposition, politique et armée, transformant leurs forces en soldats dans leurs plans.

Il reste à dire que le Conseil démocratique syrien (CDS) et son branche militaire, les Forces démocratiques syriennes (FDS), ont commis des erreurs odieuses qui les ont conduits à l’impasse actuelle. (CDS), qui a pour politique de dépeindre l’oppression des Kurdes comme une minorité persécutée pour des motifs nationaux et religieux, selon un discours prononcé par son représentant aux États-Unis, Cinem Mohammed, au siège du Conseil de recherche sur la famille, à droite, à Washington, le 16/7/2019, suggérant qu’il courtise la stratégie de l’Alliance des minorités, s’efforçant d’obtenir le soutien politique américain de son projet par le biais d’une alliance avec la droite raciste américaine, et s’efforçant d’imposer sa perception au peuple syrien, s’appuyant sur une alliance avec l’Amérique, ignorant que l’alliance actuelle croisait un réformateur en plusieurs étapes, Parce que l’Amérique a répété maintes fois qu’elle n’adoptait pas son projet politique. La seconde, les « FDS », par ses pratiques, réprime l’opposition arabe et kurde, provoque un changement démographique dans les villages arabes et turkmènes et impose le recrutement forcé aux habitants de l’est de l’Euphrate, sous le slogan de l’autodéfense, bien que la plupart d’entre eux n’approuvent pas le projet d’autogestion. La privation de population de la région, y compris les gouvernorats de Deir Ezzor et Raqqa, a rendu la communication entre eux et les communautés arabes limitée et assombrie par la suspicion et la méfiance, et sa précipitation à bombarder des villes et villages turcs avec le début de l’attaque turque et la riposte turque par des bombardements des villages syriens, ce qui a conduit à la perte de solidarité des habitants de la région, comme l’avait exprimé les dignitaires de Qamechli à cet égard, et a affaibli son argument devant l’opinion publique internationale, la vulnérabilité des civils dans les villes syriennes.

La « Source de paix » n’atteindra pas la paix et ne pourra pas continuer jusqu’à la fin, comme l’envisagent les dirigeants turcs, car la Turquie souffre de faiblesses et de fragilités dans plus d’un domaine, ce qui permet à d’autres forces de faire pression pour arrêter le processus à un moment donné ou l’obliger au retrait en dehors de la région, pareillement, ni le « CDS » et les « FDS » ne parviendront pas à vaincre les forces offensives, ni à maintenir leur projet, en revenant à l’entente et à l’alliance avec le régime, la hâte de demander la protection du régime et d’appeler à envoyer ses troupes pour se déployer à la frontière, sachant que c’est la fin de son projet d’autonomie, ils ont déjà connu les conditions du régime pour les aider, et ceci rien de moins qu’un suicide politique.

٠”نبع السلام” لن يجلب السلام

علي العبدالله – 16 أكتوبر 2019

ليست فكرة إقامة منطقة آمنة، أو أمنية وفق التسمية التركية الجديدة، على طول الحدود مع سورية جديدة، فقد سعت تركيا إلى تسويق الفكرة منذ سنوات من دون جدوى، لكن الجديد هو تنفيذها في لحظة دقيقة وحساسة، بسبب ما ترتب على تحولات الصراع في سورية وعليها؛ حيث باتت لإقامة المنطقة العتيدة تبعات وانعكاسات كثيرة وخطيرة، ليس من بينها تحقيق السلام، كما تروّج الدولة التركية، الذي وضعته في اسم العملية: “نبع السلام”٠

ترتبط العملية العسكرية التركية بإعادة اللاجئين السوريين إلى المنطقة الأمنية التي تريد تركيا إقامتها، في إطار مشروع متكامل، يُؤمل منه أن يُنهي فرص قيام كيان كردي، مهما كانت طبيعته وحدوده، والعمل على تسويق العملية وتبريرها خارجيا بذريعة محاربة الإرهاب، فالعملية العسكرية ليست العامل الرئيس في التصور التركي؛ إنها وسيلة لإجهاض مشروع حزب الاتحاد الديمقراطي الكردي: الإدارة الذاتية، بضرب القوة العسكرية لهذا الحزب، وحدات حماية الشعب، وإجراء تغيير سكاني واسع في المنطقة، عبر إعادة اللاجئين إليها، أغلبهم من العرب، إلى المناطق العربية بشكل خاص، بحيث يصبح عدد العرب في شرق الفرات طاغيا، وتصبح دعاوى الكرد ٠ومطالباتهم بإقليم خاص أو إدارة ذاتية أو فدرالية غير ذات موضوع

غير أن العملية التركية قد مسّت توازناتٍ جيوسياسية، راهنت قوى محلية وإقليمية ودولية عليها، لخدمة تصوّراتها للحل السياسي في سورية؛ بحيث لا تكون سورية ملحقةً بروسيا وإيران، وهذا مرتبطٌ، إلى حد كبير، ببقاء القوات الأميركية في شرق الفرات، والمحافظة على الإدارة الذاتية ورقة مساومة في إطار الحل النهائي. لذا استثارت ردود فعل غاضبة، عبّرت عن نفسها بمواقف متعدّدة توزعت، بعد إدانة العملية ووصفها بالعدوان والغزو والاحتلال، بين الدعوة إلى وقف العملية (والانسحاب فورا) والتلويح بعقوبات سياسية واقتصادية وسياحية (قرار وزراء الخارجية العرب)، ووقف توريد الأسلحة (قرار السويد وهولندا وفنلندا والنرويج وألمانيا وفرنسا)، والسعي إلى إصدار قرار من مجلس الأمن الدولي لوقفها (خمس دول أوروبية في المجلس، فرنسا وألمانيا وبلجيكا وبريطانيا وبولندا)، وتحضير قرار بفرض عقوبات اقتصادية قاسية، فيما لو تجاوزت القوات التركية حدودا معينة، جغرافية وعملياتية، مثل استهداف المدنيين (قرار الولايات المتحدة)، وإدانة العملية والمطالبة بوقفها فورا وفرض عقوبات اقتصادية (قرار الاتحاد الأوروبي)، ورفع شروط الأمم المتحدة ومحدداتها لإعادة اللاجئين في وجهها: العودة الطوعية وعودة أبناء منطقة شرق الفرات فقط إليها التي ستحد من عدد العائدين، وتربط عودتهم بمناطقهم الأصلية، وخروج تظاهرات حاشدة في عدد من الدول الغربية ضد العملية٠

قد لا تكون لمعظم هذه الخطوات آثار قريبة وفاعلة على العملية التركية، لكنها تعكس حالة العزلة السياسية التي ستواجهها تركيا والمأزق السياسي الذي ستنزلق نحوه، خصوصا إذا فشلت في الالتزام بالشروط والمحدّدات الأميركية، وعجزت عن الإمساك بملف سجناء الدواعش وأسرهم في المخيمات، وحصول تغيير في الموقف الأميركي في غير صالحها، ما سيضطرها للدخول في مساوماتٍ مع القوى الفاعلة الأخرى، روسيا وإيران، ويدفعها إلى التنازل عن جزء مهم من تصوّرها للمنطقة الأمنية: حدودها وعدد اللاجئين الممكن إعادتهم إليها، روسيا تطالبها بالتنسيق مع النظام السوري، وإيران تريد بقاء طريق الموصل حلب خارج حدود المنطقة الأمنية التركية، فتكون كالمستجير من الرمضاء بالنار٠

في العودة إلى التصور التركي للمنطقة الأمنية، بكل تفاصيلها، وما يمكن أن يترتب على إقامتها سياسيا وأمنيا، سنلمس، من دون كبير عناء، أنها أبعد ما تكون عن “نبع سلام”، بل على العكس ستكون بؤرة توتر دائمة ومحرقة، لاستنزاف المنطقة وشعوبها لأجيال قادمة. لعل أول مترتّبات قيامها انفجار التنافس على المتبقي من منطقة شرق الفرات، في ضوء توجه أميركي إلى الانسحاب منها على خلفية وعد انتخابي بإعادة الجنود الأميركيين إلى الوطن، يريد الرئيس دونالد ترامب تنفيذه قبيل انتخابات رئاسية باتت على الأبواب. وروسيا وإيران تنتظران بلهفة انسحاب القوات الأميركية، كل لحساباتها الخاصة، روسيا لتنفيذ قرارها بإعادة سيطرة النظام السوري على كل الأرض السورية، والإمساك بمفاتيح الحل السياسي، مع ملاحظة أهمية المنطقة اقتصاديا، وما يمكن أن تقدّمه من فوائد للتخفيف من أزمات النظام في مجالات المحروقات والحبوب، وإيران لضمان بسط سيطرتها على مساحاتٍ هي جزء من مشروع الطريق البرّي الذي تسعى إلى إقامته من أراضيها إلى البحر الأبيض المتوسط. وانسحاب القوات الأميركية وضرب وحدات حماية الشعب فرصة مثالية لتنفيذ مشروع الطريق، بالإضافة إلى إجهاض التطلعات الكردية في إيران التي حفّزتها الحالة الكردية السورية. وهذا إن تم سيحوّل الحل السياسي وعمل اللجنة الدستورية السورية إلى نافلةٍ لا لزوم لهما، ويدمّر فرص استقرار سورية عقودا طويلة٠

أما المترتب الثاني فزعزعة الاستقرار السكاني وإحداث مشكلة متفجرة بين العرب والكرد، علما أن العلاقة بينهما ليست على ما يرام، على خلفية إشراك فصائل الجيش الوطني في العملية، وتعميق الفجوة بين الطرفين بالمواجهات الدامية، وتجدّد الصراع بينهما على الأحقية بالأرض، وإدارة المنطقة سياسيا واقتصاديا، زعزعة مديدة في ضوء تقديراتٍ بحصول نزوح وهجرة واسعين، وبانخراط أطرافٍ خارجية في الصراع على المنطقة، لاعتباراتٍ سياسية وجيوسياسية وتغذيتها الخلافات والتوترات لإدامة فرص الاستثمار في أزماتها٠

المترتب الثالث، وهو الأخطر، إن تحقق التصور التركي بإعادة اللاجئين السوريين لديها إلى المنطقة الأمنية العتيدة هو ولادة سورية جديدة قائمة على فرز مذهبي، حيث سيتكدس العرب السّنة في الشمال والشرق، والعلويون والشيعة، العرب والفرس والأفغان والباكستانيون، في الغرب، وهذا يحقق حلم إيران بتحقيق مكسب جيوسياسي مهم، وسيطرة مفتوحة على الطريق من البحر إلى لبنان، عبر السيطرة المذهبية على المناطق المحاذية للحدود اللبنانية٠

 

المترتب الرابع والأخير، تلاشي مطالب الثورة السورية، وتطلع حواضنها الشعبية إلى الحرية والكرامة، بالقضاء على بقايا التمايز بين أهداف الثورة وأهداف الدول التي استتبعت المعارضة، السياسية والمسلحة، بتحوّل قواها إلى جنودٍ في خطط هذه الدول٠

 

يبقى أن نقول إن مجلس سورية الديمقراطية (مسد) وجناحه العسكري، قوات سورية الديمقراطية (قسد)، قد ارتكبا أخطاء شنيعة، أوصلتهما إلى المأزق الحالي. “مسد”، بسياسته التي تقوم على تصوير مظلومية الكرد أقلية مضطهدة لأسباب قومية ودينية، وفق محاضرة ممثلته في الولايات المتحدة، سينم محمد، في مقر جمعية “مجلس أبحاث العائلة” اليميني في واشنطن يوم 16/7/2019، ما يشي بمغازلتها استراتيجية تحالف الأقليات، والعمل على كسب تأييد سياسي أميركي لمشروعها من خلال التحالف مع اليمين الأميركي العنصري، والعمل على فرض تصوّرها على الشعب السوري، بالاعتماد على التحالف مع أميركا، متجاهلا أن التحالف الراهن تقاطع مصلحي مرحلي، لأن أميركا قالت مرات إنها لا تتبنى مشروعه السياسي. والثانية، “قسد”، بممارساتها، قمع المعارضة العربية والكردية، وإحداث تغيير سكاني في قرى عربية وتركمانية، وفرض تجنيد قسري على سكان شرق الفرات، تحت شعار الدفاع الذاتي، على الرغم من أن معظمهم لا يوافقون على مشروع الإدارة الذاتية، والاستئثار بخيرات شرق الفرات وحرمان أهل المنطقة منها، محافظتي دير الزور والرقة، وهذا جعل التواصل بينها وبين المجتمعات العربية محدودا ومشوبا بسحابات الشك وانعدام الثقة، ومسارعتها إلى قصف المدن والبلدات والقرى التركية مع بداية الهجوم التركي والرد التركي بقصف المدن والبلدات السورية، الأمر الذي أفقدها تضامن أبناء المنطقة، كما عبر عن ذلك بيان أعيان القامشلي في هذا الخصوص، وأضعف حجتها أمام الرأي العام الدولي بتعرّض المدنيين في المدن والبلدات والقرى السورية للقصف التركي٠

 

لن تحقق عملية “نبع السلام” السلام، مع احتمال عدم مواصلتها حتى النهاية، كما تصوّرتها القيادة التركية، لأن تركيا تعاني من نقاط ضعف وهشاشة في أكثر من مجال، ما يسمح للقوى الأخرى بالضغط عليها لدفعها إلى وقف العملية عند نقطة معينة، أو إجبارها على الانسحاب خارج المنطقة، كما لن تنجح “مسد” و”قسد” في هزيمة القوات المهاجمة، أو الحفاظ على مشروعها، بالعودة إلى التفاهم والتحالف مع النظام، فالمسارعة إلى طلب حماية النظام ودعوته إلى إرسال قواته للانتشار على الحدود، وهي تعلم أن في ذلك نهاية لمشروعها، فقد سبق وعرفت شروطه لمساعدتها، ليس أقل من انتحار سياسي٠

 

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